Texte intégral
AGATHE LAMBRET
Bonjour, Aurore BERGÉ,
AURORE BERGÉ
Bonjour,
AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour, Paul,
PAUL LARROUTUROU
Bonjour, Agathe,
AGATHE LAMBRET
Une attaque terroriste a fait au moins 15 morts, dont une enfant et un Français aussi, Dan ELHAYAM, on y reviendra. Hier sur la plage de Bondi, à Sydney, une célèbre plage australienne où des centaines de personnes étaient réunies pour la fête juive de Hanoucca. Réaction hier, dans Paris, à l'occasion d'un allumage public.
INTERVENANTE
Je crois que j'ai même plus de colère. J'ai vraiment un sentiment de fatalité. C'est une situation dans laquelle on a grandi et il faut apprendre à vivre avec.
INTERVENANTE
De notre côté aussi, on va être un peu plus vigilants et préparer tout le monde. Déjà prévenir les enfants en cas d'attaque. Il faut soit se cacher, soit se sauver, soit se baisser.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, les Juifs ne sont plus en sécurité nulle part aujourd'hui ?
AURORE BERGÉ
Je pense qu'il faut admettre que depuis le 7 octobre, il y a une recrudescence massive de l'antisémitisme, singulièrement dans les démocraties occidentales et qu'il n'y a pas de sanctuaire. Notre responsabilité, c'est une responsabilité de protection. C'est ce qu'on fait sur le renforcement de la sécurité, évidemment sur les lieux de vie juive et surtout les lieux de culte et les écoles aussi qui pourraient être ciblées parce qu'elles ont déjà été ciblées. À Toulouse, souvenez-vous, c'était un attentat dans une école juive notamment.
AGATHE LAMBRET
Mais il n'y a pas de sanctuaire, pas même en France ?
AURORE BERGÉ
Non, parce que malheureusement, le terrorisme fait qu'il est d'abord un mouvement international et qu'il cible principalement les démocraties, les démocraties occidentales. Et qu'on sait qu'en plus, en France justement, les valeurs que nous portons, le fait qu'on a la plus grande communauté juive d'Europe, malheureusement, ne nous protège pas par principe. Au contraire, on sait qu'on est ciblés. Et donc, c'est la raison pour laquelle on est mobilisés, c'est la raison pour laquelle les services de renseignement, les forces de l'ordre font leur travail au quotidien pour déjouer des attentats et pour assurer la protection. Mais ce qu'il y a de pire, c'est ce qu'on entendait dans le témoignage que vous venez de diffuser. C'est-à-dire que finalement, on s'habituerait presque à l'idée que l'antisémitisme reste et va rester, et qu'il faut apprendre à vivre avec. Il ne faut pas apprendre à vivre avec l'antisémitisme. On ne peut pas dire à nos enfants de se méfier et d'avoir peur systématiquement, de se cacher, de cacher une part de leur identité. Ils sont français.
AGATHE LAMBRET
Et pourtant, c'est ce que les Juifs font au quotidien.
AURORE BERGÉ
Ils sont libres de vivre en France. Oui, mais parce qu'il y a ce que moi j'appelle…
PAUL LARROUTUROU
C'est-à-dire qu'ils cachent leur mezouza à leur porte, qu'ils n'osent pas se balader dans la rue avec une kippa. On en entend énormément de témoignages.
AURORE BERGÉ
Oui, mais on cache des signes qui pourraient être des signes distinctifs parce qu'on a peur que la menace puisse venir nous frapper. Et donc, moi, c'est ce que j'appelle l'antisémitisme d'atmosphère. C'est-à-dire qu'on s'habitue à ça.
PAUL LARROUTUROU
Avant de vous laisser développer l'antisémitisme d'atmosphère, et j'imagine que vous allez particulièrement cibler la France insoumise, est-ce que vous avez des informations particulières sur une menace en Europe ou en France qui, comme vous l'avez dit, accueille la plus large communauté juive ?
AURORE BERGÉ
C'est ce que je vous disais. Il n'y a pas de sanctuaire. Et donc, ça veut dire que nous, on a mobilisé et d'autant plus renforcé, le ministre de l'Intérieur d'ailleurs, a donné une instruction d'hier sur l'ensemble des lieux de culte parce qu'en plus, on est dans un moment qui est un moment de fête religieuse. Avec Hanoucca, vous parliez de l'allumage hier des bougies. C'est toute la semaine jusqu'au 22. Donc, on sait que malheureusement, de facto, quand vous avez des manifestations religieuses, des fêtes religieuses, il y a donc des rassemblements et donc, il y a des risques supplémentaires qui peuvent exister. Donc, il y a une mobilisation supplémentaire qui doit évidemment se mettre en place.
AGATHE LAMBRET
Mais en plus, c'est lié à l'attentat de Sydney parce que de toute façon, les lieux de culte juifs allaient être davantage sécurisés pendant cette période de fête.
AURORE BERGÉ
En tout cas, il y a une instruction supplémentaire qui a été donnée par le ministre de l'Intérieur, hier, à l'ensemble des préfets de manière à garantir cette sécurité. Aussi, justement, pour que les Français juifs ne renoncent pas à tout simplement vivre dans notre pays, libre de pratiquer aussi leurs religions, leurs fêtes en se disant que s'ils allaient demain dans une synagogue, ils pourraient être pris pour cibles. Et on ne peut pas, encore une fois, intérioriser cette menace-là.
PAUL LARROUTUROU
Votre collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël BARROT, a annoncé qu'un compatriote, Dan ELKAYAM avait été tué. Que pouvez-vous nous dire de lui ?
AURORE BERGÉ
Je peux vous dire que c'était un jeune Français de 27 ans qui était ingénieur et qui avait décidé de partir pour travailler notamment en Australie et qui s'est retrouvé comme des centaines de personnes sur une plage pour un moment qui était un moment festif. Ça fait penser à ce qui s'est passé en Israël le 7 octobre. C'est-à-dire, c'est Nova. On vient pour célébrer, on vient pour faire la fête, on vient pour se rassembler et être ensemble. Et on a des terroristes qui ciblent parce que délibérément, ils ciblent des Juifs. Et c'est ça qui s'est produit. On a une petite fille de 10 ans qui a été assassinée. Et ils n'ont pas fait dans le détail. Ils ont tué autant de Juifs qu'ils pouvaient tuer. Et il se trouve qu'il y avait malheureusement en plus un Français, un de nos compatriotes, qui était sur place à ce moment-là.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, vous venez de parler d'antisémitisme d'atmosphère. Qu'est-ce que ça signifie pour vous ? D'ailleurs, vous avez tweeté hier : "L'antisémitisme n'est pas résiduel". Ce qui fait référence à Jean-Luc MELENCHON qui avait déclaré : "L'antisémitisme reste résiduel en France."
AURORE BERGÉ
Ce n'est pas résiduel quand on entend les témoignages que vous venez de passer. Ce n'est pas résiduel quand on a des Français qui s'interrogent sur leur avenir dans notre pays. À chaque fois que je rencontre nos compatriotes Juifs, la première question qu'ils me posent, c'est : "Est-ce qu'on a encore un destin en France ? Est-ce qu'on peut rester dans ce pays ? Est-ce que nos enfants seront en sécurité ?" Comment on peut s'habituer à ça ? Et je considère moi que toutes celles et ceux qui, depuis le 7 octobre, ont participé à nourrir cet antisémitisme, ont déversé l'espèce de haine obsessionnelle d'Israël, sont en partie responsables de ce qui se passe.
AGATHE LAMBRET
Vous visez les Insoumis. Mais hier, vous avez vu que beaucoup d'Insoumis ont posté des messages sur les réseaux sociaux en signe de solidarité avec les victimes.
AURORE BERGÉ
De manière très coordonnée, en quelques minutes, ils ont immédiatement posté et publié un message. Ce n'est pas un tweet qui va effacer deux ans d'un antisémitisme débridé.
PAUL LARROUTUROU
Vous ne pouvez pas, à la fois, leur reprocher de ne pas condamner et de faire des messages de condoléances.
AURORE BERGÉ
Mais à quel moment ont-ils condamné ce qui s'est passé le 7 octobre 2023 et l'ont-ils qualifié de terrorisme islamiste ? À quel moment ont-ils dit ce que le Hamas avait fait ? À quel moment ont-ils été aux côtés des Français juifs ? Il n'y a pas un Français juif aujourd'hui qui n'a pas peur de la menace que représente la France insoumise. Ce qui est d'ailleurs un marchepied extraordinaire pour le Rassemblement National, qui deviendrait comme une valeur refuge pour les Français juifs, ce qu'il n'est pas et ce qu'il ne sera jamais.
AGATHE LAMBRET
Vous voulez dire que quand ils ont posté ces messages hier, ce n'était pas sincère ? Vous avez dit de façon extrêmement coordonnée.
AURORE BERGÉ
Quand vous publiez à peu près tous au même moment les mêmes mots, oui, je pense qu'il y a des consignes qui ont été passées en disant : "Sur ce coup-là, ce serait bien qu'on publie tous un message".
PAUL LARROUTUROU
Et vous en déduisez quoi ?
AURORE BERGÉ
Comment ?
PAUL LARROUTUROU
Et vous en déduisez quoi ?
AURORE BERGÉ
Ce que j'en déduis juste, c'est qu'il y a deux ans de stratégie électorale. L'antisémitisme, ce n'est pas un dérapage. L'antisémitisme, c'est une stratégie électorale. Et le problème, c'est qu'une fois que vous avez épuisé tous les mots, il reste les balles. Et c'est ça qui s'est produit hier. C'est des balles qui ont frappé. Parce qu'il y a eu des mots, pendant deux ans, de manière systématique, et il y a eu ce déversoir d'une haine obsessionnelle israélienne.
AGATHE LAMBRET
Vous faites un lien direct entre les mots de la France insoumise et ce type d'action politique.
AURORE BERGÉ
Entre les mots qui se sont tenus dans toutes les démocraties occidentales depuis le 7 octobre. Entre les mots des responsables politiques qui n'ont pas été capables de condamner et de dire. Dans les États aussi qui ont lâché. Quand je vois que le Premier ministre britannique hier n'est pas capable de nommer l'antisémitisme alors qu'il n'y a pas de doute et qu'il parle juste d'un attentat. Ça n'est pas un attentat comme un autre quand on cible délibérément une communauté. Et en l'occurrence là, il n'y a malheureusement pas de doute sur le caractère antisémite.
AGATHE LAMBRET
On vous entend, Aurore BERGE. En France, certains se filment en train de chanter des propos antisémites sur l'air de couleurs mentalos. Des propos épouvantables. Donc antisémites, négationnistes. Ça s'est passé lors du festival 2023 d'Egalité et Réconciliation, l'organisation fondée par Alain SORAL. La vidéo a été récupérée par Mediapart, mise en ligne. Est-ce que vous allez saisir la justice ?
AURORE BERGÉ
Oui, on va faire un signalement au Procureur de la République parce qu'on n'acceptera jamais la banalisation de l'antisémitisme d'où qu'il vienne. Qu'il soit d'extrême-gauche ou d'extrême-droite, ça reste de l'antisémitisme. Donc évidemment, il faut agir. Il faut que le Procureur de la République puisse statuer. Et j'espère, puisse évidemment condamner. Parce que là, le caractère antisémite ne fait aucun doute.
PAUL LARROUTUROU
Vous nous annoncez un signalement ?
AURORE BERGÉ
Un signalement au Procureur de la République.
PAUL LARROUTUROU
Vous l'avez déposé ?
AURORE BERGÉ
Il sera fait ce matin.
PAUL LARROUTUROU
Mediapart révèle également que le directeur de cabinet de Jordan BARDELLA, François PARADOL, a fait partie du mouvement d'Alain SORAL Égalité et Réconciliation. Est-ce que vous attendez une clarification politique de Jordan BARDELLA, du Rassemblement National, sur ses liens passés ou actuels avec des sphères ouvertement antisémites ?
AURORE BERGÉ
Mais on en a eu la démonstration lors des élections législatives de 2024. Jordan BARDELLA a passé quasiment l'intégralité de la campagne législative à s'excuser d'avoir investi un certain nombre de candidats qui, ici, se grimaient en Asie ou qui, là, avaient des propos qui étaient des propos racistes ou antisémites. Moi, ce que je dis aux Français juifs, c'est que je comprends l'angoisse existentielle qui peut être la leur, aujourd'hui, et qui est une angoisse du fait, notamment, de la France insoumise. Mais le Rassemblement National ne sera jamais un refuge pour eux. Parce que, encore aujourd'hui, dans les rangs du Rassemblement National, il y a celles et ceux qui continuent à professer cette haine et qui en font leur beurre. Et donc, c'est ça qui est insupportable. C'est de se dire que, parce qu'on a peur de ne plus avoir de destin ici, on se rangerait vers ceux qui seraient les plus radicaux. Mais ce n'est pas comme ça, à mon avis, qu'on combat la menace. On la combat en étant d'une clarté absolue, républicaine, d'une intransigeance absolue, en ne laissant rien passer quand il y a de l'antisémitisme et en le nommant à chaque fois qu'il existe et d'où qu'il vienne.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, la vidéo révélée par France Info avait ému et scandalisé, la mère du petit garçon de 8 ans tondu en guise de punition par des éducateurs d'un foyer parisien de l'aide sociale à l'enfance, a témoigné ce matin sur notre antenne. C'est la première fois qu'elle s'exprime publiquement. C'est une exclusivité France Info. On l'écoute au micro d'Aurélien THIRARD.
INTERVENANTE
C'était un choc. C'était un choc pour moi. Je n'ai jamais autorisé quelqu'un à raser la tête de mon fils. Je suis prête pour y aller jusqu'au bout, pour que ce foyer soit fermé, pour que ces éducateurs y payent.
AGATHE LAMBRET
Ces faits, ils étaient connus depuis longtemps, Aurore BERGE, en tout cas la violence qu'il peut y avoir dans ses foyers. Il aura fallu attendre cette affaire, ces violences, cette indignation pour que le Gouvernement réagisse ?
AURORE BERGÉ
Déjà, j'aimerais que la mairie de Paris réagisse. Je ne comprends pas que cet enfant puisse être toujours dans le même foyer. Ce matin, au moment où on se parle, le foyer où il a subi des sévices, le foyer où il a été humilié, et un foyer qui, du coup, n'est pas un foyer sain pour lui. On imagine que ce petit garçon, tous les jours, s'endort dans ce foyer, se réveille dans ce foyer et croise des éducateurs qui peut-être ont été complices de ce qui s'est passé. En tout cas, ont vu et n'ont pas signalé.
AGATHE LAMBRET
Sa mère dit qu'il veut sortir de ce foyer.
AURORE BERGÉ
Je pense que la mère espère surtout pouvoir être aux côtés de son enfant, passer le plus de temps possible avec son enfant. C'est à la justice de le déterminer. Mais vraisemblablement, il n'est pas en sécurité là où il est.
AGATHE LAMBRET
Et ça, c'est la mairie de Paris qui décide de qui est dans tel ou tel foyer ?
AURORE BERGÉ
Ce sont les départements, la mairie de Paris c'est aussi un département, ce sont les départements qui ont en charge la protection de l'enfance. Donc il y a des décisions de justice.
PAUL LARROUTUROU
Est-ce qu'il faut fermer ce foyer ?
AURORE BERGÉ
Ça c'est à la justice de le dire. Il faut déjà faire le ménage auprès des éducateurs. Ce qui me sidère, c'est que la mairie de Paris, le problème c'est qu'il lance une enquête interne qui est portée par l'adjointe en charge de la protection de l'enfance. Donc, on ne peut pas être jugé parti dans cette affaire. Ce qui est certain, c'est qu'il y a un problème systémique dans la protection de l'enfance dans notre pays. C'est pour ça d'ailleurs qu'il y a un projet de loi qui va être débattu très rapidement. C'est pour ça d'ailleurs qu'il y a eu un vote, pour le coup, unanime à l'Assemblée nationale pour garantir qu'il y ait la présence d'un avocat pour défendre les enfants qui relèvent de la protection de l'enfance. On parle des enfants les plus vulnérables de notre pays. On parle de ceux qui ont déjà subi des violences, qui ont déjà potentiellement subi des sévices. On parle parfois de nourrissons quand on va dans des pouponnières. Moi je m'y suis rendue, ce sont des enfants qui ont quelques jours, quelques semaines, et qui déjà à quelques jours ou quelques semaines ont subi des sévices de la part de leurs parents. Donc, c'est à ceux-là qu'on doit la plus grande des protections.
PAUL LARROUTUROU
Mais pour revenir à votre première réaction, vous pensez qu'Anne HIDALGO porte une responsabilité dans le cas de cet enfant tondu ?
AURORE BERGÉ
La responsabilité, je ne sais pas si elle n'est pas personnelle, ce n'est pas ça que je dis, mais il y a une responsabilité d'organisation. La mairie de Paris ne peut pas dire qu'elle n'a pas les moyens. Il y a des départements qui nous disent qu'on a un sujet financier, on a un sujet budgétaire, on a un sujet de moyens.
AGATHE LAMBRET
C'est douze milliards d'euros par an.
AURORE BERGÉ
À Paris, ça me paraît compliqué d'expliquer que c'est un problème de moyens. C'est un problème d'organisation, c'est un problème de moyens. Justement qu'on accepte d'y consacrer ou pas, il se trouve qu'il y a cet enfant, mais il y en a sans doute d'autres. Et c'est ça le sujet. Donc, il faut, à un moment, faire le ménage sur les éducateurs, ce que je dis sur les contrôles, ce qu'on appelle les contrôles d'honorabilité, c'est-à-dire garantir évidemment qu'il y a un casier judiciaire vierge pour tous les adultes qui interviennent auprès de nos enfants.
AGATHE LAMBRET
Mais est-ce que ça suffit, Aurore BERGÉ, d'avoir un casier judiciaire vierge ?
AURORE BERGÉ
Ce serait déjà la moindre des choses.
AGATHE LAMBRET
Mais quand on voit les procédures de recrutement…
AURORE BERGÉ
Aujourd'hui, ce n'est pas le garanti.
AGATHE LAMBRET
C'est vrai. Des journalistes ont réussi à se faire embaucher en 10 minutes comme éducateurs pour enfants. Vous trouvez ça normal ?
AURORE BERGÉ
Mais c'est bien ce que je dis. C'est-à-dire qu'à un moment, ça ce sont les règles qui sont mises en place, et c'est encore la mairie de Paris. Donc ça, ce sont des règles qui sont mises en place et qui doivent garantir un minimum de sérieux de celles et ceux qui sont auprès de nos enfants.
PAUL LARROUTUROU
Concrètement, ça veut dire plus que le casier, ça veut dire quoi ? Ça veut dire des évaluations psychologiques obligatoires, suivi renforcé des personnes en foyer ?
AURORE BERGÉ
Déjà, la première chose, ce serait au moins le casier judiciaire vierge pour tous ceux qui sont au contact de nos enfants. Et quel que soit leur statut, qu'ils soient fonctionnaires, contractuels, vacataires, stagiaires, peu importe, ils sont auprès de nos enfants. Ils sont censés s'en occuper, les accompagner, et surtout les protéger. Là, ils ne les ont pas protégés, ils les ont mis en danger. Et cet enfant, il faut le sauver. Il faut l'accompagner, il faut qu'il puisse aller dans un autre endroit que celui où il est aujourd'hui, peut-être dans une autre école que celle dans laquelle il est aujourd'hui, parce que je comprends qu'il subirait en plus du harcèlement. Et puis, c'est quoi cette manie de se dire qu'au lieu de signaler des sévices, on les prend en vidéo et qu'on les fait tourner, et qu'on ajoute de l'humiliation à l'humiliation que cet enfant a déjà subie. Il y a quand même des choses qui devraient nous réveiller dans la société.
AGATHE LAMBRET
Dans un instant, le hashtag "Sale conne" qui prospère sur les réseaux sociaux, le Rassemblement National aussi, qui veut rouvrir les maisons closes, mais tout de suite, 8h47, c'est l'Info en une minute avec Maureen SUIGNARD.
(…)
AGATHE LAMBRET
Avec Aurore BERGE, ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. On parle de cette nouvelle proposition du Rassemblement National qui fait beaucoup réagir, Paul.
PAUL LARROUTUROU
Oui, ils veulent rouvrir des maisons closes qui seraient gérées par les prostituées elles-mêmes. On écoute Jordan BARDELLA sur France 2, samedi.
JORDAN BARDELLA, PRESIDENT DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Je pense que des lieux clos, c'est toujours mieux que des taudis dans le Bois de Boulogne. Alors, maisons closes et maisons closes, je veux dire qu'on peut mettre en place des lieux clos qui soient des lieux sécurisés pour éviter que cette activité qui, de toute manière, existe quoi qu'on fasse, se déroule dans des conditions insalubres et d'insécurité.
PAUL LARROUTUROU
Madame BERGE, je vous vois hausser les sourcils sous vos lunettes.
AURORE BERGE
Oui, parce que je pense qu'il ne connaît pas du tout cette question-là.
PAUL LARROUTUROU
Vous qui êtes en charge des violences faites aux femmes, est-ce que vous pensez que ce sujet mérite d'être débattu ?
AURORE BERGE
Débattu, ce n'est pas moi qui en déciderai. S'il dépose une proposition de loi, de facto, on en débattra et je la combattrai de toutes mes forces parce que ce n'est pas le plus vieux métier du monde, la prostitution, c'est le plus vieux système de domination du monde. C'est ça qu'il faut bien comprendre. Aujourd'hui, dans notre pays, on estime qu'il y a 40 000 personnes qui sont en situation de prostitution et surtout, on a de plus en plus de mineurs. Donc si demain, vous légalisez la prostitution, parce qu'on peut se payer de mots, mais à la fin ouvrir les maisons closes, ça veut dire légaliser et institutionnaliser la prostitution. Vous dites à des adolescents de 12 ans, de 13 ans, de 14 ans que c'est normal, que c'est acceptable, que c'est la voie qu'ils peuvent emprunter et donc qu'ils pourront continuer à avoir cette vie-là. Ce n'est pas la vie qu'on veut pour nos enfants et nos adolescents de se retrouver en situation de prostitution, d'exploitation sexuelle.
AGATHE LAMBRET
Ou, mais ce que dit le RN, c'est que notre système est hypocrite, ce n'est pas légal, on ne peut pas l'interdire non plus totalement et donc on ne fait rien pour protéger ces femmes qui, parfois, doivent se cacher et qui le font parfois au risque de leur sécurité.
AURORE BERGE
Non, deux choses : déjà dans les pays où ça a été légalisé…
PAUL LARROUTUROU
En Belgique.
AURORE BERGE
On voit que la prostitution illégale n'a pas baissé…
PAUL LARROUTUROU
En Suisse.
AURORE BERGE
Et qu'il y a de plus en plus de personnes qui sont en situation de prostitution. Donc ça n'a pas du tout réduit le phénomène, ça l'a amplifié. L'Allemagne qui l'a légalisé est en train plutôt d'emprunter la voie de la France pour voir comment justement elle peut aussi porter la question de l'abolition. Et puis il y a un autre argument que je trouve encore plus insupportable, c'est de dire, si on rouvre les maisons closes, il y aura moins de violence sexuelle dans le pays. Un, c'est totalement faux. Deux, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, ces femmes qui seraient dans les maisons closes, on peut leur infliger les pires sévices au monde et ce n'est pas un problème, ce n'est pas un problème d'humanité, ce n'est pas un problème de dignité humaine. Donc, moi, la position de la France, elle est claire, la position du Gouvernement est claire ; on est un pays abolitionniste. On fêtera les dix ans de la loi de Laurence ROSSIGNOL l'an prochain et on maintient cette position et continuera d'accompagner d'ailleurs celles qui sont en situation de prostitution, de poursuivre les proxénètes et de poursuivre aussi les clients.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, "Je suis une sale conne", l'insulte de Brigitte MACRON pour qualifier des féministes qui avaient interrompu le spectacle d'Ary ABITTAN est devenu un hashtag militant. Vous qui êtes ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes, vous qui avez érigé avec le Président les violences faites aux femmes en grande cause du quinquennat ; sur ce point, pouvez-vous défendre la Première dame ?
AURORE BERGE
La question n'est pas de défendre ou pas la Première dame. D'ailleurs, la grande cause, elle continue. Évidemment, elle se poursuit, elle s'amplifie sur les moyens qu'on y accorde et la manière avec laquelle la loi va continuer à être changée. Moi, je me suis déjà exprimée…
AGATHE LAMBRET
Il se trouve que le hashtag continue d'exister sur les réseaux.
AURORE BERGE
J'entends bien le cri de ralliement que ça peut représenter pour certaines. Moi, ce que je dis et ce que je maintiens, c'est deux choses. Un, je n'aime pas la méthode, je n'aime pas l'idée que des propos qui soient pris dans les coulisses deviennent une actualité. Ou alors, je souhaite bon courage à notre vie démocratique, si tous les propos que nous tenions les uns et les autres en coulisses pouvaient demain se retrouver sur la place publique. Deux, je connais son engagement personnel et je n'ai aucun doute sur l'engagement personnel qui est le sien dans la lutte contre les violences.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, vous dites que vous n'aimez pas la méthode. Vous défendez aussi la présomption d'innocence. Et en même temps, quand vous avez défendu votre loi contre les violences faites aux femmes, vous avez insisté sur le fait que les victimes, souvent, sortent broyées par le traitement judiciaire qui leur est réservé. Vous aviez dit aussi, vous aviez demandé que le classement sans suite soit systématiquement motivé. La question, c'est aujourd'hui, est-ce que sur ce sujet des violences faites aux femmes, on peut avoir confiance dans la justice ?
AURORE BERGE
Oui, on peut et on doit. C'est évidemment ce qu'on fait au quotidien, c'est-à-dire de renforcer les moyens de la justice. La semaine dernière, j'étais à l'École nationale de la magistrature de manière à pouvoir renforcer toutes les formations des magistrats, formations initiales et formations continues. C'est-à-dire tout le long de l'exercice de leur métier de magistrat, justement, pour l'actualiser, pour mieux prendre en compte la parole des victimes, pour accepter l'idée, par exemple, qu'une victime peut porter plainte puis ensuite se rétracter, ce qui ne veut pas dire que les violences n'ont pas eu lieu mais parce qu'en fait, c'est un processus et c'est un processus qui est extraordinairement douloureux et personnel. Ne pas juger d'ailleurs une victime qui porte plainte ou qui ne porte pas plainte. Et c'est vrai qu'il y a ce sujet du classement sans suite qui, aujourd'hui, crée beaucoup d'incompréhension. Et donc le fait de motiver, d'expliquer la décision, je pense que ça… Je ne sais pas si ça apaiserait, en tout cas ça rendrait plus intelligible ce qui se passe.
PAUL LARROUTUROU
C'est une alerte de la défenseuse des droits, mercredi. On connaît évidemment la discrimination liée à la couleur de peau mais on va parler des discriminations liées à la jeunesse. C'est un préjudice quand on cherche un emploi où dans sa carrière, les 18-24 ont deux fois plus de risques de rapporter l'expérience de discrimination comparée aux 45-54 ans, rapportent-elles. Est-ce que ce constat vous a étonné ? Et concrètement, parce qu'il faut qu'on avance, très concrètement, que faites-vous pour y remédier ?
AURORE BERGE
Alors étonnée, malheureusement non, parce que ce sont des alertes que nous avons. Mais ce que dit la défenseuse des droits, qui est une autorité indépendante dans notre pays, c'est quoi ? C'est qu'on a un Français sur trois qui, les cinq dernières années, a subi une discrimination dans l'emploi soit au moment de l'embauche, soit au moment de sa carrière. En fonction de quoi ? De son âge, de son handicap, de son origine, de son nom de famille, de son adresse. Moi ce que je veux c'est qu'on s'attaque à ça. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Je lance aujourd'hui une campagne massive d'envoi de 4 000 CV tests qui répondent à de véritables offres d'emploi de manière à savoir concrètement s'il y a plus ou moins de difficultés en fonction de secteur d'activité.
PAUL LARROUTUROU
Donc vous lancez un testing, est-ce qu'il sera contraignant, est-ce qu'il y aura des sanctions ?
AURORE BERGE
Alors déjà, on le lance avec... Ça n'a jamais été fait au niveau de l'État et dans cette ampleur-là. 4 000 CV tests qui répondent à de véritables offres d'emploi parce que souvent ce sont des CV qui sont des CV spontanés ce qui n'a pas le même impact. 20 secteurs d'activité, on va tester le sexe, on va tester le nom, le prénom et on va tester l'adresse. Parce que l'idée c'est justement de garantir, de savoir déjà ce qu'on doit combattre et donc de réussir à bien le mesurer. Et dans le temps où ces CV vont être envoyés, l'idée c'est de ne pas perdre de temps justement. Et on a 6 mois d'une initiative qu'on fait avec plus de 30 000 entreprises françaises et qui vont permettre justement d'avancer et de garantir qu'on appréhende mieux les discriminations et surtout qu'on les combatte mieux dans notre pays.
AGATHE LAMBRET
Les Français ne savent pas s'ils auront un budget à Noël et de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer un retour du 49.3 qui permettrait d'adopter ce budget sans vote. C'est notamment le cas d'Elisabeth BORNE, figure du Bloc Central. Elle le dit dans Le Parisien ce matin : "On ne doit pas se priver du 49.3 sur le budget". Etes-vous d'accord avec Elisabeth BORNE ou elle se trompe ?
AURORE BERGE
La question n'est pas est-ce qu'on est d'accord ou pas. C'est que le Premier ministre, aujourd'hui, il a fixé une ligne qui est de dire qu'on doit garantir de trouver des compromis. On a réussi à le faire sur le budget de la Sécurité sociale alors que beaucoup prédisaient que ça ne serait pas possible. On l'a fait, il y a eu plusieurs votes et on aura le vote définitif d'ailleurs demain qui devrait être positif puisque le précédent l'a été. Donc ça veut dire que c'est possible.
AGATHE LAMBRET
Mais le budget de l'État, ça n'a rien à voir. Vous savez que les oppositions, par principe, ne votent pas le budget de l'État.
AURORE BERGE
Elles peuvent s'abstenir sans voter pour. Mais ça peut permettre…
PAUL LARROUTUROU
C'est mal engagé franchement.
AURORE BERGE
Mais on disait la même chose sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Moi, je crois que les Français sont un peu lassés qu'on ne leur parle que des questions budgétaires, ils ont envie qu'on passe à autre chose. Le meilleur moyen qu'on passe à autre chose c'est qu'on aboutisse à des compromis.
PAUL LARROUTUROU
Question très rapide. Vous êtes ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre la discrimination, comme le disait Agathe. Donc on ne comptait pas vous interroger sur la crise agricole. Sauf que vous avez retweeté hier un de nos confrères de BFM qui remarque que sur les 27 tweets les plus partagés concernant la fameuse dermatose nodulaire, 22 proviennent de comptes d'ultra-droites ou de complotistes antivax. Pourquoi vous avez retweeté ça, madame la ministre ?
AURORE BERGE
Parce que je trouve que c'est très éclairant sur la manière avec laquelle les crises et les crises médiatiques peuvent naître. C'est-à-dire qu'on voit qu'il y a une amplification qui est réalisée et que malheureusement, la science aujourd'hui est de plus en plus critiquée. On en vient à critiquer les faits. Aujourd'hui, le choix qui a été fait par le Gouvernement sur la dermatose, ce n'est pas un choix de confort, c'est un choix scientifique. Et donc c'est intéressant, je trouve, de voir que les comptes qui ont été les plus partagés étaient eux-mêmes des comptes qui étaient déjà des comptes antivax notamment au moment de la crise du Covid.
AGATHE LAMBRET
Aurore BERGE, comme tous les jours c'est le moment de la question qui est à retrouver sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui trahit. Vous avez été membre de l'UMP puis de LR avant de basculer dans le macronisme. Quand votre ancien chef Nicolas SARKOZY incite la droite à se tourner vers le Rassemblement National, est-ce qu'il trahit votre ancienne famille politique ?
AURORE BERGE
En tout cas, je ne comprends pas la position qui est la tienne aujourd'hui. C'est-à-dire que, moi, j'ai toujours du respect et de la reconnaissance pour le Président de la République qu'il a été, c'est très sincère. Mais il avait posé des lignes rouges, claires, quand il était Président de la République. Aucune compromission, aucune alliance possible avec le Rassemblement National. Je ne pense pas que l'avenir de la droite soit dans la dissolution avec le Rassemblement National. Je crois que ce sera, au contraire, l'effacement de la droite. De la même manière que nous, si on veut continuer à avoir un avenir, un avenir politique, il faut une clarté absolue et évidemment se tenir très à distance et du RN et de La France insoumise.
PAUL LARROUTUROU
Nicolas SARKOZY estime que le front républicain évolue. Et vous ?
AURORE BERGE
Sur la question du front républicain, c'est autre chose. Moi le front républicain…
PAUL LARROUTUROU
C'est connexe quand même.
AURORE BERGE
Non, ce n'est pas exactement la même chose. Lui parle à la fois d'alliances potentielles qui pourraient être faites. Moi, ma position, elle est extrêmement claire sur le refus de toute alliance, de toute compromission d'aucune sorte ni avec le RN, ni avec La France insoumise ou leurs alliés potentiels. Le sujet du front républicain, moi, je trouve que c'est une forme d'infantilisation des Français. C'est aux français de choisir. Au moment d'une élection législative, si on est en capacité de pouvoir se maintenir et d'être candidat, je ne vois pas pourquoi on n'imposerait le retrait des candidats et ça veut dire qu'on demanderait, au final, aux Français d'avoir moins de choix. Les Français sont grands, sont adultes, ne sont pas des enfants. Ils savent très bien ce qu'ils font quand ils mettent un bulletin dans l'urne. Et moi, je pense qu'il y a un enjeu de respect des Français et donc le respect des Français, ça passe par le respect de leur vote et le respect de leur choix et ça passe par un combat politique. C'est à nous de combattre pour qu'ils n'aient pas envie de glisser un bulletin dans l'urne du RN ou de La France insoumise.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 décembre 2025