Interview de M. Olivier Klein, ministre chargé de la ville et du logement, à RTL le 17 novembre 2022, sur l’effondrement de deux immeubles en plein centre-ville de Lille, les places d’hébergement pour les enfants et les passoires thermiques.

Texte intégral

 

YVES CALVI
Amandine BEGOT vous recevez ce matin Olivier KLEIN, notre ministre délégué chargé de la Ville et du Logement.

AMANDINE BEGOT
Olivier KLEIN, vous vous êtes rendu à Lille lundi, après l’effondrement de deux immeubles en plein centre-ville, une personne – on le rappelle – a été tuée. Mais le bilan aurait pu être bien lourd. Vous avez demandé une mission d’étude pour comprendre les causes de ce drame, a priori on est d’accord, rien ne laissait penser que ces immeubles allaient s’effondrer ?

OLIVIER KLEIN
Non, vous avez raison. Il s’est produit à Lille un drame ce week-end, je voudrais encore une fois saluer la mémoire du médecin qui a disparu dans ce drame. Saluer aussi la clairvoyance des jeunes qui ont donné l’alerte, et je les ai eus au téléphone dès le samedi et rencontrés lundi. Eux-mêmes le racontent, quand ils sont sortis vers 20h00, rien n’était visible, et quand ils sont revenus, les murs gonflaient. Et je veux aussi saluer l’intervention rapide, et des forces de police municipale…

AMANDINE BEGOT
Mais on n’est pas dans une zone insalubre, pas de problème d’entretien comme on avait pu connaître rue d’Aubagne à Marseille, par exemple ?

OLIVIER KLEIN
Non non, absolument, on n’est pas du tout, même si évidemment le gouvernement est mobilisé sur la question de la salubrité, la ville de Lille aussi est très en pointe sur ces questions-là, c'est pour ça que j'ai demandé cette mission complémentaire, qui viendra s'ajouter au travail des experts, au travail judiciaire, d'investigation, qui est nécessaire dans un tel drame, et donc j'ai demandé à une entreprise publique, le CSTB, de venir compléter pour comprendre. C'est vrai que dans ces centres-villes anciens il peut y avoir des fragilités, c'est important de les comprendre pour qu'un tel drame ne puisse pas se reproduire, à Lille ou ailleurs.

AMANDINE BEGOT
En voyant ces images, de nombreux auditeurs, d’ailleurs, se sont dits : mais pourquoi le mien tiendrait plus debout que d’autres ? Ça c'est un souci permanent, il y a des règles, les maires sont j'allais dire au plus près ces préoccupation-là ?

OLIVIER KLEIN
Oui, c'est pour ça qu'il est important que les règles d'urbanisme, parfois on se dit, c'est compliqué, ça nous embête etc., mais ne jamais faire des travaux chez soi, sans faire la déclaration de travaux, ne pas s'amuser à toucher un mur qu’on croit qu'il n’est pas porteur, mais il l’est, ne pas mettre une dalle de béton sur un parquet en bois parce que l'on peut alourdir etc.

AMANDINE BEGOT
Parce que l’on peut arriver à des drames comme ça.

OLIVIER KLEIN
Donc vraiment, les maires sont équipés, il y a des contrôles qui doivent être faits, chaque travaux doivent être surveillés, et il faut faire toute la lumière sur ce drame.

AMANDINE BEGOT
Olivier KLEIN, 43 élus de tous bords ont signé cette semaine une lettre ouverte à Elisabeth BORNE, pour qu'aucun enfant ne dorme dans la rue cet hiver, ils étaient 2 000 fin octobre, 2 000 enfants dehors chaque nuit, c'est 2 fois plus qu’en janvier dernier, ce sont les chiffres du SAMU Social. Que leur répondez-vous ce matin sur RTL ? Il n’y aura pas d’enfants dehors en France cet hiver ?

OLIVIER KLEIN
Un enfant, avec sa famille, qui dort à la rue, c'est insupportable, et vraiment depuis que je suis arrivé ministre, mais mes prédécesseurs de la même manière, on est extrêmement mobilisé sur cette situation. Je peux vous assurer que chaque soir, j'ai demandé aux préfets d'être extrêmement attentifs aux appels au 115, aux familles qui ont des enfants, pour qu'elles soient mises à l'abri. Oui, il en reste encore, on y travaille.

AMANDINE BEGOT
Mais, les services disent qu'ils sont débordés, qu'il y a plus de places. Vous allez ouvrir de nouvelles places d’hébergement pour ces enfants, ces familles ?

OLIVIER KLEIN
Alors, d’abord, je veux redire que le gouvernement a conservé le nombre de places. Chaque soir il y a 197, 198 000 places ouvertes.

AMANDINE BEGOT
Il devait y en avoir 14 000 de supprimées dans le projet de loi finance.

OLIVIER KLEIN
Voilà. Et on a décidé de ne rien supprimer. C'est 5,5 millions d'euros chaque soir qui est dépensé pour héberger ces 197…

AMANDINE BEGOT
5,5 millions d'euros, chaque soir.

OLIVIER KLEIN
Chaque soir, pour héberger ces 198 000 personnes. Donc j'ai demandé hier aux préfets d'utiliser les fonds de réserve grand froid, pour pouvoir permettre d'accueillir encore plus d'enfants. Je travaille avec les associations, chaque semaine ou une semaine sur deux on se réunit pour faire le point et prendre les cas, un par un. Aucun enfant ne doit dormir à la rue, on est tous mobilisé, les associations, les élus, les services de l'Etat, les préfets qui cherchent des solutions. On travaille à de nouvelles solutions. Moi je l'ai dit, s'il faut aller vers des réquisitions, il faudra aller vers des réquisitions. On travaille aussi sur le long terme, vous savez qu’il y a des systèmes d'hébergement d'urgence avec des systèmes provisoires, des Algeco. Il y a un toit urbain, par exemple, qui a été mis en place aux portes de Paris en ce moment. Je veux explorer toutes les solutions pour qu'aucun enfant ne dorme à la rue. On y travaille.

AMANDINE BEGOT
Et ça, vous vous y engagez ce matin.

OLIVIER KLEIN
Je m’y engage, mais je sais que c'est aussi un travail difficile.

AMANDINE BEGOT
Il y a les sans sans-abris, il y a aussi les mal-logés, 5 millions de passoires thermiques selon votre ministère, on est à 7, 8 millions, selon la Fédération nationale de l'immobilier, ça représente en tout cas 12 millions de Français, un peu plus d'un Français sur 6. Le gouvernement a décidé d'augmenter le budget alloué à MaPrimRenov, 2,5 milliards d'euros pour 2023. Mais le dispositif semble peu efficace, ce n'est pas moi qui le dis, mais la Cour des comptes. Je vous cite un chiffre : en 2021, MaPrimRenov a permis de changer de niveau de performance énergétique, c'est-à-dire d'améliorer la performance énergétique…

OLIVIER KLEIN
Vous allez me dire, de 2 500 logements.

AMANDINE BEGOT
De 2 500 logements, c’est ce que dit la Cour des comptes. C’est tout petit !

OLIVIER KLEIN
C’est beaucoup plus compliqué. C'est beaucoup plus compliqué que ça. La réalité, c'est que MaPrimRenov, telle qu'on la connaît aujourd'hui, elle a permis de rénover 1,5 million de foyers. 1,5 million de foyers, c'est l'équivalent de la consommation électrique de la ville de Lyon. Donc, on n'a pas été sur ces 1,5 million de chantiers, jusqu'à une performance suffisante, je le reconnais, mais ça c'est l'objet de ce que l'on doit faire aujourd'hui. Mais…

AMANDINE BEGOT
Sauf qu'on est d'accord, il vaut mieux rénover globalement un logement, plutôt que de changer juste une chaudière. Si on a des fenêtres par exemple, qui ne sont pas du tout isolées, ça ne résout pas le problème.

OLIVIER KLEIN
Oui, mais ce qui est important c'est de savoir ce que l'on doit faire chez soi, et c'est l'objet des conseillers France Rénov, c'est l'objet des accompagnateurs Rénov que l'on va prendre, et c'est surtout comment on fait pour mieux accompagner. Et ce qu'on a décidé de mettre en place pour mieux accompagner, c'est qu’aujourd'hui il y a des aides importantes, une famille qui a 20 000 € par exemple de chantier pour passer d'une chaudière au fioul à une chaudière à granulés, elle va avoir une aide, une aide importante d'environ 15 000 €, 20 000 €, cela dépendra de ses ressources, et il y aura un reste à charge. Ce reste à charge il est important, 10 000 €, pour certains, impossible à tenir, et c'est pour ça qu’aujourd'hui, on a…

AMANDINE BEGOT
C’était un frein, ce reste à charge jusqu'à présent.

OLIVIER KLEIN
Pour tout le monde c'est un frein, et notamment quand on est les plus modestes, et c'est ceux qu'on veut le mieux aider. Donc on va mettre en place un prêt à taux 0, l'éco-prêt, et des banques avec lesquelles on travaille depuis plusieurs mois à partir d'aujourd'hui, sont en capacité de proposer ce prêt, BANQUE POPULAIRE, la CAISSE D'EPARGNE, et c'est très important parce qu’en plus on ne va pas refaire tous les papiers. Tout ce que l’on aura…

AMANDINE BEGOT
Alors, très concrètement, comment ça va se passer ? Admettons, je veux faire des travaux, j'appelle qui ? MaPrimRenov ?

OLIVIER KLEIN
Alors, concrètement vous appelez France Rénov, vous tapez votre code postal sur Internet, vous allez avoir un numéro, vous appelez, vous allez tomber sur un conseiller France Rénov qui va évaluer la situation de votre logement. Si nécessaire on enverra un accompagnateur Rénov…

AMANDINE BEGOT
Sur place.

OLIVIER KLEIN
… sur place, qui vous dira le niveau d'aides auxquelles vous avez le droit. Donc ça va être calculé. Soit vous avez des changements, plusieurs gènes, les fenêtres…

AMANDINE BEGOT
La chaudière.

OLIVIER KLEIN
Le système de chauffage, la VMC etc. On va calculer votre niveau d'aides, parfois, si vous êtes dans des régions qui font bien le job, vous aurez une aide complémentaire de votre département, de votre ville, etc. et c'est important, parce que moi je le dis, il faut que tout le monde s'empare de cette question de la rénovation, pas seulement l'Etat qui fait bien son travail, et ensuite il va y avoir un reste à charge, parce que c'est jamais 100 %, vous pouvez avoir 50, 60, et ce reste à charge…

AMANDINE BEGOT
Et là, automatiquement je vais voir ma banque avec mon numéro et j’ai l’argent sur mon compte ?

OLIVIER KLEIN
Alors, d’abord, exactement…Non, vous avez… Ce n’est pas la peine de redonner tous vos papiers, parce que ce que vous avez donné pour avoir l'aide MaPrimRenov, eh bien il y a un système de lien entre France Rénov et la banque. Et si vous êtes éligible à MaPrimRenov pour des raisons de ressources moyennes, eh bien vous aurez droit à ce prêt à taux 0 pour compléter l'aide de l'Etat. Après, vous avez un prêt, vous le remboursez, mais à taux 0.

AMANDINE BEGOT
A taux 0 et c'est l'Etat qui compense la différence.

OLIVIER KLEIN
Et c'est l'Etat qui compense la différence.

AMANDINE BEGOT
Selon Jean-Marc JANCOVICI, qui est membre du Haut Conseil sur le climat, le problème finalement ce n’est pas qu'on ne dépense pas, mais finalement qu'on dépense mal. Il cite un chiffre : l'Etat va dépenser 100 milliards d'euros pour financer le bouclier tarifaire, depuis 2021 et jusqu'en 2023. Alors, ça a permis bien sûr d’aider des millions de Français à payer leur chauffage, leur électricité, mais d'après ses calculs, ça aurait pu financer 10 millions de pompes à chaleur, et on aurait pu se passer de 30% du gaz que l’on consomme aujourd'hui, de 15 % du pétrole. Est-ce que finalement on ne met pas des pansements plutôt que de voir grand et loin ?

OLIVIER KLEIN
On n'est pas dans la même temporalité. Là, aujourd'hui, c'est le quotidien des Français, qui voient leurs factures d'électricité, de gaz, augmenter. Donc oui, il a raison, il faut passer d'un système de chauffage…

AMANDINE BEGOT
Mais ce n’est pas de l'argent gâché ces 100 milliards d'euros du coup pour…

OLIVIER KLEIN
Eh bien, personne n'aurait pu changer toutes les pompes à chaleur en un hiver, vous en êtes la preuve personnelle. Vous avez des problèmes de chauffage, vous nous l’avez expliqué…

AMANDINE BEGOT
Oui, j’ai des problèmes de chauffage.

OLIVIER KLEIN
Donc ça prend un petit peu de temps pour changer un système de chauffage…

AMANDINE BEGOT
Pas qu’un peu.

OLIVIER KLEIN
Donc oui, il faut le faire, c'est ça l'objet de MaPrimRenov, c'est ce qu'on va faire demain. Mais aujourd'hui il faut protéger les Français, l'inflation est là, les prix de l'énergie sont trop chers.

AMANDINE BEGOT
Merci beaucoup Olivier KLEIN, ministre donc du Logement, en charge du Logement et de la Ville. Merci.

OLIVIER KLEIN
Merci.

YVES CALVI
Ministre du Logement, qui chiffre à plus de 5 millions l'aide d'urgence mise en place pour les familles et les enfants, tous les soirs dans les rues de notre pays. Merci infiniment à tous les deux.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 21 novembre 2022