Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, à France Info le 6 décembre 2022, sur la politique d'immigration, le risque de coupures d'électricité, les violences commises par des policiers et la lutte contre la délinquance.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Le gouvernement dévoile cet après-midi à l'Assemblée les contours de la future Loi immigration, que vous défendrez-vous même le mois prochain L'une des mesures phares du texte qu'on connaît déjà, c'est la création d'un titre de séjour pour les étrangers qui travaillent dans des métiers en tension. Est-ce que c'est, comme le disent la droite et le Rassemblement national, une régularisation massive ?

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas le cas. D'abord c'est un texte très important, qui vise d'une part à mieux intégrer tous ceux qui veulent s'intégrer à la République française, parce que les étrangers font partie de la richesse de notre pays, lorsqu'ils veulent s'intégrer, lorsqu'ils parlent notre langue, lorsqu'ils veulent élever les enfants dans la patrie des droits de l'homme. Et on ne les intègre pas assez bien, parce qu’il n’y a pas assez de travail parfois, parce qu'il y a trop de limitations pour eux pour s'intégrer, pas assez de logements, pas assez d'accessibilité à la langue française. Et puis vise aussi à expulser les personnes qui ne respectent pas notre droit…

MARC FAUVELLE
On va en parler.

GERALD DARMANIN
… qui commettent des actes de délinquance et que l'on doit davantage pouvoir reconduire dans leur pays d'origine. Donc c'est à la fois mieux intégrer et puis mieux expulser, parce qu'il s'agit de deux publics évidemment très différents. Et parmi les choses qu'il faut faire pour mieux intégrer les personnes qui sont sur notre sol, il y a toutes ces personnes qui travaillent dans notre pays sans-papiers, et il y en a beaucoup, et dans les restaurants parisiens il y en a un certain nombre, et pas qu'à Paris. Pour construire des bâtiments, des logements, il y en a beaucoup. Pour récupérer des fruits et légumes il y en a beaucoup, dans l'agriculture y en a beaucoup. Et donc la question est de savoir si on continue d'être hypocrite, et quelque part assez inhumain avec ces personnes qui travaillent, qui ne peuvent pas donc être couvertes par la Sécurité sociale quand ils ont les accidents de travail par exemple, ou si on fait comme si tout cela dise n’existait pas.

MARC FAUVELLE
Donc on va leur donner un titre de séjour provisoire, d'un an…

GERALD DARMANIN
Alors, aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Renouvelable ou pas ?

GERALD DARMANIN
Bon, d’abord, il faut savoir de quoi on parle. En 2004/2005, il y avait 150 000 à peu près, étrangers en situation irrégulière, qui étaient inscrits dans ce qu'on appelle l'aide médicale d'Etat, c'est-à-dire la santé pour ceux qui n'ont pas de Sécurité sociale et qui n'ont pas de papiers. Et quand on est arrivé aux responsabilités en 2017, il y en a 350 000, c'est-à-dire que ça a doublé sur les deux quinquennats précédents. Et sous le président de la République, on est passé de 350 000 à 380 000. Donc certes ça a augmenté, mais beaucoup moins que sous les deux quinquennats précédents. Parmi ces personnes qui sont sur notre sol, il y a des gens qui travaillent. Alors, qui travaillent au noir, comme on dit, ou qui travaillent sous des noms d'emprunt, et donc qui paient des cotisations, qui paient des impôts mais qui ne bénéficient pas de la solidarité nationale.

SALHIA BRAKHLIA
Combien de personnes ?

GERALD DARMANIN
On ne le sait pas, puisque par définition ils sont, si j'ose dire, cachés, c'est de la fraude bien évidemment par des employeurs qui le font, quelques milliers, peut-être quelques dizaines de milliers. Ces personnes, nous devons aujourd'hui éviter à la fois de continuer cette hypocrisie, de pouvoir les régulariser dans certains cas, et en même temps s'assurer qu'ils jouent bien le jeu de la République française, sans régulariser massivement les personnes.

MARC FAUVELLE
Donc il y aura bien des régularisations.

GERALD DARMANIN
Donc il y aura des critères. Alors, ces critères, quels sont-ils ? On va justement en discuter avec le Parlement aujourd'hui et dans les semaines qui viennent, c'est la négociation parlementaire. Combien de d'ancienneté il faudra sur le sol national, est-ce qu'il faudra être là depuis plus de 2 ans, plus de 3 ans, plus de 5 ans ? Eh bien plus vous remontez l'âge de l'ancienneté, plus vous limitez les possibilités de régularisation. Est-ce que ces personnes, on doit quantifier le nombre de personnes qu'on doit régulariser chaque année, est-ce qu'on doit mettre des quotas pour être très simple ? Pour l'instant, le texte du gouvernement ne le prévoit pas, mais nous sommes ouverts au débat parlementaire…

MARC FAUVELLE
Pourquoi pas, oui.

GERALD DARMANIN
Est-ce que le Parlement doit nous dire : pas plus de 5 000, pas plus de 10 000, pas plus de 15 000, je ne sais pas, par an. Quels sont les métiers en tension ? Aujourd'hui la restauration et l’hôtellerie ne sont même pas des métiers en tension. Olivier DUSSOPT…

SALHIA BRAKHLIA
Pardon Gérald DARMANIN, d’abord sur la durée du titre de séjour, la question de marque, la position du gouvernement c'est quoi ?

GERALD DARMANIN
Alors, aujourd'hui c'est un titre de séjour d'un an, ça veut dire un titre de séjour qui ne permet pas le regroupement familial, puisque le regroupement familial en France c’est 18 mois.

MARC FAUVELLE
Renouvelable ou pas ?

GERALD DARMANIN
Evidemment renouvelable, mais on peut y mettre des conditions. Evidemment que la personne ait toujours son emploi, ça paraît évident, que le métier en tension soit toujours un métier en tension. Olivier DUSSOPT, qui porte cette partie du projet de loi est en discussion aujourd'hui avec les professionnels. Vous avez vu, les restaurateurs aujourd'hui qui disent " nous on a besoin de régulariser ces personnes, et on n'est pas un métier en tension ", ce qui est absurde, et donc évidemment les branches professionnelles auront leur mot à dire. Et puis troisièmement, si cette personne satisfait un certain nombre de critères, par exemple pas de casier judiciaire. Toute personne en France qui aura un casier judiciaire et qui sera étranger, ne pourra pas être régularisé et sera donc expulsé du territoire national. On veut ceux qui bossent, on ne veut pas ceux qui rapinent. Et puis deuxièmement, nous avons souhaité imaginer un examen de langue française, parce qu'on ne peut pas rester sur le territoire de la République sans parler correctement français.

SALHIA BRAKHLIA
La question est de savoir si au bout d'un moment, ces étrangers qui auront ce titre de séjour, pourront devenir à un moment français.

GERALD DARMANIN
Alors là, vous parlez de choses extrêmement différentes. Il y a ceux, il y a les étrangers qui sont réguliers sur le territoire national, et puis il y a ceux qui deviennent français. Il n’y a pas…

MARC FAUVELLE
Donc ceux à qui vous avez donné ce titre de séjour, pour l'instant d'une durée d'un an, qui sera peut-être, si on a bien compris renouvelable, est-ce qu'un jour ils pourront avoir la nationalité française ?

SALHIA BRAKHLIA
Mais, la nationalité française, elle s'acquiert selon des cheminements qui ne sont pas du tout ceux du texte de loi. Il n'y a pas d'article sur le Code de la nationalité dans le projet de loi que nous présentons. Pour devenir français, ce sont des choses différentes, que pour être régulier sur le territoire national. Pour devenir français, il y a un certain nombre de critères, qui sont notamment des entretiens d'assimilation que nous avons mis en place, je le rappelle, ce gouvernement-ci, et des examens notamment de Français, qui sont très difficiles. Je rappelle qu'on…

MARC FAUVELLE
Et la présence sur le territoire…

GERALD DARMANIN
Je rappelle qu'on naturalise, sous Emmanuel MACRON, 22% de gens en moins que sous le quinquennat précédent. Donc il faut accueillir ceux qui veulent s'intégrer, leur donner une vie administrative normale, qu'ils puissent éduquer leurs enfants dans des conditions acceptables dans la République, qui puissent aussi bien comprendre que s'ils travaillent en France, s'ils parlent français, ils seront intégrés. S'ils commettent des actes de délinquance, ils seront expulsés, et ne pas rentrer évidemment dans ce qu'on pourrait appeler une forme d'hypocrisie générale. Vous savez, quand j'entends des dirigeants politiques nous dire que l'on va régulariser des personnes et que ce serait la fin de la France, je leur dis que quand ils mangent dans des restaurants, ils ne regardent manifestement pas qui leur fait leur plat, et ces plats bien français, parfois sont faits par des étrangers qui n'ont pas de papiers, et que, eux-mêmes, quand ils étaient aux responsabilités, ont laissé entrer sur le territoire de la République.

SALHIA BRAKHLIA
Mais si on suit votre logique, Gérald DARMANIN, si un jour le métier redevient attractif et qu'il y a trop de main-d'oeuvre, la personne qui a été régularisée pendant un temps donné, avec ce titre de séjour, rentre chez elle.

GERALD DARMANIN
Alors, il y a une question de liste de métiers en tension. Donc ce qu'il faut bien voir, c'est que c’est d'abord une négociation sociale et patronale, avec le ministère du Travail. Nous devons lister ces métiers en tension. Le jour où les métiers ne sont plus en tension, évidemment nous n'ouvrirons plus de possibilités de régularisation…

MARC FAUVELLE
Et ceux qui sont déjà là ?

GERALD DARMANIN
Et ceux qui sont déjà là, évidemment, s'ils ont montré qu'au bout d'un an ils s'intégraient à la République, qu'ils avaient toujours leur emploi, parce que leur employeur a considéré qu'il fallait évidemment les garder, et qu'ils n'ont aucun casier judiciaire, ont possibilité de rester sur notre sol, en demandant un titre de séjour plus long. Je rappelle…

MARC FAUVELLE
Précision importante, Gérald DARMANIN, cette mesure, dans son ensemble…

GERALD DARMANIN
Je rappelle, pardon, il y a deux critères qui n’existent pas aujourd'hui, que nous mettrons, un, ces gens doivent passer un examen de français. Aujourd'hui, pour avoir un titre de séjour long, on ne passe pas d'examen de Français…

MARC FAUVELLE
Il faut s’engager à apprendre le français…

GERALD DARMANIN
Non non, pas s'engager, il faut passer un examen, comme aux Etats- Unis…

MARC FAUVELLE
Non non, mais aujourd’hui, il faut s’engager.

GERALD DARMANIN
Pardon, exactement, il faut s'engager, comme aux Etats-Unis, passer un examen et réussir cet examen pour rester sur le sol de la République, et deux, n'avoir aucun casier judiciaire.

MARC FAUVELLE
Précision importante, ce dispositif " métiers en tension ", est-ce qu'il s'applique à ceux qui sont déjà là ou aussi aux futurs immigrés ?

GERALD DARMANIN
Non, il ne s'applique qu'à ceux qui sont déjà là…

MARC FAUVELLE
Ah bon…

GERALD DARMANIN
Bien sûr, puisqu'il s'agit qui le mettre fin à l'hypocrisie. C'est-à-dire que d'autres immigration, en quoi elle consiste aujourd'hui ? C'est une immigration d'abord, qui en Europe ne va pas s'arrêter, je pense qu'il faut le dire aux Français, il faut dire la vérité aux Français. On a par exemple plus de 60% de demandes d'asile depuis le 1er janvier dans tous les pays européens. Et tous les pays européens, regardez l’Allemagne, ont les mêmes problèmes que nous, qu’ils soient gouvernés par des gens de très à droite ou très à gauche, ils ont les mêmes problèmes que nous. Donc nous devons regarder les choses, non pas en étant pour ou contre l'immigration, ce qui ne veut absolument rien dire d'être pour ou contre l'immigration, la question est de savoir quelle immigration nous voulons sur le territoire national. Nous, nous souhaitons davantage une immigration de travail qu'une immigration familiale, alors qu'aujourd'hui notre immigration est plutôt familiale que de travail. Et deuxièmement, quelles exigences nous demandons aux étrangers pour rester sur notre sol durablement ? Et nous leur disons : il faut travailler, il faut parler français et il ne faut avoir aucun casier judiciaire. Mais être contre les étrangers par principe, c'est absurde, et par ailleurs c'est assez inhumain.

MARC FAUVELLE
On va parler dans un instant du volet plus répressif de votre loi, Gérald DARMANIN.

SALHIA BRAKHLIA
Marc Gérald DARMANIN, vous avez dit récemment que vous vouliez, je cite, " rendre la vie impossible aux étrangers en situation irrégulière ". Ça veut dire quoi ?

GERALD DARMANIN
Eh bien aujourd'hui, une partie des personnes qui sont en situation irrégulière et qui ne travaillent pas, ne sont pas dans les métiers en tension, ont des casiers judiciaires ou doivent depuis très longtemps partir du territoire national, et ils doivent repartir, malheureusement n'ont pas toujours le message qui consiste à repartir de leur pays d'origine. Ça passe par une meilleure façon de faire travailler des préfectures en France, donc ça c'est notre travail et on a une grande réforme à porter, je ne vais pas détailler ici, mais elle est très importante. Ça passe aussi par le fait que normalement on doit bien pouvoir dire à la CAF par exemple, qu’il n’y a plus de prestations possible lorsqu'on est étranger en situation irrégulière.

SALHIA BRAKHLIA
Donc, plus de prestations sociales…

GERALD DARMANIN
Mais ça, c'est la loi déjà.

SALHIA BRAKHLIA
Pas de logement social non plus.

GERALD DARMANIN
Alors, évidemment, là, le logement social ne peut pas rester, le bail social ne peut pas rester lorsque la personne est devenue en situation irrégulière. Donc ça demande une meilleure information, notamment de la part des préfectures vers les bailleurs. Je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’une grande partie des étrangers en situation irrégulière en France, étaient des gens qui sont arrivés régulièrement en France…

MARC FAUVELLE
Et dont le titre de séjour n'a pas été renouvelé, par exemple.

GERALD DARMANIN
Soit il n’a pas été renouvelé, soit…

MARC FAUVELLE
Soit ils l’ont perdu.

GERALD DARMANIN
Soit effectivement nous leur avons retiré. Et le problème n'est pas la personne qui traverse les Pyrénées ou les Alpes avec son baluchon dans des conditions extrêmement difficiles et qui arrive sur notre sol, cette personne n'a pas de prestations sociales et n'a pas de baux sociaux, puisqu’évidemment nous ne l'appliquons pas, ce genre de choses, lorsque ces personnes arrivent dans des situations totalement irrégulières. Notre grande problématique, c'est les gens qui arrivent régulièrement sur le territoire national, avec un visa par exemple de tourisme, et qui restent sur notre sol, sans le dire à personne, et qui ont pu négocier alors, soit des prestations sociales, soit un logement social, lorsqu'ils étaient régulièrement sur le territoire national. Donc il y a un énorme travail à faire, pas tellement logistique mais surtout de réglementaire et de management des préfectures, que je suis en train de mener, pour effectivement que les étrangers…

SALHIA BRAKHLIA
Mais un peu logistique quand même, parce que si vous demandez à tous les bailleurs sociaux…

GERALD DARMANIN
Que les étrangers en situation irrégulière puissent partir.

SALHIA BRAKHLIA
… d'expulser ceux qui ont perdu leur titre de séjour, puisqu'ils sont en situation irrégulière, que deviennent ces gens ?

GERALD DARMANIN
Eh bien ils doivent partir du territoire national.

MARC FAUVELLE
Si les pays refusent de délivrer des… C'est le cas aujourd'hui, l’Algérie par exemple, des laissez-passer.

GERALD DARMANIN
Non, ce n’est plus le cas pour l’Algérie, pour la Tunisie et pour le Maroc…

MARC FAUVELLE
Encore en partie.

GERALD DARMANIN
… et nous nous en réjouissons. On améliore très largement désormais les relations que nous avons avec ces pays, notamment grâce au déplacement du président de la République, on a par exemple augmenté de 21% depuis le début de l'année le nombre de personnes qui ont été reconduites dans ces pays. Donc on est dans une bonne évolution. Il y a par contre des pays pour lesquels, certes très minoritaires, mais pour lesquels nous ne pouvons pas expulser des personnes, parce que nous n'avons pas de relations diplomatiques avec ces personnes, je pense à l'Afghanistan, par exemple, et donc il y a, en même temps que le travail sur les personnes irrégulières, un très gros travail sur l'asile, puisqu'une partie aussi de ces personnes que nous ne pouvons pas expulser, sont en fait éligibles à l'asile, que nous mettons trop de temps à donner ou trop de temps à refuser, c’est aussi l'objet du projet de loi.

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, depuis que la France a décidé d'accueillir l'Ocean Viking, i y a quelques semaines, une vingtaine de mineurs se sont évaporés dans la nature et 123 personnes ont été remises en liberté par la justice, faute de pouvoir statuer sur leur cas dans les temps indiqués par la loi. Est-ce que c'est un fiasco pour le ministre que vous êtes ?

GERALD DARMANIN
C'est un fiasco européen d'abord. Je rappelle que nous avons accueilli ce bateau par humanité, parce que l'Italie ne voulait pas le faire.

MARC FAUVELLE
En promettant de gérer ces cas les uns après les autres, ce qui n'a pas été fait.

GERALD DARMANIN
Si, bien sûr que si, nous respectons l'Etat de droit français. Nous avons pu expulser 4 personnes, ce qui a déjà été fait, et les autres sont demandeurs d'asile, et donc sont inscrits à l'asile français, et nous sommes en train en ce moment, je retourne à Bruxelles d'ailleurs dès jeudi, de terminer la relocalisation, c'est-à-dire les mises dans d'autres pays européens des 2 tiers de ces étrangers qui sont sur le sol français.

MARC FAUVELLE
Vous ne faites pas de mea culpa sur la façon dont ça s'est passé ?

GERALD DARMANIN
Mais non, mais moi…

MARC FAUVELLE
…On lisait par exemple, parce que vous l'avez fait comme nous Gérald DARMANIN, ce qu'ont dit les avocats de ces personnes, je les cite : " On a fait appel à des interprètes anglais pour parler à des Pakistanais, on a appelé une femme de ménage du commissariat de Toulon, réquisitionnée comme interprète en langue arabe ".

GERALD DARMANIN
Arrêtez quelques instants le procès contre la France au moment où le président de la République a pris la seule décision qui faisait honneur à la France, c'était d'accueillir un bateau où il y avait plus d'une trentaine de gamins, dont quelques-uns parfois de quelques années ou de quelques mois, et qui étaient en train de mourir, il n’y a pas d'autre mot, au large des côtes italiennes et françaises.

MARC FAUVELLE
Ma question ne porte pas sur ce point, mais sur ce qui s'est passé en France, à Toulon.

GERALD DARMANIN
Mais moi, je vais vous dire, je suis très fier d'avoir contribué, sous l'autorité du président de la République, à accueillir ce bateau, et je suis très honorer de la façon dont la France aujourd'hui répond à la demande des droits de l'homme. Et oui, nous avons dû accueillir ce bateau, parce que l'Italie n'a pas fait son travail, et n'a pas accepté le droit international du droit de la mer. Et je suis d'ailleurs très heureux que l'Europe s'en soit rendue compte, en convoquant la semaine dernière ce sommet européen, qui nous a permis d'être très clair sur ce que nous devons faire à l'avenir. Il n’y aura pas d’autres bateaux…

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça, ce n’est pas l’avis de votre prédécesseur, Gérard COLLOMB, qui dit : " En accueillant l'Ocean Viking, on a ouvert une nouvelle brèche ".

GERALD DARMANIN
Mais, est-ce qu'il y a eu d'autres bateaux qui sont arrivés depuis l'Ocean Viking ? La réponse est non.

MARC FAUVELLE
Que se passera-t-il s’il y en a un autre qui arrive demain ?

GERALD DARMANIN
N'exagérons rien. Nous nous sommes mis d'accord en Européens, pour que ce soit évidemment le droit de la mer qui soit absolument appliqué…

MARC FAUVELLE
Donc le port le plus proche.

GERALD DARMANIN
Exactement. La France a dit que c'était à titre totalement exceptionnel et je veux redire que c'est grâce à la solidarité européenne que 2 tiers de ces demandeurs d'asile seront dans les pays qui ne sont pas la France et qui nous ont accordé si j'ose dire une solidarité, que nous avions proposée à l’Italie, et qui a été refusée. Donc je pense qu'il faut surtout se poser la question de savoir ce qu'auraient fait les dirigeants politiques qui critiquent cette décision, s'ils étaient en autres responsabilités, ils auraient laissé mourir ces enfants au large de Toulon ? C'est ça qu'ils auraient fait ? La politique ce n’est pas un choix entre une bonne et une mauvaise décision, la politique, c’est toujours un choix entre…

MARC FAUVELLE
Sur le traitement des dossiers, en France, Gérald DARMANIN, vous ne faites pas votre mea culpa, vous ne dites pas « on aurait dû améliorer…

GERALD DARMANIN
Mais, sur le traitement en France, ce qui est évident c'est qu'il faut qu'on change notre droit, d'où le texte de loi que nous présentons aujourd'hui. Il est évident que nous devons améliorer les délais de traitement pour le juge des libertés et de la détention, pour qu'il prenne non pas simplement 24 heures, ce qui est le droit aujourd'hui, mais peut-être plusieurs journées, pour pouvoir étudier ces demandes. Parce que la justice n'a pas, contrairement à ce que vous semblez insinuer, ce que semblent insinuer quelques avocats, n'a pas condamné la France du traitement qu'elle a donné à ces personnes…

MARC FAUVELLE
Elles les a libérées, faute d’avoir géré le dossier à temps.

GERALD DARMANIN
La justice a considéré qu'elle n'avait pas le temps, dans le droit actuel, de pouvoir regarder les cas, puisqu’il n'était pas prévu dans le droit actuel, que des bateaux puissent arriver sur notre côte, puisque ça a toujours été le cas soit à Malte, soit en Grèce, soit en Espagne, soit en Italie. Donc oui, nous devons changer notre droit. Et c'est l'objet d'ailleurs du projet de loi que nous portons, pour permettre aux juges de regarder en conscience et en droit, effectivement la situation de chacune des personnes, et que notre droit aujourd'hui n'est pas adapté. Ça fait 2 ans que je suis ministre de l’Intérieur, ça fait 2 ans que je le dis.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la France a l'intention, comme l'a dit votre prédécesseur Gérard COLLOMB, d'ouvrir sur son territoire des centres de tri et de répartition des migrants, ce qu'on appelle les hot spots ?

GERALD DARMANIN
Non, ça n’a pas été le cas et ça n'a jamais été de cas, à ma connaissance.

 SALHIA BRAKHLIA
Le patron de RTE, Gérald DARMANIN, le gestionnaire du réseau de l'électricité en France prévient : il pourrait y avoir des coupures en janvier si l'on ne fait pas assez d'économies d'énergie d'ici là. Est-ce que vous savez si les prisons et les commissariats seront épargnés par les délestages ?

GERALD DARMANIN
D'abord, nous faisons tout, collectivement, je sais, pour que cela soit évité, et d'ailleurs je sais que nous avons déjà gagné beaucoup d'économies d'énergie grâce à l'esprit citoyen des Français. Et moi je les en remercie profondément. Evidemment, en cas de délestage, en cas de coupure d'électricité pendant quelques dizaines de minutes ou une heure ou deux, il y a des endroits en France qui seront particulièrement protégés, c'est le cas notamment des services de police, de gendarmerie et les casernes de sapeurs-pompiers.

MARC FAUVELLE
Ils pourront par exemple continuer à utiliser leur téléphone et leur tablette les policiers ?

GERALD DARMANIN
Exactement, et…

MARC FAUVELLE
Ah…

GERALD DARMANIN
Et…

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant ils sont relayés au réseau ORANGE il me semble.

GERALD DARMANIN
Exactement, et pour ceux qui ne peuvent pas être sous la protection de l'Etat, par le délestage des personnes qui évidemment sont considérées comme des personnes ayant particulièrement une action vitale pour le gouvernement, il y a des groupes électrogènes, qui permettent de faire vivre telle brigade de gendarmerie, telle caserne de sapeurs-pompiers, tel commissariat de police.

MARC FAUVELLE
Mais pour les téléphones du quotidien, les tablettes, les groupes électrogènes…

GERALD DARMANIN
Il y a par ailleurs des centres d'opérateurs, vous savez, l'appel 17 ou l'appel 18 qui seront évidemment protégés par chacune des préfectures pour qu'il n’y ait pas de coupures d'électricité dans ces centres 17 et dans ces appels 18. Et enfin, pour tous ceux qui ne seraient pas concernés, évidemment par cette protection, c'est le 112, je le répète ici à nos concitoyens, ce ne sera pas le 17, ce ne sera pas le 18, mais le 112 que nous devrons tous composer, parce qu'il est multi opérateurs, et évidemment les services de police et de gendarmerie et de pompiers seront totalement concernés par ces appels 112.

MARC FAUVELLE
Pas de courant c’est, pas de digicodes, pas d’alarmes non plus, est-ce qu’il y aura des rondes particulières les jours de délestage dans les quartiers touchés ?

GERALD DARMANIN
D’abord il n’est pas du tout certain que les choses se passent ainsi, il n’est pas tout à fait certain qu’il y eu du délestage…

SALHIA BRAKHLIA
Mais il faut anticiper quand même.

GERALD DARMANIN
Bien sûr, c’est ce que nous faisons, mais ne faisons pas peur aux Français, on écoute et on lit beaucoup de bêtises, j'ai encore entendu hier, me semble-t-il, des gens qui disaient qu'on allait couper l'électricité aux personnes qui étaient sous respiration…

SALHIA BRAKHLIA
A domicile.

GÉRALD DARMANIN
A domicile, chez soi.

MARC FAUVELLE
En l’occurrence c’est le porte-parole d’ENEDIS qui a dit ça.

GERALD DARMANIN
Eh bien écoutez, ce qui est évident c'est qu’on passe notre temps, depuis plusieurs semaines désormais, que la Première ministre nous a demandé d’y travailler, de repérer ces situations, 4000 personnes sont déjà repérées, et évidemment seront protégées, je pense qu'il ne faut pas faire peur particulièrement aux Français, que si tout le monde fait un peu d'économies d'énergie nous passons évidemment ce cap, mais en cas de difficultés exceptionnelles, évidemment que nous avons un plan pour que les policiers, les gendarmes, les pompiers, soient particulièrement déployés, particulièrement renforcés, d'abord pour accueillir les personnes en cas d'urgence, et pour être particulièrement sur le terrain, dans les zones blanches, ou les zones en délestage, pour pouvoir répondre aux interrogations ou aux appels d'urgence des Français.

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de l'Intérieur. Gérald DARMANIN, aujourd'hui, les policiers peuvent partir à la retraite entre 52 et 57 ans, est-ce que ce sera toujours le cas après la réforme, ou est-ce qu'ils vont devoir travailler plus tard ?

GERALD DARMANIN
La Première ministre va annoncer la réforme des retraites, je ne voudrais pas faire d'annonce à sa place, mais il est évident que les agents du ministère de l'Intérieur seront concernés pour travailler, comme tous les Français, un peu plus, et moi, j'en suis évidemment un partisan.

MARC FAUVELLE
Donc 3 ans de plus ça a priori, puisque ça sera le régime général…

GERALD DARMANIN
On verra ce qu’annoncera madame la Première ministre, mais il n’est pas question que les policiers, les gendarmes, les pompiers fassent autrement que le reste des Français, il y a des situations de départ particulières, les policiers, par exemple, ont ce qu'on appelle la catégorie active, comme d'autres métiers, c'est-à-dire, parce qu'ils risquent leur vie, ils ont un certain nombre de bonifications, nous allons évidemment les garder, mais l'idée de travailler plus longtemps doit s'appliquer évidemment à tous, et je l'ai déjà dit aux syndicats de policiers.

SALHIA BRAKHLIA
Gérald DARMANIN, nos confrères du magazine Complément d'enquête sur France 2 ont révélé que 2 policiers à Pau radiés et condamnés pour violences policières ont été réintégrés à la demande du syndicat police Alliance l'année dernière. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

GERALD DARMANIN
Mais c’est le droit, moi, je ne suis pas juge, le juge a considéré, d'abord, en première instance, puis, en appel, qui a réduit d'ailleurs la peine de ces policiers, qu'il n'y avait pas d'interdiction de profession à faire, alors, que, parfois, le juge les prononce, vous le savez bien et notamment…

SALHIA BRAKHLIA
Ils ont une sanction d’inéligibilité…

GERALD DARMANIN
Non, mais notamment…

SALHIA BRAKHLIA
Les policiers qui ont été radiés…

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas vrai, en première instance, ils ont été condamnés, je crois, à 2 ans d'interdiction de travail dans la police nationale, et la Cour d'appel a réduit à 3 mois, de 2 ans à 3 mois, la peine de ces policiers. Donc nous avons appliqué le droit, ça, c'était avant, la loi de modernisation du ministère de l'Intérieur, que je fais adopter d'ailleurs aujourd'hui par l'Assemblée nationale, prévoit notamment que tous les policiers qui ont été condamnés, soit pour des violences intrafamiliales, soit pour trafic de stupéfiants, soit pour discrimination, racisme, homophobie, xénophobie, eux, seront radiés du ministère…

MARC FAUVELLE
Mais pas pour violences policières ?

GERALD DARMANIN
Ministère de l’Intérieur, pour la police comme pour la gendarmerie.

MARC FAUVELLE
Mais pas pour violences policières ?

GERALD DARMANIN
Mais d'abord, il peut y avoir des violences commises par des policiers, mais je n'aime pas... je refuse le terme violences policières, la police…

MARC FAUVELLE
Là, en l’occurrence, ils avaient frappé à coups de pieds, coups de poings un l'adolescent menotté...

GERALD DARMANIN
Oui, mais en l'occurrence, la justice a considéré, je ne suis pas juge, je ne commente jamais les décisions de justice, qu'elles soient favorables ou pas favorables au ministère de l'Intérieur, mais je veux quand même remarquer que ces policiers, et notamment la Cour d'appel, la justice n'a pas interdit de faire leur métier, deuxièmement, a réduit de 2 ans à 3 mois leur interdiction d'exercice. Je ne suis pas juge à la Cour d'appel.

SALHIA BRAKHLIA
Gérald DARMANIN, vous venez de reporter pour la deuxième fois un déplacement que vous deviez effectuer en Corse en fin de semaine, vous avez expliqué que le climat n'y était pas favorable, vous avez eu peur pour votre sécurité ?

GERALD DARMANIN
Non, je n’ai pas peur pour ma sécurité, mais si c’est pour aller en Corse pour ne pas parler de l'avenir des Corses et de la Corse, ce n'est pas la peine, il y a, vous avez vu, un certain nombre de choses qui se passent en Corse, notamment de lutte contre la criminalité organisée, ce dont je me félicite d'ailleurs, j'avais promis aux Corses que nous lutterons fortement contre la criminalité organisée, qui gangrène leur île. Et vu ce qui se passe en ce moment, il a été convenu avec tous les acteurs que ce n'était pas le climat serein pour parler de l'avenir de la Corse, de ses déchets, de son environnement, de mobilité ou de l'avenir des jeunes Corses. Mais moi, je veux dire que les Corses en ont marre d'avoir, je crois, le débat confisqué par quelques-uns, et je sais, puisque le fil n'a jamais été rompu, ni avec le président SIMEONI, ni avec les maires de Corse, que j'ai reçus la semaine dernière, ni avec les Corses eux-mêmes, que nous devons construire ensemble ce chemin pour la Corse, et nous le ferons, débarrassés de la grande criminalité.

SALHIA BRAKHLIA
Les chiffres de la délinquance pour le mois de novembre viennent de tomber, pratiquement tous les crimes et délits, eh bien, sont en baisse, est-ce que c'est grâce à vous ?

GERALD DARMANIN
Non, c'est grâce aux policiers et aux gendarmes, sur 3 mois, pas simplement le mois de novembre, depuis mois de septembre, on a une baisse très forte de la délinquance, moins 16 % pour les vols avec des armes, beaucoup moins de cambriolages, beaucoup, beaucoup moins de violences aux personnes, c'est une très bonne chose.

SALHIA BRAKHLIA
Sauf les violences intrafamiliales qui augmentent…

GERALD DARMANIN
Alors, c’est ce que j’allais vous dire, il y a quand même deux points noirs qui continuent à être extrêmement forts, des violences intrafamiliales qui augmentent, ça, ce n'est pas une délinquance de la rue, c'est une délinquance souvent dans les foyers, et donc nous devons continuer à accompagner les femmes qui déposent plainte, et, bien sûr, ne pas regarder le thermomètre en disant qu’il faut le baisser, puisqu’il ne montre que la fièvre, donc, il faut s’intéresser à la maladie, c’est-à-dire aux violences intrafamiliales, ce que nous faisons, et nous continuons à avoir d'excellents résultats sur le trafic de stup’. Mais je veux redire aussi que c'est malheureusement la vérité des prix, pour une fois, nous constatons, et grâce au président de la République, grâce aux moyens qu’on y a mis, que la drogue est partout sur le territoire national, qu'elle fait naître beaucoup d'argent sale, et que cet argent sale finances d'autres sujets, comme le terrorisme par exemple. Et donc, même si nous avons de très bons chiffres, malheureusement, ils sont inquiétants, parce qu'ils montrent que la drogue est partout sur le territoire national.

MARC FAUVELLE
Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, merci et bonne journée à vous.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 7 décembre 2022