Interview de M. Olivier Klein, ministre chargé de la ville et du logement, à France Info le 29 novembre 2022, sur la proposition de loi visant à protéger les logements contre l’occupation illicite, les factures d'électricité et de gaz, les passoires thermiques, les conditions des crédits immobiliers, les logements sociaux, les APL et la taxe foncière.

Texte intégral

 

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier KLEIN.

OLIVIER KLEIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
L’Assemblée nationale examine depuis hier une loi qui vise à durcir les sanctions contre les squatteurs et à accélérer aussi les procédures d’expulsion, l’opposition de gauche, les défenseurs des mal-logés, et même la principale association de locataires, sont vent debout et dénoncent une mesure anti-pauvres, que leur répondez-vous ?

OLIVIER KLEIN
Non, c’est tout sauf une mesure anti-pauvres. C’est une loi qui est équilibrée, dont la discussion au Parlement continue à contribuer à son équilibrer. Il faut protéger les propriétaires, et c’est vrai qu’on a vu un certain nombre de cas insupportables, de squats, dans lesquels des gens rentraient de vacances et ne pouvaient plus retourner chez eux, mais surtout il faut, d’abord ne pas confondre squatteurs et locataires en impayés de loyer, ce n’est pas la même chose, bien évidemment, et moi mon travail c’est d’abord de protéger, à la fois les locataires, et les propriétaires, et donc je trouve que ce projet est équilibré. Si on prend l’exemple des locataires en expulsion, on travaille depuis des années, et depuis que je suis devenu ministre, aussi à prévenir ces expulsions, parce qu’une expulsion locative c’est toujours un échec, donc qu’est-ce qu’on met en oeuvre en amont pour empêcher cette expulsion. Le cas particulier d’un mauvais payeur, de quelqu’un de mauvaise foi, oui il faut le régler, parce que, là encore, ça nuit à ceux qui sont de bonne foi et qui cherchent un logement, ça fait augmenter les prix des loyers, ça fait augmenter les garanties, on demande des tonnes de garants, alors que ce qu’il faut c’est donner de la liberté à chacun, ou de trouver un logement, ou de le louer.

MARC FAUVELLE
La précédente loi date de 2020 seulement, elle permet déjà une procédure accélérée d’expulsion en 72 heures, qu’est-ce que vous allez faire de plus ?

OLIVIER KLEIN
Pour les squatteurs ?

MARC FAUVELLE
Oui.

OLIVIER KLEIN
D’abord il y a un durcissement des sanctions, et puis il y a un rajout, auquel je tenais absolument, des sanctions contre les marchands de sommeil, parce que je suis maire de Clichy-sous-Bois, je sais ce que c'est qu'un marchand de sommeil qui vient faire semblant de dire qu'il est chez lui, qui ouvre une porte, qui donne un faux bail à des victimes, et donc on a fait rajouter cette partie sur les marchands de sommeil, et combattre les marchands de sommeil c'est protéger les plus pauvres, c'est ce que je fais depuis toujours, et c'est ce que je vais continuer à faire comme ministre du Logement.

SALHIA BRAKHLIA
Mais avec des procédures d'expulsion accélérées comment vous allez faire la différence, parce qu'on sent que c'est votre principale préoccupation, la différence entre des squatters qui par principe ne veulent pas payer, et des personnes en difficulté, qui eux n'ont plus les moyens de payer alors qu'ils voudraient bien payer, si c’est aussi facile d'expulser maintenant ?

OLIVIER KLEIN
Non mais ça ne sera pas aussi facile d'expulser maintenant, il y a toujours des procédures, il y a toujours un passage devant un juge…

SALHIA BRAKHLIA
Ce sera une décision de justice ?

OLIVIER KLEIN
Evidemment…

SALHIA BRAKHLIA
Tout le temps ?

OLIVIER KLEIN
Evidemment, la France est un Etat de droit, on ne va pas sortir de l'Etat de droit sur une expulsion locative, et je peux vous assurer que la prévention de l'expulsion locative est une obligation. J’ai présidé la dernière réunion pour voir l'état du nombre d'expulsions, il n’y a pas eu d'augmentation du nombre d'expulsions malgré le risque qu'on connaissait avec la crise, je vais continuer à être extrêmement attentif, le gouvernement a mis en place des équipes mobiles qui vont dans les départements prévenir ces expulsions locatives, et je peux vous assurer qu'on continuera à faire ça, après, oui il y a des squats, il y a des squats insupportables, et il faut régler ces problèmes, et les régler le plus rapidement possible, pour redonner de la confiance, et en même temps ce texte prévoit aussi de prolonger la capacité de mettre des locaux vacants, des appartements vacants, à disposition d'associations, et c'est ça l'enjeu, c'est ça qu'il faut faire.

MARC FAUVELLE
Il y en a 3 millions aujourd'hui des logements vacants en France, et dans le même temps il y a plus de 2 millions de Français qui attendent un hébergement social, est-ce qu'il faut pénaliser les propriétaires qui laissent pendant des années des logements vides, quels qu'ils soient ?

OLIVIER KLEIN
D’abord, les 3 millions sont pas tous dans les zones tendues, là où on a le plus besoin de logements, c'est pour ça qu’hier au CNR Logement on a parlé de comment faire pour produire plus…

MARC FAUVELLE
Le Conseil national de la refondation.

OLIVIER KLEIN
Le Conseil national de la refondation, ce n’est pas des vases communicants malheureusement, mais oui il faut regarder pourquoi ces logements sont vacants, s’ils restent vacants trop longtemps, réfléchir à voir comment on les remet sur le champ de la possibilité d'être mis en location ou d'être vendus, mais parfois il y a des raisons qui peuvent l’expliquer, c'est pour ça que moi je trouve que cette proposition qui fait que l'expérimentation sur les logements vacants mis à disposition d'associations puisse être pérennisée, eh bien est une bonne proposition qu'on va faire connaître, pour qu’un maximum d'associations, partenaires, qui savent accueillir les plus fragiles, soient nos partenaires dans cet accueil.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a aussi l'idée des résidents temporaires comme les étudiants par exemple, ils ne payent pas de loyer, mais juste une redevance de 200 euros avec eau, électricité et chauffage inclus, vous incitez les propriétaires, qu'ils soient des entreprises ou des particuliers, à le faire ça, pour éviter de laisser un logement vide ?

OLIVIER KLEIN
Oui, bien sûr. Tout ce qui permet de construire son parcours résidentiel, du plus fragile à l'étudiant, est une bonne solution, la colocation, la colocation intergénérationnelle, qui marche bien, on a des partenariats avec l’AFEV, qui est cette belle association des étudiants, qui permet de construire ce parcours, qui permet de construire ces solidarités, donc tout ce qui permet à chacun de trouver le plus vite possible un logement et de protéger le propriétaire, qu’il se sente garanti, c’était l’objectif de VISALE par exemple, cette garantie de loyer, parce qu’aujourd’hui, parfois, quand on est propriétaire on n'ose pas mettre son logement en location et donc ça fait encore un logement en moins en location, alors que les Français ont tellement besoin de se loger.

MARC FAUVELLE
Olivier KLEIN, il y a beaucoup de Français, qu'ils soient propriétaires ou locataires, qui s'inquiètent en ce moment pour leur montant de leurs factures d'électricité et de gaz, on va tenter de prendre les questions les unes après les autres. Tout d'abord dans les copropriétés et les HLM il n'y a pas de bouclier tarifaire pour ceux qui se chauffent à l'électricité, pourquoi ?

OLIVIER KLEIN
Il n’y avait pas. Il n’y avait pas.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire il arrive quand ?

OLIVIER KLEIN
Il est en train de se mettre en place, vous savez c’est des procédures qui sont…

MARC FAUVELLE
Donc il n’y a pas pour l’instant.

OLIVIER KLEIN
Non, il faut des décrets, vous savez comment ça marche, ce n’est pas aussi simple que ça, mais je peux vous assurer…

SALHIA BRAKHLIA
Des précisions.

OLIVIER KLEIN
Oui, il y avait un souci, un oubli, un trou dans la raquette, comme vous voulez, mais ce trou, la Première ministre s'y est engagée, et on y travaille, il est en train d'être résolu, le chauffage électrique…

MARC FAUVELLE
A partir de quand ?

OLIVIER KLEIN
De toute façon ça sera rétroactif, le gouvernement s'est engagé à ce qu'il y ait un bouclier sur 2022, et on travaille sur le bouclier 2023, les copropriétés au chauffage collectif gaz, électrique, seront protégées par le bouclier, comme quelqu'un qui individuellement est protégé, c'est justice…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire que ça sera la même règle que pour les particuliers, hausse bloquée à 15 % en début d'année prochaine ?

OLIVIER KLEIN
Absolument, la même règle, 15%, après il faut… c'est compliqué vous savez, je ne sais pas si vous êtes copropriétaire, mais les appels de charges sont compliqués à calculer parce que…

MARC FAUVELLE
Et ils ont déjà eu lieu surtout.

OLIVIER KLEIN
Voilà, donc c’est ça qu’il faut… un, les gens s'inquiètent, et c'est normal parce qu'ils ont des appels de charges importants, il y aura un effet rétroactif, un appel de charges c'est une provision, et ensuite il y a les régulations, et donc c'est dans les régulations qu'il y aura la baisse et l’effet du bouclier.

MARC FAUVELLE
Donc pour essayer d'être le plus concret possible, vous dites à tous ceux dont les charges d'électricité, parce qu’ils se chauffent collectivement à l'électricité, ont augmenté cette année, vous allez être remboursé probablement.

OLIVIER KLEIN
Remboursé, ou en tout cas la régulation en fin d'année tiendra compte du bouclier, bien évidemment et c'est aussi vrai sur les parties communes, parce qu’il y a le chauffage, individuel ou collectif, électrique ou gaz, mais il y a aussi des parties communes, et là encore le bouclier s'appliquera, comme il s'applique de manière individuelle.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre du Logement, Olivier KLEIN. Un peu plus de 5 millions de passoires thermiques, selon les chiffres de votre ministère. Le 1er janvier prochain il sera interdit de louer les plus énergivores. Ça concerne combien de logements ?

OLIVIER KLEIN
Environ 140 000 logements, 1,8% du parc, mais c’est extrêmement important de le faire. Parce que moi, je ne supporte pas que des gens puissent vivre dans le froid, dans l’humidité et avec des enfants qui peuvent tomber malades. Donc il faut le faire. Après, c’est une remise en location, on ne va mettre personne dehors, bien évidemment, mais il y a des propriétaires, et il faut qu’ils soient responsables, ils encaissent des loyers, et donc ils doivent faire des travaux, pour protéger leurs locataires, ce n'est que justice.

SALHIA BRAKHLIA
Vous dites aux propriétaires qu'il faut faire les travaux, sauf que les prix des matériaux, les prix des rénovations augmentent avec l'inflation. Le calendrier ne sera pas repoussé malgré cela ?

OLIVIER KLEIN
Non, moi je crois qu'il faut tenir ce calendrier, parce qu’il en va de ceux qui vivent dans ces passoires. Les passoires très énergivores, c'est à partir du 1er janvier 2023, donc c'est demain, et ensuite il y a un calendrier qui se poursuit, 2025 pour les G, 2028 pour les F etc. Et il faut le tenir, parce que c'est une obligation pour ceux qui habitent dedans, et c'est une obligation pour la planète. Résoudre le problème des passoires thermiques, c'est résoudre tous ces calories qui partent dans le ciel pour chauffer les pieds des oiseaux plutôt que de chauffer ceux qui habitent dans ces logements.

SALHIA BRAKHLIA
Vous avez parlé des autres logements, G, F et E qui vont donc sortir du parc locatif d'ici 6 ans. Ça fait 500 000 logements. Où on va les mettre les locataires de ces logements-là ?

OLIVIER KLEIN
Eh bien on va les laisser chez eux. Il faut qu'ils restent chez eux.

SALHIA BRAKHLIA
Comment ?

OLIVIER KLEIN
Eh bien il faut faire ces travaux, il faut lancer ces chantiers, au fur et à mesure, personne n'est pris au dépourvu, ce calendrier il est…

SALHIA BRAKHLIA
Mais si le propriétaire ne fait pas les rénovations ?

OLIVIER KLEIN
D’abord, je vous le redis, on ne met pas les gens dehors. D'accord ? C'est au moment de la reprise de bail que les choses doivent être concrétisées. Ensuite, il y a une obligation, et on y travaille avec MaPrimeRénov’, à rénover les logements, les logements individuels et les logements collectifs. La première étape ça a été la massification de la rénovation, grâce à MaPrimeRénov’, et ça marche. Et il va falloir continuer dans l’habitat collectif…

SALHIA BRAKHLIA
C’est plus compliqué que ça.

OLIVIER KLEIN
C'est plus compliqué que ça, mais je veux bien en parler avec vous…

MARC FAUVELLE
On va en parler tout de suite, si vous voulez bien.

OLIVIER KLEIN
Mais il faut accompagner les copropriétés, il faut accompagner les bailleurs sociaux, pour avoir la capacité de faire ces travaux. Je peux vous assurer que beaucoup de copropriétés et beaucoup de bailleurs sociaux sont extrêmement mobilisés, parce qu’on doit résoudre ce problème de passoires thermiques pour ceux qui vivent comme pour la planète.

MARC FAUVELLE
Olivier KLEIN, la Cour des comptes estime que ce dispositif MaPrimeRénov’ a très peu d'impact sur l'efficacité énergétique des logements. Un seul exemple, 2021, l'an dernier, 2 500 logements rénovés ont pu changer d'étiquette énergétique, passer par exemple de D à C, 2 500, alors que l'objectif c'était 80 000. En fait, la plupart du temps il s'agit de remplacer une chaudière ou changer une vitre, c'est pas comme ça qu'on va passer à la sobriété.

OLIVIER KLEIN
C'est beaucoup plus compliqué que ça. D'abord, la réalité c'est que c'est 1,5 million de chantiers. Ces 2 500 c'est ceux qui ont eu droit au bonus, c'est ceux qui ont augmenté de deux étiquettes. Mais ce n’est pas parce qu’on se contente de faire un ou deux gestes qu'on n'a rien fait, au contraire. Les faits c’est 1,5 million de chantiers, c'est l'équivalent de la consommation énergétique de la ville de Lyon. Donc c'est un effet extrêmement important, pour ceux qui y habitent et pour la planète. Après, oui, on a d'abord donné l'envie, il y a quelques années on n’aurait pas parlé de l’éco-geste, on n'aurait pas parlé de la rénovation thermique. On a donné envie aux Français de rénover leur logement d'un point de vue thermique, et il faut continuer. On a été sur la massification et ça a été fait et bien fait. En réalité c'est 160 000 logements qui ont eu ce gain énergétique, c'est 2 500 qui ont touché le bonus, mais en tous d’est 1,5 million de chantiers. Et là, l'étape d'après, c'est ce que je disais à l'instant, c'est passer à l'habitat collectif, aux copropriétés, pour qu'on donne les moyens aux copropriétaires et aux copropriétés de faire leurs travaux de rénovation énergétique.

MARC FAUVELLE
Pour déposer un dossier MaPrimeRénov’, il faut aujourd'hui obligatoirement passer par Internet, ce qui exclut de fait 13 millions de Français, soit parce qu'ils n'ont pas de réseau, soit parce qu'ils ne s'y connaissent pas suffisamment. Est-ce qu'un jour bientôt peut-être on pourra déposer un dossier quelque part physiquement.

OLIVIER KLEIN
Oui. Oui bien sûr.

SALHIA BRAKHLIA
Papier.

OLIVIER KLEIN
Le service public France Rénov’, est un service public nouveau, et je peux vous assurer qu'avoir fait avec un service public nouveau, 1,5 million de chantiers, c'est énorme. Donc oui…

MARC FAUVELLE
C'est un cabinet de conseil qui a fait le site ?

OLIVIER KLEIN
Je ne peux pas vous dire, mais je crois que oui.

MARC FAUVELLE
Ah…

OLIVIER KLEIN
Mais ce n’est pas ça le plus important, le plus important c'est d'abord qu'on est parti de l'existant, et là aussi les Français ne sont pas égaux parce qu'il y a des régions, des départements, des villes, qui sont mobilisés sur la question de l'énergie et d'autres moins. Moi j'invite l'ensemble des collectivités locales à nous accompagner sur cette volonté de rénovation. Et donc oui il faut des lieux physiques pour que ceux qui sont dans des fractures numériques, puissent évidemment aussi avoir, c'est pour ça que les conseillers France Rénov’ seront présents dans des agences, dans les agences France Rénov’, et on pourra, si on n'est pas en capacité de faire les démarches de manière, et on pourra le faire bien sûr en papier et j'y travaille.

MARC FAUVELLE
Vous vous êtes fixé un calendrier pour ça, par exemple l'année prochaine pour le dépôt des dossiers papier pour ceux qui ne peuvent pas avoir accès à Internet ?

OLIVIER KLEIN
Vous savez, aujourd'hui quand quelqu'un appelle un conseiller France Rénov’, et lui dit…

MARC FAUVELLE
Il attend un peu au bout du fil, d’abord.

OLIVIER KLEIN
Pas tant que ça, moi je l’ai fait pour essayer, j’ai tapé 93390, le code postal de la ville de Clichy, j'ai appelé la … et on m'a répondu relativement rapidement, je vous invite à le faire, et vous verrez que ce n’est pas si forcément si long que ça. Mais ce qu'il faut, quand on appelle le conseiller France Rénov’, et qu'on a cette difficulté d'accès au numérique, il faut le dire. Et vous savez, avec les conseillers numériques que le gouvernement a mis en place dans beaucoup de villes, dans les maisons France service on a déjà cette capacité à ne pas être seul face au numérique, et donc on va continuer à le faire, les conseillers numériques sont présents, le gouvernement les a mis en place, le gouvernement précédent les a mis en place, et ils sont aussi là pour accompagner les Français dans les démarches France Rénov’.

SALHIA BRAKHLIA
Vous parliez à l'instant des copropriétés, aujourd'hui pour voter des travaux de rénovation énergétique dans un immeuble il faut l'accord des 2 tiers des copropriétaires, ce qui peut être compliqué dans beaucoup de d'immeubles. Est-ce qu'il faut revoir les règles des assemblées générales pour faciliter les travaux dans les immeubles ?

OLIVIER KLEIN
Il faut simplifier la capacité à faire les chantiers. Alors, c'est plus compliqué que ça, les majorités qualifiées ou les majorités simples…

SALHIA BRAKHLIA
Ça dépend des travaux.

OLIVIER KLEIN
Ça dépend du type de travaux, et oui, avec le garde des Sceaux on a déjà commencé à âge danger puisque ça relève de sa responsabilité, de voir comment les règles de copropriété peuvent être simplifiées. Vous savez, c'est compliqué une copro, il faut une assemblée générale, il faut le quorum en assemblée générale et ensuite il faut voter les travaux, et il faut surtout que le reste à charge soit acceptable pour les copropriétaires.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, qu'est-ce que vous voulez faire, qu'est-ce que vous voulez simplifier ?

OLIVIER KLEIN
D'abord, il faut que MaPrimeRénov’ copropriétés, soit suffisamment incitative, pour que le reste à charge soit acceptable. Ensuite, on a travaillé avec des banques pour que sur le reste à charge les copropriétaires ou la copropriété, on verra en fonction des cas, puissent accéder à un prêt à taux 0, l'éco-prêt, qui va permettre eh bien d'étaler cette dépense, même si le reste à charge est diminué de 50, 60% par rapport à la réalité de ce qu’il y aurait eu sans MaPrimeRénov’, eh bien c'est tout ça qu'il faut faire pour rendre les choses plus simples et puis massifier cette fois-ci à l'échelle de l'habitat collectif, les rénovations, parce que bien évidemment l'étape d'après, l'étape cruciale, c'est celle qui permet de rénover l'habitat collectif. On a bien avancé sur l'individuel, et comme vous l'avez dit, il faut passer du geste à la rénovation globale et performante, et dans les copropriétés et dans le l'habitat collectif social, c'est la même chose.

MARC FAUVELLE
Les conditions des crédits immobiliers, pour ceux qui veulent devenir propriétaires à présent, sont en train de se durcir, les taux sont en train de remonter, il y a de plus en plus de dossiers qui sont écartés par les banques aujourd'hui, est-ce que ça veut dire que le rêve de l'accession à la propriété est en train de devenir encore plus inaccessible dans certains endroits en France ?

OLIVIER KLEIN
Vous savez, hier j'ai lancé le Conseil national de la refondation du logement. Un conseil national de la refondation plein et entier. On a tous dit, et moi le premier, oui il y a une crise. Il y a une crise du logement. Cette crise, elle est multiple, celle de l'accession, bien sûr, mais aussi celle de la capacité à devenir locataire. Donc moi je me décris comme le ministre du parcours résidentiel. Donc, ce qu'il faut, c'est permettre à chacun, à chaque étape de sa vie, d'accéder au logement qui correspond à son étape. Donc oui, il faut être attentif aujourd'hui à produire plus et à permettre à ceux qui souhaitent accéder à le faire.

MARC FAUVELLE
Je reviens à ma question. Il y a un point aujourd'hui qui agace, pour dire les choses comme ça, les banquiers et les courtiers…

OLIVIER KLEIN
Le taux d’usure.

MARC FAUVELLE
C'est le taux d'usure, c'est le taux qui est fixé par la Banque de France tous les 3 mois, qui fixe un taux maximum de ce que peut coûter un prêt…

OLIVIER KLEIN
Aujourd'hui, vous savez, le taux d'usure rejoint…

MARC FAUVELLE
… Les banques disent aujourd'hui : le taux d'usure fait que ça bloque des milliers et des milliers de dossiers. Est-ce qu'il faut revoir cette formule ?

OLIVIER KLEIN
Non, enfin, d'abord le taux d'usure il protège l'acquéreur de ne pas se retrouver en surendettement. Moi j'ai été, je suis, j'étais le maire d'une ville dans laquelle, trop de Français, trop de Clichois, sont devenus copropriétaires sans en avoir les moyens. Donc oui, il faut permettre l'accession, il faut avoir des prêts suffisamment accessibles, mais il ne faut pas non plus renvoyer les Français vers le surendettement, et donc le taux d'usure c'est aussi une protection pour les plus modestes…

MARC FAUVELLE
Donc il y aura une réforme du taux d'usure, ça ne sera pas par exemple mensuel plutôt que trimestriel.

OLIVIER KLEIN
Si c'est nécessaire, pourquoi pas, mais aujourd'hui ce que disent les banquiers, ce que disent aussi les promoteurs, c'est que ce qui compte c'est arrivé à baisser les coûts de production. Et pour baisser les coûts de production il y a la question des matières premières, il y a la question du foncier, il y a la question des aides à l'acquisition, et c'est tout ça qu'il faut faire en même temps, ce n'est pas simplement en regardant le taux du crédit qu'on réglera le problème de l'acquisition.

SALHIA BRAKHLIA
Avec Olivier KLEIN, le ministre du Logement. Emmanuel MACRON avait fixé l’objectif de 125.00 logements sociaux construits chaque année, combien y en aura-t-il réellement cette année ?

OLIVIER KLEIN
Malheureusement un peu moins de 100.000, je parlais d'une crise du logement, il faut redonner le goût de construire, partout, du logement social, en particulier, mais pas seulement, et c'est ce qu'on voyait hier…

SALHIA BRAKHLIA
Qu’est-ce qui bloque ?

OLIVIER KLEIN
Il y a beaucoup de choses qui bloquent. D’abord il y a eu la période électorale, et on sait qu’en période électorale il y a des vieux dictons qui disent « maire bâtisseur, maire battu », alors que c'est le contraire, moi je crois qu'un maire qui bâtit il construit l'avenir de sa ville, et puis il y a eu le Covid, et puis il y a l'inquiétude des Français de voir un petit immeuble se construire à côté d'eux, et donc il faut travailler, faire de la pédagogie, construire du logement, c'est construire du logement, pour soi, pour ses enfants, et donc c’est ça qu'il faut travailler, dans un contexte qui est particulier, parce qu'on fait attention au foncier, le foncier est plus rare, on fait attention à l'imperméabilisation des sols, et donc c'est tout ça qu'il faut faire en même temps, il faut construire, il faut réhabiliter, et on a besoin d'accompagner, et c'est l'objet du Pacte de confiance que je souhaite signer…

SALHIA BRAKHLIA
Et l’opposition de certains maires, de certains partis, c’est ce que vous remarquez maintenant que vous êtes ministre ?

OLIVIER KLEIN
Moi je crois au pouvoir de la persuasion et de la pédagogie, donc quand on est maire on passe son temps à recevoir des habitants de sa ville pour dire " j'ai besoin d'un logement parce que ma famille s'agrandit ", " j'ai besoin d'un logement parce que mes enfants sont grands, ils ont besoin… ", je ne vois pas ce qui pourrait justifier de ne pas avoir envie de reprendre cet acte de construire, mais il faut accompagner, accompagner les maires bâtisseurs, parce qu’évidemment quand on construit, que sa population augmente, il faut plus de places dans les écoles, il faut plus de crèches, etc., donc ça c'est notre responsabilité commune, ça a déjà été le cas dans le cadre du Pacte de relance, il y a eu un accompagnement aux maires bâtisseurs, il faut regarder. La Première ministre a annoncé le Fonds vert, France nation verte, donc il faut qu'on accompagne les élus locaux à…

SALHIA BRAKHLIA
Mais on regarde les HLM, par exemple aujourd'hui 8% des locataires HLM quittent leur logement chaque année, est-ce qu'il faut faciliter le turn-over ?

OLIVIER KLEIN
Oui, bien sûr, il y a un gros travail à mener, entre bailleurs sociaux, ce qu'on appelle les bourses de logements, pour qu’il y ait une meilleure connaissance des appartements qui se libèrent, d'autres qui vont se libérer, pour que, quand la famille grandit, on puisse trouver plus grand, quand la famille se réduit, eh bien on puisse trouver plus petit à la hauteur de ses besoins, mais il faut aussi produire plus, bien évidemment, et rénover, parce qu’il y a aussi une partie des demandeurs de logements sociaux qui demandent parce qu’ils ne sont pas satisfaits de leur logement, parce que leur temps de trajets domicile-travail ne sont pas suffisamment courts, etc., donc c'est tout ça qu'il faut mener en même temps.

MARC FAUVELLE
Olivier KLEIN, dans le projet de budget initial vous aviez prévu, le gouvernement avait prévu de supprimer 14.000 places d'hébergement d'urgence, c'est une décision qui a été critiquée assez durement par les associations, et notamment par le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, c'était sur ce plateau, Christophe ROBERT il y a quelques jours.

CHRISTOPHE ROBERT, DELEGUE GENERAL DE LA FONDATION ABBE PIERRE
C’est des mesures de Bercy, je veux dire le ministre du Logement ce n’est pas ça qu'il veut faire. On ne peut pas dire j'ai ouvert des places, enfin des solutions de logement, ce qui est très bien avec la politique du logement d'abord, que l'on soutient, du logement durable, de qualité, il y a un an, et donc comme on a ouvert ces solutions on va fermer le robinet de l'hébergement d'urgence en coupant 14.000 places dans le budget, non, ce n’est pas possible. J’espère que dans les jours qui viennent, dans les trois jours qui viennent, sera remis en cause ces coupes de 14.000 places, autrement on va vers des moments extrêmement difficiles.

MARC FAUVELLE
Quelques heures plus tard coup de baguette magique, finalement le gouvernement a rétabli ces places, vous dites on s'est planté ?

OLIVIER KLEIN
Il n’y a jamais de baguette magique en politique, il y a du travail…

MARC FAUVELLE
Vous dites quoi, Bercy s’est couché ?

OLIVIER KLEIN
C’est beaucoup plus compliqué que ça. Il y a une réalité, on a besoin de places d'hébergement de gens. Vous savez que 200.000 places…

MARC FAUVELLE
14.000 places rétablies en une journée, 14.000.

OLIVIER KLEIN
Oui, tant mieux, tant mieux, on a besoin. Il n’y a jamais eu autant de places d'hébergement d'urgence dans ce pays, il y en avait 140.000 au début du Covid, 200.000 à la fin aujourd'hui, oui, on a préservé ces places parce qu'il y en a besoin, il y a des Français en situation d'extrême urgence. Vous savez, Christophe ROBERT, qu'on vient de voir là, je lui ai proposé de co-animer le Conseil national de la refondation avec moi et il a accepté, ça veut dire…

MARC FAUVELLE
Mais sans l’appel au secours des associations, sur ce plateau et ailleurs, les places elles ne seraient plus là.

OLIVIER KLEIN
Ecoutez, moi j’ai pris les responsabilités depuis le début, je savais, comme tout jeune ministre du Logement, qu'il y avait besoin de préserver ces places, et je remercie la Première ministre d'avoir entendu ce besoin de remettre les places parce qu’on en a besoin, mais l'objectif ce n’est pas de laisser les gens dans l'hébergement d'urgence, l'objectif c'est d'aller, et de relancer le plan logement, d'abord 2, pour que les gens quittent l'hébergement d'urgence, l'hébergement d'urgence ce n'est jamais une bonne solution, la bonne solution c'est un toit, et c'est aussi un des objets du Conseil national de la refondation, c'est le logement pour tous.

SALHIA BRAKHLIA
Christophe ROBERT qui demande aussi une revalorisation des APL, on rappelle quelles ont été revalorisées à 3,5 % cet été, une autre revalorisation est prévue ?

OLIVIER KLEIN
Alors pas cette année, on a pris nos responsabilités dans le cadre de la loi pouvoir d'achat, on a plafonné les augmentations possibles de loyer à 3,5% et on a augmenté les APL de 3,5%, ensuite on va…

SALHIA BRAKHLIA
La prochaine c’est pour quand alors ?

OLIVIER KLEIN
Ecoutez, on regarde la situation, notamment les APL qui sont liées aux charges, mais vous savez aussi qu’il y a un travail qui se mène sur la solidarité universelle, qui fait partie du projet du président de la République, sur lequel tous ces sujets-là devront être mis sur la table, mais pour cette année…

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire ?

OLIVIER KLEIN
La question de la solidarité universelle, celle qui permet que chacun ait droit à ce qu’il a droit. Aujourd'hui on a un vrai sujet de non recours, non recours aux bourses, non recours aux aides, etc.

SALHIA BRAKHLIA
Plus généralement.

OLIVIER KLEIN
Plus généralement, donc les APL ne sont pas exclues de cette volonté de mettre en place la solidarité universelle.

MARC FAUVELLE
Dernier mot Olivier KLEIN. Dans les 200 plus grandes villes de France la taxe foncière a augmenté de quasiment 5 % cette année, est-ce que c'est justifié ?

OLIVIER KLEIN
Ecoutez, je ne peux pas parler à la place de maires qui ont des responsabilités, mais eux aussi sont protégés par les boucliers, donc je ne me permettrais pas puisque je passe mon temps à dire faisons confiance à l'intelligence des maires, et c'est le choix du gouvernement…

MARC FAUVELLE
Y compris quand ça augmente de 52% à Paris, on fait confiance aux maires sur le terrain, ils savent ce qu’ils font avec leur budget ?

SALHIA BRAKHLIA
Vous les trouvez intelligents ?

OLIVIER KLEIN
Ecoutez, l'ancien maire de Clichy-sous-Bois peut vous assurer qu'il n'augmentera pas les impôts cette année parce que les Français souffrent…

MARC FAUVELLE
Mais il n’y a pas d’arnaque concernant Paris, comme a pu le dire l’un de vos collègues, Gabriel ATTAL ?

OLIVIER KLEIN
Ce n’est pas à moi d’en juger, vraiment.

SALHIA BRAKHLIA
Vous la trouvez intelligente en ce moment Anne HIDALGO ? Je reprends votre terme.

OLIVIER KLEIN
Mais, je ne suis pas là pour juger les maires, notamment la maire de la capitale, elle mène une action, elle a été élue, et ensuite les Parisiens prendront leurs responsabilités.

MARC FAUVELLE
Olivier KLEIN, ministre du Logement, était ce matin l'invité de France Info, merci et bonne journée à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 30 novembre 2022