Interview de M. Olivier Dussopt, ministre du Travail, du Plein Emploi et de l'Insertion, à France Inter le 6 octobre 2022, sur la réforme de l’assurance chômage et la réforme des retraites.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Olivier DUSSOPT, bonjour.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

LEA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et bienvenue à notre micro, vous êtes l’homme de cette rentrée sociale car c’est sur vos épaules que reposent les deux chantiers les plus importants du début du second quinquennat MACRON, la réforme de l’assurance chômage, examinée en ce moment à l’Assemblée nationale, et surtout la réforme des retraites. Sur ce sujet vous avez reçu hier les syndicats pour une première réunion de méthode, où il s’agissait de fixer les thèmes et le calendrier de la concertation qui va maintenant démarrer, mais une chose est certaine, quoi qu’il arrive la réforme entrera en vigueur en juillet 2023. C’est bien ça ?

OLIVIER DUSSOPT
C’est le cas, et le président de la République s’est engagé sur ces deux points, à la fois mener cette réforme, qui est nécessaire vu l’état de notre système de retraite, vu aussi la volonté que nous avons de l’améliorer, et il s’est aussi engagé à ce que cette réforme puisse entrer en vigueur à l’été 2023. Hier j’ai effectivement réuni les partenaires sociaux, organisations syndicales, organisations d’employeurs, tous ont répondu présent, pour une réunion que beaucoup annonçaient comme impossible à tenir, nous avons regardé le calendrier, nous avons échangé, chacun a pu dire ses points d’accord, ses points de désaccord, il n’y a pas eu de faux-semblant, mais une volonté affichée de travailler là où on le peut, de trouver des points de convergence.

LEA SALAME
Mais à quoi vont servir ces concertations si de toute les manières vous avez décidé de faire passer la réforme et qu’elle doit entrer en vigueur à l’été prochain, donc elle va passer cet hiver au Parlement et vous vous entrez en vigueur, alors à quoi ça sert de discuter ?

OLIVIER DUSSOPT
Justement à faire la bonne réforme et à améliorer cette réforme.

LEA SALAME
C'est-à-dire qu’il y a des points négociables ? Lesquels ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y a évidemment des points qui sont ouverts à cette discussion, je l’ai dit hier aux organisations syndicales et patronales. Nous allons commencer, dès la semaine prochaine, en parlant de la question de la pénibilité, du maintien de l’emploi des seniors, de la prévention de l’usure professionnelle, nous allons ensuite aller sur la question des retraites minimales, la question de la justice, la meilleure prise en compte des inégalités que génère l’actuel système de retraite, je pense notamment aux inégalités entre les femmes et les hommes. Et puis je leur ai aussi dit, et beaucoup m’ont dit avoir des propositions, certains m’ont dit avoir des propositions alternatives, à la question de l’âge ou de la durée, regardons tout cela. Regardons tout cela, nous avons un double objectif, et un mandat, le mandat c’est celui du président de la République, il s’est engagé, il a pris un risque politique pendant la campagne, ça lui a parfois même été reproché, il a dit qu’il considérait que la bonne façon d’équilibrer le système de retraite, de financer les nouveaux droits, c’était de relever progressivement l’âge de départ à la retraite, à 64 ans en 2027, oui 65 ans en 2031.

LEA SALAME
Ça, ça reste sur la table ?

OLIVIER DUSSOPT
C’est le mandat qu’il a défendu et c’est sur ce point-là que nous entrons dans la discussion, mais les deux objectifs qu’il faut absolument réussir à atteindre c’est d’abord améliorer le système de retraite, avec une retraite minimale plus importante, l’usure professionnelle, je les ai évoqués, mais aussi avec un équilibre à trouver, un équilibre financier, parce que si nous voulons que notre système de retraite perdure et que notre génération, les générations qui viennent, disposent d’un système de retraite, il faut que ce système soit solide.

LEA SALAME
Mais vous dites qu’il est déséquilibré, le système de retraite…

OLIVIER DUSSOPT
Je l’affirme, oui.

LEA SALAME
Ce n’est pas ce que dit le Conseil d’Orientation des Retraites. En fait on peut lire, c’est marrant ce rapport du Conseil d’Orientation des Retraites, parce qu’on peut le lire de deux manières, le Conseil d’Orientation des Retraites dit que cette année il est à l’équilibre, il est même excédentaire le système, il basculera en déficit, il sera déficitaire à partir de l’année prochaine, jusqu’en 2030, et qu’en 2030, même sans réforme, pendant 70 ans il sera à l’équilibre, voilà ce qu’il dit.

OLIVIER DUSSOPT
C’est faux, ce que vous dites est faux. Je m’explique en deux mots. Le Conseil d'Orientation des Retraites travaille sur différentes hypothèses comptables. Lorsqu'on regarde l'hypothèse centrale, qui est une convention comptable qu'on appelle la convention EPR- je ne rentre pas dans la technique de la nomenclature comptable - cette hypothèse centrale, qui est celle qui a toujours été retenue, qui est celle des partenaires sociaux, il faut rappeler que le Conseil d'Orientation des Retraites est composé des partenaires sociaux et que le gouvernement ne participe pas au vote pour adopter le rapport, le rapport est adopté par le Conseil dans sa collégialité. Qu'est-ce que dit ce rapport, avec une hypothèse centrale, et dans une hypothèse de plein emploi, qu'on peut considérer comme optimiste, c’est notre objectif, mais c’est l'hypothèse retenue ? le rapport dit que le système est légèrement excédentaire en 2021, 900 millions d'euros, qu'il y a tout petit peu plus de 3 milliards d'euros d'excédent en 2022, qu'en 2023, c’est dans quelques semaines, nous sommes en déficit a presque 2 milliards d'euros, et qu'en 2027, 2027 c'est demain, ce n’est pas une génération, c'est 12,5 milliards.

LEA SALAME
Oui, et qu’en 2030 on sera à l’équilibre à nouveau.

OLIVIER DUSSOPT
Non.

LEA SALAME
Si.

OLIVIER DUSSOPT
Non.

LEA SALAME
Ah si, il le dit.

OLIVIER DUSSOPT
Non, pardon Madame SALAME, mais dans la l'hypothèse centrale, qu'on appelle l'hypothèse EPR, que personne ne conteste, en 2030, avec une hypothèse de chômage à 4,5 %, une… à 1 % et une croissance à 1,3, voyez que j’ai regardé les hypothèses, le déficit est à 15 milliards, dans l'hypothèse EPR, ce que vous retenez c'est une hypothèse maximale…

NICOLAS DEMORAND
Le COR formule plusieurs hypothèses, dont l’une va exactement dans le sens de ce que vient de dire Léa SALAME.

OLIVIER DUSSOPT
Pardon, celle qu’évoque Madame SALAME, c'est à la fois la plus optimiste, en termes de trajectoire économique, et c'est une hypothèse dans laquelle il est imaginé que quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, quelle que soit la situation, l'Etat consacre au système de retraite en général les mêmes sommes qu'aujourd'hui, parce que l'Etat sur-cotise pour un certain nombre de ses agents. Mais dans l'hypothèse centrale, et moi je veux bien qu'on aille chercher les hypothèses qui arrangent le plus que les autres, mais à un moment il faut revenir à ce qui est le plus raisonnable, et l'hypothèse que nous retenons, qui n'est pas l'hypothèse du gouvernement, c'est l'hypothèse sur laquelle les partenaires sociaux ont toujours dit que c'était l'hypothèse centrale, avec un chômage à 4,5 % pendant 5 ans, ce qui serait une merveilleuse nouvelle pour la France, c'est 15 milliards de déficit en 2030. 2030 c'est demain, c'est demain 2030, et il faut assurer cet équilibre, parce que le premier principe de solidarité c'est de garantir aussi le système de retraite pour les générations qui viennent.

NICOLAS DEMORAND
Il n’y a pas d'autre moyen de faire ? Eric HEYER, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, l'OFCE, dit qu'il y aurait possibilité de résorber les déficits dont vous parlez, il faudrait que chaque salarié, dit-il, ou chaque employeur, cotise 4 euros de plus par mois et il n’y aurait pas de déséquilibre, ce n'est pas énorme non plus, dit-il. Augmenter un tout petit peu les cotisations pour équilibrer le système, ça c'est un tabou, c'est non, ce n’est pas sur la table.

OLIVIER DUSSOPT
La démonstration qui est faite là n’est pas tout à fait complète. L’UNSA, par exemple, a dit hier être prête à travailler sur une augmentation, on parle plutôt de 50 euros, de 50 euros d'augmentation. Notre objectif, et là aussi cela a été dit par le président de la République, et nous le disons avec lui, c'est de résorber ce déficit, qui est dangereux, et c'est de ne pas augmenter les cotisations. Et nous avons aussi un autre objectif, qui est tout à fait majeur, c'est que si nous ne faisons rien le système est non seulement déficitaire, mais la pension des retraités baisse, et en tout cas le niveau de vie des retraités baisse par rapport à la moyenne. Aujourd'hui, là aussi je sais que Madame SALAME a lu le rapport du COR…

LEA SALAME
Mais oui.

OLIVIER DUSSOPT
Aujourd'hui le taux de remplacement d'une pension de retraite par rapport à ce qu'on appelle le revenu d'activité, c'est-à-dire le revenu de quelqu'un qui travaille, pour ne rester que sur la partie des personnes qui sont en emploi, c'est à peu près 53 %, si on ne fait rien, dans l'hypothèse que je rappelais, l'hypothèse centrale, en 10 ans ça chute à 40 %. Le niveau de vie moyen des retraités, qui est légèrement supérieur au niveau de vie de toute la population, 101,5 %, passe à 90, personne ne veut l’appauvrissement des retraités, et surtout pas nous.

LEA SALAME
Olivier DUSSOPT, on vous écoute, vous dites j’ai lu le rapport du COR, ce qui est vrai, j’ai lu aussi ce matin « Les Echos », et l'économiste Philippe AGHION, qui est proche, qui a été proche d’Emmanuel MACRON, il a contribué à écrire son programme en 2017, économique, dit il faut une réforme des retraites, mais pas celle que vous prévoyez, il dit ce matin, il est très clair, il dit « passer la retraite à 65 ans ce serait injuste et inefficace », voilà ce que dit Philippe AGHION - on n'est pas chez un gauchiste qui dit ça – « ça ne changerait rien pour les plus qualifiés, cela pénaliserait ceux qui sont entrés plus tôt sur le marché du travail et dont l'espérance de vie est plus faible », il dit « si vous voulez faire une réforme des retraites il faut aller plus vite à 43 ans de cotisation », donc cotiser plus longtemps, « et décaler l'âge de départ, mais à 63 ans seulement et sûrement pas 65. »

OLIVIER DUSSOPT
J’ai lu la tribune de Philippe AGHION…

LEA SALAME
Alors, qu’est-ce que vous en pensez ?

OLIVIER DUSSOPT
Il se trouve que je l’ai croisé il y a quelques jours et qu'il m'avait dit cette conviction. Ça fait partie des choses qu'il faut regarder, moi je ne suis fermé à rien. Nous avons un mandat, nous avons un double objectif, et je le rappelle, ce double objectif, mais qui vraiment est quelque chose d'essentiel pour moi, c'est d'améliorer le système et d’en garantir l'équilibre, et l'un ne va pas sans l’autre, parce que si on l'améliore sans l’équilibrer ce n’est pas responsable, si on se contente de l'équilibrer ça ne corrige aucune des injustices actuelles du système, donc ce sont ces deux objectifs, c'est ma boussole.

NICOLAS DEMORAND
Le MEDEF pose deux questions, la première, est-ce que vous allez supprimer les régimes spéciaux ?

OLIVIER DUSSOPT
C’est le mandat que le président de la République nous a donné, et c'est ce sur quoi il s'est engagé en disant que les régimes spéciaux devaient être maintenus pour ceux qui en bénéficient aujourd'hui, mais qu'il fallait progressivement aller vers des recrutements hors statut, et c'est ce qu'on appelle parfois « la clause de grand-père », ça fait partie des discussions que nous aurons avec les organisations et partenaires sociaux, tous les partenaires sociaux, dans le cadre du deuxième cycle autour de l’équité.

NICOLAS DEMORAND
Deuxième question, allez-vous aligner les retraites du public et du privé, le MEDEF estime qu'il y a une iniquité, les retraites du public étant calculées sur les six derniers mois quand celles du privé le sont sur les 25 dernières années, ça c'est fini ou pas ?

OLIVIER DUSSOPT
C’était un objectif lorsque nous travaillions sur un système universel, aujourd'hui nous ne travaillons pas sur un système universel de retraite, et donc nous ne sommes pas dans cette logique de convergence rapide de l'ensemble des systèmes. Ce que dit le MEDEF est juste, sur la différence de mode de calcul, mais derrière ce mode de calcul différent il y a une assiette de cotisations qui est différente, il y a des progressions salariales à l'échelle d'une carrière qui sont différentes, il y a une assiette qui est différente parce que dans la fonction publique, et c'est vrai pour les trois volets de la fonction publique, j'ai eu en charge ce dossier au gouvernement, j'avais travaillé sur ces questions-là de manière assez poussée, vous avez à la fois un traitement indiciaire, qui permet de calculer le niveau de votre retraite, et puis vous avez une partie indemnitaire, des primes, qui ne participe pas au calcul des retraites, et donc si on veut aller vers un alignement il faut modifier complètement l'assiette de cotisations pour que ce ne se traduise pas par une injustice.

LEA SALAME
Alors, vous dites il faut qu'on la fasse cette réforme des retraites pour réduire les déficits, parce que vous avez choisi une des hypothèses du COR…

OLIVIER DUSSOPT
La centrale.

LEA SALAME
Voilà, il y en a plusieurs, vous le savez…

OLIVIER DUSSOPT
Oui, mais j’ai pris celle qui a toujours été conservée par les partenaires sociaux.

LEA SALAME
J’entends Olivier DUSSOPT. Bon, il faut réduire les déficits, et puis vous dites aussi, vous ne l’avez pas dit ce matin, mais Gabriel ATTAL le dit, il faut trouver de l'argent pour investir dans l'école, dans les hôpitaux, dans nos services publics, en gros travaillons plus pour investir davantage dans les services publics, et ça s'entend, mais là Laurent BERGER vous dit « mais pourquoi est-ce que ça doit être aux travailleurs de travailler plus, pourquoi est-ce qu'on irait pas chercher l'argent ailleurs, et notamment dans la fiscalité, dans une meilleure répartition des richesses entre… dans la taxation du capital », pourquoi est-ce que vous ne touchez pas au levier de la fiscalité par exemple ?

OLIVIER DUSSOPT
Parce que d’abord je rappelle que depuis maintenant 5 ans, un peu plus de 5 ans, l'engagement de la majorité, du président de la République, des gouvernements successifs, c’est de ne pas augmenter la fiscalité, ça c'est la première chose. Mais, la question que vous posez, j'y ai répondu hier devant les partenaires sociaux, c'est celle de l'objectif, en tout cas de l'utilisation des économies réalisées sur le système de retraite. Il faut être très clair, il n'y a pas un euro des cotisations retraites qui servira à financer autre chose que les retraites. Je l’ai dit tout à l’heure, un objectif…

LEA SALAME
Alors Gabriel ATTAL, quand il dit « il faut trouver de l'argent pour financer les écoles et l’hôpital » ce n’est pas juste ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, non, je vais au bout, il a évidemment raison, mais je vais au bout, parce que le débat est peut-être plus compliqué que cela en réalité. Un objectif, améliorer le système, un deuxième objectif, résorber le déficit du système de retraite pour garantir sa durée, sa durabilité, quand on dit ça, ça veut dire qu’en 2027, pour reprendre l’hypothèse centrale, on n’est plus à 12,5 milliards de déficit mais a beaucoup moins, et qu'en 2030 l'objectif c'est l'équilibre. Si vous résorbez le déficit du système de retraite, vous en garantissez la durabilité, mais surtout, globalement, vous diminuez les déficits publics, parce que le déficit des retraites il participe aux déficits publics. Quand on parle de déficits publics, ce n’est pas que le déficit de l'Etat, c'est le déficit de l'Etat, c'est le déficit des organismes de Sécurité sociale, et c'est évidemment le déficit de retraites, donc ce que dit Gabriel ATTAL est juste parce que si on arrive à équilibrer le système, ça sera très bien pour le système, et globalement ça améliorera nos finances publiques, et donc ça nous donnera des marges de manoeuvre pour pouvoir agir plus fortement ailleurs.

NICOLAS DEMORAND
Le gouvernement a inclus dans le budget 2023 la suppression de ce qu'on appelle la CVAE, sur deux ans, contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, les pertes de recettes liées à la suppression de cette CVAE sont de 8 milliards en 2023 et 2024, on rappelle que 8 milliards c'est ce qu'est censée rapporter la réforme des retraites à l'horizon 2027, ça c'est Gabriel ATTAL qui le dit. Supprimer des impôts, vous vous retrouvez là dans l'obligation de réformer les retraites, il y avait eu aussi la suppression de l'ISF lors du premier quinquennat, je vous repose donc la question de Léa SALAME à l'instant, pourquoi ne pas jouer sur le levier de la fiscalité, pourquoi dire niet par principe, les choses changent, les situations évoluent, il y a des crises différentes…

LEA SALAME
D’autant que vous dites on s'est engagé à ne pas augmenter les impôts…

OLIVIER DUSSOPT
C’est ce que nous faisons.

LEA SALAME
C’est ce que vous faites, notamment pour les plus riches, et notamment pour les entreprises…

OLIVIER DUSSOPT
Attendez…

LEA SALAME
Non mais se pose la question…

OLIVIER DUSSOPT
Enfin, vous savez, j’ai eu la chance d’avoir comme portefeuille ministériel la Fonction publique, le budget aujourd’hui et les retraites, et ça me permet de faire la démonstration que l’action publique est parfois plus complexe que ce que l'on voudrait, et que ce que l'on veut bien dire…

LEA SALAME
Mais ça, c'est évident.

OLIVIER DUSSOPT
Vous me parlez de baisse d’impôts pour les plus riches, je fais un retour arrière, quinquennat précédent, 50 milliards d'euros de baisse d'impôts, 25 pour les entreprises, avec la baisse déjà de la CVAE, avec la baisse de l'impôt sur les sociétés, pour nous rapprocher de ce qui se fait au niveau mondial et être compétitif, 25 milliards d'euros pour les ménages, sur ces 25 milliards d'euros, vous avez 18 milliards de la taxe d'habitation, vous avez 5 milliards d'euros de baisses d'impôts pour les ménages qui payent des impôts dans la 1ère et la 2ème tranches, ce n'est pas les plus riches. Et donc, quand vous dites : vous avez baissé les impôts pour les plus riches, pardon, mais c'est une forme de raccourci, nous les avons baissés pour tout le monde, et nous en sommes heureux, et le gain a été important pour toutes les classes, toutes les classes sociales. Pourquoi est-ce que, et pour revenir à la question de la CVAE, c'est un débat que Bruno LE MAIRE et Gabriel ATTAL auront avec l'Assemblée, et je ne veux pas empiéter sur leur portefeuille ministériel, mais si nous continuons à mettre en oeuvre cette politique de l'offre, dont je rappelle qu'elle a débuté en 2013, avec le CICE, c'est parce que nous recherchons de la compétitivité, parce que c'est cette politique qui a permis à l'économie de créer 1.500.000 emplois entre 2017 et 2022, et derrière ces emplois, c'est moins de chômage, mais c'est aussi plus de cotisations pour assurer l'équilibre des régimes de protection sociale.

NICOLAS DEMORAND
Olivier DUSSOPT, pour le dire autrement, le gouvernement espagnol veut instaurer un impôt temporaire et exceptionnel pour les 1 % les plus riches de la population, afin de financer les mesures mises en place pour atténuer l'impact de l'inflation. Ce nouvel impôt sur la fortune 2023-2024 taxera les patrimoines supérieurs à 3 millions d'euros nets, soit 0,1 % des contribuables. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça m'inspire que ce type…

NICOLAS DEMORAND
Ils ont tort les Espagnols ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce n’est pas à moi de commenter la politique fiscale de nos voisins et amis espagnols…

NICOLAS DEMORAND
Alors, qu’est-ce que ça vous inspire ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça m’inspire…

NICOLAS DEMORAND
En Européen ?

OLIVIER DUSSOPT
On est sur des mesures symboliques, et la dernière fois que j’ai participé à une majorité qui défendait des mesures symboliques, ça s'appelait la taxe à 75 %, et ça a été un fiasco, un fiasco sur la mise en oeuvre, et un fiasco sur le rendement. Vous évoquez la situation espagnole, en Espagne, l'inflation est supérieure à 10 %, là, où, chez nous, elle est à 6 %, si elle est à 6 %, c’est beaucoup 6 %, mais si nous avons une inflation moins forte, c’est parce que depuis maintenant des mois et des mois, nous avons les boucliers tarifaires les plus solides, que nous avons les mesures de protection du pouvoir d'achat les plus solides, et nous le faisons, nous mettons en oeuvre ces outils-là avec la volonté que l'Etat, la puissance, puisse amortir le choc de l'inflation sur les ménages et sur les entreprises, pour rester solides, et pour faire en sorte, un peu comme après la crise du Covid, que notre économie puisse repartir le plus fortement possible. Et donc nous continuons sur cette ligne-là, parce que nous considérons que protéger le pouvoir d'achat des ménages, protéger la capacité à investir et à agir des entreprises, c'est la meilleure façon de sortir des crises et des incertitudes que l'on traverse.

LEA SALAME
Olivier DUSSOPT, une question, pardon, c’est mon cheval de bataille, et j'ai posé la même question à Bruno LE MAIRE, il y a il y a 10 jours, sur ce sujet, c'est le chômage des seniors, ça fait 5 ans que vous êtes au pouvoir, et le chômage des seniors en France est catastrophiquement bas par rapport aux autres pays européens, on est à 56 % de taux d'activité des seniors, quand il est à 77 % en Suède ou à 74 % en Allemagne, on n'arrive pas... ça ne date pas de vous, mais ça fait des années qu'on n'arrive pas à réduire ce problème du chômage des personnes de plus de 50 ans et qui galèrent à envoyer des CV, on ne leur répond pas et on leur dit : vous êtes est trop vieux pour le marché de l'emploi. Pourquoi vous n’en faites pas plus, pourquoi ça ne va pas plus vite ?

OLIVIER DUSSOPT
Eh bien, justement, tout à l’heure, je l’ai dit, le deuxième cycle de discussions va porter... le premier cycle, pardon, va porter à la fois sur la prévention de l'usure professionnelle, mais aussi le maintien dans l'emploi, le retour à l'emploi des seniors. On doit le faire, on doit le faire pour les chiffres que vous avez évoqués, et quand on regarde la génération 60-65 ans, le différentiel est encore plus important, c'est de 33 % en France, 60 % en Allemagne. Donc on doit le faire, mais pour le faire, qu'est-ce qu'il faut mettre en oeuvre ? Moi, je suis convaincu que la clé en matière d'emploi des seniors, elle est dans les entreprises, elle est dans les entreprises parce que nous devons inciter les entreprises à mettre en place des plans de formation, des plans de formation pour les seniors, parce que quand vous avez 50 ans, parce que malheureusement, senior, ça commence à 50 ans, ce qui fait peur à tous ceux qui s’en approchent…

LEA SALAME
A tout le monde…

OLIVIER DUSSOPT
Et moi, le premier.

NICOLAS DEMORAND
J’en ai 51…

OLIVIER DUSSOPT
44 pour moi. Et donc du coup, je regarde avec beaucoup d'angoisse le compteur tourner, mais il y a des grandes entreprises qui ont des plans exemplaire en la matière, et qui disent : à 50 ans, tout le monde a le droit à un plan de formation pour une deuxième partie de carrière, ça passe aussi par des conditions de travail, et puis, ça passe, pardon, d'un mot, par des systèmes de transition, à la fois entre la retraite progressive, avant l'âge de départ, et le cumul emploi-retraite après, pour permettre justement d'avoir des activités…

LEA SALAME
Donc ce que vous nous annoncez ce matin, c’est que vous lancez les concertations sur les retraites, et que vous allez aussi, en parallèle, lancer des concertations avec les syndicats sur le chômage, sur l’assurance-chômage, c’est ça ?

OLIVIER DUSSOPT
L’assurance-chômage, nous avons un texte qui a été adopté hier…

LEA SALAME
Sur quoi alors ?

OLIVIER DUSSOPT
Dont le débat a été terminé hier, et il sera adopté mardi à l’Assemblée. Ce que je vous dis, là c’est que dans le cadre du premier chantier que nous nous ouvrons dès la semaine prochaine, la question du cumul emploi-retraite, de la retraite progressive, de l'aménagement des conditions de travail des seniors et de la formation des seniors sera posée, parce que c'est avec cette question et cet engagement des entreprises que nous arriverons à corriger le taux d'activité dramatiquement bas par rapport à nos voisins.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 7 octobre 2022