Interview de M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à Public Sénat le 17 novembre 2022, sur la lutte contre le réchauffement climatique, la question de l'eau, les énergies renouvelables, les relations avec les collectivités locales, la corrida et le parti Horizons.

Texte intégral


ORIANE MANCINI
Bonjour Christophe BECHU. Merci d’être notre invité politique ce matin.

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. On est ensemble pendant un peu plus de 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale. Bonjour Julien LECUYER.

JULIEN LECUYER
Bonjour Oriane MANCINI.

ORIANE MANCINI
De La Voix du Nord, Julien, évidemment.

JULIEN LECUYER
Bonjour Monsieur le Ministre.

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
On a beaucoup de sujets à voir avec vous, Christophe BECHU. On commence par la politique migratoire liée au réchauffement climatique justement, puisque les migrations liées au réchauffement climatique vont se multiplier, on a vu, par exemple, ces derniers jours, des inondations qui ont touché le Niger, le Tchad, les pays voisins, qui ont déplacé 1,4 million de personnes. Une étude dit que le changement climatique a rendu 80 fois plus probable ces fortes pluies. Ça veut dire qu’il y aura de plus en plus de réfugiés qui tenteront de venir en Europe. Est-ce que l’accueil de ces réfugiés peut rester exceptionnel, comme le dit le gouvernement depuis plusieurs jours ?

CHRISTOPHE BECHU
D’abord, il faut insister que ces migrations, elles ne sont pas que des migrations du Sud vers le Nord, il y a aussi des migrations entre pays du Sud, il y a eu des dizaines de millions de personnes déplacées au Pakistan par des inondations, ce ne sont pas des gens qui sont venus en Europe. Donc il ne faut pas généraliser non plus des chiffres que l’on voit parfois dans la presse, et qui sont agités à certains desseins. Accueillir des gens qui sont dans une situation de détresse, comme ce qui s’est passé avec The Ocean Viking, dans une situation particulière, c’est exceptionnel, parce qu’on s’est subrogé à la situation italienne, c’est ce qui nous a amené à tenir ces propos et à expliquer qu’il y avait à la fois un devoir d’humanité, parce qu’on n’allait pas laisser des gens se noyer, mais que dans le même temps, ça ne voulait pas dire qu’il fallait qu’on crée une sorte d’appel d’air d’une façon quelconque, et que la France doit garder une maîtrise de sa politique migratoire, c’est la raison pour laquelle certains textes vont être proposés. Le vrai sujet, compte tenu de ce réchauffement climatique, c’est comment on aide les pays à y faire face, comment, d’abord, on accentue nos efforts pour éviter que ce dérèglement continue à s’emballer, et ensuite, comment on les aide à s’adapter. Au coeur de la COP 27, il y a un sujet qui n’est pas forcément le plus médiatique, parce qu’on ne parle pas de degrés, on parle d’euros, on parle de milliards de dollars, sur la façon dont les pays du Nord doivent constituer des fonds pour être capables d’accompagner, à la fois l’adaptation, et l’atténuation au changement climatique dans les pays du Sud.

ORIANE MANCINI
Mais on n’en parle pas…

JULIEN LECUYER
C’est une des directions prises par Emmanuel MACRON, qui souhaite associer plus profondément les pays africains, notamment, et qui vont être victimes du réchauffement climatique. Est-ce que vous pensez qu’il faut aller bien plus loin justement dans cette relation bilatérale ?

CHRISTOPHE BECHU
Emmanuel MACRON s’est à la fois battu pour que les 100 milliards qui ont été promis par le passé soient atteints, je vous rappelle que sur ces 100 milliards d’euros promis par les pays riches, la France en apporte 6, ce qui est tout à fait sa part compte tenu de la somme…

ORIANE MANCINI
Oui, mais sauf que les autres n’apportent pas leur part, ils ne sont pas atteints ces 100 milliards…

CHRISTOPHE BECHU
83 milliards avec les Etats-Unis qui ne payaient pas, le déplacement du président BIDEN, c’était pour dire qu’il allait acquitter la part des Etats-Unis, on espère évidemment qu’ils vont le faire, il y a un petit sujet avec l’Australie, avec quelques pays qui doivent finir de payer. La déclaration finale hier du G20 par le président de la République, dans ce sens, c’est à la fois l’effectivité des 100 milliards, et c’est un message très fort pour proposer que l’Union africaine participe au G20, et que précisément, y compris dans des lieux, dans des instances de décisions, on ne se retrouve pas à prendre des décisions pour la planète sans impliquer un continent, qui, malheureusement, est en première ligne sur ces sujets climatiques, comme vous l’évoquez, et qui est aussi une partie de la solution, pas que du problème dans la manière dont on voit les choses, il y a en particulier des réserves de biodiversité exceptionnelles en Afrique, nous ferons à Libreville, à la fin du premier trimestre, un sommet mondial consacré à l’avenir de la forêt. Parce qu’un des sujets, c’est comment est-ce qu’on aide ces pays à ne pas avoir envie d’accentuer ou de déforester des sites comme le bassin du Congo, mais au contraire, à s’engager dans des programmes comme La Grande muraille verte, c’est-à-dire, dans des programmes massifs de plantations d’arbres pour capter du carbone et pour faire en sorte de préserver une biodiversité qui est essentielle à notre planète…

ORIANE MANCINI
Et il y aura qui dans le sommet de Libreville ?

CHRISTOPHE BECHU
Ce sera donc co-organisé par la France et le Gabon, ça sera un One Forest Summit, c’est-à-dire un sommet qui aura vocation à s’adresser au monde entier et à regarder comment sur ces sujets les pays du Nord peuvent donner aussi un coup de main aux pays du Sud, de manière beaucoup plus forte pour les accompagner dans la préservation de ces réservoirs de biodiversité.

ORIANE MANCINI
A quelle date ?

CHRISTOPHE BECHU
Dans le premier trimestre. L'annonce, elle a été faite au début de la COP, mais elle rejoint un autre sujet, d'un mot, parce qu'on est vraiment sur ces enjeux environnementaux, et ils y sont cruciaux, dans quelques heures, quelques jours, va se finir la COP 27 à Charm el-Cheikh. Mais dans quelques jours aussi, commence une nouvelle COP, la COP 15, à Montréal, qui, elle, est totalement centrée sur les enjeux de biodiversité, et la position que j'irai défendre là-bas, c'est la préservation dans tous les pays du monde de 30 % des terres et de 30 % des mers pour qu'on ait des sanctuaires à la fois de biodiversité et de préservation des écosystèmes. A la minute où je vous parle, on est presque 115 pays dans cette coalition qu'on a lancée, avec le Costa Rica, pour défendre cette position forte, et, là aussi, l'annonce, en ouverture de la COP 27 par le président de la République, que nous nous opposerions à toute exploitation des fonds sous-marins, nous permet de coaliser des pays sur la préservation de ces îlots, de ces sanctuaires dont on a absolument besoin.

JULIEN LECUYER
Monsieur le Ministre, juste une petite question là-dessus, parce qu’on sait que les milieux les plus militants voient ces COP comme des sommets d’où ne sortent finalement pas beaucoup de décisions, et finalement, pas, en tout cas, à la mesure des enjeux climatiques. Comment vous, vous percevez toutes les actions de ces militants, comme d’asperger de peinture les oeuvres d'art ou de bloquer les routes pour sensibiliser aux questions climatiques ?

CHRISTOPHE BECHU
Je pense que ça dessert profondément la cause que ça prétend servir. Ça provoque l'incompréhension, les gens ne voient pas le lien, et que ces actions aient lieu dans les seuls pays au monde qui ont commencé à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre provoquent aussi chez une partie des gens une forme de décalage, il y a une vingtaine de pays sur la planète aujourd'hui qui ont baissé leurs émissions, alors, pas au bon rythme, ils doivent faire en sorte d’accélérer…

JULIEN LECUYER
Mais qui sont parmi les plus producteurs de gaz à effet de serre également…

CHRISTOPHE BECHU
Mais, ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, à l'échelle du monde, l'Europe est le seul continent qui a diminué, qui a effectivement commencé à diminuer ses émissions, on n'est pas dans le bon rythme, il faut qu'on accélère, mais allez dire : vous ne faites rien, c'est faux, parler d'inaction climatique quand des quantités de gens ont déjà commencé à changer leurs habitudes, font en sorte de prendre davantage le vélo, ont modifié leurs habitudes de déplacement, de consommation, quand des décisions courageuses sont prises, comme la sortie des véhicules thermiques, quand on engage des plans de rénovation, peut-être qu'il faut aller plus vite, certainement…

JULIEN LECUYER
Vous, vous trouvez ça injuste ? Injuste et décalé, c’est ça que vous dites…

CHRISTOPHE BECHU
Contre-productif. Le vrai sujet, ce n’est pas que ce soit injuste, je veux dire, mais c'est contre-productif, ce que ça provoque, ce n'est pas : tiens, l'écologie est une cause à laquelle je vais me rallier, ce n'est pas ça que ça provoque.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot là-dessus, puisque le groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale demande une mission d'information sur le suivi des objectifs affichés par le gouvernement en matière climatique, et notamment sur l'accord de Paris, vous y êtes favorable ?

CHRISTOPHE BECHU
Je n'ai aucun problème avec le fait qu'il y ait des missions parlementaires qui soient conduites, et ce n’est pas à un membre du gouvernement d'apprécier s’il est souhaitable ou pas que le Parlement travaille dans une direction. Je n’ai aucun problème…

ORIANE MANCINI
Ça, ça veut dire qu’il y a des doutes sur le fait que vous respectiez vos objectifs…

CHRISTOPHE BECHU
Je ne peux pas croire que Les Républicains aient le moindre doute sur la volonté écologique du gouvernement, parce qu'ils considéreraient qu'on n’en fait pas assez.

ORIANE MANCINI
On va parler de la question de l'eau, c'est à la Une de La Voix du Nord. On va regarder ça.

JULIEN LECUYER
Oui, une grande préoccupation de La Voix du Nord, mais également de pas mal de départements, puisqu'il y a plusieurs dizaines d'entre eux, là, qui sont actuellement toujours soumis à des restrictions sur les prélèvements et les usages de l'eau, vous évoquiez même, vous avez évoqué récemment des restrictions potentielles encore en décembre ou janvier, est-ce qu'on va vers finalement une pénurie permanente, qui réclamera des restrictions sur l'ensemble de l'année ?

CHRISTOPHE BECHU
Le 29 juillet, j'ai pris un décret qui permet toute l'année, toute l'année, de pouvoir potentiellement prendre des restrictions, on ne l’a pas fait parce qu’on ne savait pas quoi faire le 29 juillet, on l’a fait, parce que, aujourd’hui, on a une situation de stress hydrique qui est inquiétante sur le territoire. L'été qu'on a vécu, c'était le résultat de 9 mois de déficit de pluviométrie, la situation dans laquelle on est aujourd'hui, vous venez de le dire de manière très juste, c'est qu'on a encore dans le pays des endroits qui sont sous tension, parce qu'on n'a pas eu suffisamment d’eau. Et les perspectives que nous avons, alors, elles ne vont pas jusqu'à l'été prochain, mais elles nous conduisent à devoir économiser l'eau et à être dans un réflexe de fin de l'abondance, de fin de l'insouciance, pour reprendre la Une de votre journal ce matin. Et donc pour être précis, nous avons, fin septembre, à Marseille, avec Bérangère COUILLARD et avec le ministère de l'Agriculture, avec Marc FESNEAU, lancé les Assises de l'eau qui sont à la fois un retour complet d'expérience sur l'été qu'on a vécu et sur les 12 derniers mois, et qui sont un panel d'actions que nous lançons. 20 % de l'eau potable dans ce pays, elle part dans les fuites de canalisations, et on a des écarts qui vont de 5, 6 % pour les réseaux les plus performants, jusqu'à 70 % de fuites dans certaines communes. Nous ne réutilisons les eaux usées, retraitées, qu’à moins de 1%, 10 fois plus en Italie, 20 fois plus en Espagne, 80 fois plus en Israël, d'habitude de se dire, de l’eau…

JULIEN LECUYER
Ça, c’est le constat, mais justement, sur…

CHRISTOPHE BECHU
Non, non, ce sont des pistes sur lesquelles nous travaillons…

JULIEN LECUYER
Oui, mais justement, les pistes, c’est quoi, c’est un investissement massif dans la réparation des canalisations, on sait que c'est un énorme déficit et qu'on est largement en retard par exemple par rapport à l'Allemagne. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

CHRISTOPHE BECHU
On peut effectivement diviser par deux les taux de fuites, il y a plein de phénomènes et de facteurs sur lesquels nous jouons, dans le cadre de ces Assises de l'eau, on aura, d'ici la fin de l'année, un plan d'action qui sera détaillé sur les différents items. Il y a des sujets sur lesquels on a commencé à travailler, et les autres, ils feront l'objet d'engagements précis : diviser par deux le taux de fuites, c'est un excellent élément…

JULIEN LECUYER
D’ici quand ?

CHRISTOPHE BECHU
La fin de l'année, c'est la perspective qu'on a donnée à l'ensemble de ceux qui travaillent, c'est-à-dire toutes les agences de bassin, le Conseil national de l'eau, les acteurs qui sont issus des différents mondes des utilisateurs.

JULIEN LECUYER
Est-ce que ça ne doit pas remettre aussi en cause la stratégie de construction des bassines face à ce stress hydrique dont vous parlez ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord, ça doit nous conforter dans la lutte contre l'étalement urbain, parce qu'au risque de vous surprendre, la première nécessité, c'est qu'on puisse continuer à alimenter les nappes phréatiques, et plus vous urbanisez, plus vous allez bétonner, et plus vous posez cette difficulté. Ensuite, sur les bassines ou sur les retenues, parce que les mots ont un sens, en soi, le procédé, on ne peut pas le qualifier de bon ou de mauvais, le vrai sujet, c'est que, avant toute chose, il faut qu'on fasse évoluer nos pratiques, et les agriculteurs aussi, c'est-à-dire d'aller vers des pratiques qui sont moins consommatrices en eau, pour autant, projet par projet, vous pouvez avoir des endroits où ça a du sens de vous retrouver avec une retenue qui vous évite de pomper dans l'étiage pendant l'été, parce que la plupart des agriculteurs, ils n'accaparent pas l'eau pour leur consommation personnelle, ils l'utilisent pour faire en sorte de produire ce que nous mangeons. Et il y a une certaine hypocrisie à taper sur l'agriculture, parce que si on a un recul de notre agriculture et qu'on augmente ce qu'on importe en termes d’agriculture, avec souvent des considérations environnementales nettement moins regardantes que celles que nous avons, on ne résout pas le problème.

JULIEN LECUYER
Les militants anti-bassines, ils sont hypocrites pour vous ?

CHRISTOPHE BECHU
Deux choses, je ne confonds pas un jeune qui jette de la purée sur un tableau avec quelqu'un qui jette une boule de pétanque ou un cocktail Molotov sur un gendarme, et donc, ce que je souhaite aussi, c'est qu'on soit capable de faire la distinction et de ne pas donner le nom d'écologistes à des gens, qui sous couvert de pseudo-revendications écologistes, font au contraire en sorte de…

JULIEN LECUYER
Vous reprenez le terme d’éco-terrorisme de Gérald DARMANIN…

CHRISTOPHE BECHU
Non, je ne le reprends pas…

ORIANE MANCINI
Il n’y a pas d’éco pour vous ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne le reprends pas, je considère que, en l'espèce, la cause, c'est juste le paravent qui permet un déferlement de violences, aucune cause ne justifie de s'en prendre à l'intégrité physique d'un agent des services publics.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le texte énergies renouvelables, Julien.

JULIEN LECUYER
Oui, alors qui arrive, qui est en ce moment à l'Assemblée nationale, à quels compromis êtes-vous prêt pour emporter une majorité sur ce texte ?

CHRISTOPHE BECHU
Ecoutez, on sort du Sénat, et il me semble que, après l’avis de la Haute Assemblée, après le vote, il y a déjà un certain nombre de compromis et de chemins qui ont été trouvés, c'est plutôt rassurant, parce que…

JULIEN LECUYER
Oui, mais visiblement, ça ne va pas assez loin, Olivier MARLEIX, le patron des députés Républicains, estime qu'il faut établir un vrai droit de veto des maires, est-ce que vous êtes prêt à leur accorder cet amendement ?

CHRISTOPHE BECHU
Les sénateurs sont très proches des élus municipaux, et il ne vous a pas échappé qu'ils étaient…

ORIANE MANCINI
Olivier MARLEIX…

CHRISTOPHE BECHU
Ce que je veux dire, c'est qu'il ne vous a pas échappé que certains d'entre eux étaient entrés dans l'hémicycle avec l'idée que la bonne solution, c’était un droit de veto, et puis, vous avez des associations d'élus qui ont expliqué pourquoi ça leur semblait être une mauvaise idée, je pense que quand Les Républicains à l'Assemblée nationale vont entrer en détail du texte et vont échanger avec leurs collègues du Sénat, ils comprendront pourquoi c'est une fausse, bonne idée.

ORIANE MANCINI
Donc vous comptez sur un accord entre députés et sénateurs LR finalement ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, je compte sur le fait que la sagesse du Sénat puisse infuser jusqu'à l'Assemblée nationale sur ce sujet.

ORIANE MANCINI
Sinon, tant pis pour le texte ou vous irez jusqu'au 49.3 ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, je suis intimement convaincu que les voies d’un accord existent, c'est quand même un sujet d'intérêt général, on ne va pas se disputer sur tous les textes dans ce pays, on ne peut pas tous expliquer, et y compris lancer des missions d'enquête pour dire : il faut sur les questions climatiques qu'on soit plus mobilisé, certains dans ce pays sont malheureusement encore contre le nucléaire, alors que la preuve de son efficacité climatique existe, mais il y a au moins un sujet qui réunit tout le monde, c'est la nécessité qu'on accélère sur les énergies renouvelables. Certains peuvent avoir des réserves sur tel ou tel type d'énergies renouvelables, mais on sait que c'est-ce qu'il y a de mieux et qu'on a besoin de produire davantage d'énergies, parce que, si, demain, on veut pouvoir se passer du pétrole, sans pour autant que chacun reste chez soi, il faut bien qu'on soit capable de produire de l'électricité qui alimentera les batteries, qui permettra…

JULIEN LECUYER
Vous dites, la géothermie n’est pas assez exploitée justement, est-ce que c’est quelque chose que vous regardez ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous avez tout à fait raison, je pense qu'on a autour de la géothermie des pistes extrêmement importantes sur lesquelles on peut travailler, et pour ne rien vous cacher, je suis en ce moment même en train de regarder comment nous pourrions équiper le ministère de l'Ecologie d'un site de géothermie, pour assurer une partie de sa neutralité. Donc…

JULIEN LECUYER
Mais pourtant…

CHRISTOPHE BECHU
On est en ce moment même en train de finaliser l’approche, je n'avais pas prévu de vous le dire, mais puisque vous m’interrogez et que vous me prenez au débotté sur…

ORIANE MANCINI
Mais vous faites bien de nous le dire…

CHRISTOPHE BECHU
Notamment parce que je crois…

ORIANE MANCINI
Vous pouvez même nous en dire plus…

CHRISTOPHE BECHU
Alors, je vais vous en dire un mot de plus, moi, je suis convaincu que la politique, c'est d'abord de l'exemplarité, et donc au moment où vous tenez un discours sur la nécessité de faire en sorte d'aller vers des énergies renouvelables ou de conduire des opérations de rénovation, il faut que les pouvoirs publics, ils commencent par se l'appliquer à eux-mêmes pour aussi entraîner les citoyens sur un certain nombre de sujets, et donc très concrètement, puisqu'on sait qu’un des postes principaux d’émissions, eh bien, c’est ce qui fuit, c’est ce qui s’échappe de nos bâtiments, on a une nécessité, y compris dans des bâtiments publics, à avoir une perspective de rénovation de passage aux énergies renouvelables de manière ambitieuse.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le bonus réparation.

JULIEN LECUYER
Oui, alors que vous avez annoncé pour le 15 décembre l'ouverture en phase de test pour l'instant, c'est donc pour le rappeler, inscrit dans la loi anti gaspillage de 2020, me semble-t-il, pour une économie circulaire qui prendra la forme d'un forfait de 10 à 45 euros selon le type d’appareils à réparer. Oui, j’ai mes notes sous les yeux, c’est plus facile.

CHRISTOPHE BECHU
Super !

JULIEN LECUYER
500 réparateurs ont été agréés, me semble-t-il, 500 pour l'ensemble du territoire, est-ce que ce n'est pas un petit peu faible au regard des enjeux pour mi-décembre ?

CHRISTOPHE BECHU
C'est très exactement la raison pour laquelle c’est une phase de test, c'est-à-dire qu’on sait que ce nombre de réparateurs, il est insuffisant par rapport aux besoins, avec des annonces qui sont arrivées au milieu du mois de novembre, c'est une forme d'appel pour qu'un certain nombre de gens puissent penser à faire la démarche pour se faire agréer, parce que je pense qu'il y a des gens qui pourraient se faire agréer comme réparateurs et qui ne l’avaient pas forcément en tête…

JULIEN LECUYER
... Il y a des artisans qui nous disent, ils s'arrêtent en cours de certification, ça coûte de l'argent, c'est un peu lourd administrativement, parce qu'il faut envoyer les factures à comment... ça s'appelle... Eco…

CHRISTOPHE BECHU
Ecosystem…

JULIEN LECUYER
Ecosystem, voilà, pour se faire rembourser. Est-ce que vous vous entendez ces critiques ?

CHRISTOPHE BECHU
Le choix qui a été fait par le gouvernement, c'est que ce soit simple pour celui qui fait réparer son appareil, et donc, que le prix soit déduit de la facture, évidemment, ça veut dire qu'il y a derrière un peu d'arrangements, d'ingénierie et de suivi administratif. On est au début du processus, vous l'avez dit, il commence dans un mois, moi, ce que je veux quand même dire, c'est que voilà en exemple d'une écologie concrète et positive qui est bonne pour le pouvoir d'achat, qui est bonne pour l'emploi, qui est bonne pour le climat, l'enjeu, c'est qu'il y ait 2 millions d'appareils électroménagers de plus chaque année qu’on ne jette pas et qu'on répare, qu'on augmente de 20 % ce qu’on répare. Et je pense qu’on peut aller bien plus loin, c'est encore une fois un enjeu climatique, parce que prélever des ressources dans la nature pour faire en sorte de produire des nouveaux objets, les jeter, alors qu'ils pourraient être réparés, c'est gaspiller, c’est être dans une forme d'insouciance, dont on doit sortir sur ces sujets, et encore une fois, je le redis, bon pour le pouvoir d'achat, bon pour l'emploi, bon pour le climat, donc, on va insister sur ce qui est positif, et on va faire en sorte de le renforcer.

ORIANE MANCINI
Christophe BECHU, vous êtes aussi ministre de la Cohésion des territoires, le congrès des maires s'ouvre la semaine prochaine, et les maires sont inquiets pour leur pouvoir d'agir, c'est le thème de leur congrès, ils sont inquiets pour leur marge de manoeuvre, ils ne veulent pas d’un encadrement de leurs dépenses, soutenus par les parlementaires, le Sénat dit : c'est une ligne rouge, est-ce que vous allez renoncer à cette mesure ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez que nous sommes en train de discuter notamment avec les sénateurs sur ce sujet, la discussion parlementaire, elle est en cours, vous savez, moi, je suis le ministre qui a reçu toutes les associations d'élus au début du mois de juillet avec Caroline CAYEUX, avec Gabriel ATTAL, en leur disant : on arrête les contrats de Cahors, on vous a entendus, le contrat de Cahors, c'était : vous venez chez le préfet, vous signez devant lui un papier comme quoi vous allez être vertueux, il n’y a plus rien à signer, parce que la logique, c'est qu'on vous fait confiance, le seul sujet, c'est que si on a une trajectoire des finances publiques qui dérape, là, on ira regarder individuellement les situations. Et on avait un dispositif…

ORIANE MANCINI
C’est ça que dit l’association des maires de France, ils disent, ce sont les contrats de Cahors en pire…

CHRISTOPHE BECHU
Parfois, les propos peuvent dépasser la pensée, et donc, dans ce domaine, il faut à la fois raison garder quand on regarde la réalité du texte, si vous avez vu dans le détail, à la fois, ce qui était proposé en début de discussions, il y a quelques tensions qui sont apparues avec la suppression de la loi de programmation des finances publiques, ont fait que, du coup, un dispositif qui était prévu dans ce texte a été réintroduit à l'intérieur du PLF, sous une forme un peu plus rude que la manière dont nous avions discuté et négocié avec les collectivités locales ; on est en train de regarder comment on atterrit collectivement sur un dispositif intelligent.

ORIANE MANCINI
Donc vous pourriez revenir sur ce qui a été inscrit dans le budget pour le moment ?

CHRISTOPHE BECHU
Je le redis, il y a une co-construction législative qui est en train de se faire avec le Sénat pour essayer de trouver…

JULIEN LECUYER
Vous entendez cette critique des élus locaux, vous-même, vous êtes un élu local, qui disent, pendant que l'Etat est endetté à plus de 120% du PIB, on nous réclame un rigorisme que l'Etat ne s'applique pas à lui-même, est-ce que vous comprenez finalement qu’ils puissent être un petit peu agacés par cette attitude ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord, je comprends l'agacement des élus tout court, vous savez, quand vous commencez un mandat sous le Covid, que vous vous retrouvez à gérer des tensions, à gérer une crise sanitaire, à manquer de temps ou d'occasions en présentiel pour passer du temps avec votre équipe, avec vos collègues, on a énormément de démissions qui sont aussi liées à ce contexte, avec parfois une agressivité, qui s'exprime de manière rapide, vous avez un premier sujet. Ensuite, vous avez le retour de l'inflation, avant même qu'on discute des mécanismes et de nos relations, qui n'a jamais été vu, une explosion des prix de l'énergie, qui concerne toutes les collectivités locales en Europe, mais, même si chez nous, des mesures beaucoup plus fortes ont été prises que dans d'autres pays, impactent les budgets, créent des incertitudes, entraînent aussi la nécessité parfois, eh bien, de ne pas répercuter totalement la hausse sur les prix de la cantine, parce qu'on veut préserver les habitants, etc. Qu'est-ce qu'on fait face à ça, d'abord, pour la première fois depuis 13 ans, on remet de l’argent dans le cadre de la dotation globale de fonctionnement, ça faisait 13 ans que ce n'est pas arrivé, une partie aujourd'hui de ceux qui donnent des leçons, quand ils étaient en responsabilité, ils ont diminué la DGF. Personne... aujourd'hui, on nous demande de l'indexer, je rappelle que c'est la droite qui a cessé de la désindexer, puis, la gauche qui l'a diminuée, et aujourd'hui, on fait comme si elle avait toujours été indexée et que c'était la seule année où on ne le faisait pas, ce n’est pas exact, c'est la première année depuis 13 ans où on remet de l'argent. Et à côté de cet argent, on ajoute près de 4,5 milliards de crédits nouveaux, 2,5 milliards dans le cadre de mesures qui permettent d'accompagner ce qui se passe en termes d'énergie, et 2 milliards de fonds vert pour accélérer sur les sujets de transition écologique.

JULIEN LECUYER
Dont on nous dit que ces 2 milliards sont issus de fonds recyclés.

CHRISTOPHE BECHU
Alors, c’est un hommage à l'écologie d'utiliser le mot « recycler » pour en parler…

JULIEN LECUYER
Tout à fait, bravo à vous…

CHRISTOPHE BECHU
Mais pour être précis…

JULIEN LECUYER
Mais est-ce que c’est de l’argent vraiment nouveau ?

CHRISTOPHE BECHU
Pour 1,7 milliard, c'est de l'argent nouveau, pour 300 millions, c'est le successeur du Fonds Friches, mais qui était censé s'arrêter au 1er janvier. Donc c’est 2 milliards de crédits nouveaux par rapport à ce qui était imaginé il y a 6 mois dans le budget, et c'est 1,7 milliard de plus à périmètre constant que ce qui existait dans le budget 2022.

ORIANE MANCINI
Il y a des maires qui sont contraints, c’est ce qu’ils disent, d'augmenter la taxe foncière, notamment à Paris, Anne HIDALGO, qui va l'augmenter de 50%, elle dit qu'elle est contrainte de faire parce que le gouvernement n'a pas assumé ses responsabilités et aussi que c'est pour accélérer la transformation écologique, ça devrait vous faire plaisir. Qu'est-ce que vous répondez ?

CHRISTOPHE BECHU
On se focalise beaucoup sur Paris pour des quantités de raisons, mais la maire de Paris n'est pas responsable quand elle n'assume pas ses responsabilités, tout le monde sait que Paris avait une taxe foncière très basse parce que c'est une des villes les plus riches de France, qui est en même temps une ville et un département, elle touche les droits de mutation qui au cours de ces dernières années ont particulièrement soutenu le budget des collectivités parisiennes, dans un contexte qui est compliqué pour tout le monde, il y a ceux qui font des efforts et il y a ceux qui considèrent que, au contraire, il faut augmenter les impôts. Je regrette que la maire de Paris habille ce choix au lieu d'assumer, en expliquant que c'est de la faute des autres, ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique.

ORIANE MANCINI
Elle n’assume pas quoi ? Vous dites qu’elle gère mal son budget ?

CHRISTOPHE BECHU
Elle dit, c’est à cause de l’Etat, c’est à cause de l’Etat que je le fais…

ORIANE MANCINI
Et vous, vous dites quoi ?

CHRISTOPHE BECHU
Qu’elle assume…

JULIEN LECUYER
Mauvaise gestionnaire, c’est ça que vous voulez dire ?

ORIANE MANCINI
Que c’est une mauvaise gestion ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous le dites vous-même, je veux dire, tout le monde sait que la dette à Paris a explosé, tout le monde sait qu’il n’y a pas d’efforts qui ont été faits, et que c'est parce qu'elle a des soucis à l'intérieur de sa majorité et qu'elle n'a pas réussi à aboutir sur des plans d'accord sur des économies qu'on se retrouve dans cette situation.

ORIANE MANCINI
Donc ce n’est pas le gouvernement, ce n’est pas une mauvaise compensation de dépenses Covid, comme elle dit ?

CHRISTOPHE BECHU
52 % d'augmentation de la taxe foncière, c'est de la faute du gouvernement, écoutez, je sais qu'on a le dos large, mais il y a quand même des limites.

ORIANE MANCINI
Un sujet qui risque de diviser, qui divise d'ailleurs, votre majorité et les élus, c'est la corrida, est-ce qu'il faut l'interdire, comme le propose La France Insoumise ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord, moi, je me réjouis que l'attitude globale de la majorité présidentielle, ça a été de laisser la liberté de vote, parce que vous comprenez que ce n’est pas un sujet sur lequel c'est facile d'avoir une opinion, ça peut parfois interroger l'intime de chacun. Je déplore que La France Insoumise utilise une niche parlementaire pour faire une sorte de coup médiatique pendant 2h, à discuter d'un sujet, dans un contexte, où, je pense sincèrement que les Français ont d'autres préoccupations. La position du gouvernement qui a été rendue publique ces dernières heures, c'est de dire, on ne veut pas envoyer le signal qu'on interdit des traditions et avec accessoirement cette idée qu’un sujet comme celui-là mériterait au lieu d'une proposition cash par un député médiatique qui veut retrouver une place dans les médias, qu'on prenne le temps d'avoir une concertation, des échanges, il y a peut-être des marges sur lesquelles on peut discuter, mais il y a une forme de provocation qui d’ailleurs je pense est totalement assumée par la France insoumise…

JULIEN LECUYER
L’interdiction aux personnes de moins de 16 ans, c’est pour vous une piste ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous avez encore une fois entre les différents sujets dont je m'occupe, je ne peux pas dire que j'ai travaillé dans le détail la proposition de loi de monsieur CARON pour savoir comment elle pourrait être amendée. Ce que j'observe c'est que derrière vous avez des sujets si j'ai bien compris qui concernent aussi les combats de coqs, en particulier outre-mer et dans le nord de la France.

JULIEN LECUYER
Dans le Nord de la France, oui.

CHRISTOPHE BECHU
C’est pour ça que je prends volontairement cet exemple avec vous et donc il y a certaines personnes qui compte tenu de leurs habitudes culturelles ou locales ne comprennent absolument pas ce que sont les traditions des autres mais ont parfois une sorte de bienveillance avec ce qui se passe près de chez eux. Et donc là-dessus il faut se garder d'avoir des discours qui soient définitifs ou moralisateurs et effectivement regarder…

ORIANE MANCINI
Parce que ça fait le jeu du Rassemblement national ?

CHRISTOPHE BECHU
Parce que je pense qu'à la fin ça fait le jeu des extrêmes tout court, vous finissez par agiter des sujets, alors c'est facile parce que ça tient en quelques minutes sur la manière de les présenter, mais derrière ça veut pas dire qu'on cherche à construire une nation, ça veut dire qu'on cherche au contraire à amplifier ses divisions et on a déjà tellement de sujet sur lesquels il faut qu'on s'efforce d'apaiser quand on est en situation de responsabilité.

ORIANE MANCINI
En plus d'être ministre ? Vous êtes secrétaire général d'Horizons, c'est le parti d'Edouard PHILIPPE, est-ce qu'il y aura des listes Horizons aux élections sénatoriales ?

CHRISTOPHE BECHU
Il y aura évidemment des candidats Horizons, ce n’est pas ici dans cette maison que je vais vous rappeler que les élections sénatoriales répondent à des logiques particulières, ce ne sont pas des listes nationales, que sont des configurations locales dans certains départements où il y a beaucoup de sénateurs, on est parfois davantage dans des optiques de liste, mais dans beaucoup d'autres ce sont des candidatures individuelles. Horizons dans son lancement…

ORIANE MANCINI
Ce sera Horizons ou ce seront des candidats et des listes ensemble ?

CHRISTOPHE BECHU
Quand Edouard PHILIPPE a lancé Horizons, il a expliqué que un des enjeux pour lui, c'était de faire en sorte qu'on puisse redonner aux élus locaux une place dans le débat public, que la fin du cumul des mandats faisait que du coup les maires en particulier cessaient d'avoir voix au chapitre sur le sujet national et qu'il fallait qu'on redonne des espaces d'expression. C’est ce qui se passe avec le lancement du parti, près de 500 maires aujourd'hui qui nous ont rejoints, plus de 500 comités sur le plan local, l'enjeu c'est évidemment qu'à l'occasion de ces élections sénatoriales on fasse entendre la voix de la majorité présidentielle au sens large, on a quelques marges de progression au sein de la Haute Assemblée et évidemment la voix d'Horizons à l'intérieur de tout ça.

ORIANE MANCINI
Vous souhaitez un groupe Horizons ?

CHRISTOPHE BECHU
Je n'en suis pas là, on fait les choses par étapes.

ORIANE MANCINI
Dernière question sur les mascottes.

JULIEN LECUYER
Oui parce que vous vous êtes étonné, vous êtes étonné que la production de la mascotte, les petites Phryges là qui est pour les JO de 2024 soient faites en Chine, est-ce que vous avez eu l'assurance depuis qu’elles seraient produites en France ?

CHRISTOPHE BECHU
Je dois avoir un échange avec le président du comité d'organisation des Jeux olympiques dans la journée, donc on va avoir quelques échanges.

JULIEN LECUYER
Vous allez lui rappeler quoi, que c’est quand même un peu important quand même que ça se passe en France ?

CHRISTOPHE BECHU
Moi j'ai l'habitude quand je conviens d'un rendez-vous téléphonique avec quelqu'un de ne pas faire la conversation téléphonique par avance sur le plateau en face des journalistes et d'attendre le moment où on va pouvoir échanger. Et je vais lui faire part évidemment de mon émotion dans un premier temps et du fait qu’en termes de symbole, ça me semble être un très mauvais signal au moment où d'autres compétitions sportives font parler d'elles.

JULIEN LECUYER
A priori…

CHRISTOPHE BECHU
Je n’ai pas beaucoup de docs là-dessus.

ORIANE MANCINI
Merci Christophe BECHU, merci d’avoir été notre invité.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 21 novembre 2022