Interview de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée, chargée des Personnes handicapées, à France Info le 22 novembre 2022, sur l'inclusion des personnes handicapées dans l’emploi et les polémiques autour de la Coupe du monde au Qatar.

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Geneviève DARRIEUSSECQ, bonjour.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Je le disais à l’instant, on va parler foot. Le Mondial du Qatar, il a commencé depuis dimanche soir. Est-ce que vous aimez le foot déjà ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
J'aime le foot. Alors, je suis plutôt rugby.

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes plutôt rugby.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je le dis et j'attends avec impatience la Coupe du monde de rugby de 2023 en France, mais j'aime le foot et je suis en général les grandes compétitions de foot.

ALIX BOUILHAGUET
Ce soir, c'est France-Australie. Est-ce que, déjà, vous allez regarder le match à la télévision ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors c'est à 20h, je crois. Je ne serais peut-être pas devant ma télévision parce que mon agenda m'empêche, mais je serai attentive aux résultats. Et dans tous les cas, les matches de phase finale, je me libérerai pour les regarder.

ALIX BOUILHAGUET
Vous serez présente. Il y a une polémique sur ce Mondial au Qatar. Emmanuel MACRON ira si la France atteint les demi-finales. Certains disent que c'est une erreur politique. Il faut faire un boycott diplomatique ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, la décision de faire cette Coupe du monde au Qatar a été prise il y a douze ans, et je crois qu’il faut respecter cette décision. Et on peut apporter des critiques, dire ce que l'on a à dire sur les droits de l'Homme, sur toutes ces choses-là, mais bon, il faut respecter cette décision prise il y a douze ans et participer au moins en regardant cette Coupe du monde.

ALIX BOUILHAGUET
Emmanuel MACRON y refuse de politiser le sport, et pourtant, on a vu là, ça fait deux jours que la compétition a commencé, les Anglais posant un genou à terre contre les discriminations, on a vu les Iraniens qui ont refusé de chanter l'hymne en soutien à leurs peuples. Le foot, c'est très politique ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je crois que c'est un moment où l'on peut avoir des expressions effectivement quand quelque chose peut heurter dans le pays qui organise. Donc ils ont la liberté de le faire. Je trouve que c'est ça qui est bien : d'avoir la liberté de pouvoir dire ce que l'on souhaite. Dans cette compétition, c'est une bonne chose.

ALIX BOUILHAGUET
Quand vous entendez Hugo LLORIS - Hugo LLORIS, c'est le capitaine de l'équipe de France et le gardien - dire qu'il ne portera pas le brassard LGBT parce qu'il faut respecter les traditions locales. En raccourci, ça veut dire qu'en clair, il dit : l'homophobie, c'est une tradition locale, il faut la respecter. Est-ce que ça vous a choqué ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, là aussi, la liberté de dire ce qu'il souhaite dire. Ceux qui souhaitent porter ce brassard le portent et le porteront. Et je trouve que ces expressions doivent être respectées sans créer de polémique particulière.

ALIX BOUILHAGUET
Un dernier mot sur ce brassard. Quasiment toutes les équipes, les équipes anglaise, allemande, danoise, suisse, belge, devaient porter ce brassard. Alors, finalement, la FIFA les menace de sanctions, carton jaune, donc elles ne le feront pas. Seule la France quasiment s'est mis d'entrée de jeu en retrait. Ce n'est pas un petit peu honteux de la part de la France de ne pas au moins essayer de porter des valeurs comme celles-là ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je crois que la France porte ces valeurs de façon permanente, au travers du monde porte ces valeurs sans aucune contestation possible, alors que des joueurs dans une équipe souhaitent se concentrer sur leur match, ne pas avoir de pollution extérieure par rapport à leur engagement sportif. Je peux l'entendre aussi. Ce que je sais, c'est que, bien sûr, l'homophobie est combattue, continuera à être combattue dans notre pays sans aucun doute et avec beaucoup de volonté de notre part. Et nous continuerons à porter sur le plan international ces valeurs non seulement de tolérance et de reconnaissance.

ALIX BOUILHAGUET
Ce n'est pas l'équipe de France. Bon. Hier, c'était le Conseil des ministres des enfants autour d'Elisabeth BORNE. Il y avait une vingtaine d'enfants à peu près qui sont âgés d’entre huit à douze ans. Ils ont planché sur cinq thèmes dont celui du handicap. Est-ce qu'ils ont fait des propositions ? Et si oui, lesquelles ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi, j'ai participé à ce Conseil des ministres, et j'ai trouvé ces enfants formidables parce qu’ils ont proposé simplement, par exemple, d'accueillir un enfant handicapé dans une classe quand il devait y arriver avec des chants, en l'entourant, donc avec de la bienveillance. Et je crois que c'est ça l'image forte qu'ils ont donnée, c'est-à-dire des enfants qui appellent à la bienveillance, appellent à l’attention aux autres. Et c'était très touchant.

ALIX BOUILHAGUET
Donc la bienveillance, c'est bien, mais c'est vrai que malheureusement, ce n'est pas concret. Il y a douze millions de personnes handicapées en France ; leur taux d'emploi, c’est 3,5 %. C'est un taux qui finalement ne varie pas beaucoup. Comment est-ce que vous pouvez, vous, pousser à plus d'inclusion de ces personnes handicapées dans le monde de l'entreprise ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, je crois qu'aujourd'hui, le regard change. D'abord, en 2017, il y avait 19 % des personnes handicapées au chômage. Aujourd'hui, c'est 13 %. Donc le taux de chômage…

ALIX BOUILHAGUET
Oui mais c’est quand même toujours deux fois plus que les autres.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, c'est deux fois plus, mais ça diminue. Et nous allons poursuivre, bien sûr, la mise en oeuvre de mesures pour aider à l'inclusion des personnes handicapées dans l’emploi.

ALIX BOUILHAGUET
Concrètement, lesquelles ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Par exemple : augmenter le dispositif d'emploi accompagné, qui est une véritable possibilité d'aider, à part l'accompagnement des personnes en situation de handicap, à rentrer dans les entreprises et à y rester et à s’y insérer.

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire quoi ? Doubler leur nombre ? Tripler ? Ils sont combien aujourd'hui ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors, aujourd'hui, j'ai le nombre d'emplois accompagnés, nous avons 6 500 personnes qui sont accompagnées dans l'emploi par ce dispositif, et nous allons poursuivre son développement pour atteindre 10 000 et plus si nécessaire. Nous faisons également des facilités aux entreprises pour, par exemple, recruter des apprentis en situation de handicap, et leur nombre a augmenté. Et je crois que…

ALIX BOUILHAGUET
Et il y a une obligation pour les entreprises ? Il me semble pour les entreprises de plus de vingt salariés. Enfin, l'Etat, est-ce que l'Etat fait pression justement sur les entreprises pour qu'elles recrutent plus de personnes en situation de handicap ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors il y a cette obligation d'emploi qui est à 6 % pour toutes les entreprises. Par contre, ce que nous avons demandé, c'est que pour les entreprises de plus de 250 salariés, il y a un référent Handicap. Et je souhaite également un travail approfondi de la part des partenaires, comme l'Agefiph qui est le partenaire qui aide les entreprises à inclure des personnes handicapées. Un travail particulier sur les petites et moyennes entreprises et sur les très petites entreprises parce que ce sont des gisements d'emplois et sur tout le territoire français. Mais ce qu'il faut, c'est changer le regard des employeurs.

ALIX BOUILHAGUET
Oui parce que les personnes handicapées restent aussi beaucoup plus longtemps au chômage, elles se découragent. Mais comment on change le regard de ces employeurs ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Tout simplement par l'exemple ; et beaucoup d'employeurs qui emploient des personnes en situation de handicap le disent : « La productivité de mon entreprise n'a pas changé, elle s’est même peut-être améliorée ». « L'ambiance sociale dans mon entreprise s'est améliorée ». Donc ils ne voient que du bonus à l'emploi de personnes en situation de handicap. Donc je crois que nous devons simplifier la possibilité pour les entreprises d'employer des personnes en situation de handicap. Nous devons aussi simplifier, rendre accessibles toutes les formations pour les personnes handicapées, et tracer pour elles de vrai parcours professionnel parce que les personnes en situation de handicap peuvent - comme tous les citoyens français - être incluses dans le monde du travail et y avoir une vraie carrière.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup Geneviève DARRIEUSSECQ. Bonne journée à vous.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 23 novembre 2022