Interview de M. Clément Beaune, ministre chargé des transports, à RTL le 6 décembre 2022, sur la grève à la SNCF, le port du masque dans les transports en commun, les coupures de courant et le passe Navigo.

Texte intégral

AMANDINE BEGOT
Clément BEAUNE, une nouvelle journée de grève est prévue demain, mercredi, à la SNCF, alors que les discussions entre syndicats et direction doivent débuter. Est-ce que vous pouvez ce matin nous garantir qu'il y aura bien des trains pour les fêtes, pour Noël, pour le Jour de l'An ?

CLEMENT BEAUNE
Ecoutez, d'abord, je pense à demain, pour en dire un mot, puisque pour beaucoup de Français, il y aura des perturbations, notamment sur les TER dans certaines régions, sur les Transilien, en Ile-de-France.

AMANDINE BEGOT
Autant que le week-end dernier ?

CLEMENT BEAUNE
Je pense un peu moins, et nous estimons qu'il y en aura un peu moins, ça touche aussi des lignes différentes, les TER par exemple seront plus touchés demain qu'ils ne l'étaient ce week-end, où ça concernait plutôt les TGV ou les Intercités. Donc, je pense d'abord à ceux qui vont devoir s'organiser, il y aura toutes les informations voyageuses détaillées à partir de la fin d'après-midi ; et je sais que c'est une journée difficile pour les transports qu'on appelle des transports du quotidien, le TER, le Transilien, pour aller au boulot etc. Ensuite, il y a une négociation sociale, vous l'avez dit, qui se tient demain, et moi, j'ai confiance dans le dialogue social à la SNCF, ce n'est pas un slogan, il a déjà produit ses fruits, cet été, il y avait des mouvements sociaux, ils ont pu être arrêtés parce qu'il y avait de bons accords et de bonnes discussions sur le pouvoir d'achat, je peux comprendre ces préoccupations évidemment. Mais en fin d'année, je le dis très clairement, je fais un appel à la responsabilité, je crois que les Français, après deux ans déjà difficiles liés au Covid notamment, où les vacances, les retrouvailles en famille ont été perturbées, donc pas besoin qu'on ajoute des galères aux galères, et donc je fais est vraiment un appel à tous ceux qui déposent des préavis, à toute la négociation…

AMANDINE BEGOT
Vous leur dites quoi, ils n'ont pas le droit de gâcher les vacances des Français ?

CLEMENT BEAUNE
Non, je ne suis pas dans le la stigmatisation, ce n’est pas mon rôle de ministre des transports, il y a des droits une grève, il y a un droit aussi à la discussion sociale, et elle peut produire ses fruits encore une fois, les préavis qui sont déposés aujourd'hui, ils sont liés à des questions de pouvoir d'achat. Donc, moi, j'ai confiance dans cette discussion. Mais je dis oui, on ne peut pas aujourd'hui, dans une période difficile, ajouter une difficulté, ajouter une galère, ajouter un moment compliqué. Et donc voilà, il faut…

AMANDINE BEGOT
Ça veut dire quoi, que la direction de la SNCF doit lâcher un peu, elle propose pour l'instant une prime de 600 euros par an, Sud Rail demande 400 euros brut mensuels en plus, l'UNSA souhaite une augmentation de salaire de 5 % expliquant que la SNCF enregistre des bénéfices record, et qu'il est donc normal que les salariés en profitent. Est-ce que la direction va lâcher un peu ?

CLEMENT BEAUNE
Moi, je ne dicte pas une somme à la direction de la SNCF, ce ne serait pas comme ça que ça marche.

AMANDINE BEGOT
Mais vous mettez un peu la pression quand même pour que ça soit…

CLEMENT BEAUNE
J’ai appelé à la responsabilité collective, mais je dis aussi aux organisations, qui ont déposé un préavis pour la fin de l'année, honnêtement, on n'a pas besoin de ça pour les vacances des Français, honnêtement, on doit éviter ça.

AMANDINE BEGOT
Vous comprenez justement cette façon de faire, cette grève préventive avant même que les discussions aient lieu, aient commencé ?

CLEMENT BEAUNE
La grève de demain, elle n’est pas préventive, puisqu'elle a lieu au moment où commencent les négociations sociales, je ne dis pas que c'est parfait, idéal, je pense…

AMANDINE BEGOT
On peut discuter, puis, faire grève…

CLEMENT BEAUNE
Oui, je préfère qu’on fasse…

AMANDINE BEGOT
C’était comme ça…

CLEMENT BEAUNE
Je préfère qu’on fasse comme ça. Je préfère qu'on fasse comme ça, effectivement, et c'est pour ça que les préavis, ce n'est pas des grèves, qui sont déposés pour la fin de l'année, moi, j’ai l'espoir, et je ferai tout, dans ma responsabilité de ministre des Transports, pour préserver en effet les vacances des Français ; on sait qu'il y a aussi les préavis dans d'autres modes de transport, comme l'aérien, tout ça, on doit faire le maximum pour l'éviter.

AMANDINE BEGOT
Et il y a les questions de pouvoir d'achat, il va y avoir la réforme des retraites, les syndicats ont d'ores et déjà annoncé qu'ils se mobiliseraient dès le mois de janvier contre la réforme des retraites. Cette réforme, elle sera présentée le 15 décembre par la Première ministre, ça valait vraiment la peine, ce n'est pas dangereux de présenter comme ça une réforme la veille des vacances scolaires ?

CLEMENT BEAUNE
Ecoutez, pour des réformes qui sont toujours difficiles, courageuses, il n’y a jamais de moment idéal, donc il faut avancer, il n’y a pas de surprise, la Première ministre a donné quelques éléments sur cette réforme, mi-décembre, ce sera présenté par le gouvernement par la Première ministre. Et si on veut tenir les choses qui ont été dites pendant les échéances électorales, pendant la campagne, c'est-à-dire avoir un texte de loi qui chemine au Parlement en début d'année, qui permette justement le débat parlementaire qui sera forcément un peu long…

AMANDINE BEGOT
Mais ça risque de ne pas arranger les choses ce que je veux dire, ce timing…

CLEMENT BEAUNE
Ah, je ne vous dis pas que ça va forcément être facile. Mais la réforme, je le sais très bien, elle sera très difficile, notamment dans le secteur des transports, mais ce n'est pas pour ça qu’on ne doit pas la faire, et ce n'est pas pour ça non plus qu’on ne va pas l'accompagner de discussions sectorielles, et moi, j’y suis aussi engagé avec les grandes entreprises de transport dans le secteur.

AMANDINE BEGOT
Des trains pour les fêtes donc, vous l'espérez, quid des masques, on a entendu…

CLEMENT BEAUNE
Je l’espère et je m’y engage…

AMANDINE BEGOT
Vous l’espérez et vous vous y engagez…

CLEMENT BEAUNE
Je m’engage à tout faire…

AMANDINE BEGOT
A tout faire pour qu’il y ait des trains…

CLEMENT BEAUNE
Pour que cette discussion puisse se tenir, et parce que c’est ma responsabilité, dans le dialogue social, et en appelant chacun, je le redis, à une responsabilité, à du sérieux pour les fêtes.

AMANDINE BEGOT
Les appels à la responsabilité, on les a beaucoup entendus ces derniers jours autour du masque, vous avez même posté une photo de vous hier dans un train masqué, plusieurs membres du gouvernement l'ont fait. Dans le même temps, la présidente du COVARS, le nouveau Conseil scientifique, était hier soir l'invitée de RTL, elle, elle recommande le port du masque dans les transports, mais quand on lui demande pourquoi ne pas le rendre obligatoire, elle dit : ça, c'est une décision politique, on a un peu l'impression que politiques et scientifique se renvoient la balle depuis plusieurs jours. Sincèrement, on a un peu de mal à comprendre, soit, c'est grave, et on met le masque, de façon obligatoire, soit, ce n’est pas obligatoire, ça veut dire que ce n'est pas grave, non ?

CLEMENT BEAUNE
Non, ça ne veut pas dire ça, que le masque soit utile parmi des gestes barrières pour que, dans un moment où l'épidémie reprend, on se protège mieux, ça se diffuse moins, c'est clair, et je crois que c'est ce qu'ont dit à plusieurs reprises les scientifiques, ce n'est pas…

AMANDINE BEGOT
Ça, il n’y a pas de doute, mais pourquoi pas le remettre, le rendre à nouveau obligatoire, parce que c’est compliqué d'un point de vue législatif ?

CLEMENT BEAUNE
Moi, je vais vous dire, j’étais dans un aéroport samedi, j'ai pris le train hier. Il faut être très honnête, très peu de gens portent le masque…

AMANDINE BEGOT
Personne ne met le masque…

CLEMENT BEAUNE
Exactement…

AMANDINE BEGOT
Ni dans le métro, ni…

CLEMENT BEAUNE
Et donc, on est dans cette situation. Donc je crois qu’il faut redire, je sais que c’est pénible…

AMANDINE BEGOT
Oui, mais on sait bien que si ce n’est pas obligatoire, personne ne le fait, enfin, on l'a vu ces derniers mois pendant toute la pandémie.

CLEMENT BEAUNE
D’abord, vous voyez par exemple que dans les transports en commun, les gens le mettent plus, pourquoi, parce qu'il y a plus de promiscuité, parce qu’on est plus proche de son voisin, parce que les gens réalisent que ça les protège mieux. Donc moi, je crois à cette responsabilité, on est dans un moment où on n’est pas au début de l’épidémie…

AMANDINE BEGOT
Mais pourquoi vous ne voulez pas trancher, pas le…

CLEMENT BEAUNE
On ne l’exclut pas, mais aujourd’hui, je crois qu'il faut encore faire cet appel à la responsabilité, pourquoi, parce que l'épidémie, on va vivre avec encore un certain nombre de mois, et donc les Français, ils savent comment ça marche, moi, je leur fais confiance, il faut simplement dire, ça, c'est le rôle des politiques et des scientifiques, d'ailleurs, l'épidémie revient, l'épidémie est là, ne désarmons pas les gestes barrières, ce sont la meilleure protection. Mais quand on part d'une situation où il n’y a pas de conscience collective, qu'il y a ce danger, on l'a perdue, et je peux le comprendre, parce que c'est parfois désagréable et gênant, on a perdu certains gestes barrières comme le port du masque, notre rôle, c'est d'abord de redire : attention, faites-le, portez le masque, et plus on est dans un endroit confiné, un transport public, en particulier, plus c'est important de le porter. Moi, je fais confiance à ce message-là, et j'ai demandé à tous les opérateurs de transport de renforcer aussi toutes les annonces, tous les messages pour faire prendre conscience de cela.

AMANDINE BEGOT
Il nous reste une minute trente, Clément BEAUNE, ça va très vite, j'ai encore deux sujets que je voudrais qu'on aborde, les questions de coupures de courant, d'abord, on a vu que, bon, il y aurait, selon les régions, aucun train dans certaines régions concernées, concrètement, vous dites quoi aux usagers, s'il y a coupure de courant, ne vous déplacez pas, restez chez vous ?

CLEMENT BEAUNE
D'abord, on fait tout dans les transports comme le reste pour éviter les coups. C’est quand même important. S'il devait y avoir en dernier recours des coupures ciblées, il y a un principe très simple, bien sûr, l'information, on donnera toute l'information…

AMANDINE BEGOT
Pas forcément facile de faire tout ça si c’est à 17h qu’on est prévenu pour le lendemain…

CLEMENT BEAUNE
C’est vrai, mais c’est là aussi qu’on aura l’information, et c’est un gros défi pour la SNCF notamment de donner une information précise ligne par ligne, et puis, il y a sur le fond un principe essentiel de sécurité et de précaution, on ne fera pas partir des trains, je le dis, même si ça perturbe les choses, on ne fera pas partir un train qui peut se retrouver en rase campagne arrêté, s'il devait y avoir une coupure, ça, ce serait irresponsable, pour le service, mais pour la sécurité des passagers…

AMANDINE BEGOT
Donc en train comme en voiture, vous conseillez de limiter ou d'annuler les déplacements s’il y avait…

CLEMENT BEAUNE
S’il y avait un département, une zone dans laquelle il devait y avoir une coupure, un délestage, oui, c'est ce principe de précaution qu'on appliquera avec une information précise.

AMANDINE BEGOT
Dernière question autour du passe Navigo qui agite l'Ile-de-France depuis plusieurs jours, Gabriel ATTAL, le ministre délégué aux Comptes publics, s'est dit prêt hier à faire un geste pour aider la région Ile-de-France, à limiter cette hausse du passe Navigo, on le rappelle, c'est le passe transport donc d'Ile-de-France, l'Etat va mettre la main à la poche ?

CLEMENT BEAUNE
Alors, d'abord, je le redis, parce qu'il faut que chacun exerce ses responsabilités, le tarif Navigo, il est fixé par la région, qui a cette compétence seule…

AMANDINE BEGOT
Valérie PECRESSE…

CLEMENT BEAUNE
Valérie PECRESSE, mais la région Ile-de-France. Et moi, ce qui me préoccupe, ce sont les usagers, donc, oui, il y a des discussions, et, oui, l'Etat aidera…

AMANDINE BEGOT
A hauteur de combien, il faut 450 millions d'euros d'ici demain ?

CLEMENT BEAUNE
Ça, c'est le chiffre que donne la région, il y aura un soutien, parce que mon obsession, c'est les usagers, c'est que, justement, puisqu'on parlait de galère, et je sais que c'est difficile, notamment en Ile-de-France, dans certaines autres régions aussi, mais notamment l'Ile-de-France, il y aura un soutien de l'Etat pour que les usagers soient mieux protégés.

AMANDINE BEGOT
Soutien important qui permettra de limiter la hausse à quoi, à 90 euros ?

CLEMENT BEAUNE
Mais la hausse, encore une fois, chacun doit exercer ses responsabilités, ma responsabilité de ministre des Transports, c'est d'aider la région pour aider les usagers…

AMANDINE BEGOT
Et vous souhaitez que ça n’aille pas au-delà de quel tarif, on est à 75 euros aujourd'hui ?

CLEMENT BEAUNE
Je souhaite qu’il n’y ait pas de hausse significative, parce que je pense que ça ne serait pas soutenable dans la période d'inflation que l'on vit, et où on a connu tous des galères dans les transports publics. Donc j'appelle aussi chacun à la responsabilité, y compris la région.

AMANDINE BEGOT
Merci beaucoup Clément BEAUNE.

CLEMENT BEAUNE
Merci.

YVES CALVI
Les Français n'ont pas besoin qu'on ajoute des galères aux galères, vient de nous dire le ministre, Clément BEAUNE, concernant la journée de grève de demain.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 7 décembre 2022