Texte intégral
PATRICK ROGER
Il est 7 h 40, SUD RADIO vous explique, avec ce matin un coup de projecteur sur la France, comment elle gère deux dossiers, des Français notamment à l'étranger, avec la ministre en charge de ces dossiers, Éléonore CAROIT, qui est ministre déléguée en charge de la Francophonie et des Partenariats internationaux, et des Français de l'étranger. Bonjour.
ÉLEONORE CAROIT
Bonjour.
PATRICK ROGER
Deux dossiers particulièrement importants qui font la une de l'actualité : le Venezuela et puis également le drame de Crans-Montana en Suisse, d'autant que vous avez la double nationalité, triple même, je crois que vous avez la nationalité française, la nationalité suisse…
ÉLEONORE CAROIT
Et dominicaine.
PATRICK ROGER
Et dominicaine également. Commençons d'un mot quand même aussi sur justement le drame de Crans-Montana, parce qu'il y a des victimes françaises bien sûr et puis le couple qui gérait le bar de nuit est français aussi. Est-ce qu'on peut expliquer pourquoi la justice française, le parquet de Paris a ouvert une enquête ?
ÉLEONORE CAROIT
Déjà sur le drame de Crans-Montana qui nous a tous bouleversés, choqués en ce début d'année, il faut dire que pour la communauté française, c'est d'ailleurs la plus grande communauté de Français à l'étranger en Suisse romande, ça a été un véritable choc. On se sent évidemment concernés, il y a eu des victimes françaises et j'aimerais redire ma solidarité pour les familles de ces victimes, pour leurs proches, neuf victimes françaises, 23 Français blessés également. Donc évidemment que cela nous touche tous et évidemment que cela va suivre aussi par une recherche de réponses et par des procédures, notamment de la part de ces familles de victimes.
PATRICK ROGER
Avec un hommage aussi qui va être rendu, qui est prévu ?
ÉLEONORE CAROIT
Absolument, il y a un hommage qui est prévu demain, le président de la République va s'y rendre avec le ministre en charge de l'Europe, Benjamin HADDAD. Moi je me rendrai prochainement aussi en Suisse, j'y étais d'ailleurs il y a peu de temps. Comme je vous le disais, c'est vraiment la plus grande communauté de Français de l'étranger, c'est une communauté qui est très intégrée, pour la plupart ce sont des binationaux. Moi j'ai ma belle-famille qui était en Valais, très loin de Crans-Montana, évidemment tout le monde connaît quelqu'un, c'est un petit pays la Suisse, donc tout le monde de près ou de loin se sent affecté par cette tragédie.
PATRICK ROGER
Oui si le parquet de Paris a ouvert aussi une enquête, ce n'est pas dans le but d'aboutir à un procès en France en l'état, c'est de travailler pour les familles françaises, de coopérer.
ÉLEONORE CAROIT
De coopérer et ce que je voudrais dire, c'est que la coopération que l'on a vue, que ce soit sur le plan médical, avec la mobilisation des équipes médicales françaises de spécialistes, parce qu'on parle quand même de grands blessés, d'une situation extrêmement difficile à gérer, a été absolument remarquable. Et là encore j'aimerais remercier toutes ces équipes qui se sont mobilisées, les équipes aussi du consulat de l'ambassade de France, et dire qu'on voit à quel point lorsque l'on se mobilise rapidement, on peut apporter des réponses face à une tragédie.
PATRICK ROGER
Oui, Éléonore CAROIT, sur le dossier du Venezuela, alors quelle est la position française ? Ça n'a pas toujours été simple à suivre, parce que le Premier ministre l'a redit hier, Sébastien LECORNU, il dénonce une opération militaire américaine illégale, mais ce week-end Emmanuel MACRON s'était félicité de la chute de MADURO qualifié de dictateur. Alors dictateur, pas dictateur d'ailleurs aussi, vous avez vu Mathilde PANOT a refusé de qualifier MADURO de dictateur. Quelle est la position donc de la France ?
ÉLEONORE CAROIT
La position de la France, elle a été très clairement dite par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël BARROT, et les premières heures qui ont suivi cette intervention américaine. Cette intervention s'est faite en totale contravention du droit international, de la charte des Nations Unies, il y avait mille façons d'intervenir de manière concertée. On peut utiliser la force dans le cadre du droit international, c'est d'ailleurs ce qu'a fait la France avec le Royaume-Uni pour la Syrie. Donc ce n'est pas une opposition du droit qui serait faible versus la force qui serait finalement toujours une abstraction du droit. Il faut justement rester dans ce cadre multilatéral parce que ce n'est que comme cela que l'on peut agir de manière concertée, agir de manière démocratique. Après, de dire que Nicolas MADURO est un dictateur, ça me semble être une évidence et c'est important de le rappeler. C'est un régime dans lequel…
PATRICK ROGER
Mathilde PANOT hier a dit que ce n'est pas vraiment un dictateur. Et puis elle dit qu'avec POUTINE et NETANYAHOU, on a peut-être d'autres formes de dictateurs. Et TRUMP détruit le droit international. TRUMP lui aussi, dit-elle, est un dictateur. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
ÉLEONORE CAROIT
Vous savez, La France Insoumise a quand même une indignation à géométrie variable. On peut parfaitement dire que l'intervention américaine est illégale et que rien ne justifie que l'on fasse abstraction du droit international. Et en même temps, regarder la réalité de la situation au Venezuela, regardez la situation des huit millions de Vénézuéliens qui ont dû fuir leur pays du fait justement de cette dictature, de cette privation des libertés les plus fondamentales, de cette situation économique désastreuse, de toutes ces atteintes et de toutes ces violations. Et rappelons quand même que Nicolas MADURO s'est maintenu au pouvoir depuis le 28 juillet 2024, alors qu'il avait perdu les élections. Il a refusé de publier les résultats. Il est resté sur place. La France avait déjà dénoncé à ce moment-là cette confiscation du pouvoir par Nicolas MADURO. Et donc la France, aujourd'hui, constate que cette personne est aujourd'hui déchue.
PATRICK ROGER
Mais si TRUMP n'avait pas agi directement, est-ce qu'on aurait réussi à trouver un consensus pour qu'il y ait une intervention internationale ?
ÉLEONORE CAROIT
C'est ce qui aurait été souhaitable en réalité. C'est ce qu'il aurait fallu probablement faire. Et la raison pour laquelle il faut regarder vers l'avenir…
PATRICK ROGER
Mais compte tenu aujourd'hui du rapport de force en fait à l'ONU, des Nations Unies, c'est beaucoup plus compliqué que ça.
ÉLEONORE CAROIT
Vous avez raison, c'est très compliqué et c'est pour ça qu'il faut quand même défendre le multilatéralisme et s'attacher au droit international. Et lorsque l'on dit ça, on peut aussi dire que maintenant il faut regarder vers l'avenir et qu'il n'y a aucune garantie que la transition sera démocratique. Et qu'il faut justement demander si on est attaché aux droits et au droit international à ce que le pouvoir revienne aux Vénézuéliens, de déterminer leur avenir et de pouvoir avoir à leur tête quelqu'un qui a été démocratiquement élu.
PATRICK ROGER
Est-ce qu'il y a beaucoup de Français au Venezuela ? Est-ce que vous êtes en charge des Français à l'étranger ?
ÉLEONORE CAROIT
Absolument, et d'ailleurs je suis allée les voir lorsque j'étais députée des Français de l'étranger. Il y a 2 052 Français précisément qui sont inscrits au registre aujourd'hui. Mais il y a probablement des Français qui sont partis, il y a beaucoup de binationaux. Et comme je vous l'ai dit, la situation aujourd'hui au Venezuela, elle n'épargne personne. Les Français font preuve de beaucoup de résilience, mais ils sont aussi très inquiets. Aujourd'hui, il y a un lycée français, une " Colegio Francia Venezolana ", qui est aujourd'hui fermée jusqu'au 12 janvier. Et tous ces Français, toute cette communauté est dans l'attente de voir ce qui va se passer.
PATRICK ROGER
Encore une ou deux questions, Éléonore CAROIT, puisque vous êtes ministre en charge notamment des Français de l'étranger, de la Francophonie aussi. Qu'est-ce que l'on fait face à TRUMP ? Là, il veut aller au Groenland, ça a été redit, il est toujours menaçant. " On a besoin, pour notre sécurité nationale, c'est vital. " C'est ce qu'a dit la porte-parole de la Maison Blanche. Que faire face à TRUMP ?
ÉLEONORE CAROIT
Il y a une réponse européenne, et le ministre des Affaires étrangères l'a rappelé. Le Groenland n'est ni à vendre, ni à prendre. Et ce que l'on a vu en jeu très concret hier, c'était une réunion de la coalition des volontaires à laquelle ont participé les États-Unis. Réunion sur l'Ukraine, certes, mais qui montre qu'il y a quand même une volonté des États-Unis qui sont venus en France pour, justement, s'aligner sur les demandes européennes de garanties de sécurité de l'Ukraine, de travailler ensemble. Donc, je pense qu'il faut regarder ce qui se passe aujourd'hui, un peu au jour le jour. Il faut vivre comme cela, et aussi affirmer très fermement…
PATRICK ROGER
Avec une stratégie au jour le jour, notamment face à TRUMP, ce n'est pas toujours facile, mais lui il dit…
ÉLEONORE CAROIT
Mais c'est lui qui est au jour le jour. Nous, on a une stratégie très claire de respect du droit international, mais vous voyez, il fait des déclarations…
PATRICK ROGER
Oui, le droit international qui est un peu chamboulé, évidemment. POUTINE qui est intervenu déjà et qui est en Ukraine. Et TRUMP qui dit : " Oui, mais attention, parce que les Chinois, les Russes sont partout autour du Groenland. Ils savent aussi que j'ai besoin de sécuriser. " Qu'est-ce qu'on peut lui répondre ?
ÉLEONORE CAROIT
Encore une fois, on parle des Russes, on parle de la position des États-Unis par rapport à la Russie. Aujourd'hui, pour la première fois, je pense que c'est important de le dire, les États-Unis reconnaissent qu'il y a un besoin de véritables garanties de sécurité pour l'Ukraine et qu'on ne peut pas tout simplement se contenter de la parole de Vladimir POUTINE. Donc vous voyez, c'est quand même assez différent de ce que disait l'administration américaine il y a quelque temps. Aujourd'hui, c'est important d'aller dans ce sens-là.
PATRICK ROGER
Si TRUMP prend la route du Groenland avec ses troupes, Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est sur la route.
ÉLEONORE CAROIT
Mais encore une fois, ça a été rappelé par le chef de l'État, ça a été dit par le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères sur le Groenland. Et d'ailleurs, on a entendu les déclarations de la Première ministre danoise sur le Groenland, la position est claire, les États européens ont signé cette déclaration hier, évidemment que le Groenland doit rester au Danemark.
PATRICK ROGER
Bon, et Saint-Pierre-et-Miquelon à la France.
ÉLEONORE CAROIT
Absolument.
PATRICK ROGER
Parce que c'est sur la route. Et la Guyane également, qui est tout près aussi du Venezuela justement et du Brésil.
ÉLEONORE CAROIT
Absolument, mais on ne va pas commencer à faire de la politique-fiction sur tous les territoires. Vous voyez, en ce moment, il n'y a pas de crainte à avoir et je pense qu'il ne faut pas inquiéter vos auditeurs.
PATRICK ROGER
Sauf que TRUMP, il n'est pas facile, il s'est payé une nouvelle fois la tête d'Emmanuel MACRON, vous l'avez vu ça, sur le prix des médicaments, etc.
ÉLEONORE CAROIT
Ah non, vous savez s'il fallait suivre tous les tweets et commenter tous les tweets…
PATRICK ROGER
Ce n'est pas que des tweets, c'est une petite déclaration. Merci Éléonore CAROIT, ministre en charge de la Francophonie et des Partenariats internationaux, des Français de l'étranger.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2026