Texte intégral
AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour,
APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être mon invitée ce matin. Vous êtes la ministre du budget et j'ai envie de dire que c'est le moment, le jour J, jour décisif pour le budget puisqu'il y aura un Conseil des ministres tout à l'heure et la décision du moyen. On a bien compris qu'il n'y aurait pas de vote mais si c'est 49.3 ou ordonnance et ultime tractation. On a encore vu hier un dernier, peut-être cadeau que vous avez fait au Parti socialiste. C'était d'ailleurs le dernier. On verra sur la surtaxe, sur les bénéfices des grandes entreprises. Je voudrais d'abord quand même vous poser une question parce qu'on l'a appris à l'instant, Donald TRUMP qui continue dans ses menaces, qui a encore écrit au Gouvernement danois laissant entendre, je cite, qu'il n'était pas tenu de penser en termes de paix. Il a hier menacé de 10% de hausse de droits de douane pour huit pays européens dont la France. En fait, on est en train de vouloir construire un budget pour une économie dont on sent qu'à tout moment, dans cette instabilité, elle pourrait basculer.
AMELIE DE MONTCHALIN
Avant l'économie, c'est le monde qui peut basculer. Nous avons construit depuis 1945 un cadre mondial qui a eu quelques, évidements, entaille mais un monde où le premier principe s'appelle la souveraineté des nations. Il n'y a pas eu, et d'ailleurs c'était bien la première fois entre la Russie et l'Ukraine, mais il n'y avait plus d'invasion. Les pays arrêtaient de passer la frontière avec leurs chars et leurs armées pour dire : " Ça, ça m'appartient alors que c'est chez toi ". Et donc, le sujet-là qui se joue, il y a évidemment des enjeux économiques et je vais y revenir. Et le premier sujet, c'est le Groenland est un territoire danois, du Danemark. Tout comme la Nouvelle-Calédonie est un territoire français, tout comme nos Outre-mer sont des territoires français, certes éloignés de nos capitales géographiques, mais ce sont des territoires qui ont une appartenance, une souveraineté. Et le message que fait passer l'Europe de manière unanime, et ça c'est très important, de manière unanime, même si certains pays, vous savez la France et d'autres, ont évidemment répondu aux appels du Danemark pour que nous ayons à leurs côtés une plus grande surveillance de la sécurité du Groenland vis-à-vis de potentielles attaques extérieures, russes, chinoises et autres, qui inquiètent beaucoup Donald Trump et qui nous inquiètent d'ailleurs beaucoup aussi.
APOLLINE DE MALHERBE
Non mais là on répond, mais est-ce qu'on a les moyens, y compris techniques ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Nous avons d'abord un sujet de souveraineté. Ensuite économiquement, l'Europe n'est pas faible. Vous savez que pendant des mois, vous vous souvenez, on avait une histoire de droits de douane avant le fameux accord qui d'ailleurs, à certains égards, est un peu suspendu. On ne va pas faire un accord douanier alors qu'on nous rajoute des droits de douane. Et donc, on a beaucoup d'outils, des outils d'ailleurs parfois qui avaient été pensés pour plutôt nous protéger contre la Chine, contre des pressions extérieures.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous pensez, j'imagine, à l'instrument qu'on appelle anti-coercition, qui pourrait être activé. Il faut l'activer ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Moi, mon métier, vous voyez, actuellement, ma mission, c'est de m'occuper du budget français, et je pense qu'on a besoin d'autant plus d'un budget.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais j'ai envie de vous dire, il sera caduc ce budget en quelque sorte, si on se retrouve avec effectivement tout d'un coup 10 % de droits de douane supplémentaires, ça change beaucoup de choses.
AMELIE DE MONTCHALIN
Ça change beaucoup de choses pour nous, pour les Allemands, pour toute l'Europe. Et donc, vous voyez bien que le sujet, c'est que ça ne doit pas arriver. Nous devons nous mettre dans une position où, par la résistance, par notre force, par notre crédibilité, nous empêchons cette espèce de guerre commerciale de s'approfondir. Mais vous voyez pourquoi il faut un budget ? Et ça fait peut-être la transition.
APOLLINE DE MALHERBE
Non, non, attendez, avant la transition, pardon.
AMELIE DE MONTCHALIN
Dans notre budget, il y a un élément clé, ça s'appelle le budget des armées. La France, dans ce monde-là, alors que nous sommes vulnérables et attaqués en tant qu'Européens, comme jamais. Par l'Ukraine et par ses situations au Moyen-Orient,
APOLLINE DE MALHERBE
On va revenir sur le budget de la défense mais, Amélie DE MONTCHALIN, je vous repose la question. Un, est-ce qu'il faut prendre au sérieux la menace de Donald TRUMP ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Un, nous la prenons très au sérieux.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous la prenez très au sérieux.
AMELIE DE MONTCHALIN
C'est bien pour ça que le Président de la République et le Premier ministre, et l'ensemble du système français, à la fois économique, militaire, sécuritaire, un, on se met aux côtés du Danemark. Deux, s'il y a des menaces russes et chinoises, on va les surveiller au Groenland, aux côtés des Danois. Et trois, s'il y a un sujet économique, on se défend.
APOLLINE DE MALHERBE
On se défend en activant, s'il le faut, cet instrument anti-coercion.
AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a une palette d'outils. Les Européens doivent décider ensemble. Il y a eu hier une réunion qui a abouti à l'unanimité. C'est très important. Il y a un conseil européen extraordinaire cette semaine. Il y aura des échanges avec un certain nombre de dirigeants. Ils sont à Davos dans les prochains jours. La France, l'Europe, l'Allemagne et d'ailleurs France et Allemagne sur ce sujet, et j'insiste alors qu'on a été divisé sur d'autres, nous sommes unis. Et ça, c'est très important parce que c'est aussi notre puissance économique.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça aura des conséquences économiques, parce que non seulement les hausses de tarifs douaniers auraient des conséquences, mais si nous-mêmes nous activons effectivement cet instrument anti-coercion, on peut limiter les importations, rehausser nous-mêmes les tarifs douaniers ou encore interdire les marchés publics à certaines entreprises des États-Unis.
AMELIE DE MONTCHALIN
Tout ça peut se faire, l'année dernière…
APOLLINE DE MALHERBE
Il ne faut pas hésiter à le faire.
AMELIE DE MONTCHALIN
Non mais moi, je n'ai pas d'hésitation. L'année dernière, si on rembobine le fil, c'est vrai qu'à un moment donné, on a dû réviser notre prévision de croissance en France parce qu'on a dit : " Oulala, les droits de douane arrivent, ça va nous coûter sur la croissance ". On était passé de 0,9% de croissance à 0,7% de croissance. En fait, on finit 2025 à 0,9%. Mais pourquoi pas ? Parce qu'heureusement, notre continent, notre pays a des ressources. Nous ne sommes pas juste tétanisés parce qu'heureusement, nous avons des perspectives de croissance ailleurs. Nous avons des perspectives internes. C'est aussi pour ça qu'on a besoin d'un budget pour redonner de la capacité à tous les acteurs économiques de se projeter en France, en Europe et dans le monde et ne pas être dépendants. Vous savez pourquoi on a peut-être un peu rabâché depuis des années, depuis le fameux discours de la Sorbonne ? Qu'on croyait à la souveraineté, à l'autonomie stratégique européenne. Parce que nous devons arrêter d'être dépendants. Dépendants de la croissance américaine, dépendants des décisions extérieures, dépendants, au fond, de tout ce qui se passe dans le reste du monde et nous de regarder les trains passer. Nous devons décider pour nous-mêmes, à commencer la France, pour elle-même, d'où les questions de budget.
APOLLINE DE MALHERBE
Amélie DE MONTCHALIN, ministre du budget, est-ce qu'enfin, d'ici ce soir, ce sera le début de la fin ? C'est-à-dire, est-ce qu'enfin on saura qu'on va avoir un budget et comment ? Ce sera sans doute le 49.3.
AMELIE DE MONTCHALIN
Bon, première chose, si on rembobine il y a une semaine, vous vous souvenez où nous étions, le débat a été saboté par des acteurs politiques qui, un peu par cynisme, par opportunisme, parfois par incompétence, ont voté toutes sortes de choses très bizarres dans le budget qui l'ont rendu invotable. Deuxième chose, il y a une semaine, honnêtement, c'était le chaos politique. Personne n'était d'accord sur rien, ni sur le quoi, ni sur le comment, ni sur rien. Et troisième élément, la semaine dernière, c'est qu'il y avait, au fond, un sentiment que nous n'y arriverions jamais. Aujourd'hui, vous voyez, on a des débats sur ce qu'il y a dans ce budget qui ressemble, je pense, à un point d'équilibre. Pourquoi c'est un équilibre ? Et je veux vraiment vous le dire. Quelques jours, avec le Premier ministre, vous savez, tout le monde nous dit qu'on fait des tractations de couloirs, ça se passe loin des yeux. Au fond, on s'est dit deux choses et on l'a dit à tous les acteurs politiques : " Puisque tout le monde semble n'être d'accord sur rien, nous, Gouvernement, on vous propose la chose suivante. Un, nous allons préférer la stabilité au saut dans l'inconnu ". Donc, on va garder ce qu'on connaît. La fiscalité des ménages, on ne change rien. La fiscalité des TPE, PME, on ne change rien. La fiscalité des grandes entreprises, en 2026, elles paieront. Et j'en suis désolée parce que je ne souhaitais pas ça, mais c'est le choix de stabilité. Elles paieront en 2026, comme en 2025, sauf pour les entreprises de taille intermédiaire industrielle.
APOLLINE DE MALHERBE
Sauf qu'en 2025, vous leur aviez dit que c'était temporaire.
AMELIE DE MONTCHALIN
Et je leur ai dit, et je suis venue vous le dire, est-ce que j'en suis satisfaite ? Non. Mais à un moment donné, le choix qui a été fait politique, c'est la stabilité. Pas de hausse d'impôts pour les ménages, pas de hausse de charges pour les entreprises, pas de changement fiscal.
APOLLINE DE MALHERBE
Et pas de baisse pour les grandes entreprises.
AMELIE DE MONTCHALIN
Et pas de baisse pour les grandes entreprises, c'est vrai. Mais honnêtement, c'était soit le grand n'importe quoi, soit se dire qu'au fond : " On va garder ce qu'on connaît ". Et quand on garde ce qu'on connaît, ce n'est pas l'idéal, j'avoue. Mais à un moment donné, il faut avancer. Deuxième chose qu'on a dit au Parti politique : " Pour les Français, il y a des urgences ". Trois à minima, je vais rajouter une quatrième. Un, le travail doit payer. C'est pour ça que cette réforme de la prime de l'activité, on la soutient. Elle coûte cher, mais elle est décisive. Quand vous travaillez un peu plus que le SMIC, vous devez gagner plus à la fin du mois, les aides sociales ne peuvent pas baisser. Deuxième chose, deuxième urgence, c'est la jeunesse. Nous avons fait un budget de sécurité sociale qui protège nos aînés, qui protège nos retraités, qui protège la santé. Ce budget de l'État et des collectivités, il doit penser à l'avenir. Et donc, on doit protéger la jeunesse, les étudiants, les boursiers, les universités, la recherche. Et on assume. Parce que là aussi, c'est l'avenir. Troisième priorité, c'est le logement. Toutes les familles de France. On parle beaucoup de natalité, de démographie. Mais évidemment que c'est difficile d'avoir un enfant de plus quand vous êtes déjà tout serré dans votre appartement et que vous ne pouvez pas déménager, que vous ne trouvez pas de biens à louer, qu'il n'y a rien à vendre nulle part et que les prix sont trop chers. Ces trois priorités-là, on a dit là-dessus, avec tous les partis politiques, les LR, les Partis socialistes, les indépendants, tout le monde, ceux qui ont voulu venir à Bercy, donc, il manquait les écologistes et les communistes, et je le regrette. Mais ça, on s'est dit, là-dessus, on doit pouvoir faire de la plus et du mieux.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'aviez pas invité LFI et RN ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Quand on sabote les débats…
APOLLINE DE MALHERBE
Vous partiez du parti que c'étaient des saboteurs.
AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais voyez, quand le RN décide de baisser d'un coup 5 milliards d'euros pour les petites communes de France en disant que c'était formidable pour l'équité du pays, moi, je suis contre, et donc, je l'ai dit, et donc on a avancé. Et donc ce budget, c'est ça. Et comment on le finance ?
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'ils sont d'accord ? Est-ce que depuis, effectivement, 48 heures, les uns et les autres sont au rendez-vous et vous disent : " OK, Banco, on y va ? "
AMELIE DE MONTCHALIN
Au fond, ce qu'ils jouent là, vous avez parlé 49.3, ordonnances, et je vais vous le dire avec beaucoup de clarté, mais surtout de gravité. Le 49.3, c'est un chemin assez périlleux puisque s'il ne se passe pas bien, à la fin, vous n'avez ni budget, mais vous n'avez même plus de Gouvernement pour reproposer un budget, et donc vous n'avez rien, et donc vous avez, dans le monde que vous venez de décrire, le vide. Moi, je ne peux pas laisser mon pays s'engager, vous voyez, dans une aventure, en disant : " Bon, on y va ". Donc, ce qui se joue sinon, c'est les ordonnances. Les ordonnances, c'est un autre système. C'est un système qui vous dit : " Au moins, vous avez un budget. Peut-être que vous n'avez plus de Gouvernement, mais au moins, les armées ont leur budget. Au moins, ce budget, tel qu'il serait appliqué, ne plairait à personne ". Il devrait être modifié, peut-être déjà par un budget rectificatif, mais au moins, vous auriez une base, pour que, oui, par rapport à Donald TRUMP et au reste du monde, on ait une voie crédible. Moi, je vais vous le dire, aujourd'hui, on n'est pas en train de sauver nos postes. Avec le Premier ministre, le sujet, ce n'est pas de savoir s'il y aura un Gouvernement ou pas, c'est de savoir s'il y aura un budget ou pas. Donc, ce qu'on veut, c'est sauver le budget. Et donc là, ce qui se joue dans les ultimes tractations, les ultimes échanges, les ultimes coups de fil, c'est, au fond, est-ce qu'on a assez de garanties pour prendre plutôt le chemin du fameux 49.3 ? Si on n'a pas assez de garanties, on prendra le chemin. Vous savez, au fond, moi, si dans quelques jours, je dois quitter Bercy, si je dois dire : " Voilà, je suis censurée avec le reste du Gouvernement, les gens ne veulent plus nous voir, ils veulent autre chose ". Moi, j'ai un engagement avec moi-même et que je veux dire devant les Français. Si je dois quitter mon poste, je veux que la France ait un budget. Sinon, c'est la honte et le remords, pour moi, politique majeure. Parce que ça voudrait dire qu'on a fait tout ça et qu'à la fin, c'est le vide.
APOLLINE DE MALHERBE
Pardonnez-moi, mais je n'ai pas compris.
AMELIE DE MONTCHALIN
S'il y a des ordonnances, mais qu'on est censurés, au moins, il y aura un budget.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, votre préférence…
AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais s'il y a un 49.3 et qu'on est censurés, il n'y aura même pas de budget.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça veut dire, Amélie DE MONTCHALIN, que votre préférence irait à l'ordonnance parce que ça donnerait une stabilité plus grande ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Non, ce que je dis, c'est que je comprends que les forces politiques préféraient que nous n'ayons pas recours à l'ordonnance. J'ai bien compris ça. Pour que nous prenions le chemin du 49.3, il nous faut des garanties réelles.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez que les engagements qu'ils prennent ne sont pas suffisants. Quand ils disent qu'on va vers le mieux, notamment le Parti socialiste, on commence à prendre la bonne direction. Ça ne suffit pas. Vous voulez qu'ils disent : « On ne censurera pas ».
AMELIE DE MONTCHALIN
Ce que je vous dis c'est que, comme on ne gère pas un pays comme on gère une aventure, pour que le Premier ministre dise qu'on va faire le 49.3, il faut que dans les dernières heures, on soit bien sûrs qu'à la fin, on aura bien et un budget et un Gouvernement. Mais à nouveau, je vous le dis, j'ai passé mon week-end…
APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire, Amélie DE MONTCHALIN, que dans les heures qui viennent, puisque c'est aujourd'hui que ça se joue, Sébastien LECORNU a dit qu'il annoncerait effectivement ordonnance au 49.3 d'ici ce soir. Ça veut dire que vous lancez, en quelque sorte, un appel ce matin en disant aux différents partis qui veulent bien vous suivre : " II faut s'engager, s'engager clairement, nous dire que vous ne censurerez pas sinon on ne va pas au 49.3 ". On ne prend pas de risque.
AMELIE DE MONTCHALIN
Et je le dis pourquoi ? Parce que le sujet, ce ne sont pas nos postes, c'est d'avoir un budget. Moi, j'ai passé mon week-end avec des patrons de grandes entreprises, de petites entreprises au téléphone.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez pas dû passer un très bon week-end parce qu'ils ne sont globalement pas très contents.
AMELIE DE MONTCHALIN
Et je leur ai dit : " Voilà, moi, je ne serai plus peut-être votre interlocutrice dans quelques jours. Mais je m'engage devant vous que si nous devons partir, nous ne laissons pas le vide. C'est qu'il y a un budget ".
APOLLINE DE MALHERBE
Si c'est un 49.3 avec engagement de non-censure de la part du Parti socialiste, de la part de LR, vous avez des craintes même du côté de LR ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Vous voyez, tous les sujets sont encore ouverts. On a des discussions avec le Sénat. Le Sénat, c'est la chambre de la stabilité. Ils ont été extrêmement aidants, les sénateurs, l'année dernière, en 2025, pour qu'on ait un budget. Il faut, pareil, qu'au fond, on ne se laisse pas aller à des coups d'éclat politique sur certains sujets qui amèneraient potentiellement à de l'instabilité.
APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qu'il pourrait faire encore le Sénat ? J'ai l'impression presque que de votre côté, vous espérez, vous imaginez que dans les heures qui viennent du côté du PS comme de LR, on vous donne les signaux suffisants pour que vous puissiez oser, comme vous dites, le 49.3. J'essaie de traduire ce que vous êtes en train de me dire.
AMELIE DE MONTCHALIN
Vous le traduisez très bien.
APOLLINE DE MALHERBE
Je crois que c'est bien ce qu'on a compris.
AMELIE DE MONTCHALIN
Oser dans la politique, il vaut mieux le faire en ayant un petit parachute parce que sinon, c'est votre pays que vous emmenez dans le vide. Nous ne prendrons pas ce risque et on préférera, je vous le dis, perdre notre poste.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne ferez pas le 49.3 risqué. Vous ne ferez le 49.3 qu'en étant sûrs, effectivement, qu'on vous soutient. Mais ensuite, vous évoquez le Sénat. Pardonnez-moi, mais qu'est-ce que le Sénat peut faire ? Est-ce que le Sénat pourrait encore bloquer les choses ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Vous voyez, on essaie de trouver un budget pour la nation. On essaie de trouver un budget pour le pays. On essaie de le faire en disant à tous les partis de Gouvernement qui ne veulent pas bloquer et qui ne sont pas obsédés par organiser de nouvelles élections, comme le sont la France insoumise et la Rassemblement national, quel que soit le sujet, il faut une dissolution, une destitution des élections. On leur dit : " Si c'est le budget de la nation, si c'est le budget du pays, ça serait bien quand même qu'on se soit mis d'accord sur au moins à quoi il ressemble.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous appelez aussi à une forme d'union nationale autour de vous, autour de ce budget ?
AMELIE DE MONTCHALIN
En tout cas, une forme d'union nationale pour les Français, notamment sur le budget des collectivités où on a encore beaucoup de travail à faire dans la journée pour savoir comment on en fait, au fond, un point de consensus.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que ça veut dire, Amélie DE MONTCHALIN, que même s'il y a un 49.3 sans risque, j'allais dire, il reste un risque du côté de... Est-ce que le Sénat peut encore faire capoter le budget de l'État ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Ce n'est pas une question de risque, c'est une question d'unité, de stabilité, de concorde. Est-ce que ce budget, au fond, on arrive à se dire que oui, il assure la stabilité, peut-être qu'il ne change pas autant de choses que certains auraient voulu, il résout des urgences des Français, mais il ne reste pas un élément, voyez, d'opposition, de tension, et donc, sur le budget des collectivités, le Sénat, par exemple, pourrait arriver avec nous tous à se dire que ce qui est là n'est pas forcément ce qui est l'idéal, mais c'est quand même mieux de se mettre d'accord sur quelque chose que de rester dans la confrontation.
APOLLINE DE MALHERBE
Moi, il y a quand même un truc que je n'arrive pas à comprendre, c'est comment vous arrivez à être en dessous des 5 % déficit ? J'ai fait tous les calculs, ils ne sont pas bons, ça ne marche pas.
AMELIE DE MONTCHALIN
J'attendais votre question. Il y a deux choses que je veux vraiment vous garantir. D'abord, il y aura moins de prélèvements obligatoires en 2026 qu'en 2019. Ça, c'est très important parce que 2019, c'est la dernière année où on avait un déficit sous 3%, et c'est la dernière année où, d'ailleurs, on était avant les grandes crises du Covid, de l'Ukraine, de l'inflation. La deuxième chose que je veux vous dire, c'est qu'il y a plein d'économies dans ce budget, et j'en voulais même en faire davantage.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous nous dites, ce matin, qu'il sera en dessous de 5% ?
AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, on sera à 5%. On avait dit 5%.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne serez pas en dessous, vous serez à 5%.
AMELIE DE MONTCHALIN
On avait dit 5%, maximum, on est à 5%. Là, dans les tableaux, dans les équilibres. Mais vous savez, il y a beaucoup de gens qui parlent d'économies. Ils viennent souvent vous en parler à votre micro. Moi, je les vois ensuite, pas devant votre micro, je les vois dans l'hémicycle, à l'Assemblée, au Sénat. Ils les votent beaucoup moins, les économies. Ça enthousiasme beaucoup plus les économies qu'on en parle que quand on doit les voter. Deuxième chose, c'est qu'on en a fait beaucoup en 2025. On a fait le plus grand effort de réduction de dépenses de fonctionnement de l'État, ce qui a permis aux collectivités et aux dépenses sociales de continuer à augmenter. C'est quand même la réalité. On va continuer. Vous savez, j'ai fait plein d'annonces pendant des mois sur les agences, les opérateurs.
APOLLINE DE MALHERBE
On va continuer à réduire de ce point de vue-là ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Agences, opérateurs, il y a 70 mesures que les ministres doivent appliquer. Nous tous, on a tous les ministres, on a une feuille de route. Il y a 70 mesures de suppression, de rationalisation, de fusion. On réduit les dépenses de communication. On réduit les dépenses de commandes publiques. Donc oui, je peux vous dire, vous me connaissez, ce sujet d'économie en 2025, on avait dit on voulait 5,4% de déficit. On a fait combien ? 5,4%. Pas parce que je l'ai mis tout seul, mais parce qu'on y a mis tous les parlementaires, tous les syndicats, toutes les associations patronales, toutes les collectivités, tous les trimestres à Bercy. Et on a dit, vous savez, réduire le déficit, ça ne peut pas être que sur les épaules de la mise du budget. C'est un sujet national et on va continuer.
APOLLINE DE MALHERBE
Deux questions importantes, encore, l'une sur le consentement à l'impôt, votre prédécesseur à Bercy, le patron de Bercy, monsieur LOMBARD, dit qu'il y a des milliers de contribuables parmi les plus aisés qui ne payent aucun impôt sur le revenu. Vous dites : " Il ment, mais ce n'est pas possible. Ça ne peut pas suffire de dire ça. Ce n'est pas possible ". Il a été ministre du budget.
AMELIE DE MONTCHALIN
Qu'il y ait des gens dans notre pays qui payent moins que ce qu'ils devraient, ça fait un an, là aussi, que je vous bassine.
APOLLINE DE MALHERBE
Il ne dit pas qu'il paye assez, il dit : " Des milliers de contribuables qui ne payent aucun impôt sur le revenu ".
AMELIE DE MONTCHALIN
Il n'y a pas. Ce n'est pas vrai qu'il y a des dizaines de milliards.
APOLLINE DE MALHERBE
Alors, pourquoi il dit ça ?
AMELIE DE MONTCHALIN
Il sait d'ailleurs lui-même un peu préciser et corriger ensuite, Eric LOMBARD.
APOLLINE DE MALHERBE
Il était quand même ministre de l'Economie. Il dit n'importe quoi.
AMELIE DE MONTCHALIN
Il a dit, et je le dis, ce qui est vrai, d'ailleurs, Eric COQUEREL, président de la commission des finances, insoumis. Il est venu à Bercy.
APOLLINE DE MALHERBE
Que ce soit sur BFM tv, dans un instant à 9h, il viendra répondre justement à ce que vous disiez.
AMELIE DE MONTCHALIN
Il est venu à Bercy, qu'est-ce qu'il a vu ? Il a vu ce qu'on connaît tous et ce sur quoi on agit. Il y a effectivement des milliers de personnes qui, aujourd'hui, payent moins d'impôts que ce qu'elles devraient parce que nous avons des phénomènes d'optimisation, de suroptimisation fiscale, ce qui a amené le Gouvernement, je vous le rappelle, à proposer une taxe sur les holdings. C'est l'article 3 du budget et cette taxe sur les holdings va nous permettre, notamment, telle que nous nous aboutissons…
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, ça ne sera plus le temps en 2026.
AMELIE DE MONTCHALIN
De sortir tous les biens personnels de ces holdings parce que, soit vous avez la fiscalité des entreprises pour les projets d'entreprise, soit vous avez des biens personnels qui ont une fiscalité personnelle. Et on va essayer d'arrêter cette espèce de confusion où vous bénéficiez de la fiscalité des entreprises pour vous constituer un patrimoine personnel. Ça, ça amène à ce qu'effectivement, il y ait des dizaines, des petites dizaines de milliers de personnes qui payent moins que ce qu'elles devraient. Et donc, nous, on lutte contre la fraude, on lutte contre la suroptimisation mais, je le dis vraiment très solennellement, s'il y avait des dizaines de milliers de personnes qui payaient zéro impôt sur le revenu alors qu'ils sont fortunés, un, ça fait longtemps qu'on l'aurait su, deux, ça fait longtemps qu'on l'aurait combattu. Donc, il y a la suroptimisation et vous avez dans le budget beaucoup de mesures parce que c'est aussi un enjeu, vous l'avez dit, de consentement à l'impôt, de justice, d'efficacité et de respect des Français avec les uns et les autres. Et donc, sur ce sujet, ça fait un an que j'y travail et il y a des résultats qui seront, je l'espère, dans le budget qui sera, je l'espère, bientôt adopté.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2026