Texte intégral
ANTHONY LEBBOS
Mon invité ce matin, c'est Sébastien MARTIN. Bonjour monsieur le ministre. Vous êtes ministre chargé de l'Industrie. On voulait vous recevoir ce matin parce qu'il y a beaucoup de sujets. Et fin décembre, c'est le temps des bilans pour l'année qui s'achève, mais aussi le temps des inquiétudes pour celles qui commencent. On parlera du bilan de l'industrie française pour cette année, de la concurrence féroce de la Chine et de cette décision aussi très politique de l'administration TRUMP de bannir des États-Unis l'ancien commissaire européen français, Thierry BRETON. Mais je voudrais d'abord commencer par eux, les 700 salariés de BRANDT. Ces salariés vous regardent sans doute ce matin et attendent des réponses du ministre de l'Industrie. 700 salariés qui ont perdu leur emploi après la liquidation judiciaire de cette marque d'électroménager que tous les Français connaissent. Un projet de reprise a été annoncé la semaine dernière. Un industriel français, THOMSON COMPUTING, propose de reprendre 150 emplois sur les 350 salariés de ce site près d'Orléans. On va aller droit au but ce matin, monsieur le ministre. Est-ce que l'État soutient cette offre de reprise ?
SEBASTIEN MARTIN
Alors moi, j'ai dit dès le 11 décembre, le jour où le tribunal de Nanterre a décidé de la liquidation de BRANDT, que je ne laissais pas tomber BRANDT. Et vous avez parlé des 700 salariés. Moi, j'ai une pensée pour effectivement le site d'Orléans, mais il y a aussi Vendôme, mais il y a aussi Cergy, mais il y a aussi Rueil-Malmaison où il y a le siège de BRANDT. Et donc, ce qui est une bonne nouvelle aujourd'hui, c'est qu'il y a effectivement des industriels qui s'intéressent à la reprise de BRANDT. Il y a des industriels qui s'intéressent à la reprise de BRANDT, notamment une marque d'intérêt qui a été signifiée pour le site d'Orléans…
ANTHONY LEBBOS
Stephan FRANÇAIS, c'est le patron de THOMSON COMPUTING, qui dit avoir un schéma qui peut réussir. Commencer par 150 salariés et sur 5 ans, 250.
SEBASTIEN MARTIN
Moi, je souhaite la réussite de la reprise de BRANDT. Je souhaite absolument qu'on arrive à trouver les bonnes personnes, la ou les bonnes personnes, qui seront prêtes à investir et qui auront la solidité financière, notamment, pour porter la reprise de BRANDT. Maintenant, il y a une procédure. Il ne faut pas oublier que tout ça s'inscrit dans un cadre légal puisque l'entreprise a été liquidée. Il y a eu une liquidation judiciaire. Aujourd'hui, l'entreprise est administrée par un administrateur judiciaire. Il y a une procédure à suivre. L'administrateur judiciaire va lancer ce qu'on appelle un appel d'offres tout début janvier.
ANTHONY LEBBOS
Quand ? Quelle date ?
SEBASTIEN MARTIN
Tout début janvier, dans les premiers jours de janvier, je pense que la semaine du 4 ou 5 janvier. Il est indépendant, cet administrateur. Ce n'est pas moi qui lui donne l'ordre de lancer cet appel d'offres parce que quand il y a possibilité d'avoir une reprise d'entreprise, on doit lancer un appel d'offres pour avoir les meilleures offres possibles. Normalement, tout ça va assez vite ; ça doit aller d'ici la fin du mois de janvier. À la fin, c'est le tribunal qui statue sur l'offre. Ce n'est pas le ministre, ce n'est pas l'entrepreneur, c'est le tribunal qui statue.
ANTHONY LEBBOS
A vous entendre, ce n'est pas encore la bonne personne. Vous êtes prudent quand même sur cette offre d'offre de reprise.
SEBASTIEN MARTIN
Je ne sais pas. J'ai eu l'occasion de rencontrer cette personne qui m'a présenté, dans les grandes lignes, son projet. Maintenant, il faut qu'il l'affine.
ANTHONY LEBBOS
Ça vous a semblé viable, crédible ?
SEBASTIEN MARTIN
Un des sujets qui est important pour moi, c'est que dans ce projet de reprise, d'abord, un, il faut qu'il y ait un projet industriel solide - et ça, c'est à l'entrepreneur d'en faire la démonstration - et également que celui-ci soit accompagné par des fonds privés. Je pense que ce qui a fait sans doute un peu à la fois la force et la faiblesse dans le projet de SCOP, c'est qu'effectivement, avec les élus locaux, le projet de coopérative qui a échoué le 11 décembre.
ANTHONY LEBBOS
Et il manquait quelques millions d'Euros, dit le maire d'Orléans, 4 ou 5 ?
SEBASTIEN MARTIN
Ce n'est pas aussi simple que ça, parce que finalement, on avait réussi à avoir à peu près 30 millions d'Euros. Mais il y avait plus d'argent public que d'argent privé dans cette opération.
ANTHONY LEBBOS
Alors, qui a fauté ? Les banques ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, je ne sais pas. Je pense que ce qui a manqué, c'était sans doute d'avoir du temps. Et j'ai dit, dès le 11 décembre, qu'il s'agissait, cette fois-ci, de prendre le temps de monter le dossier, le meilleur, pour que la justice… Parce qu'à la fin, une fois encore, c'est la justice qui tranche… qu'à la fin, la justice, eh bien, au regard d'un dossier qui est solide, d'un dossier qui a un projet industriel, d'un dossier aussi qui reprend des personnels - et je pense à tous les sites, parce qu'on ne peut pas abandonner les sites ; moi, j'ai une pensée pour tous les sites - eh bien qu'on ait le meilleur projet avec la plus grande pérennité et avec un apport en capital, au capital de l'entreprise, qu'il soit un apport essentiellement privé, parce que s'il n'y a que du public, ça ne fonctionnera pas.
ANTHONY LEBBOS
Est-ce que l'État peut garantir aujourd'hui qu'aucun emploi ne sera perdu ? On parle de 700 salariés.
SEBASTIEN MARTIN
Non, l'État ne peut pas… Moi, je ne suis pas là pour vendre du rêve. Je pense que s'il y a un projet qui redémarre, il redémarrera. Et d'ailleurs, le projet de SCOP était un projet qui prévoyait de redémarrer à peu près avec la moitié des effectifs. Donc, s'il y a un projet qui redémarre, je ne pense pas qu'il redémarrera avec les 700 salariés. Mais une fois encore, prenons juste les quelques jours de début janvier pour pouvoir analyser les offres, que le mandataire judiciaire analyse les offres, que le tribunal ensuite tranche.
ANTHONY LEBBOS
Mais le maire d'Orléans dit soit on relance très vite, soit on n'y arrivera pas. Et les salariés aussi disent ça. Est-ce que vous êtes du même avis ?
SEBASTIEN MARTIN
Écoutez, très vite, ça veut dire quoi ?
ANTHONY LEBBOS
Pour ne pas perdre les clients, ne pas perdre le coeur de l'emploi.
SEBASTIEN MARTIN
Est-ce que, très honnêtement, prendre les quelques jours de début janvier... D'abord, c'est la loi. La loi dit que le mandataire, afin d'avoir un dialogue avec des offres les plus compétitives et surtout les plus solides, lance un appel d'offres. Donc, il faut laisser le mandataire lancer cet appel d'offres. Ça va être fait début janvier. Et dans les jours qui suivront, elles seront analysées, ces offres, et ensuite la meilleure sera retenue. Et si c'est celle qui est proposée par monsieur FRANÇAIS, c'est parfait.
ANTHONY LEBBOS
C'est acceptable une offre qui supprime plus d'emplois qu'il n'en sauve ?
SEBASTIEN MARTIN
Je pense qu'il y a la question effectivement de l'emploi.
ANTHONY LEBBOS
Donc ce n'est pas acceptable sur cette base-là ?
SEBASTIEN MARTIN
Non, je n'ai pas dit que ce n'était pas acceptable. J'ai dit que les offres seront analysées au regard de l'emploi, de la pérennité industrielle et de la solidité financière. Mais ce travail, ce n'est pas le ministre qui le fait. Une fois encore, c'est le mandataire judiciaire. L'État pourra soutenir les projets. Et ça, j'ai toujours dit que l'État serait aux côtés des projets. Mais c'est au mandataire d'analyser et à la justice de trancher. Je crois à l'Etat de droit. Et dans notre pays, il faut qu'il soit respecté.
ANTHONY LEBBOS
Quel horizon vous fixez pour une reprise finalisée, pour donner un peu de visibilité aux salariés qui attendent une réponse ?
SEBASTIEN MARTIN
Très honnêtement, je vous le dis, cet appel d'offres va être lancé début janvier. Et dans les semaines qui vont suivre, ça veut dire je pense fin janvier ou début février, le tribunal se prononcera. Mais le tribunal est souverain. Ce n'est pas moi qui lui donne des ordres. On est dans un pays où il y a la séparation des pouvoirs. Donc laissons la justice faire son travail.
ANTHONY LEBBOS
D'un mot, est-ce que vous allez réunir tous les acteurs locaux prochainement Au début du mois de janvier, par exemple ?
SEBASTIEN MARTIN
Je passe mon temps à ça. Je n'ai pas attendu de nouvelles offres pour avoir des échanges avec l'ensemble des élus locaux, le président de la région, les présidents des intercommunalités de Vendôme ou d'Orléans, des parlementaires. Je passe mon temps à ça. C'est un sujet extrêmement important pour moi parce que je me suis rendu sur place à Orléans. J'ai discuté avec les gens. Je crois qu'il y a un savoir-faire là-bas, chez BRANDT. Maintenant, il faut que la justice puisse analyser les dossiers le plus sereinement possible.
ANTHONY LEBBOS
Sébastien MARTIN, nombre de vos collègues du Gouvernement ont alerté ces derniers jours des conséquences sur leur secteur de l'absence du budget pour 2026. Une loi spéciale, d'ailleurs, a été promulguée ces derniers jours. Quelles conséquences très concrètes sur l'industrie posent l'absence de budget pour l'instant ?
SEBASTIEN MARTIN
On vient de parler de BRANDT à l'instant. Pour pouvoir accompagner le projet BRANDT par un soutien public, par exemple, il faut qu'il y ait un budget. S'il n'y a pas de budget, je ne peux pas engager des fonds nouveaux en 2026 pour accompagner un projet de reprise comme celui-là. Je peux en prendre un autre. J'étais, il n'y a pas longtemps, à côté de Grenoble, VENCOREX, cette très grande plateforme chimique qui a été liquidée il y a un peu plus d'un an. Aujourd'hui, il y a un vrai projet sérieux de reprise sur VENCOREX, de remise en route d'activités sur VENCOREX.
ANTHONY LEBBOS
Donc pas de budget, on n'avance pas ?
SEBASTIEN MARTIN
Pas de budget, ça veut dire quoi ? Quand on est sous le régime de la loi spéciale, ce sont les dépenses courantes, et pas des nouvelles dépenses à engager. Je ne peux pas engager de nouvelles dépenses. Je peux payer les salaires, je peux avoir des aides d'urgence pour les agriculteurs, mais je ne peux pas engager de nouvelles dépenses. Ça, c'est une conséquence directe de l'absence de budget voté avant la fin de l'année.
ANTHONY LEBBOS
Ça met combien d'usines, par exemple, combien de chantiers industriels en danger cette absence de budget ?
SEBASTIEN MARTIN
Ne disons pas que ça met en danger. Vous savez, les prophéties autoréalisatrices, il faut faire attention à ça. Par contre, ça crée un climat d'instabilité, de doute dans les investissements. Lorsque vous n'avez pas de budget, lorsque vous ne savez pas quelles sont les règles qui vont être fixées pour l'année à venir, quand vous allez décider ou non de faire un investissement dans votre industrie, dans votre usine, vous vous dites : « Je vais peut-être attendre encore un petit peu pour connaître les règles exactes avant de le faire ». Tout ça, à chaque fois, ce sont des petits points de croissance. Vous avez vu, le gouverneur de la Banque de France a indiqué que cette situation faisait perdre 0,2 points de croissance à la France. Ça a été le cas l'an dernier. Ça peut être encore le cas cette année, si les parlementaires ne se mettent pas d'accord très rapidement. Et je crois que c'est le souhait du Gouvernement que les parlementaires se mettent d'accord très rapidement.
ANTHONY LEBBOS
Sébastien MARTIN, BRANDT, c'est aussi pour beaucoup un symbole de plus de la désindustrialisation. Au premier semestre 2025, les fermetures d'usines ont été deux fois plus nombreuses que les ouvertures. Est-ce que cette tendance s'est confirmée sur toute l'année 2025 ?
SEBASTIEN MARTIN
Sur toute l'année 2025, je ne peux pas vous donner les chiffres puisqu'ils seront établis une fois que l'année 2025 sera terminée. Et autour du printemps 2026, nous aurons ces chiffres. Par contre, ce qui serait intéressant, c'est d'avoir des chiffres assez exhaustifs dans ce que vous venez de dire.
ANTHONY LEBBOS
Vous parlez évidemment des extensions d'usines.
SEBASTIEN MARTIN
C'est très important. Vous savez pourquoi je vous donne cet exemple-là ? Pourquoi c'est important ? Chez moi, à Châlons-sur-Saône, j'ai une belle entreprise qui s'appelle FRAMATOME. Parce qu'on parle souvent des entreprises qui ne vont pas bien, mais il y a aussi des entreprises qui vont bien. FRAMATOME, aujourd'hui, double la taille de son usine, construit plus de 20 000 m2 de bâtiment et recrute 200 personnes. Est-ce que vous ne croyez pas que ça compte autant, éventuellement, qu'une ou deux ou trois entreprises ?
ANTHONY LEBBOS
Il y a évidemment des bonnes nouvelles mais la tendance est quand même dans le rouge. Je vous ressors juste le chiffre monsieur le ministre.
SEBASTIEN MARTIN
Dans la comptabilité que fait le Gouvernement à travers son baromètre parce que le baromètre est le seul outil qui soit autonome et exhaustif. Nous avons toujours compté aussi les ouvertures de sites. Je crois que c'est important, au regard de l'exemple que je viens de vous donner.
ANTHONY LEBBOS
Je ne suis pas là pour me voiler la face. La situation, elle est aussi les ouvertures nettes.
SEBASTIEN MARTIN
La réindustrialisation, c'est difficile. Vous avez raison.
ANTHONY LEBBOS
C'était l'obsession d'Emmanuel MACRON qui, lorsqu'il vantait son bilan, parlait surtout des ouvertures nettes et du solde positif. Il y a eu une dynamique qui était bonne entre 2017 et 2024. Ça s'est tassé. Elle est cassée, cette dynamique.
SEBASTIEN MARTIN
Si on veut être un peu objectif, qu'est-ce qu'il s'est passé entre 2018 et 2024 ? Entre 2018 et 2024, on a recréé un peu plus de 180 000 emplois industriels. Ce n'était pas arrivé depuis les chocs pétroliers des années 70. Dans la décennie précédente, on avait détruit plus d'un million d'emplois industriels. On a arrêté ça. Je crois qu'il faut le reconnaître et le mettre sur la table. On a arrêté ce phénomène de désindustrialisation. Maintenant, qu'est-ce qui se passe depuis un an et demi ? On ne vit pas dans un monde à part où la France serait isolée. Je vous rappelle que l'Allemagne connaît de grosses difficultés économiques. L'Allemagne, depuis le Covid, n'a pratiquement jamais eu une année de croissance. Nous allons finir 2025 avec 0,1 ou 0,2 précédées de deux années de récession économique. Nous, nous n'avons jamais eu de récession économique. L'Allemagne, c'est plus de 200 000 emplois industriels détruits ces dernières années. On est dans un monde aujourd'hui qui est en mouvement, et particulièrement depuis 2024. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je pense qu'il faut prendre deux minutes. La Chine a construit, ces dernières années, un outil industriel énorme. Je ne parle pas de SHEIN, mais c'est la Chine, mais c'est SHEIN au sein, énorme, gros comme ça. Son marché intérieur s'est réduit. On n'a plus que ça. Et les États-Unis, depuis l'arrivée de monsieur TRUMP, se sont fermés. On n'a plus que ça. Résultat, la Chine a des surcapacités industrielles qui aujourd'hui, arrivent en Europe, et c'est pour ça que la France défend aujourd'hui, l'idée de préférence européenne et de mesures pour protéger notre industrie.
ANTHONY LEBBOS
Je vais vous citer ce que dit notamment le patron de la BPI, la Banque publique d'investissement. Il dit ceci : " Le tsunami chinois détruira toutes les PME industrielles de la Pologne à la Bretagne ". Est-ce qu'il a raison sur ce constat ?
SEBASTIEN MARTIN
Il pose un constat que je partage, qui est l'idée de dire, et je l'ai dit à l'instant : " Depuis un an et demi, le monde a vraiment changé. La croissance chinoise est au ralenti. Donc leur marché intérieur n'aspire plus une grosse partie de leur production. Les États-Unis se sont refermés. Donc les États-Unis, pareil, n'aspirent plus une partie de la production chinoise ". Donc vous avez aujourd'hui, par exemple, sur l'acier, l'équivalent de cinq fois le marché européen d'acier qui est produit en surcapacité asiatique et qui se déverse chez nous. Il y a des mesures qui vont être prises puisque l'Europe a annoncé des clauses de sauvegarde, c'est-à-dire des taxes douanières beaucoup plus importantes à l'entrée d'acier sur le marché européen.
ANTHONY LEBBOS
Est-ce qu'elles sont suffisantes ? Est-ce qu'il faut encore les augmenter ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui, elles seront suffisantes tout simplement parce qu'elles vont ramener l'acier chinois au prix de l'acier qui est produit en Europe.
ANTHONY LEBBOS
Est-ce qu'il faut plus de mesures de protection ?
SEBASTIEN MARTIN
Il faut des règles d'équité.
ANTHONY LEBBOS
Mais face à des prédateurs, est-ce que des règles d'équité suffisent ? Est-ce qu'il ne faut pas montrer les crocs ?
SEBASTIEN MARTIN
Des règles d'équité, c'est quand vous mettez en place à l'entrée sur le pays des règles et des taxes qui vous ramènent au même prix que ce que vous êtes capable de produire en Europe. Il faut peut-être qu'il faudra aller plus loin. Je pense qu'on va parler de SHEIN. Par exemple, aujourd'hui vous avez vu, il y a ces taxes sur les petits colis, mais déjà SHEIN veut les contourner en construisant un hub en Pologne. Il faut qu'on aille plus loin sur la responsabilité du producteur.
ANTHONY LEBBOS
Mais il y a des solutions ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui, il y a des solutions. Vous savez qu'au Parlement, en ce moment, il y a la discussion d'une proposition de loi sur la fast fashion qui a été déposée par la députée Anne-Cécile VIOLLAND et par Antoine VERMOREL qui a rajouté un amendement sur le sujet pour accroître la participation des entreprises de la fast fashion. C'est très simple. En fait, ça veut dire quoi ? Vous ne respectez pas nos règles. Vous ne respectez pas nos règles notamment environnementales. Vous avez des produits qui sont utilisés quelques semaines, quelques jours et qui ensuite, partent à la poubelle. Eh bien, vous avez une contribution au fait que vous ne respectez pas nos règles.
ANTHONY LEBBOS
Ça va faire peur à la Chine ça ?
SEBASTIEN MARTIN
Je ne sais pas si ça va faire peur à la Chine, mais en tout cas, ça va poser de sacrés problèmes au modèle économique SHEIN du tout jetable. Parce que moi, vous savez, quand on parle de ça, je me balade, je vais dans des villes en France. Et qu'est-ce qu'on voit ? On voit des vitrines de commerce qui souffrent. C'est ça la réalité aujourd'hui, par une concurrence déloyale venant de la Chine. Et donc, moi, je suis là aussi en tant que membre du Gouvernement pour penser à l'aménagement de notre territoire et à se dire que les centres-villes, c'est quand même mieux avec des commerces qu'avec des casiers pour récupérer des produits SHEIN.
ANTHONY LEBBOS
Sébastien MARTIN, le rapport de force avec la Chine, on en parlait, il en est aussi question directement avec les États-Unis. Les États-Unis ont décidé d'interdire l'entrée sur leur territoire à Thierry BRETON, ancien commissaire européen, par ailleurs ancien ministre de l'Économie et de l'industrie. Les États-Unis ont justifié notamment son bannissement en l'accusant de censure pour son engagement dans les efforts de régulation des plateformes numériques américaines. Emmanuel MACRON a condamné fermement. Ursula VON DER LEYEN a condamné fermement. Jean-Noël BARROT a condamné. Vous avez condamné. À part condamner, on fait quoi ?
SEBASTIEN MARTIN
D'abord, c'est tout simplement inacceptable parce que ce n'est pas depuis Washington que l'on décide des réglementations que l'on met en place en Europe.
ANTHONY LEBBOS
Mais au-delà des protestations diplomatiques.
SEBASTIEN MARTIN
Et puis, écoutez, certains qui choisissent les journalistes dans leurs conférences de presse nous parlait de censure, excusez-moi, mais ça fait quand même un petit peu rigoler.
ANTHONY LEBBOS
Comment réagir ?
SEBASTIEN MARTIN
D'abord, il y a eu une première réaction qui a été de la part de... Vous savez, la diplomatie c'est, en général, assez gradué. Donc, il y a eu une première réaction qui a été de demander des explications précises aux États-Unis sur les raisons qui les emmènent à prendre ces décisions. Il faut des mesures de réciprocité.
ANTHONY LEBBOS
Il faut des mesures de réciprocité. Nathalie LOISEAU dit qu'il faut interdire l'entrée du territoire européen au secrétaire d'État à la Santé, par exemple.
SEBASTIEN MARTIN
Il peut y avoir des mesures de réciprocité. De la même manière, certains pays peuvent décider que nous ne donnerons plus de visa à certaines personnalités américaines, par exemple.
ANTHONY LEBBOS
Aux géants de la tech, par exemple…
SEBASTIEN MARTIN
Vous savez, je pense qu'on est dans ce cas-là, sur l'illustration de ce qui s'apparente certes peut-être à une forme de combat économique, parce que quelque part derrière, c'est pour maintenir pour les GAFAM, leur possibilité de faire absolument ce qu'ils veulent. Mais je crois qu'il y a aussi un combat un peu idéologique de la part d'une partie de la classe politique américaine.
ANTHONY LEBBOS
Mais cette absence de réaction, ça ne montre pas la faiblesse de l'Europe.
SEBASTIEN MARTIN
Il n'y a pas d'absence de réaction.
ANTHONY LEBBOS
Il n'y a que des réactions sur TWITTER.
SEBASTIEN MARTIN
Mais après, on peut aller très loin. Ça peut aller jusqu'aux mesures anti-coercition qui, là, permettent de prendre des mesures extrêmement rudes, extrêmement difficiles face à certaines productions notamment américaines. Donc, je pense qu'il n'y a pas d'absence de réaction. Mais demandez à ces plateformes tout simplement qu'elles respectent les mêmes règles que vous. Parce que vous, qu'est-ce qui se passe ? Si moi, sur votre antenne, je dis des choses absolument illégales, vous serez condamnés. Eh bien, ces plateformes, elles doivent aussi respecter des règles.
ANTHONY LEBBOS
Et on suivra évidemment la réaction de l'Europe qui se fait attendre. Merci beaucoup Monsieur le ministre chargé de l'industrie, Sébastien MARTIN, qui est avec nous en direct tout de suite. C'est BFM Direct avec François GAPIHAN.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 janvier 2026