Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur et des Outre-mer, à RTL le 18 octobre 2022, sur le meurtre d'une petite fille à Paris, la contestation sociale et les atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires.

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

YVES CALVI
Bonjour Monsieur le Ministre de l’Intérieur et des Outre-mer. La France va connaître en cette journée des heures bien particulières avec ces grèves notamment dans les transports, nous y reviendrons dans un instant. Mais tout d’abord le meurtre de la jeune Lola, il a ému tous les Français. Vous avez eu les parents de Lola hier au téléphone, que pouvez-vous nous dire de cet échange ?

GERALD DARMANIN
C’est des gens très digne malgré le drame ignore qui les touche, je pense que tous les parents se sentent concernés par ce drame. Ils aimeraient aussi avoir un petit peu de paix dans les heures et les jours qui viennent pour faire le deuil de leur fille puisqu’ils sont quand même assez harcelés par un certain nombre de personnes qui veulent évidemment avoir des informations, des témoignages et on essaye le mieux possible de les protéger de ça, mais aussi de leur permettre d'accéder à leur deuil dans la façon la plus respectueuse possible.

YVES CALVI
En quoi un drame pareil petit d'être prémuni et est-ce possible ?

GERALD DARMANIN
Il faut voir les suites de l'enquête, c'est très difficile à savoir, je crois qu'en plus évidemment du drame ignoble qui touche cette famille, il y a beaucoup d'indécence de la part de personnes qui transforment cette histoire en tract électoral. Moi je voudrais dire à votre antenne que la suspecte qui est aujourd'hui concernée, mise en examen incarcérée par la justice n'est pas connu des services de police, qu'elle a moins de 25 ans, qu’elle est arrivée régulièrement en tant qu'étudiante sur le territoire national. Et il y a à peine un mois qu'elle a une obligation de quitter le territoire national, donc les choses se sont faites dans des conditions, je crois, qui sont malheureusement non prévisibles surtout que cette personne est elle-même manifestement connue comme victime de violences conjugales.

YVES CALVI
Vous anticipez ma question mais dans les rangs notamment d'Eric ZEMMOUR on parle de Francocide, autrement dit meurtre de français, qu’elle est votre réaction ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai pas de réaction parce qu’il y a beaucoup d'indécence, dans des prises de position politique alors qu'une petite fille a manifestement été violée, torturée et tuée et je pense que pendant un seul instant il faut peut-être que les responsables politiques en tout cas ceux qui se disent comme tel, réfléchissent aux conséquences de leurs mots sur ne serait-ce que les familles qui voient les photos de leurs filles partout circuler.

YVES CALVI
Pour être tout à fait clair, est-ce que vous d'une quelconque façon vous confesser un problème d'exécution de peine contre cette femme algérienne ?

GERALD DARMANIN
Non parce que…si c’est vraiment elle l'auteur du drame puisqu'évidement on va attendre de la justice, mais enfin manifestement ça a l’air d’être le cas puisqu'elle a été mise en examen, donc il y a des indices graves et concordants qui disent que c’est elle d'après la justice. Elle n'était pas connu des services de police et elle était elle-même victime, je mets des guillemets, puisqu'elle est connue comme telle de violences conjugales. Donc malheureusement si j'ose dire c'est le drame ignoble dans toute sa noirceur, qui était difficilement prévisible. On verra bien ce que dira l'enquête, mais moi je veux redire que cette famille est très courageuse, elle est évidemment dans la peine, elle espère récupérer le corps de sa petite fille, de pouvoir l'enterrer et de le faire dans des conditions qui soient dignes. Ils vont évidemment quitter Paris, c'est leur souhait premier et pouvoir les aider à se reconstruire ailleurs si tenté que ce soit possible de se reconstruire après un tel drame.

YVES CALVI
Parlons du climat social avec cette journée de grève qui fait suite à 3 semaines d'incroyables perturbations dans la vie des Français, pour faire un simple plein d'essence le gouvernement va se réveiller ?

GERALD DARMANIN
Les Français aujourd'hui vivent des heures très difficiles, personne ne peut nier, moi je le vois dans le Nord où je suis élu, où j'habite. Je pense que d'abord moi je peux comprendre le mécontentement d'une partie des Français d'abord de pas accéder évidemment à leur essence, à leur diesel pour aller travailler, pour aller vivre tout simplement et aussi des Français qui considèrent que, ils s'en sortent pas. Je suis fils d'une femme de ménage, je suis élu d'une ville populaire comme Tourcoing, il y a des questions qui se posent en effet de gens qui essaient de vivre du fruit leur travail et qui n'y arrivent pas dans des conditions d'inflation très forte. Par exemple avec la répartition de la richesse c'est une question sociale qui est intéressante et importante. Je pense qu'elle est moins facile que la pose Monsieur MELENCHON ou d'autres caciques de la gauche.

YVES CALVI
Vous concédez quand même qu'il y a un problème de pouvoir d'achat dans notre pays ?

GERALD DARMANIN
Je pense qu'il y a un problème de salaire, c'est-à-dire que l'Etat a fait son travail, il a augmenté le salaire de ses employés qui sont les fonctionnaires peut-être pas assez mais enfin il a augmenté de manière très importante. Le Président de la République a augmenté le point d’indice. Le quoi qu'il en coûte était au rendez-vous, je crois, de chacune et de chacun, mais il faut désormais qu'une partie du patronat, je crois personnellement, puisse également augmenter les salaires quand c'est possible. Donc il y a un problème de salaire et un ouvrier, un employé qui travaille, il doit être rémunéré au juste salaire. donc moi le ministre de l'Intérieur que je suis désormais puisque c’est la question que vous me posez peut-être, il y aura des manifestations aujourd'hui, elles sont normales, c'est un droit constitutionnel, la consigne que j'ai donnée aux préfets et singulièrement aux préfets de police comme dimanche lors de la manifestation plus politique de la NUPES, c'est de laisser évidemment les Françaises et les Français qui le souhaitent manifester dans des conditions constitutionnelles et de respecter ce droit constitutionnel.

YVES CALVI
Alors vous avez aussi mobilisé les préfets pour acheminer les camions aux stations-service, cela a été annoncé par la ministre de la Transition énergétique, madame PANNIER-RUNACHER, quand a-t-on de l’essence dans nos stations, quand sera-t-il possible de faire un plein ? Je suis désolé mais tous les deux jours un ministre parfois la Première d'ailleurs nous explique que ça va s'arranger or ça ne cesse de s'aggraver.

GERALD DARMANIN
Disons que les Français aujourd'hui ne voient pas leur station essence fonctionner normalement mais c'est en soi une difficulté très forte et il faut qu'on y réponde. Il faut qu'on réponde en en ouvrant les stocks stratégiques, ce qu'a fait la Première ministre, en demandant aussi aux employeurs de négocier. Vous avez vu que tous les employeurs ne l'ont pas fait de la même manière. Voilà donc je pense qu'il faut que ces négociations salariales se terminent le plus vite possible et je pense que la Première ministre met largement la pression sur ces employeurs et en même temps en refusant qu'une minorité bloque, ce qu'a été le cas bien évidemment. Moi je suis bien conscient que les Français ne vivent pas une vie normale en ce moment et évidemment c'est pour nous très difficile de leur dire ça quand on habite Paris et qu'on les regarde de loin en province. Donc oui vous avez raison le plus rapidement possible, je ne peux pas m'engager.

YVES CALVI
Non mais vous êtes quand même en train de nous dire d'une certaine façon que le gouvernement n'a aucune prise sur la situation.

GERALD DARMANIN
Si, il a une prise sur la situation mais évidemment il faut bien voir aussi que tout n'est pas nationalisé en France, il faut arrêter de d'être l'Etat nounou. Quand c'est une société privée comme TOTAL ou comme Exxon qui possède un site de production avec des syndicats privés l'Etat intervient pour arbitrer mais il ne peut pas se substituer à l'employeur, ni aux syndicats, chacun le comprendra. La Première ministre a pris des décisions courageuses, c'est-à-dire réquisitionner des personnes, c'est-à-dire envoyer des policiers, c'est ce que nous avons fait quand même, jusque chez des personnes pour leur dire vous êtes réquisitionnés par arrêté du préfet, veuillez nous suivre monsieur ou madame pour venir faire fonctionner telle ou telle usine alors que cette usine n'appartient pas à l'Etat, c'est une forme de force voilà compliquée à mettre en place. Ça s’est fait d'ailleurs, je le constate, dans le respect des personnes et merci à la police nationale. Donc le plus rapidement possible.

YVES CALVI
Au minimum en tout cas on attend les résultats. Pensez-vous que nous sommes à la veille de mouvement de grande ampleur, on pense notamment de type gilet jaune, c’est-à-dire qu’il y a un mécontentement dans le pays, il y a une forme de cristallisation, de demandes, vous évoquiez vous-même il y a quelques instants et Philippe MARTINEZ l'a fait à votre place il y a quelques instants, il y a quelques minutes, le problème de pouvoir d'achat dans notre pays.

GERALD DARMANIN
Eh bien, la météo sociale, elle est très difficile à prévoir. Donc je ne peux pas vous répondre à cette question. En tout cas, ce qui est certain…

YVES CALVI
Le ministre de l’Intérieur a des retours de terrain.

GERALD DARMANIN
Oui, mais mes services, je ne crois pas qu’ils aient prévu, ou les ministres précédents, les Gilets jaunes, donc il faut rester très humble. Moi je peux dire que j’ai le retour du terrain de chez moi, des gens que je connais bien, de ma ville de Tourcoing, de ma circonscription. Ce qui est sûr, c'est que les gens n'en veulent pas, me semble-t-il, particulièrement au pouvoir ou à la façon dont les choses fonctionnent, mais ils constatent que leur salaire n'a pas suivi l'augmentation des prix. Et ils constatent qu'une partie, pardon, des patrons, se rémunèrent, et que cette rémunération est disproportionnée par rapport à ce que touche une partie des salariés, la force de travail pour parler comme monsieur MARTINEZ. Et je pense que quand on est sensible à l'avenir de son peuple, comme l’est le président de la République, on constate ensemble que oui, une partie des salaires doivent être augmentés.

YVES CALVI
Ce n’est pas tous les jours que le ministre de l'Intérieur est d'accord avec le responsable de la CGT, je vous propose de…

GERALD DARMANIN
Mais il l’est souvent, d’abord, tout le monde n'a pas la chance d'avoir des grands-parents communistes, ce qui était mon cas, donc… Mais je le dis bien volontiers. Vous savez, mais je pense que, être dans un parti de gouvernement ce n'est pas être dur avec les faibles, et moi je suis très sensible à l'idée que les ouvriers, les employés, doivent vivre du fruit de leur travail, c'est logique.

YVES CALVI
Un tout dernier point, si vous le voulez bien. Les récents chiffres d'atteinte à la laïcité sont en augmentation dans nos établissements scolaires. Que pouvez-vous faire face à des adolescents, qui même manipulés, jouent avec nos lois et finalement nos systèmes de valeurs, sous influence ?

GERALD DARMANIN
Eh bien il y a manifestement une offensive islamiste dans l'école publique française. Je pense qu'il faut dénoncer des choses telles qu'elles sont. Elle n’est pas généralisée, mais elle existe. Et nous voyons beaucoup, avec le ministre de l'Education nationale, de personnes qui essaient de contourner par des habits qui ne sont pas le voile, pour que chacun comprenne ce qui se passe, ce qu'on appelle les abayas, c'est-à-dire des robes longues ou des qamis, c'est-à-dire des pantalons pour les garçons, qui viennent essayer de faire de la provocation, comme à Creil dans les années 90, pour dire : voilà, on dit zut à la laïcité, pour ne pas dire autre chose. La loi de la République est extrêmement claire : on ne peut pas venir avec un vêtement religieux ostentatoire, quel qu'il soit à l'école de la République. Et donc avec le ministre de l'Education nationale, qui a pris hier une instruction, et moi-même j'ai pris au préfet, que j'ai rendue publique hier soir avec lui, nous avons rappelé qu’évidemment chaque chef d'établissement doit interdire la venue de ces vêtements religieux, quel que soit le sexe, quel que soit l'âge de ces personnes à l'école et au lycée publics, et je veux dire que, à chaque fois que ce chef d'établissement fera appel aux forces de l'ordre, comme Joliot Curie à Nanterre ou le chef, le préfet et je crois le chef d’établissement sont très courageux, eh bien nous aiderons les chefs d'établissement à faire respecter la laïcité. Ce n’est pas simplement une crise d'adolescence…

YVES CALVI
Pardonnez-moi, concrètement…

GERALD DARMANIN
…c'est une attaque contre notre système de valeurs et la laïcité.

YVES CALVI
Sur un appel, le chef d'établissement qui est confronté à de tels comportements qu'il ne peut pas gérer, que fait-il ?

GERALD DARMANIN
Eh bien la police intervient…

YVES CALVI
Il appelle la police et il la fait pénétrer dans son établissement ?

GERALD DARMANIN
Non. C'est évidemment à la demande du chef d'établissement, et lorsqu’hier à Joliot Curie il y a des personnes qui s'en prennent à l'établissement, nous avons fait 6 interpellations, et on laissera les policiers pour protéger les enseignants et leur courage, autant qu'il le faudra.

YVES CALVI
Il faut une nouvelle loi Monsieur le Ministre ?

GERALD DARMANIN
Non, puisqu'il faut appliquer cette loi avec je crois fermeté et non interprétation possible. Il n'y a pas de vêtement religieux à l'école publique, c'est notre richesse commune. C'est pas la première fois qu'on a des attaques islamistes au lycée, au collège ou à l'école publique, c'était le cas depuis que je suis adolescent, je me rappelle avoir vu ces élèves de Creil dont l'établissement avait refusé de porter de voile, il y a 30 ans on était courageux, il n’y a pas de raison de ne pas être courageux aujourd'hui.

YVES CALVI
Mais vous nous expliquez ce matin sur RTL que l'appui de l'Etat se traduit avec la présence de la police dans nos établissements scolaires, pour des affaires de vêtements.

GERALD DARMANIN
Non mais c'c'est d'abord un sujet évidemment de chef d'établissement pour interdire l'entrée, d’abord de le mettre dans le règlement intérieur, ce qu'ils font tous, et puis d’en interdire l'entrée. Mais si les choses devaient mal se passer, je constate qu'à Joliot Curie à ça fait plusieurs jours que les choses se passent mal, je crois que l'Education nationale a raison d'être ferme, à tenir bon, voilà, il ne peut pas y avoir de scolarité pour des gens qui trahissent la laïcité, même avec des vêtements qui détournent esprit de notre règle, et donc oui la police est là pour intervenir et pour protéger un chef d'établissement qui est menacé. Il s'est fait tirer dessus par des mortiers, on lui a envoyé des messages d'insultes. Que Samuel PATY soit un exemple si j'ose dire de réveil de l'Etat, et je crois qu’en tout cas, au ministère de l’Intérieur, comme à l'Education nationale, on en est parfaitement conscient.

YVES CALVI
Merci beaucoup Gérald DARMANIN.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 19 octobre 2022