Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur et des outre-mer, à France Bleu Nord le 9 octobre 2023, sur l'attaque terroriste du Hamas en Israël, les réactions politiques en France, l'insécurité et l'immigration irrégulière.

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Texte intégral

PASCAL TOTH
Pratiquement 07h45 sur France Bleu Nord et sur France 3 Nord-Pas-de-Calais. L'invité du 06h-09h ce matin, nous recevons, Thomas SCHONHERR, le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN.

THOMAS SCHONHEERE
Bonjour, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

THOMAS SCHONHEERE
L'Armée israélienne dite avoir bombardé dans la nuit plus de 500 cibles dans le Hamas dans la bande de Gaza, des frappes en riposte bien sûr aux raid qui sont menés par le groupe terroriste depuis samedi matin sur le territoire Israélien, Le président du CRIF en France, qui représente les institutions juives craint que ce conflit puisse rejaillir dans l'Hexagone d'une manière ou d'une autre, c'est avec des violences, avec des antisémitismes, est-ce que ce risque selon-vous existe aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, nous faisons tout pour protéger nos compatriotes juifs, les lieux, les écoles, les synagogues, les lieux communautaires des juifs en France parce qu'on sait malheureusement que l'antisionisme et l'antisémitisme, c'est extrêmement souvent la même chose. Et effectivement, ce qui peut se passer à l'extérieur d'autres pays peut toujours avoir des incursions à l'intérieur de notre pays. Je recevrai d'ailleurs cet après-midi... Le président de la République m'a demandé de décaler mon déplacement en Allemagne avec lui. Je recevrai cet après-midi à 15h, le grand rabbin de France, le président du Consistoire, le président du CRIF, pour pouvoir leur évoquer la situation et les moyens que nous avons mis depuis samedi à la demande du Président.

THOMAS SCHONHEERE
Est-ce que cette réunion pourrait aboutir à davantage de mesures dans les prochains jours ? Vous venez de nous confirmer effectivement que vous avez déjà demandé au préfet, ce week-end, de renforcer la sécurité aux abords des synagogues et des écoles juives. Est-ce que vous pouvez aller plus loin d'un point de vue du déploiement de forces de l'ordre ?

GERALD DARMANIN
Alors, j'ai déjà donné une première instruction samedi, en effet, nous étions en fête juive. D'ailleurs, vous le savez, ce week-end, pour protéger les lieux de culte juifs, pour donner des consignes particulièrement fortes pour pouvoir protéger la rentrée des classes cette semaine. Hier matin, j'ai tenu une réunion avec tous les services du ministère de l'Intérieur, dont la DGSI, vous savez, le service secret de l'Intérieur, qui dépend du ministère de l'Intérieur pour connaître l'état de cette menace. Il n'y a pas aujourd'hui de menace caractérisée qui toucherait nos compatriotes juifs sur le territoire national, mais nous avons vu ce week-end une dizaine d'actes antisémites : des tags, des menaces téléphoniques, des personnes qui venaient devant des lieux de culte par exemple. À chaque fois, la police était là, il y eut beaucoup d'interpellations et lui aussi, il y a à peu près 700 signalements à Pharos, vous savez, Pharos, c'est ce service de police judiciaire qui fait la police sur Internet. Tous les apologies du terrorisme, les images extrêmement ignobles que nous avons peut-être vues ensemble sur les réseaux sociaux et le signalement à Pharos, c'est autant d'enquête judiciaire ouverte. Et je sais que le garde des Sceaux a également demandé au procureur de la République d'ouvrir, donc on fera le point avec eux et je referai le point avec les services pour savoir s'il faut encore mettre des moyens. Et puis, il y a des manifestations qui doivent se dérouler dans de bonnes conditions.

THOMAS SCHONHEERE
Exactement, la préfecture du Rhône annonce qu'elle va interdire un rassemblement pro palestinien ce soir à Lyon pour un risque de trouble à l'ordre public. Est-ce que cela va être le cas systématiquement dans les prochains jours, quand il y aura un rassemblement pour soutenir le peuple palestinien ou est-ce que ce sera au cas par cas ?

GERALD DARMANIN
Alors c'est toujours au cas par cas, les interdictions de manifestation, les préfets les interdisent, sur ma demande, pour deux raisons qui sont parfois complémentaires. Le premier, est-ce qu'il y a un trouble à l'ordre public, en l'occurrence la manifestation se déroulait dans le quartier déjà difficile de la Guillotière. Donc, il faut toujours, quand on fait une manifestation, discuter avec le préfet pour savoir où est ce qu'on l'organise, pour pas qu'il y ait des problèmes d'ordre public. Et puis c'est les mots d'ordre où les organisations qui organisent ces manifestations. En l'occurrence les mots d'ordre et ceux qui organisaient manifestations sont très défavorablement connus. Donc évidemment, la préfète du Rhône a bien fait de l'interdire. Ensuite, par nature, l'État n'interdit pas les manifestations, il le fait au cas par cas. Il faut donc discuter avec le préfet.

THOMAS SCHONHEERE
Dernière question sur ce sujet. Gérald DARMANIN, La France insoumise a été critiqué tout le week-end pour mettre en balance les attaques du Hamas et la politique du Gouvernement israélien. Élisabeth BORNE estimait que l'antisionisme de la France Insoumise était parfois aussi une façon de masquer une forme d'antisémitisme. Il y a des antisémites, selon vous à la France Insoumise ?

GERALD DARMANIN
Moi, je parle des dirigeants, pas des électeurs parce que je pense que les électeurs sont pris en étau par malheureusement les élucubrations parfois extrêmement ignobles de Monsieur MÉLENCHON, tant sur la police que manifestement sur le conflit qui a touché Israël et les attaques terroristes qui touché Israël. Que fait Monsieur MÉLENCHON et qu'essaie de faire la France Insoumise ? Chacun le voit désormais. Parler à une certaine communauté de personnes, il pense, Monsieur MÉLENCHON, qu'en parlant notamment aux quartiers, flattant peut-être ici ou là ce qu'il pense être des réflexes de leur part, la haine des flics, la haine d'Israël. Il raye (phon) leur voie. Il ne faut pas croire Monsieur MÉLENCHON, il a une pensée politique, tout ça, au sens où il a des convictions très très très impliquées. Non, non, la LFI, et c'est pour ça que ses camarades de la NUPES devraient se désolidariser de cette alliance politique absolument contre nature. Les socialistes n'ont rien à voir avec ça. Les Verts n'ont rien à voir avec ça.

THOMAS SCHONHEERE
Olivier FAURE dit ce matin, le président du Parti socialiste, qu'il y aura une explication entre les membres du parti.

GERALD DARMANIN
Oui, c'est très bien de faire des explications et faire des tweets, mais c'est mieux d'arrêter d'être le complice de Monsieur MÉLENCHON, point. Tout le monde voit que ce monsieur mène la Gauche ou ce qui reste de la Gauche je crois dans les poubelles de l'histoire. Et la vérité c'est qu'il fait du communautarisme Monsieur MÉLENCHON. Il essaie de parler à des réflexes d'un certain nombre d'électeurs qu'il pense être ceux des quartiers populaires. Fort heureusement, l'immense majorité de ses électeurs ne suivent pas. Mais on voit bien que dans la haine anti-flic ou dans la haine d'Israël, c'est toujours la même stratégie. C'est une stratégie électorale malheureusement et il essaie de faire son beurre électoral sur le dos des morts et c'est vraiment absolument ignoble, en effet, comme l'a dit la Première ministre.

THOMAS SCHONHEERE
7h49. Vous êtes sur France Bleu Nord et nous sommes en direct ce matin avec le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN.

PASCAL TOTH
Gérald DARMANIN, sur la plage de Merlimont, hier matin, un Érythréen, un migrant, un jeune migrant a été retrouvé mort le mois dernier. C'était déjà une jeune femme elle aussi originaire d'Érythrée, au mois d'août, six exilés afghans sont morts dans le naufrage d'une embarcation alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Angleterre. Est-ce qu'on en sortira un jour de cette spirale, de ces bateaux remplis qui tentent de rejoindre l'Angleterre, qui traversent la Manche avec des morts ? On continue d'en voir.

GERALD DARMANIN
Alors, l'immigration et singulièrement, l'immigration irrégulière, et encore plus lorsqu'on prend un risque énorme comme le font les personnes qui essaient d'aller en Angleterre. C'est toujours quelque chose dont il faut parler avec recul parce qu'il y a des femmes, des hommes et des enfants, et notamment des vies qui se perdent, comme c'est le cas comme vous l'avez dit encore hier. Mais nous le constatons malheureusement avec beaucoup de naufrages et beaucoup de désastres en Méditerranée comme en Manche. Cependant, on peut regarder les choses parfois positivement. Il y a moins 20 % de traversées par rapport à l'année pour aller en Angleterre, il y a quinze fois moins de migrants cette année sur la Côte d'Opale ou dans le Dunkerquois, par rapport au fait que lorsque Bernard CAZENEUVE était ministre de l'Intérieur, il avait démantelé la fameuse jungle. Mais il y a encore beaucoup de monde. Pourquoi ? Parce que la Grande Bretagne ne permet pas d'avoir de voix officielles pour aller demander l'asile et pour rejoindre des familles qui sont notamment en Grande Bretagne. Il faut donc, nous le redisons et nous y travaillons, même si tout cela est difficile, il faut donc qu'on ait un accord international entre l'Union européenne, pas simplement la France et la Grande-Bretagne, pour permettre, comme dans tous les pays du monde, de pouvoir aller demander l'asile, de pouvoir rejoindre sa femme, ses enfants, son père et puis éventuellement d'être renvoyé dans son pays d'origine. Tant que la Grande-Bretagne ne fera pas ça, tant qu'il n'y aura pas de voies légales pour l'immigration d'aller en Angleterre, alors il y aura toujours ce genre de drame.

THOMAS SCHONHEERE
Cette démarche qui pourrait être faite en France ? Que les demandes d'asile pour le Royaume-Uni, tous ces gens, au lieu de traverser la Manche, de risquer leur vie encore une fois, pourraient faire leur demande en France ? C'est une option qui est possible ou l'Angleterre est contre ? ou vous, vous êtes contre ?

GERALD DARMANIN
Alors, les migrants qui sont à Calais peuvent demander l'asile en France. Nous leur proposons cependant moins de 5 % des gens qui sont à Merlimont, à Dunkerque, à Grande-Synthe, demandent l'asile en France. Ce qu'ils veulent…

THOMAS SCHONHEERE
C'est faire l'aller faire leur demande pour le Royaume-Uni en France.

GERALD DARMANIN
J'ai bien compris. D'ailleurs, veulent aller en Angleterre, mais nous ne sommes pas non plus les gardes-frontières de la Grande-Bretagne. Nous gardons déjà physiquement à la frontière pour la Grande-Bretagne, nous le faisons dans le cadre d'un accord international parce que les Anglais sont nos amis. Mais ce n'est pas à nous de faire la politique migratoire de la Grande-Bretagne. Vous savez, il y a à peu près un million d'étrangers irréguliers en Grande-Bretagne, et la Grande-Bretagne renvoie chaque année dans les pays d'origine, les fameuses OQTF à la mode anglaise, 6 000 personnes par an. Nous avons entre 500 000 et 600 000 immigrés réguliers, deux fois moins, et nous renvoyons entre 20 et 25 000 personnes par an, cinq à six fois plus. Ce n'est déjà pas un très bon résultat. Beaucoup de gens critiquent la politique migratoire de notre pays, mais en Angleterre, quand vous arrivez en Angleterre, vous êtes quasiment sûr d'y rester. Donc ce qu'il faut en Angleterre, c'est changer ça, changer les règles internationales comme je vous l'ai dit, pour qu'il y ait une voie légale et surtout arrêter d'embaucher, d'embaucher dans les entreprises anglaises des personnes sans papiers parce qu'il y a un modèle économique aussi dans les entreprises anglaises qui attirent des personnes. Donc, l'Angleterre a beaucoup de travail, je sais que le Gouvernement de Monsieur SUNAK le fait. Il y a déjà des améliorations, mais il faut qu'il continue.

THOMAS SCHONHEERE
Gérald DARMANIN, en tant qu'élu local, en tant qu'élu de Tourcoing, vous êtes venu ce matin avec les derniers chiffres de la sécurité dans le Nord, plus particulièrement quand on l'interroge les auditeurs de France Bleu Nord, on entend bien ce sentiment d'insécurité qui est présent. Est-ce que les chiffres que vous avez correspondent à ce sentiment ? Plusieurs auditeurs nous disent : "Je ne me sens pas en sécurité dans le Nord". Est-ce que les chiffres que vous avez correspondent à ça ? On avait eu une hausse l'an dernier sur plusieurs, sur plusieurs faits. Est-ce que ces chiffres sont en baisse aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Alors, moi, je ne dis pas, je n'ai jamais dit qu'il y avait un sentiment d'insécurité. Il y a de l'insécurité, d'ailleurs quand quelqu'un a un sentiment d'avoir froid, il a froid. Donc mon travail de l'Intérieur, c'est de le rassurer, de le protéger et de lutter contre cette délinquance. Alors les chiffres, ils sont parfois froids. Si un de vous auditeurs s'est fait cambrioler cette nuit, j'ai beau lui dire que les cambriolages ont baissé de 10 %, il va me dire : "C'est bien sympathique, ce ministre DARMANIN, mais moi je vois que je me suis fait cambrioler, donc c'est toujours difficile". Alors, on a fait des gros efforts dans le Nord. Je pense d'abord aux transports publics. Il y a eu moins 20 % de violences dans les transports publics dans tout le Nord, pas simplement la métropole lilloise, moins 10 % de vols et de vols avec violence, moins 10 % de coups et blessures. Donc il y a des baisses après une augmentation l'année dernière, vous avez raison, qui a été le lendemain du Covid. Il y a des baisses très importantes. On le doit aux 200 policiers de plus que j'ai affecté dans le Nord, pas simplement dans la métropole lilloise, mais aussi à Valenciennes, à Dunkerque, dans le bassin minier du Nord, mais également à Maubeuge. Ces policiers supplémentaires, ces 200 policiers supplémentaires, le Nord n'avait jamais connu ça et il contribue évidemment à la baisse des chiffres de l'insécurité. Il y a aussi, vous avez vu, qu'il y a l'actuelle brigade de gendarmerie, il a u un effort qui est fait dans le monde rural particulièrement, qui ont été annoncés par le président de la République. Mais je veux dire à nos compatriotes que je sais qu'il y a encore beaucoup d'efforts à faire pour imposer l'autorité, la fermeté et croyez bien que je m'y emploie.

THOMAS SCHONHEERE
Est-ce que vous avez les chiffres des violences intrafamiliales ? Ce sont parmi les violences qui ont le plus explosé ces dernières années, plus quasi-18 % de hausse dans le Nord. Une hausse équivalente, d'ailleurs, l'an dernier dans le Pas-de-Calais de 2021-2022. Est-ce que ces chiffres sont en baisse ?

GERALD DARMANIN
Alors continue à augmenter… La violence à l'intérieur du couple, contre les femmes, contre les enfants continue à augmenter. On est à plus de 10 % encore cette année. Pour vous dire, on est à peu près à 12 000 faits dans le département du Nord depuis le 1er janvier. C'est à la fois terrible. C'est là le révélateur des violences qu'il y a au sein du couple. Et puis en même temps, c'est une libération de la parole. Aujourd'hui, je pense que les femmes, les enfants, mais aussi les services de police et services médicaux, les services sociaux des mairies disent beaucoup plus, portent beaucoup plus plainte. Donc évidemment, nous continuons à faire ce travail. Vous savez, sur cent féminicides, sur cent morts d'une femme l'année dernière, il y a 30 de ces femmes qui sont mortes, qui étaient connues des services de police. Donc nous, on peut améliorer encore notre travail, bien sûr, pour qu'il n'y ait plus aucune femme concernée. Il y en a 70 qui n'ont même pas été voir les services de police. Donc il y a un travail à faire pour les policiers, pour se faire connaître évidemment, et pour qu'ils puissent déposer plainte. Mais il y a aussi un travail à faire par les médecins par exemple, par les pharmaciens, par les services logement des mairies, par les élus, par les centres sociaux, par tous ceux qui connaissent la détresse de ces couples et qui n'osent pas le dire, parce qu'il y a évidemment un drame dans notre société qui est la violence, en effet, au sein des couples.

PASCAL THOT
Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur. Merci beaucoup d'être venu sur France Bleu Nord nous détailler ces chiffres et nous donner votre position sur les sujets de l'immigration illégale et sur ce qui se passe également en Israël. Merci beaucoup, bonne journée à vous.

GERALD DARMANIN
Merci à vous


source : Service d'information du Gouvernement, le 10 octobre 2023