Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à France 2 le 5 janvier 2026, sur l'appel à la grève des soins, les victimes françaises de l'incendie de Crans-Montana et l'épidémie de grippe.

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Média : France 2

Texte intégral

GILLES BORNSTEIN
Bonjour Stéphanie RIST. On vient d'apprendre qu'un homme est décédé dans l'incendie de son box aux urgences de l'hôpital d'Hyères. Est-ce que vous, d'abord, est-ce que vous pouvez confirmer ? Est-ce que vous en savez plus ? Est-ce qu'on sait ce qui s'est passé ?

STÉPHANIE RIST
Oui, j'ai eu cette information cette nuit. Il y a eu un incendie à l'hôpital d'Hyères au service des urgences. L'enquête est évidemment en cours. L'incendie est terminé. Par contre, les urgences sont fermées et donc tous les patients qui veulent se rendre à l'hôpital d'Hyères doivent aller à l'hôpital de Toulon.

GILLES BORNSTEIN
Et on n'en sait plus sur l'origine du feu ?

STÉPHANIE RIST
Non, l'enquête est en cours. Il y a malheureusement une personne qui est décédée, mais là aussi je ne sais pas les circonstances. Évidemment, dès qu'on aura des informations, on pourra le dire.

GILLES BORNSTEIN
Mais donc vous appelez clairement ce matin les patients qui en auraient besoin à se rendre à l'hôpital de Toulon, où le service des urgences reste ouvert. Tous les syndicats de médecins libéraux, les cliniques aussi, appellent à une grève de soins pendant dix jours. Est-ce que vous vous attendez à une grève très suivie ?

STÉPHANIE RIST
Elle est annoncée comme étant suivie. Vous savez, les médecins libéraux n'ont pas l'obligation à se déclarer en grève. Donc on n'a pas de chiffre de prévision de médecins en grève. Mais quel que soit le nombre, l'important est de pouvoir dire à ces médecins que je suis évidemment à leur écoute, que nous devons continuer le dialogue qui n'est pas rompu, mais que nous devons le renforcer et que j'espère que ce mouvement durera le moins longtemps possible.

GILLES BORNSTEIN
Alors, ça veut dire quoi vraiment pour un médecin faire grève ? Est-ce qu'un médecin peut ne pas assurer les soins ?

STÉPHANIE RIST
Vous avez plusieurs sortes, je dirais, de soins. Soit on est dans le cadre de l'urgence, c'est ce qu'on appelle la permanence des soins, et j'ai pris les mesures nécessaires, d'ailleurs souvent avec les professionnels, pour que cette permanence des soins, qu'il n'y ait pas de risque vital pour nos concitoyens…

GILLES BORNSTEIN
Vous avez pris les mesures nécessaires, ça veut dire quoi concrètement ?

STÉPHANIE RIST
Nous avons territoire par territoire, avec les Agences Régionales de Santé, avec les professionnels, regardé quand les médecins nous ont dit qu'ils allaient se mettre en grève, s'il y avait besoin ou pas, de éventuellement réquisitionner.

GILLES BORNSTEIN
Vous pouvez obliger un médecin à travailler ?

STÉPHANIE RIST
Oui, la loi nous l'y autorise et heureusement, parce que ce qui compte, c'est bien évidemment que nos concitoyens puissent être pris en charge.

GILLES BORNSTEIN
Vous allez le faire donc ?

STÉPHANIE RIST
Je vais le faire s'il y a besoin. Nous avons regardé territoire par territoire. Il y a quelques endroits où il faut demander à des médecins, effectivement, de ne pas se mettre en grève.

GILLES BORNSTEIN
Qui décide ? C'est vous, c'est le préfet, c'est le patron de l'ARS qui décide ?

STÉPHANIE RIST
Alors, c'est une proposition des Agences Régionales de Santé au préfet. Mais vous savez, le plus souvent, ça se fait avec les médecins. Et heureusement, bien évidemment, les médecins ont cette conscience de vouloir soigner les gens.

GILLES BORNSTEIN
Mais clairement, aujourd'hui, parce que ça ne va pas bien, si vous frappez à la porte de votre cabinet, il y a de fortes chances de trouver porte close.

STÉPHANIE RIST
Non, mais il y a plusieurs choses. Soit vous avez un rendez-vous chez le cardiologue ou chez le neurologue prévu depuis plusieurs jours. Ce rendez-vous n'étant pas dans l'urgence, il va être décalé. Votre médecin a fermé, il vous donnera un autre rendez-vous. Si votre rendez-vous concerne une urgence, évidemment que vous serez pris en charge aujourd'hui, bien sûr.

GILLES BORNSTEIN
Mais par exemple, toutes les opérations qui ne sont pas forcément très urgentes, je pense à une pose de prothèse ou à une opération de la prostate, tout ça, on reporte.

STÉPHANIE RIST
Toute ma responsabilité est de faire que les gens qui doivent être soignés avec une permanence des soins soient soignés. Maintenant, il faut aussi respecter le droit de grève dans notre pays.

GILLES BRNSTEIN
Les médecins protestent par exemple contre une des mesures votées dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui autorise le Gouvernement à modifier les conditions de remboursement de certains actes. Ça concerne qui ?

STÉPHANIE RIST
C'est une mesure qui a été adoptée contre mon avis pendant le débat parlementaire.

GILLES BORNSTEIN
Ah mais c'est la démocratie, les députés votent ce qu'ils veulent.

STÉPHANIE RIST
Vous avez raison, c'est la démocratie. En plus, c'est un budget de la sécurité sociale de compromis, comme cela a été beaucoup dit. D'ailleurs, on peut se féliciter qu'il ait été voté, ce qui nous permet d'avoir des tarifs à l'hôpital qui sont stables au 1er janvier, comme on s'y était engagés. Maintenant, c'est une mesure qui dit que le Gouvernement peut prendre de façon unilatérale des décisions. Je l'ai dit aux représentants syndicaux des médecins que ce qui compte pour moi, c'est les négociations conventionnelles avec l'assurance maladie. Je veux absolument que cette confiance entre les médecins et l'assurance maladie puisse se renforcer et reprendre, puisque c'est comme ça qu'on avance dans notre pays sur les professions médicales.

GILLES BORNSTEIN
Le Gouvernement aurait le droit de modifier les conditions de remboursement, mais vous, vous ne le ferez pas sans négociations préalables. Vous, Stéphanie RIST, vous ne le ferez pas.

STÉPHANIE RIST
Je pense que ce n'est pas que Stéphanie RIST. L'intérêt d'un Gouvernement n'est pas de décider tout seul dans son coin. L'intérêt d'un Gouvernement, c'est de travailler avec les représentants des médecins dans le cadre des négociations conventionnelles, puisque notre système de santé tient avec l'assurance maladie dans ce cadre de négociations conventionnelles.

GILLES BORNSTEIN
Autre mesure qui ne leur plaît pas, celle sur les arrêts de travail que vous avez décidé d'un peu comprimer. Je rappelle que le coût pour la collectivité a augmenté de 28 % entre 2019 et 2023. Est-ce que vous maintenez, Madame la Ministre, de devoir limiter les arrêts de travail ?

STÉPHANIE RIST
Les arrêts de travail dans le budget de la sécurité sociale sont limités à un mois pour la première prescription. On peut se dire qu'un malade qui aurait trois mois ou six mois d'arrêt maladie, alors qu'il voit pour la première fois le médecin, on peut se demander comment il est suivi. Donc, c'est tout à fait normal, après un mois, de retourner voir un médecin après un mois d'arrêt maladie, parce qu'il faut, bien sûr, être soigné. Donc, oui, de toute façon, cette mesure est votée. Donc, la limitation à un mois d'arrêt maladie, elle l'est dans la loi. Mais honnêtement, ce n'est pas contraindre la liberté de prescription. On peut proposer qu'il y ait seulement un mois et de revoir le patient au bout d'un mois. Presque toutes les pathologies sont en dessous d'un mois dans la prescription d'arrêt maladie.

GILLES BORNSTEIN
À Crans-Montana, le dernier bilan fait état de neuf victimes françaises et de 23 blessés pris en charge. Est-ce que vous avez des nouvelles de l'état de santé de nos 23 compatriotes blessés ? Est-ce que vous craignez que le bilan puisse, en termes de personnes décédées, est-ce que vous craignez que le bilan puisse s'alourdir ?

STÉPHANIE RIST
Oui, c'est un bilan très lourd. Et toutes mes condoléances aux familles des quarante victimes, neuf décès français... Je voudrais vraiment avoir une pensée pour eux ce matin. Et nous avons 23 blessés français. Je voudrais remercier aussi le centre de crise de mon Ministère, qui, avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Armées, ont permis de rapatrier, de transférer 18 blessés en France. Nous pouvons être fiers de nos soignants et de tout le système qui a permis ça.

GILLES BORNSTEIN
Parmi ces 23 blessés, y en a-t-il certains pour lesquels le pronostic vital est toujours engagé ?

STÉPHANIE RIST
Oui, vous savez, les blessés, des grands brûlés. Les grands brûlés sont des blessés graves. Il faut être très prudent sur l'évolution de ces blessés. Mais ils sont pris en charge dans des lits spécialisés, et c'est ça qui compte.

GILLES BORNSTEIN
Un dernier mot très rapide sur la grippe. Le pic de l'épidémie devait être atteint à la fin de l'année. Est-ce que vous le confirmez ? On est au début de l'année. Est-ce que vous le confirmez ? Ou est-ce qu'on n'est pas encore tout à fait au pic de l'épidémie ?

STÉPHANIE RIST
Alors, on est probablement au pic, mais je ne peux pas vous le confirmer. Je pourrais, dans les jours qui viennent, probablement, avec une petite prudence, parce qu'on sait qu'à la rentrée, en revenant du brassage des vacances, il peut y avoir une petite remontée. Donc, on est probablement au pic, mais je ne peux pas le confirmer ce matin. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a encore beaucoup de grippe, et qu'il est encore temps de se faire vacciner, parce que l'hiver n'est pas fini. Et donc, on est encore plusieurs semaines avec ce virus de la grippe. Donc, les personnes fragiles, plus de 65 ans, les femmes enceintes, doivent se faire vacciner et peuvent le faire encore.

GILLES BORNSTEIN
Stéphanie RIST, ministre de la Santé, invitée des 4V. Bonne journée à tous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 janvier 2026