Interview de M. Olivier Klein, ministre chargé de la ville et du logement, à France Bleu Provence le 30 novembre 2022, sur l’encadrement des loyers, la proposition de loi anti-squat, les "marchands de sommeil" et le renouvellement urbain à Marseille.

Texte intégral

PHILIPPE RICHARD
On reste à Marseille, David, où le ministre du Logement dit oui à l’encadrement des loyers.

DAVID ASSILOU
Oui. Olivier KLEIN, donc, vous vous êtes rendu aux Assises du logement. Tiens, avant d’en parler avec Renaud MUSELIER, qu’est-ce qu’on gagne quand on devient un macroniste ?

OLIVIER KLEIN
Rien. On s’engage pour le dépassement, on s’engage pour son pays, on s’engage pour protéger les Français en matière de logement, les habitants des quartiers populaires. En tout cas, c’est le sens de mon engagement.

DAVID ASSILOU
Je vous dis ça parce que vous, vous êtes passé du Parti Communiste ou PS, et ensuite donc vous êtes dans ce Gouvernement. Le maire de Marseille n’a pas changé de camp, pourtant, le Gouvernement lui fait plaisir. Vous dites oui à l’encadrement des loyers alors que la métropole, les propriétaires, les agents immobiliers n’étaient pas franchement pour.

OLIVIER KLEIN
Moi, je crois qu’il faut, là où c’est possible, permettre aux Français, et donc aux Marseillais, d’accéder au logement. L’encadrement des loyers, d’abord, c’est un cadre juridique extrêmement précis. Donc on va lancer le travail pour étudier la demande avec, oui, un avis favorable du ministère parce qu’à Marseille comme beaucoup d’endroits, on voit des loyers qui explosent. Mais un autre moyen d’éviter que les loyers explosent, c’est surtout de construire du logement et d’avoir une production plus importante. C’est toujours la vieille loi de l’offre et de la demande. Donc il faut protéger les Marseillais pour qu’ils trouvent un logement, c’est important. Et donc, l’encadrement fait partie des solutions mais ce n’est pas la seule bien évidemment.

DAVID ASSILOU
Question, inquiétude d’Hugo, tiens ! Il est Marseillais. Ecoutez-le.

HUGO, MARSEILLAIS
J’espère surtout qu’on aura une politique de contrôle efficace auprès de cet encadrement des loyers, parce qu’on sait que parfois, des dispositifs dont on connaît les bonnes intentions et a priori des bons effets, s’ils ne sont pas correctement surveillés et encadrés, ça dysfonctionne complètement.

DAVID ASSILOU
Ça existe déjà à Bordeaux, à Paris, à Montpellier. Ça marche ? Vous êtes sûr de ça ?

OLIVIER KLEIN
Oui, ça marche, si dans le même temps, on a un plan local de l'habitat ; si dans le même temps, on construit plus de logements. Ça permet une explosion, une gentrification, et ça permet à un maximum d'habitants de trouver un logement à un prix abordable. La question, c'est : comment construire son parcours résidentiel ? Aujourd'hui, le logement devient un espèce d'Eldorado inaccessible pour beaucoup de nos concitoyens. Et moi, je n'accepte pas qu'on se demande où on va habiter, où on va vieillir, ou ses enfants vont habiter ? Donc l'encadrement, ce n'est pas la solution universelle mais ça fait partie des solutions. Mais, je le répète, l'urgence, et c'est un des objets du Conseil national de la refondation du logement que j'ai lancé lundi, c'est comment faire pour redonner à ce pays l'envie de construire, de construire plus pour loger tout le monde ?

DAVID ASSILOU
L'envie de construire 27 000 logements d'ici 2028, dit la ville de Marseille. Ça va être suffisant ça à votre avis ? Ça fait 4 500 par an.

OLIVIER KLEIN
Ecoutez, le ministre n'est pas là pour faire le travail des élus locaux ; c'est à eux d'estimer les besoins locaux. C'est le sens d'un plan local de l'habitat, le PLH, sur lequel la ville et la métropole sont en train de travailler. C'est un travail qui doit permettre de résoudre les problèmes, d'estimer les endroits où on doit construire, lutter contre les égoïsmes locaux parce que construire du logement dans une métropole aussi importante que celle de Marseille, ça concerne Marseille et les autres villes de la métropole. C'est ça l'objet et du PLH et du plan local de l'urbanisme intercommunal. C'est tous ces outils qui doivent permettre une planification du logement pour permettre aux habitants de la métropole de se loger parce que c'est un droit.

DAVID ASSILOU
Et vous prenez aussi une proposition de loi anti-squat. On a l'impression qu'il y a deux combats diamétralement opposés là. Là, vous défendez les propriétaires.

OLIVIER KLEIN
Mais il faut défendre tout à la fois les propriétaires et les locataires. Vous savez, si les propriétaires ont peur de mettre leurs appartements en location parce qu’ils se disent : « Mais comment ça va se passer ? Est-ce que je vais encaisser mes loyers ? Et si j'ai un locataire qui est indélicat, est-ce que je vais pouvoir le faire sortir de mon logement ? » Moi, mon enjeu, c'est de protéger à la fois les locataires et les propriétaires. Les locataires en situation financière difficile, on les protège. C'est pour ça que je me mobilise extrêmement contre les expulsions locatives. L’expulsion locative, c’est toujours un échec. Donc tous les outils de prévention doivent être mis en place pour éviter l'expulsion locative : le FSL, un soutien des travailleurs sociaux. Mais lorsqu'il y a - et ce n'est pas du tout le cas général mais de temps en temps - des locataires indélicats, il faut rassurer le propriétaire pour se dire : « Je vais récupérer mon bien ». C'était déjà le cas de la garantie Visale qui permet aux propriétaires d'être rassurés. Il y a une loi ; je souhaite qu'elle soit la plus équilibrée possible. Elle est toujours en cours de discussion au Parlement pour que chacun se sente protégé, à la fois les propriétaires et les locataires.

DAVID ASSILOU
Mais, Olivier KLEIN, vous êtes dans une ville qui a connu le pire dans ce domaine. Rue d'Aubagne : huit morts. Il y a peut-être plus urgent. Benoît PAYAN, le maire, dit : " Il faut tripler les peines contre les marchands de sommeil ". Vous venez de dire : " Je suis d'accord avec lui ". C'est-à-dire ?

OLIVIER KLEIN
Parce que, d'abord, vous savez, j'ai été maire de Clichy-sous-Bois, une des villes qui a combattu les marchands de sommeil depuis plus de quinze ans : les marchands de sommeil dans les copropriétés dégradées, les marchands de sommeil parfois dans les zones pavillonnaires. Donc, oui, ces marchands de sommeil, ces espèces de Thénardier des temps modernes qui exploitent la misère et qui logent à des prix indus à des familles en grande souffrance, c'est insupportable. Et donc, d'ailleurs, dans la loi anti-squat dont vous parlez, j'ai fait rajouter un amendement contre les marchands de sommeil, ces gens qui ouvrent des appartements, qui font croire à des pauvres gens qu'ils en sont les propriétaires et qui les font payer en liquide à l'entrée. Oui, il faut les condamner, il faut les combattre. Et pour combattre les marchands de sommeil, il faut combattre l'habitat insalubre à Marseille et partout ailleurs. Eh oui, à Marseille, moi, j'étais présent le jour de l'effondrement de la rue d'Aubagne dans ce drame horrible. Hier, j'ai été me recueillir dans la rue d'Aubagne pour voir où ça en était, et puis avoir une pensée pour ces huit personnes décédées. En même temps, on fait un grand plan sur le centre-ville de Marseille. On a un programme de renouvellement urbain dans lequel l'Etat, l'Anru met 650 millions pour rénover les quartiers nord dans lequel je me rendrai ce matin, mais aussi le centre-ville de Marseille, avec l'Anru, l'Agence nationale de l'habitat, une SPLIN qui est vraiment extrêmement motivée. Hier soir, j'ai réuni, avec le préfet de région, un comité de suivi de Marseille en grand logement auquel le Président de la République et la Première ministre sont très attachés, pour faire un point d'étape, et je ferai ces points d'étape très régulièrement. Et quand ce n’est pas moi qui le fera, ce sera le préfet parce qu’on a besoin de construire, on a besoin de construire à Marseille, on a besoin de construire du logement dans ce pays.

DAVID ASSILOU
Merci Olivier KLEIN, ministre du Logement, et à Marseille encore ce matin. Bonne journée à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 1er décembre 2022