Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 8 janvier 2026, sur la mobilisation des agriculteurs et la présence de tracteurs à Paris, l'intervention militaire américaine au Venezuela, la proposition de loi visant à protéger les jeunes des risques liés à l'exposition aux écrans et des méfaits des réseaux sociaux et le projet de loi de finances pour 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

Agathe LAMBRET
Bonjour Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Bonjour.

AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul.

PAUL LARROUTUROU
Bonjour Agathe.

AGATHE LAMBRET
On va parler de Donald TRUMP qui cherche à humilier le Président de l'interdiction des portables au lycée, avec vous, la porte-parole du Gouvernement. Mais d'abord, c'est l'image de cette matinée. Des tracteurs d'agriculteurs dans les rues de la capitale, au pied de la tour Eiffel ou devant l'Arc de Triomphe.

DES AGRICULTEURS MONTÉS À PARIS
On demande à être reçus à Matignon pour porter nos doléances et on a demandé aux forces de l'ordre une réponse. Et tant qu'on n'a pas de réponse, on ne bougera pas.
J'ai envoyé la tour Eiffel à mes salariés. Il faut qu'ils voient où je suis quand même. Mais bon, ce n'est pas notre place ici normalement. On doit être chez nous, en train de bosser, on ne doit pas être là. On n'y arrive pas.

AGATHE LAMBRET
Un appel à manifester devant l'Assemblée nationale a aussi été lancé à 10 h par la Coordination rurale. Maud BREGEON, est-ce que vous avez laissé faire et est-ce que vous allez laisser passer ?

MAUD BREGEON
D'abord, le Gouvernement a toujours été dans le dialogue avec les agriculteurs et avec les organisations syndicales. Je rappelle que le Premier ministre a reçu les organisations syndicales le 22 décembre. Il les a de nouveau reçues cette semaine, le 5 et 6 janvier. Donc ce dialogue-là, ces échanges-là, cette écoute-là, ça existe. Pour autant, la situation qu'on voit depuis cette nuit, depuis ce matin, n'est pas acceptable. Donc sur l'appel à manifester devant l'Assemblée nationale comme sur les tracteurs qui sont en ce moment même sur la Place de l'Étoile à l'Arc de Triomphe, je n'ai qu'une chose à dire. Tout ça est illégal, nous ne laissons pas faire et nous ne laisserons pas faire.

AGATHE LAMBRET
Il n'y a pas d'indulgence avec les agriculteurs particulièrement ?

MAUD BREGEON
Il y a un cadre prévu pour les manifestations qui s'applique à tout le monde. Vous déclarez une manifestation, cette manifestation peut être interdite si elle contrevient à l'ordre public. Mais en tout état de cause, on a laissé, je pense, avec une forme de bienveillance, en tout cas avec du dialogue, avec de la mesure, les expressions se faire. Mais bloquer partiellement l'A13, comme c'est le cas ce matin, ou tenter de venir devant l'Assemblée nationale, avec toute la symbolique que ça induit, c'est encore une fois illégal. Et donc je le redis, le ministre de l'Intérieur ne laissera pas faire.

PAUL LARROUTUROU
Et donc une centaine de tracteurs sont rentrés dans Paris, ils veulent également bloquer le périphérique parisien, le marché de Rungis, les aéroports parisiens. Comment vous allez les en empêcher ?

MAUD BREGEON
Je vous redis ce que j'ai dit à l'instant, avec un dispositif de maintien de l'ordre qui est adapté.

PAUL LARROUTUROU
Mais il n'a pas marché votre dispositif de maintien de l'ordre pour la Tour Eiffel et pour l'Arc de Triomphe ?

MAUD BREGEON
Vous avez aujourd'hui une centaine de tracteurs qui sont bloqués précisément parce que des blocages ont été mis en place par le ministère de l'Intérieur, notamment Porte d'Auteuil.

PAUL LARROUTUROU
Ils ont coupé des arbres sur l'A13 là.

MAUD BREGEON
Moi, je dis une chose, le dialogue existe et le dialogue doit continuer à exister, c'est par les échanges entre le Gouvernement et les agriculteurs, avec les organisations syndicales, avec Bruxelles aussi qui a un rôle à jouer, avec le Parlement européen vis-à-vis du Mercosur que nous arriverons à trouver un débouché qui soit vertueux.

AGATHE LAMBRET
Et on va en parler. Mais aujourd'hui vous dites qu'il faut évacuer les tracteurs d'agriculteurs, il faut lever les barrages. Vous attendez que les forces de l'ordre... enfin c'est ce que... forces de l'ordre.

MAUD BREGEON
Je dis que le Gouvernement ne cautionne pas les blocages, qu'encore une fois ce qui se passe ce matin est illégal et que nous ne laisserons pas faire. Je dis ensuite qu'un certain nombre de mesures ont déjà été mises sur la table par le Premier ministre, que le Gouvernement, que le président de la République a été extrêmement clair vis-à-vis du Mercosur. Et donc... Pardonnez-moi.

AGATHE LAMBRET
Non. Justement, pardon Maud BREGEON, mais ça fait des semaines qu'ils ont deux revendications : la dermatose nodulaire contagieuse et le Mercosur. Et sur ces deux sujets, vous n'avez pas réussi à les rassurer. Et d'ailleurs, le Mercosur doit être signé demain par les 27.

MAUD BREGEON
Je ne peux pas vous laisser dire ça. Sur la DNC d'abord.

AGATHE LAMBRET
Il ne va pas être signé le Mercosur ?

MAUD BREGEON
Sur la DNC, puisque je prends vos points dans l'ordre. On a mis le paquet sur la vaccination. C'était aussi le souhait des agriculteurs et c'était la recommandation des scientifiques. On s'était engagé à vacciner le cheptel ariégeois dans sa totalité d'ici au 31 décembre. Cet engagement a été tenu. Il y a aujourd'hui dans les dix départements du Sud-Ouest concernés, plus de 80 % du cheptel qui est vacciné et nous avons bon espoir d'arriver au bout de cette vaccination d'ici à la fin du mois. Donc les choses avancent. En parallèle, les mesures financières de compensation et de soutien aux agriculteurs, je pense notamment aux fonds d'urgence de plus de 10 millions, ont été mises en place. Je ne peux pas aujourd'hui laisser dire que le Gouvernement serait resté les bras croisés.

PAUL LARROUTUROU
Mais il n'y aura pas... par exemple…

MAUD BREGEON
Quant au Mercosur, et là, on est sur une question européenne.

AGATHE LAMBRET
Vous n'avez pas réussi à l'empêcher. Emmanuel MACRON avait dit qu'il ne passait pas, qu'il s'y opposerait et finalement, il va passer.

MAUD BREGEON
La position de la France a été claire et constante. D'abord, pour remettre un peu de rationnel dans un débat qui en perd parfois, nous ne sommes pas, par principe, opposés aux accords commerciaux. Nous avons signé certains accords commerciaux qui bénéficient en partie à l'agriculture. Nous disons une chose simple. Les accords commerciaux, lorsqu'ils sont mis en place, doivent être justes et équitables. Or, le Mercosur n'est ni juste, ni équitable. Le président de la République, le Gouvernement, ont donc exigé des conditions qui permettent de protéger les agriculteurs. Je pense notamment aux éleveurs, je pense à la filière de l'éthanol et les consommateurs qui, à la fin, mangeront les produits qui seraient éventuellement importés.

PAUL LARROUTUROU
Ce n'est pas... pour la France quand même.

MAUD BREGEON
Il y a eu trois exigences. Il y a eu des avancées sur certaines. Je pense à la question de la clause de sauvegarde. Pour que les gens qui nous écoutent comprennent, la clause de sauvegarde, c'est un mécanisme de frein qui permet de freiner les imports si, notamment, les prix sont déstabilisés et si ça contrevient à l'intérêt de nos propres agriculteurs. Là-dessus, ça a avancé.

AGATHE LAMBRET
Mais pour résumer, le compte n'y est pas.

MAUD BREGEON
Sur les mesures miroirs, en revanche, le compte n'y est pas. Sur les contrôles, ils ont commencé, renforcés, pardonnez-moi, au 1er janvier. Nous n'avons pas pu constater aujourd'hui, en tout cas pas d'une façon suffisamment importante, leur effectivité.

AGATHE LAMBRET
Mais ce n'est pas ça la question, Maud BREGEON. La conclusion, c'est que vous n'avez pas réussi à empêcher que ce traité soit voté et signé.

MAUD BREGEON
Donc au moment où je vous parle, le compte n'y est pas. Le président de la République s'est rendu à Bruxelles, vous avez suivi cela avant les vacances de Noël, pour demander un report. La France a gagné ce bras de fer. Il y a effectivement un vote qui aura lieu demain. Je dis ce matin une chose simple, c'est un accord d'un autre temps. Cet accord, lorsqu'il a été écrit, j'avais pour ma part huit ans. Il a été écrit dans un contexte international, dans un rapport au commerce, dans un rapport à la mondialisation, qui est aujourd'hui complètement dépassé.

PAUL LARROUTUROU
Le Mercosur va passer normalement lundi, va être signé au Paraguay. La question qu'on vous pose, c'est demain, ce sont les 27 qui se prononceront à Bruxelles, on en parle, est-ce que la France votera pour, est-ce qu'elle va s'abstenir ou est-ce qu'elle va voter contre ?

MAUD BREGEON
Je laisserai le président de la République et le Premier ministre donner leur réponse définitive à l'aune des trois conditions, notamment que je viens d'évoquer, et on verra ce qui éventuellement se dénoue ou pas dans les prochaines heures, mais à l'heure où je vous parle, ce traité n'est toujours pas acceptable. Je voudrais en revanche appuyer sur une chose. Le vote de vendredi et l'éventuelle signature si elle advenait lundi, ce n'est pas la fin de l'histoire, et la messe ne sera pas dite. Il existe encore des étapes après cette décision-là. Je fais notamment référence à deux choses. D'abord, le Parlement européen a la possibilité de saisir la Cour de justice de l'Union européenne. C'est la responsabilité des parlementaires européens. Si le Parlement européen le fait, alors cette procédure d'adoption est suspendue.

AGATHE LAMBRET
Mais pour l'instant, vous êtes... Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Et le deuxième point qui est extrêmement important, si vote il devait y avoir, c'est la ratification par le Parlement européen. Et là encore, les députés européens... On a eu une élection européenne en France en 2019…

AGATHE LAMBRET
Mais Maud BREGEON, vous voyez bien que la France n'a pas réussi à imposer... Elle ne pèse plus autant qu'avant peut-être.

MAUD BREGEON
Les députés européens auront une responsabilité majeure dans ce vote, et il n'est absolument pas acquis aujourd'hui qu'il y ait une majorité au Parlement européen. Je vous rappelle qu'à deux reprises, en 2020 et en 2025, le Parlement européen s'est prononcé…

AGATHE LAMBRET
Donc vous y croyez.

MAUD BREGEON
S'est prononcé contre certains aspects du Mercosur.

AGATHE LAMBRET
Maude BREGEON, les Insoumis, les Communistes réclament un débat au Parlement sur la capture de Nicolas MADURO. Est-ce que c'est nécessaire ?

MAUD BREGEON
En tout cas, cette demande est légitime, me semble-t-il. On fait face à un événement géopolitique international absolument majeur, donc ça ne me choque pas que des parlementaires souhaitent que la représentation nationale puisse se saisir de tous les enjeux associés à cet événement, qui, encore une fois, vont bien au-delà de la question du Venezuela, ça concerne la position de l'Europe vis-à-vis des États-Unis d'Amérique notamment, la question du réarmement de l'Europe, du réarmement de la France, tant sur le plan militaire que sur le plan économique. Donc c'est tout, sauf un petit sujet. Et d'ailleurs le Premier ministre a donné une suite favorable à cette demande hier lors des questions au Gouvernement, et a précisé que ce débat devrait avoir lieu dans les 15 jours à venir.

AGATHE LAMBRET
Après l'opération américaine, le Président a une réaction en deux temps, il s'est d'abord réjoui pour le peuple vénézuélien avant de rétropédaler et de condamner la méthode employée, c'est vous qui l'avez annoncé d'ailleurs en tant que porte-parole. Vous savez pourquoi il a changé d'avis Emmanuel MACRON ?

MAUD BREGEON
Alors il n'y a eu, pardonnez-moi Agathe LAMBRET, aucun rétropédalage. Non. Il y a eu une réaction de la France qui est d'abord advenu le dimanche. Il fallait écouter tant ce que disait le Quai d'Orsay que l'Elysée. Et on a dit au fond une chose simple, et c'est ce qu'a redit le président de la République en Conseil des ministres, j'y étais, donc je peux en témoigner, c'est effectivement moi qui l'ai rapporté. D'une part, Nicolas MADURO a une responsabilité implacable vis-à-vis de son peuple, à qui il a confisqué sa liberté et volé les élections en 2024. Deuxièmement, ce qui s'est passé contrevient évidemment au droit international, et la France est du côté du droit international, défend le droit international parce que c'est ce qui nous permet à tous de garantir la paix et la stabilité dans le monde, autant que faire se peut. Et troisièmement, il faut se projeter dans l'après MADURO, et donc la transition doit être démocratique et pacifique, et ça commence notamment par la libération des prisonniers politiques.

PAUL LARROUTUROU
La seule autonomie qu'il nous reste, c'est une autonomie de commentaires, déplore l'ancien Premier ministre Edouard PHILIPPE dans Le Figaro. Vous êtes dans le commentaire, madame BREGEON ?

MAUD BREGEON
Vous savez, je trouve que cette déclaration contraste avec ce qui s'est passé notamment hier. Hier, il y a eu une grande réunion de la coalition des volontaires, relatif à ce qui se passe en Ukraine. Le Président Volodymyr ZELENSKY était présent, le président de la République, la coalition des volontaires. Les États-Unis étaient à bord, ce qui constitue un fait politique majeur. Ensemble, nous avons réussi à dessiner les premières lignes de ce que seraient les garanties de paix nécessaires pour l'Ukraine et le rôle des uns et des autres. C'est un événement, c'est une croisée des chemins, un moment de bascule absolument très important à nos yeux, qui a été permis grâce à l'Union européenne, grâce à l'implication du président de la République, grâce aux Allemands, grâce aux Anglais. C'est bien, me semble-t-il, la preuve vivante, s'il en fallait une, que l'Union européenne n'est pas dans la diplomatie du commentaire, mais est au contraire directement impliquée dans ce qui la touche directement.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, vous le dites, l'Union européenne, le Président, pourtant, Donald TRUMP n'hésite pas à s'en prendre violemment aux Européens, et en particulier à Emmanuel MACRON. Devant la Chambre des représentants, mardi, le Président américain s'est amusé à moquer notre Président, qui, dans une conversation qu'il aurait eue avec lui, aurait cédé à ses pressions et accepté d'augmenter les prix des médicaments que Donald TRUMP juge trop bas en France. Emmanuel MACRON, qu'il aurait aussi supplié, selon lui. Écoutez cet extrait.

DONALD TRUMP, PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
Ok, voilà comment ça va se passer, Emmanuel. Si lundi, tu n'as pas accepté tout ce que je demande, je mets des droits de douane à 25 % sur tout ce qui vient de France. Non, tu ne peux pas faire ça. Si, je peux. Emmanuel m'a dit : "Donald, ok, c'est d'accord, j'adorerais augmenter le prix des médicaments de 200 %. Ce serait un honneur. S'il te plaît, Donald, ne le dis pas à ma population, je t'en supplie."

AGATHE LAMBRET
Comment vous qualifiez cela, Maud BRGEON ? Est-ce que ça signifie que la France, que le Président n'est pas pris au sérieux ?

MAUD BREGEON
C'est absurde, et je n'en dirai pas plus, sans quoi je serais là encore. En tout cas, vous pourriez le dire dans la diplomatie du commentaire. Je n'ai pas plus de commentaires à faire sur ce genre de déclaration.

AGATHE LAMBRET
C'est humiliant ?

MAUD BREGEON
Je n'ai pas plus de commentaires à faire. Ce que je peux dire, c'est que tout ça a été évidemment, si c'est nécessaire de le préciser pour vos auditeurs, bien loin de la réalité.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que vous avez un commentaire à faire sur le fait que Donald TRUMP étudie, je cite, activement, un achat du Groenland, a annoncé la Maison Blanche, qui n'exclut pas non plus une option militaire ?

MAUD BREGEON
Notre position, elle est extrêmement simple. Il y a eu une déclaration à laquelle la France a participé. Le Groenland appartient à son peuple et au Danemark. Notre position est extrêmement claire, est extrêmement ferme. Nous, notre enjeu, c'est de permettre à la France et à l'Union européenne de se prendre en main sur le plan militaire. Je rappelle que nous n'avons toujours pas de budget. Je rappelle que le budget de la France comporte une hausse des moyens de la défense de 6,7 milliards, d'où l'urgence absolue de voter un budget parce que, là encore... Je fais un très léger pas de côté si vous me le permettez. Lorsqu'on n'est pas capable de voter un budget qui permet une hausse des moyens des armées, c'est aussi un message qu'on envoie, notamment aux européens.

AGATHE LAMBRET
Un message de faiblesse sur la scène internationale. On en reparle dans un instant du budget, de l'interdiction des téléphones aussi au lycée, mais tout de suite, 8h47, l'Info en une minute. Maureen SUIGNARD.

(…)

AGATHE LAMBRET
Avec Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement. 2026, année très judiciaire, Paul.

PAUL LARROUTUROU
Que oui, chère Agathe, c'est une affaire complexe que je vais essayer de résumer en quelques mots, en 4 épisodes. Episode 1, selon l'hebdomadaire allemand, Der Spiegel, l'administration TRUMP aurait, conditionnel, aurait envisagé des sanctions contre les juges du Tribunal correctionnel de Paris, ayant condamné Marine LE PEN en mars dernier. Episode 2, une semaine avant l'ouverture du procès en appel, le président du Tribunal de Paris met en garde contre une éventuelle ingérence américaine. Episode 3, le Rassemblement national dénonce hier une pression inadmissible du président du tribunal. Episode 4, ce matin, Rémy HEITZ, procureur général près de la Cour de cassation, en appelle à la sérénité sur France Info.

RÉMI HEITZ, PROCUREUR GÉNÉRAL PRÈS DE LA COUR DE CASSATION
Pour ce qui est des risques d'ingérence américaine, il faut être très prudent parce qu'à ce stade, il n'y a que des bruits de presse et il n'y a rien de très tangible. Ça m'inspire qu'il faut être vraiment aujourd'hui très vigilant et très ferme sur les principes qui fondent notre état de droit.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que l'heure est grave ? Est-ce que ça vous inquiète, Madame la porte-parole du Gouvernement ?

MAUD BREGEON
Les soupçons d'ingérence auxquels vous faites référence, qui viendraient des États-Unis et qui toucheraient le procès de Madame LE PEN en appel, ne sont pas avérés. Il faut être extrêmement prudent et d'ailleurs le président du tribunal judiciaire l'a été dans son intervention. J'ai noté qu'il parlait là au conditionnel et qu'encore une fois, il appelait à la vigilance et nous sommes évidemment vigilants vis-à-vis de l'ensemble des risques d'ingérence, mais en tout état de cause, il s'agit, là, aujourd'hui de spéculations.

PAUL LARROUTUROU
C'est une fake news ?

MAUD BREGEON
Quand vous reprenez l'article de presse en question, vous avez des propos rapportés, anonymes, sans qu'on sache bien d'où ils viennent exactement. Ce que je vous dis, en tout cas, vu de la fenêtre de la France, c'est qu'aujourd'hui ce n'est pas avéré et donc on parle-là de spéculations même si, bien sûr, nous sommes vigilants.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, le projet de loi pour interdire le téléphone portable au lycée et pour interdire aussi les réseaux sociaux aux moins de quinze ans a été présenté hier aux syndicats de personnels et aux fédérations de parents d'élèves. Le texte doit arriver au Parlement fin janvier. On écoute Jérôme FOURNIER, secrétaire national du syndicat enseignant SE-UNSA.

JÉRÔME FOURNIER, SECRÉTAIRE NATIONAL DU SYNDICAT ENSEIGNANT SE-UNSA
On est en train de faire une usine à gaz, comme d'habitude à l'Éducation nationale. En cours, on peut en avoir besoin pour des raisons pédagogiques, donc il faudra le décrire comme une dérogation. Les internes, il faudra bien leur permettre de l'utiliser donc, il va falloir écrire dans le règlement intérieur à quelle heure, dans quel cadre, à quel endroit ils auront une dérogation. Quand les élèves utilisent leur téléphone pour badger à la cantine ou pour emprunter un livre au CDI, il faudra aussi l'écrire dans les règlements intérieurs.

AGATHE LAMBRET
Peut-on vraiment empêcher, Maud BREGEON, les lycéens d'utiliser leur téléphone ?

MAUD BREGEON
Alors, trois choses. D'abord, le temps de l'apprentissage, le temps de l'école, le temps du lycée, ce n'est pas le temps du téléphone et ce n'est pas le temps des réseaux sociaux. Je pense que tous les parents et tous les adultes qui nous écoutent, aujourd'hui, peuvent évidemment le comprendre. Ensuite, deux chiffres : 44 %, pour parler des réseaux sociaux, pardonnez-moi, des ados ont un réseau social avant treize ans et l'OMS estime à un sur dix le nombre d'adolescents qui a une utilisation qui contrevient à sa santé mentale. Ce que je veux dire là, c'est que ce n'est pas uniquement une régulation numérique, c'est une mesure de protection des mineurs et c'est une mesure de santé publique. Il faut qu'on arrive à avancer. Je remarque qu'au Parlement, bon nombre d'initiatives existent. Je pense à la proposition de loi de Laure MILLER, qui est députée EPR, qui a fait un gros travail sur ces sujets-là. Je pense à la mission portée par Arthur DELAPORTE, qui est un député PS, et Stéphane VOJETTA, qui était député EPR sur ces questions-là. Je pense à Agnès EVREN, sénatrice LR…

AGATHE LAMBRET
Mais lequel est le bon alors ? C'est le projet de loi du Président, c'est la proposition de loi Gabriel ATTAL ?

MAUD BREGEON
Notre ambition, elle est d'une part d'être le plus efficace possible, et le plus transpartisan possible. Parce que, encore une fois, ne pas légiférer c'est non-assistance à génération en danger. Je pense que l'immense majorité des parlementaires... Encore une fois, je ne vous en ai cité que quelques-uns, la liste n'est pas exhaustive, et je m'excuse auprès de ceux qui écouteraient ce matin et que je n'ai pas cités, mais ils ont été nombreux à travailler sur ces sujets. C'est une très bonne chose. Le président de la République le porte depuis longtemps. Gabriel ATTAL aussi, c'est quelque chose qui, chez nous, Renaissance, puisque c'est ma famille politique, vient de loin, et donc c'est légitime qu'on avance. Et ensuite, quant à la remarque qui a été faite, je voudrais juste dire une chose : il y a un cadre national, mais il y aura bien sûr des applications qui seront locales.

PAUL LARROUTUROU
Vous, Renaissance, vous, au Gouvernement, vous voulez un budget d'ici le 20 janvier, c'est tellement compliqué qu'Amélie DE MONTCHALIN, ministre des Comptes publics, a dit ce matin sur RTL qu'elle n'excluait rien qui puisse donner un budget à la fin. En français, est-ce que ça veut dire ce matin, pour être très claire sur France Info, que vous êtes résolue à utiliser le 49.3 ?

MAUD BREGEON
Ça veut dire qu'il faut sortir du tunnel budgétaire. Ça fait trois mois que l'on discute, ça a porté ses fruits, le Projet de loi de finances de la sécurité sociale a été adopté sans 49.3, c'était la première fois depuis 2022. Pour autant, l'absence de budget n'est pas sans conséquences. Je parlais de la hausse des moyens des Armées, je pourrais parler de la création de postes pour la Justice, de postes pour le ministère de l'Intérieur. Donc, il faut avancer. Avant de parler de procédure, je reviens toujours à la même chose. Que voulons-nous dans ce budget ? J'entends Monsieur RETAILLEAU, j'entends Monsieur HOLLANDE, là encore sur votre antenne, lundi dernier, hier matin, avant-hier, j'entends Élisabeth BORNE nous demander l'utilisation du 49.3. Enfin, j'imagine que dans leur tête, ce n'est pas exactement sur le même budget. Et quand il appelle au 49.3, Monsieur RETAILLEAU ne pense pas exactement au même budget que lorsque c'est François HOLLANDE qui le demande.

PAUL LARROUTUROU
Le non-impact de non-censure.

MAUD BREGEON
Donc, il faut qu'on arrive à s'accorder. Il reste aujourd'hui encore quelques points de blocage. Je pense à la question du déficit. Est-ce qu'on est bien tous d'accord qu'il doit être inférieur à 5 % ?

AGATHE LAMBRET
La question de la taxation des plus riches aussi…

MAUD BREGEON
La question de la taxation des plus riches la question des collectivités territoriales…

AGATHE LAMBRET
Est-ce que la solution proposée par le Parti Socialiste et François HOLLANDE, c'est-à-dire un 49.3 et un pacte de non-censure noué entre les socialistes et le Gouvernement, est-ce que c'est ça la solution ? Vous êtes quand même porte-parole du Gouvernement. On est déjà presque mi-janvier.

MAUD BREGEON
La solution, c'est de s'accorder sur ce qu'on veut mettre dans ce budget. Et ensuite, on pourra parler des enjeux de procédure. Je ne suis pas…

AGATHE LAMBRET
Vous ne voulez rien nous dire. Vous ne voulez pas reconnaître que le 49.3 est inéluctable ?

MAUD BREGEON
Je ne reconnais pas que le 49.3 est inéluctable.

PAUL LARROUTUROU
Alors, pourquoi Amélie de MONTCHALIN dit qu'elle n'exclut rien ?

MAUD BREGEON
Parce que par principe, il faut sortir de ce tunnel budgétaire. La Constitution donne des outils pour doter la France d'un budget. Le vote est un outil. Le 49.3 est également un outil. Les ordonnances pourraient être aussi un outil. Je dis une chose simple, il faut qu'on s'accorde sur le fond de ce budget. Prenez la question, pardonnez-moi, prenez la question de la surtaxe pour les sociétés. Ça concerne 400 grandes entreprises. Elle était de huit milliards l'année dernière. Elle était de quatre milliards dans le budget tel qu'il a été proposé. L'Assemblée l'a portée à six, le Sénat à zéro. C'est bien la preuve qu'on n'y est pas.

AGATHE LAMBRET
On n'aura pas la réponse à notre question. La question qui…

PAUL LARROUTUROU
Il est 8 h 56, l'heure de la "Question qui" à retrouver sur Instagram et le TikTok de France Info. Aujourd'hui, la "Question qui hésite". L'eurodéputée d'extrême droite, Sarah KNAFO, se lance officiellement dans la bataille de la mairie de Paris, invitée du 20 h de TF1 hier soir.

SARAH KNAFO, EURODEPUTEE RECONQUETE
Je suis candidate pour être la prochaine maire de Paris. Donc aujourd'hui, l'urgence est à l'action. C'est pour ça que je me présente, pour faire de Paris une ville heureuse.

PAUL LARROUTUROU
Un sondage IPSOS le mois dernier lui prête 7 % d'intentions de vote au premier tour à Paris au coude-à-coude avec le candidat RN. Que pensez-vous de cette candidature ?

MAUD BREGEON
Écoutez, je n'en pense pas grand-chose. Madame KNAFO est libre de présenter sa candidature. Nous sommes en démocratie. Ce que je pense pour ma part, c'est que Paris a besoin d'alternance. Paris a besoin d'alternance. Je ne suis pas parisienne. Je ne vote pas à Paris.

AGATHE LAMBRET
Mais vous voulez une alternance à Paris.

MAUD BREGEON
Si j'étais parisienne, si j'étais élue à Paris, je ferais le choix de l'alternance.

AGATHE LAMBRET
Justement, Maud BREGON, vous faites le choix de l'alternance, pardon, mais vous êtes très discrète dans cette campagne pour les municipales. Est-ce que vous soutenez le candidat officiel de Renaissance, Pierre-Yves BOURNAZEL, ou Rachida DATI, qui est soutenue par LR et par quelques macronistes ?

MAUD BREGEON
Mon souhait, c'est que notre famille politique, qui va de RENAISSANCE à LR, puisse dans les différentes villes où nous ne sommes pas élus au premier tour, se retrouver lorsque c'est possible au second. Ensuite, ce sera le choix des candidats. Pour ma part, je suis porte-parole du Gouvernement et je ne suis pas parisienne. La question des municipales, ce n'est pas l'affaire du Gouvernement.

PAUL LARROUTUROU
Pour le 49.3 vous ne répondez pas.

AGATHE LAMBRET
Mais ce n'est pas très sympa pour Pierre-Yves BOURNAZEL. Vous avez dit que vous étiez membre de Renaissance tout à l'heure. C'est le candidat de votre parti.

MAUD BREGEON
Et je suis collègue de Rachida DATI au Gouvernement, qui fait un travail formidable au ministère de la Culture.

AGATHE LAMBRET
Et donc, vous êtes écartelée entre les deux candidats.

PAUL LARROUTUROU
C'est la "Question qui hésite". On a bien trouvé le titre quoi. Vous hésitez.

MAUD BREGEON
Pardon ?

PAUL LARROUTUROU
Vous hésitez entre Rachida DATI et Pierre-Yves BOURNAZEL.

AGATHE LAMBRET
Vous ne voulez pas nous répondre.

MAUD BREGEON
Je ne suis pas parisienne et je ne vote pas à Paris, mais je peux vous dire que je soutiens Jean-Yves SÉNANT à Antony, qui est maire d'Antony, qui a fait un travail formidable depuis qu'il a succédé à Patrick DEVEDJIAN en 2003. Je vous invite à aller voir ce qu'il fait là-bas.

AGATHE LAMBRET
Merci beaucoup, Maud BREGEON, pour la présidentielle, vous hésitez entre deux candidats ?

MAUD BREGEON
Vous me réinviterez, Agathe LAMBRET.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2026