Interview de M. Frédéric Valletoux, ministre délégué, chargé de la santé et de la prévention à RTL le 31 juillet 2024 sur la mise en place d'un numéro vert pendant la canicule et les soignants mobilisés pour les JO.

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Intervenant(s) : 

Média : RTL

Texte intégral

WILLIAM GALIBERT
Il est 07h45. Le ministre de la Santé s'est installé dans le studio. Bonjour Frédéric VALLETOUX.

FREDERIC VALLETOUX
Bonjour.

WILLIAM GALIBERT
Les triathlètes vont pouvoir nager dans la Seine ce matin. Vous aussi vous piqueriez une tête sans hésiter ou pas ?

FREDERIC VALLETOUX
Ecoutez oui, à partir du moment où effectivement, un, il fait plus doux, et deux, les normes sanitaires sont respectées. Pourquoi pas.

WILLIAM GALIBERT
Allez…

FREDERIC VALLETOUX
Mais ce n'est pas prévu.

WILLIAM GALIBERT
Avec la canicule, les Jeux, les baisses de ventes de tabac et l'impasse politique, on ne manque pas de questions pour vous. A tout de suite sur RTL.

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WILLIAM GALIBERT
07h46, nous sommes donc avec Frédéric VALLETOUX, ministre démissionnaire délégué à la Santé. Vous avez remarqué, ça fait 5 jours qu'on n'entend pas les politiques se disputer et le pays n'a jamais eu l'air aussi heureux ?

FREDERIC VALLETOUX
Alors effectivement, je crois que ces Jeux olympiques, déjà, sont marquants pour un fait, c'est qu'il y a de la bonne humeur partout dans les enceintes, autour des enceintes, et surtout effectivement, un pays qui maintenant suit ses athlètes, suit les athlètes en général, suit les équipes de France et est dans un engouement qui est au-delà de ce que, effectivement, vous pouvez imaginer, et loin des polémiques qui ont précédé parfois ces J.O. Et tant mieux.

WILLIAM GALIBERT
Bon, pour l'instant nos athlètes sont à la hauteur. Est-ce que nos soignants le sont aussi ? Le dispositif J.O Mis en place, avec les hôpitaux de Paris, est-ce qu'il est suffisamment solide ? Est ce qu'il est mis à rude épreuve avec l'arrivée de touristes notamment ?

FREDERIC VALLETOUX
Alors, pour l'instant, il donne pleine satisfaction au sens où il répond aux besoins. Et on voit bien d'ailleurs qu'on a un dispositif qui pourrait, sur le papier en tout cas, faire plus. On a 3 200 interventions depuis mercredi dernier. Mercredi, c'est vraiment le moment où toutes les délégations étaient présentes au village olympique. Donc 1 300... 3 200 interventions dans le dispositif qui a été mis en place autour des enceintes sportives, ce qui est vraiment plutôt assez... c'est assez faible, on est sur des niveaux, on a 200 consultations par jour en moyenne à la polyclinique et au village olympique. Je rappelle qu'elle avait été formatée pour recevoir 3 ou 400 consultations par jour. Donc on voit bien qu'on a encore de la marge. Tant mieux, ça veut dire qu'effectivement…

WILLIAM GALIBERT
Vous n'allez pas nous dire qu'il y a trop de soignants mobilisés pour ces J.O…

FREDERIC VALLETOUX
Non. Il n'y a jamais trop, parce que voilà, les conditions climatiques, même s'il a fait chaud pendant 2 jours, faisait que finalement, tout ça n'a pas provoqué de tension particulière. Donc on a un dispositif qui est efficace, qu'on suit matin, midi et soir. Le centre de crise du ministère de la Santé est actif 24 h sur 24.

WILLIAM GALIBERT
C'est quoi ? C'est des bobos, c'est des coups de chaud ? On reste sur des petites choses ?

FREDERIC VALLETOUX
Oui, c'est des petites choses. Il y a finalement très peu d'hospitalisations. On a un passage et un renvoi vers le système hospitalier, parce que vous savez qu'on a mis en place un système gradué depuis les enceintes qui sont en intervention immédiate, prise en charge immédiate, jusqu'à effectivement la possibilité d'aller vers des prises en charge hospitalières pour ce qui est nécessaire, et finalement qui sont très faibles, et tant mieux. On a un dispositif qui implique 13 hôpitaux en Ile-de-France, c'est là que se concentrent 80 % des épreuves autour de l'AP-HP, mais pas seulement, il y a 12 hôpitaux publics et privés, d'ailleurs, dans ce dispositif. Donc tout est gradué, tout est préparé. L'équipe de France des soignants était prête et elle montre depuis le début des J.O, eh bien effectivement que ça fonctionne.

WILLIAM GALIBERT
Est-ce que le Covid est un sujet pour vous ? La résurgence du Covid, pour les athlètes, pour les délégations ou pour le public qui vient du monde entier ?

FREDERIC VALLETOUX
Alors, le Covid a toujours été présent dans le pays et notamment on avait vu un pic covid fin mai début juin. Depuis, il y a une décélération. Ça ne veut pas dire qu'il a disparu, attention, mais quand on regarde les chiffres, c'est très faible. Le Covid, c'est à peine 2 000 passages aux urgences par semaine, c'est-à-dire c'est 0,5 % des passages aux urgences aujourd'hui et encore moins d'hospitalisations. Donc on voit que le Covid est toujours là. Il faut faire attention. Il faut effectivement, lorsqu'on est touché, eh bien remettre le masque, être vigilant sur la contamination. Mais on n'est pas du tout du tout dans un moment de redémarrage d'un pic épidémique.

WILLIAM GALIBERT
Frédéric VALLETOUX, la France a très chaud depuis trois jours. Un numéro vert a été mis en place : 0800 06 66 66. D'abord, est-ce qu'il est toujours en place ? Et puis à quoi ça sert un numéro vert ? C'est pour nous dire de boire de l'eau ?

FREDERIC VALLETOUX
Non, ça permet de répondre... Oh, non, ce n'est pas... Il y a des questions qui sont plus précises et puis il y a des gens qui sont un peu perdus, qui sont seuls chez eux, qui se posent des questions, combien de temps ça va durer ? Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? Comment je peux me prémunir ? Je suis malade de ça et ça, et donc comment je m'adapte ? Enfin voilà, il y a des questions très pratiques. Je ne dis pas que ces numéros verts sonnent par milliers de coups de fil toute la journée. Je n'ai pas les chiffres, mais en tout cas il fonctionne, il sonne, et des gens trouvent des réponses tout à fait concrètes. Il est mis en place à chaque pic de chaleur. Ce n'est pas spécifiquement pour les J.O. C'est un numéro vert qui est réactivé à chaque pic de chaleur, donc ça rend des services.

WILLIAM GALIBERT
Vous parliez du passage aux urgences, en région parisienne, avec une situation spéciale liée aux Jeux olympiques. Mais si on tape « urgences » sur son téléphone, sur son moteur de recherche, comme je l'ai fait avant de vous recevoir, voilà ce qu'on lit : « En Vendée, des services d'urgences ferment à répétition ». « Les urgences de Saint Nazaire saturées ». « Oyonnax : les urgences fermées plusieurs nuits », etc. etc. Ça veut dire que rien ne change d'un été à l'autre en France ?

FREDERIC VALLETOUX
Non, ça va veut... Oui, l'été le plus difficile ça avait été il y a, c'était il y a 2 ans. C'était en 2021, 22, 22. Et effectivement, depuis, des mesures ont été prises, notamment pour augmenter les heures de garde et de nuit pour les personnels qui font des gardes à l'hôpital. Et on voit que ça a fonctionné. Maintenant, il y a une tension aux urgences qui est liée au nombre de médecins, qui parfois est insuffisant, et effectivement, qui nous conduit à parfois fermer des urgences de nuit. Mais attention…

WILLIAM GALIBERT
Mais c'est devenu la norme maintenant…

FREDERIC VALLETOUX
Non, alors…

WILLIAM GALIBERT
On a l'impression que des services ne peuvent plus assurer la continuité.

FREDERIC VALLETOUX
Il y a aussi une autre question qu'on peut se poser, c'est qu'il n'y a jamais de territoires qui sont abandonnés, c'est-à-dire qu'il y a toujours des solutions avec un hôpital qui est à quelques kilomètres et qui prend en charge ou vers lequel sont orientées les urgences de nuit. Après, la question c'est : est-ce qu'on a un dispositif aujourd'hui d'urgences, qui nécessite qu'on ait autant de services d'urgences qui soient ouverts, par exemple, en nuit profonde ? Il y a des endroits, il faut le dire, où on a très, très peu de fréquentation en nuit profonde, parce qu'il y a très peu de besoins. Donc il faut aura sans doute, mais ce sera l'affaire du futur, du prochain gouvernement, réfléchir aussi à ajuster cette carte, mais ça ne veut pas dire pour autant, et je ne nie pas les problèmes, il y a effectivement des sujets de tension démographique, de la démographie médicale aux urgences. On manque de médecins, on manque de personnel soignant. C'est tout l'effort qu'a fait le gouvernement de supprimer le numerus clausus. On a 25 % aujourd'hui d'étudiants en plus en deuxième année de médecine. Ça veut dire qu'on va, qu'on forme chaque année plus de médecins. Simplement, il faut 10 ans pour former un médecin, 15 ans un spécialiste.

WILLIAM GALIBERT
Mais vous n'avez plus tout à fait la main pour la suite des opérations. On l'entendait sur RTL ce matin, les ventes de tabac en France ont baissé, - 25 % en un an. C'est absolument énorme, avec des paquets à 12 € et qui doivent encore monter. Mais est-ce que ça veut dire que la consommation aussi a baissé ou bien que les fumeurs se fournissent ailleurs ?

FREDERIC VALLETOUX
Ça veut dire qu'il faut lutter contre le marché parallèle qui prend de plus en plus de place. Le marché parallèle, c'est à la fois évidemment la contrebande, mais c'est aussi les achats transfrontaliers. Aujourd'hui, on a des stratégies industrielles qui livrent moins dans les pays où effectivement le prix du tabac est fort et élevé, comme en France, qui depuis 20 ans suit une politique de prix qui est assez ambitieuse, pour aller livrer et sur-approvisionner des marchés comme dans les pays parallèles, enfin, pays proche, pardon, de la France, je pense au Luxembourg, Andorre, ou Espagne, Allemagne, tous les pays transfrontaliers. Je voudrais vous donner juste un chiffre : on livre, les cigarettiers livrent 31 milliards de cigarettes en France, là où la consommation c'est 49 milliards. Donc on voit bien qu'il y a un gap et que l'approvisionnement se fait ailleurs. Et on pousse les consommateurs à aller chercher dans les pays qui effectivement sont... où les prix sont moins élevés. La solution, c'est qu'effectivement il y ait une politique de de meilleure traçabilité des approvisionnements et d'obligation qu'on fournisse dans chaque pays, autant de cigarettes que l'on consomme. On livre 5 fois plus de cigarettes à Andorre ou Luxembourg que la population de ces pays en consomme, et ça, je veux dire, c'est un fléau, c'est au niveau européen que ça doit se décider.

WILLIAM GALIBERT
Vous avez rendez-vous, Monsieur le Ministre démissionnaire, à Matignon à 14h30, pour une réunion de travail avec Gabriel ATTAL.

FREDERIC VALLETOUX
Oui.

WILLIAM GALIBERT
A quoi bon une réunion de travail dans cette ambiance ? Et puis, est- ce que vous avez hâte que ça se termine, là, ce feuilleton qu'on a laissé juste avant la cérémonie d'ouverture et cet entre-deux ?

FREDERIC VALLETOUX
Là, on se voit pour parler des J.O et du bon, et du fonctionnement des J.O dans les différentes dimensions, le système... la sécurité l'accueil, le fonctionnement des transports, l'accueil des touristes et de ceux qui participent aux épreuves, la question de, justement, de la réponse sanitaire. Donc c'est vraiment un point de situation, c'est important. On reste quand même sur un événement qui est le plus regardé au monde, et qui en ce moment est regardé par des milliards de personnes et très très régulièrement. Donc de ce point de vue-là, il faut qu'on soit parfait dans l'organisation, elle est jusqu'à présent parfaite, il faut qu'on continue. Les JO, ça se termine en tout cas avant, avant les paralympiques qui démarreront fin août, ça termine le 12 août.

WILLIAM GALIBERT
Merci beaucoup Frédéric VALLETOUX d'être venu nous voir dans le studio de RTL ce matin. Vous êtes ministre, toujours ministre délégué à la Santé, en attendant que ça change…

FREDERIC VALLETOUX
Merci beaucoup.

WILLIAM GALIBERT
... en attendant la suite et que la situation politique se débloque enfin


source : Service d'information du Gouvernement, le 1er août 2024