Texte intégral
Sébastien LECORNU
L'Accueil, le préfet, le préfet de région, les parlementaires, nombreux, évidemment, les représentants de la profession et du monde de la construction et du logement, saluer également les parlementaires qui ont accepté de nous suivre cet après-midi, parlementaires, spécialistes de ces questions, et saluer évidemment mes collègues ministres.
Si j'ai souhaité ce déplacement cet après-midi, c'est parce qu'au fond, je l'ai dit à de nombreuses reprises depuis maintenant quatre mois, il y a un certain nombre de politiques publiques, de problèmes que connaît le pays qui pourront peut-être attendre la présidentielle, trouveront un traitement dans le cadre de la campagne présidentielle et devront être arbitrés par les électeurs dans le cadre de la campagne présidentielle. Enfin, il y a quand même des grandes urgences dans le pays qui ne pourront pas attendre le grand débat de 2027 et qui nécessitent de manière la plus consensuelle, en tout cas de la manière la plus transpartisane possible, de trouver des solutions dès maintenant. Et la question du logement, comme d'ailleurs d'autres sujets – on y reviendra monsieur le ministre LESCURE dans les temps à venir – sur l'énergie, se sont des sujets de grande urgence, ce sont des sujets de souveraineté, ce sont des sujets qui tiennent aussi à la quête de croissance économique que nous devons aller chercher tout au long de l'année 2026, selon l'adage bien connu : quand le bâtiment va tout va.
Évidemment, une approche particulièrement aussi humaine, sociale, parce que la promesse d'avoir un logement, c'est comme la promesse d'avoir un travail, ça participe à la promesse républicaine. Un enjeu d'aménagement du territoire. On est ici, Monsieur le président du conseil départemental, madame la députée, dans aussi les grandes dynamiques de ce que la métropolisation de Paris et les nouveaux aménagements du territoire de demain, dans les équilibres entre le rural et l'urbain, j'en dirais un mot dans un instant, puis évidemment une approche aussi environnementale, parce qu'on le sait tous, notre transition énergétique, notre capacité à décarboner une partie de notre économie, notre production d'énergie etc. passent énormément par les mobilités et le logement et le logement évidemment va avec les mobilités. Si je souhaitais aussi ce déplacement, c'est au fond, il faut bien le reconnaître, depuis la sortie du Covid, nous sommes dans une panne plus que préoccupante sur le secteur du logement.
Il y a pourtant une forte demande, une population qui ne demande qu'à se loger, en fonction de ses besoins, qui suit aussi d'ailleurs les modifications des structures familiales, par définition. Le peuple français évolue dans sa structure depuis maintenant 20 ans, 30 ans, 40 ans, et donc aussi la politique de logement doit s'adapter à cela. Une politique, en plus, dans laquelle il y a beaucoup de cuisiniers dans la cuisine, parce que l'État a ses compétences, les collectivités locales ont leurs compétences, le monde de la construction et des promoteurs ont les leurs, et évidemment ça crée aussi un ensemble qui peut être très performant lorsqu'il est aligné, mais lorsqu'il se désaligne, on a eu un déjeuner de travail ce midi, peut créer un certain nombre d'inerties. Et depuis la guerre en Ukraine, le coût des matériaux, depuis la sortie du Covid, on a, au fond, un ralentissement de la production de logements qui est extraordinairement préoccupant.
Et donc, je considérais qu'il fallait qu'on soit capable de créer une rupture. C'est un travail qui a commencé depuis maintenant près de quatre mois avec le ministre Vincent JEANBRUN, mais autour de lui aussi beaucoup de parlementaires. Je veux saluer la députée et ancienne ministre, Valérie LÉTARD. Je crois que le député COSSON est avec nous, je l'ai croisé tout à l'heure, il est ici. Un certain nombre de groupes à l'Assemblée nationale, je ne vais pas tous les citer, mais ça a été assez transpartisan, se sont emparés de cette question pendant toutes les discussions budgétaires, parce qu'on parle beaucoup du budget, enfin on parle beaucoup du budget, beaucoup parlent du budget, parfois pour en dire tout un tas de choses qui ne sont pas forcément exactes, mais enfin, la réalité, c'est que quand on commence à lire ce budget, pour celles et ceux qui ont le courage de le lire, on y trouve des vraies ruptures avec le passé et la question évidemment du logement, pour moi, est une des ruptures absolument clés.
Je ne veux pas être trop long, mais quelques principes sur ce plan de Relance logement. Le ministre viendra compléter évidemment dans un instant ce que nous allons y mettre à partir de maintenant puisque cet après-midi, à partir de cet après-midi s'ouvre une séquence importante sur l'ensemble de la question de la construction. Le premier principe, c'est que je souhaite qu'on fasse confiance. Et comme aurait dit le président POMPIDOU, il faut qu'on arrête "d'emmerder" les Français, et donc, là, il faut qu'on arrête "d'emmerder" les acteurs. Et ça, je crois que c'est clé. C'est dans une approche dans laquelle, que l'on soit maire, on a bientôt des élections municipales avec un renouvellement important des conseils municipaux, que l'on soit représentant de l'État, messieurs les préfets, que l'on soit des professionnels de la construction.
Si on veut avoir du résultat rapidement, il faut que l'on fasse, au fond, une œuvre de confiance et non plus forcément de contrôle systématique. On y reviendra, mais c'est l'état d'esprit qui est le nôtre et qui va expliquer aussi un certain nombre de dispositions que nous allons vous présenter. La deuxième des choses, c'est qu'il faut s'en donner les moyens. Les moyens, d'ailleurs, ce n'est pas que de l'argent, même si on va en mettre, c'est aussi une philosophie globale, une approche globale. Et donc, c'est vrai dans le projet de loi de finances, si on fait aussi ce déplacement cet après-midi, c'est parce que ce midi, la partie 1 des recettes a été adoptée, mais dans les recettes, on a aussi les niches, tout le volet aussi fiscal en miroir, et donc ce qui est vrai, Madame la ministre, Emmanuelle COSSE, pour l'aide et l'accompagnement aux bailleurs sociaux, avec 1,5 milliard d'euros, 500 millions d'euros, qui sont débloqués en urgence pour accompagner pratiquement 700 bailleurs pratiquement en France, partout sur le territoire, pour venir réussir et développer des programmes qui sont menés en lien entre les collectivités territoriales et les bailleurs sociaux, ce qui devait aussi s'accompagner d'une rupture profonde sur ce qu'on appelle le bailleur privé, c'est-à-dire la capacité pour les ménages à venir défiscaliser sur leurs impôts sur le revenu pour débloquer des fonds et faire effet de levier pour produire des logements sur un certain nombre d'endroits sur le territoire. Et au fond, on le voit bien, si d'autres dispositifs fiscaux ont pu exister dans le passé, on a cherché à travailler autrement et à aborder, justement, non pas cette affaire comme étant une énième niche, mais au contraire, un véritable outil levier d'aménagement du territoire.
Et au fond, en allant chercher, Monsieur le ministre LESCURE, une fois de plus, l'épargne des Français, parce qu'on en a beaucoup parlé. Et là, on a de l'épargne, qui peut être mobilisée dans une approche complètement gagnant-gagnant, pas de manière punitive, mais au contraire, qui permet de faire de la défiscalisation intelligente. Et au fond, s'il ne faut pas "emmerder" les Français, s'il faut être capable de ne pas remonter le social contre le privé et le privé contre le social, il faut en tirer aussi des conclusions sur l'ensemble de la dynamique que l'on souhaite créer. Il ne faut pas opposer le rural et l'urbain. Parce qu'on le voit bien, les modifications, l'aménagement du territoire sont en train de construire des dynamiques qui sont évidemment très différenciées entre il y a 10 ans et dans 10 ans. On le voit bien autour des métropoles, autour des grandes villes en province, on a des modifications sociologiques qui sont extraordinairement importantes. Et donc, au fond, c'est une petite révolution aussi qu'on va mettre là, c'est que d'habitude, l'ensemble de ces dispositifs ont toujours fait l'objet de zonages. Zonages pas forcément toujours très lisibles, d'ailleurs, pour les Françaises et les Français, parfois même, d'ailleurs, pour les élus locaux. Comme maire de Vernon, jadis, il y a près de cela 10 ans, j'avais dû me battre pour que ma commune soit dans un fameux territoire qu'on appelait B1. Déjà, c'est une petite révolution, c'est de se dire, il n'y aura pas de zonage. Et en tant que tel, c'est déjà un des moyens de faire une grande réconciliation entre les territoires ruraux et urbains, et même dans une dynamique aussi urbaine que le département de la Seine-Saint-Denis, ça évite des effets de trappe et des effets de bord dans lequel, au fond, en fonction des volontés locales, il y aura l'outil fiscal qui permettra d'accompagner ces projets.
Et puis, évidemment, ne pas opposer le neuf et l'ancien. Et ça, je crois que c'est un des grands enjeux aussi, y compris en matière de transition énergétique et environnementale, de protection du patrimoine. Il y a du patrimoine qui n'est pas classé, le nombre de communes rurales aujourd'hui qui sont propriétaires d'un presbytère, d'un ancien presbytère, dans lequel il faut faire une rénovation d'ancien, et dans lequel on se dit, soit on peut rien faire, soit, au contraire, on a les outils d'accompagnement pour le faire, ça, c'est évidemment quelque chose qui est particulièrement populaire chez les élus, y compris les élus locaux dans les communes les plus rurales, et donc, au fond, ne pas opposer le privé et le public, ne pas opposer le rural et l'urbain, ne pas opposer l'ancien et le neuf, sachant que sur l'ancien, des dispositifs sont encore à prendre dans les semaines qui viendront.
Là, on a évidemment quelque chose qui, philosophiquement, vient petit à petit trancher, en tout cas créer la rupture avec la période récente, ce qui fait de ce plan, je le crois en tout cas, un des plans les plus radicaux de ces dix dernières années, en tout cas dans sa philosophie, sachant que nous allons continuer. L'objectif, il est simple. Il est assez ambitieux. Je ne doute pas que nous serons surveillés dans notre capacité collective avec la profession à le réussir. C'est être capable de sortir 2 millions de logements d'ici à 2030. Donc c'est absolument colossal. C'est 400 000 logements par an. Globalement, nous sommes plutôt dans un point bas, même si le début de l'année laisse peut-être quelques perspectives d'optimisme. Mais enfin, on était plutôt tombé sur une moyenne autour de 300 000 logements par an en fonction de la manière dont on le calcule.
Donc, on le voit bien, on est quand même sur une accélération qui est prodigieuse et qui ne doit pas intervenir dans trop longtemps. C'est pour ça que la réussite de ce plan, dès 2026, la capacité à aller mobiliser l'épargne, à voir l'ensemble de la profession, tant sur le privé que pour les bailleurs sociaux, à vite démarrer ces projets, sont évidemment absolument clés. Moi, je veux vraiment remercier la mobilisation de tout le monde. On a parlé beaucoup de ces réunions à l'Assemblée nationale, au Sénat, ces travaux de compromis, ça a commencé à devenir obscur pour beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens. On commence à mettre aussi un peu de lumière sur les objets concrets ; dont un certain nombre, d'ailleurs, je les avais plus ou moins listés lors de différentes déclarations à l'Assemblée nationale sur le perron de Matignon, en disant qu'il y avait des thématiques, vous ai-je dit, au mois de novembre, au mois de décembre, sur lesquelles on pouvait créer des voies de passage et des voies où, au fond, l'ensemble des parlementaires pouvaient se retrouver. Cette question du logement en est une. Je ne connais aucun sénateur, aucun député, quelle que soit leur tendance politique, qui ne nous ait dit : "on n'a pas un problème de logement dans notre circonscription". Et donc, c'est aussi un peu la méthode que je veux essayer de prescrire au Gouvernement, et que le Gouvernement emmène l'ensemble des partenaires, c'est, au fond, de bien trier les sujets avant 2027, après 2027, et sur tout ce qui est urgent, être capable très, très vite de se mettre en mouvement et d'obtenir des résultats.
Le prochain rendez-vous sera sans nul doute le grand texte que nous préparons avec la ministre GATEL sur la réforme de l'État, la décentralisation, en clair l'approche territoriale nouvelle que l'on veut avoir de l'action de l'État parce qu'il est clair qu'il faudra traiter la question du logement. On en parlait avec les professionnels ce midi suffisamment pour donner de la confiance, pas de grands soirs pour rompre justement cette confiance et faire en sorte que 2026 ne soit pas une année perdue. Mais je crois qu'on a bien vu quand même que Monsieur le Préfet de région Île-de-France, le modèle Jeux olympiques ou le modèle pardon Notre-Dame, c'est-à-dire être capable en repartant de projets d'avoir des mesures de simplification, pas la simplification comme on en parle à chaque fois, dont on parle toujours et qu'on ne voit jamais arriver pour être complètement transparent. Mais en tout cas, une méthodologie type Notre-Dame ou Jeux olympiques appliquée au logement, en tout cas dans des zonages précis dans le pays, j'y crois énormément. On a des zones qu'on est en train de réindustrialiser. Il y a des zones dans lesquelles nous sommes en train d'avoir une nouvelle approche de l'énergie.
Comme ancien ministre des Armées, il y a des zones dans lesquelles nous sommes en train massivement de réinvestir sur des régiments, des bases navales ou des bases aériennes sur lesquelles on aura besoin de logement. Vous avez des maires qui commencent à se poser la question de comment on prend le défi de la démographie, notamment en matière scolaire, toute la question de la carte scolaire avec les fermetures, les ouvertures de classes, d'écoles. Au fond, plutôt que de subir, et d'ailleurs de faire peut-être la part belle à quelques extrêmes, c'est de dire aussi aux élus qui auront envie de créer justement une nouvelle méthode territoriale, surtout avec le début du mandat municipal, en lien avec les collègues présents de départements et les élus régionaux, c'est de se dire que là où on veut construire, là où on veut bâtir, en respectant les équilibres locaux, en étant capable de faire de l'ancien ou du neuf, en étant capable de coller aussi à une demande territoriale, une demande sociale, humaine, il y aura les outils pour le faire.
Voilà. En tout cas, c'est une nouvelle approche que nous proposons cet après-midi avec vous, qui justifie aussi une forme d'urgence. C'est pour cela aussi que je suis venu me déplacer dès cet après-midi même, après l'adoption de la partie 1 du projet de loi de finances, qui ne vaut pas adoption définitive, mais qui vient dire aussi que sur un certain nombre de sujets, de préoccupations de la vie quotidienne, en clair de la défense de l'intérêt général, il est désormais temps aussi que nous avancions.
Monsieur le ministre, peut-être pour donner quelques éléments de précision ?
Vincent JEANBRUN
Merci infiniment Monsieur le Premier ministre.
Bonjour à toutes et à tous.
Je salue mes collègues ministres et membres du Gouvernement, l'ensemble des élus présents dans la salle et évidemment toute l'équipe de France du logement, tous les professionnels qui sont là avec nous, qu'ils soient représentants de la Fédération française du bâtiment, de la FNAIM, de la FPI, les promoteurs immobiliers, évidemment l'USH, Madame la ministre, et Action Logement qui est également représentée parmi nous.
Bref, toutes celles et ceux qui vont nous permettre de répondre à cette terrible crise du logement qui frappe notre pays. On a dans notre pays quatre millions de mal logés, 12 millions de personnes fragilisées par le logement. Le défi est immense et nous sommes ici aujourd'hui pour annoncer, Monsieur le Premier ministre, ce plan de Relance du logement que vous avez voulu, car il était urgent d'agir et vous avez décidé que le Gouvernement serait au rendez-vous. Au rendez-vous pour quoi ? Au rendez-vous d'abord pour avoir un véritable choc d'investissement. C'est tout l'esprit du nouveau statut, du nouveau dispositif fiscal qui a été adopté ce matin, faire en sorte que les Français mobilisent leur épargne pour nous aider à produire du logement. Aujourd'hui, un quart des familles françaises sont logées dans un appartement, dans un bien qui appartient à un petit propriétaire privé, à une famille française qui a décidé d'investir dans la pierre. C'est cet argent-là qu'il est important de mobiliser, et c'est le premier choc que nous avons souhaité mobiliser.
Un choc également, vous l'avez dit, Monsieur le Premier ministre, un choc de confiance. Il faut faire en sorte que demain, tous les acteurs du logement se disent l'ambition est claire, l'objectif est clair, on va tous se mobiliser, 2 millions de nouveaux logements produits, qu'il s'agisse de construction à neuf, de réhabilitation à neuf, tout ça est essentiel. Et le choc de confiance, c'est aussi faire en sorte que demain, un maire, un élu local soit assuré d'avoir la main sur la politique de peuplement, évidemment en lien avec les préfets, Monsieur le préfet de région, c'est essentiel et ça fait partie des dispositifs sur lesquels on va se battre. Et puis ça a été dit tout à l'heure dans la discussion avec les habitants, un besoin aussi de choc de confiance pour que ceux qui décident d'être propriétaires bailleurs puissent se dire : "Je vais pouvoir avoir l'usufruit de mon bien jusqu'au bout". Ça nécessite probablement d'aller travailler sur une meilleure confiance entre le locataire, le propriétaire et le bailleur, de manière à ce qu'on baisse les obstacles à l'entrée. C'est le modèle canadien que connaît bien Monsieur le ministre LESCURE. C'est facile de louer un logement, c'est facile aussi si on ne respecte pas les règles du jeu d'être sorti du logement.
Il faut évidemment travailler dans le respect de chacun et avec beaucoup d'humanité, mais c'est important de redonner confiance dans les propriétaires bailleurs, c'est-à-dire ceux qui investissent dans la pierre et qui mettent en location. On a vocation également à produire un véritable choc économique, Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, parce que "quand le bâtiment va, tout va", disait Monsieur le Premier ministre, ça signifie aussi que la construction est au rendez-vous, et ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui sont en jeu dans notre pays.
Avec ce plan de relance, nous allons donner une impulsion forte à notre économie, à notre croissance, et c'est évidemment un objectif majeur. Et là-dessus, il n'y a pas de doute à avoir. Et puis enfin, un choc de simplification, ça a été dit à de nombreuses reprises, nous en y parlons avec tous les acteurs, avec les élus locaux, les procédures sont beaucoup trop longues dans notre pays. Et comme le disait très justement Monsieur le Premier ministre, il ne s'agit pas de faire moins bien ou de faire trop vite. Non, il s'agit de faire efficace. Et ça tombe bien parce que nous avons eu, vous le disiez Monsieur le Premier ministre, deux exemples extraordinaires : Notre-Dame et les Jeux olympiques. Alors, je pense que c'est l'exemple à suivre. Nous pouvons avoir dans notre pays les Jeux olympiques du logement et le Notre-Dame de la construction, faire en sorte de simplifier considérablement les choses. Puis quand on parle de Jeux olympiques, il y a à la fois ce côté normatif où on compresse les démarches, on fait en sorte d'aller plus vite, mais je crois aussi qu'il y a ce côté équipe de France auquel je crois tellement, parce qu'en réalité c'est en étant tous ensemble mobilisés que nous arrivons à avancer et à résoudre la crise.
Donc, ayons cet esprit JO. Nous avons, Monsieur le Préfet de région, réussi en Île-de-France quelque chose d'extraordinaire en ayant autour de la table, avec un objectif commun, l'État et ses représentants, la Présidente de région, la maire de Paris, toutes les collectivités, Monsieur le président du département, aux côtés et ça a changé vraiment notre capacité à faire. C'est aussi ça ce plan de relance sur lequel on s'engage aujourd'hui et c'était l'esprit du document, du pacte d'engagement pour la relance du logement que nous avons signé avec l'ensemble des professionnels tout à l'heure. C'est pour moi évidemment fondamental.
Et puis, peut-être un point aussi, parce que quand on parle logement, on parle environnement, on parle transformation de la ville, on parle aussi de notre écosystème, et donc c'est aussi un choc écologique que nous allons porter tous ensemble. Nous sommes aujourd'hui les mieux-disants au monde en matière de normes. Nous construisons en France comme nulle part ailleurs. C'est une fierté immense, mais ça signifie aussi qu'on a des normes extrêmement contraignantes, qui renchérissent le coût de la construction, de fait, le coût d'accès. Il faut que tous ensemble, on garde cette ambition écologique et environnementale, mais qu'on simplifie, là aussi, encore une fois, les démarches pour faire en sorte qu'on construise vite et bien notre pays, parce que, et j'en conclurai par là, on ne cherche pas à construire pour construire. On cherche à loger les gens. C'est fondamental. En 20 ans, les Français ont perdu, en termes de pouvoir d'achat, 25 mètres carrés. Ça n'a l'air de rien, mais 25 mètres carrés, Mesdames et Messieurs. C'est une chambre d'étudiants, d'un étudiant qui probablement va renoncer à ses études parce qu'il va juste pas réussir à se loger près de son université. 25 mètres carrés, c'est potentiellement la chambre d'un jeune actif qui n'arrivera pas à se rapprocher de son travail, et moi qui ai été député du marché de Rungis, qui sera peut-être obligé de dormir dans sa voiture pour pouvoir garder son travail. 25 mètres carrés, on en parle aussi d'enjeux démographiques, c'est aussi peut-être ces chambres d'enfants qu'une famille renoncera à avoir parce qu'elle n'est pas en capacité de loger dignement.
Donc, quand on parle logement, on parle bien plus que simplement d'économie, de construction, on parle bien plus simplement que de chiffres, on parle de vie humaine, on parle de famille, on parle de bien vivre, et c'est pour ça que cet enjeu doit nous réunir tous, au-delà des clivages partisans, et c'est ainsi que sous l'impulsion du Premier ministre, nous pourrons être utiles pour nos concitoyens. Je suis extrêmement fier de porter cette mission sous votre autorité, monsieur le Premier ministre, avec mes collègues et, encore une fois, avec toute l'équipe de France du logement.
Vive la relance du logement ! Merci.
Claire ANÉ
Ça marche ? Oui. Claire ANÉ, du journal Le Monde. Est-ce que vous pouvez nous préciser un petit peu l'objectif des 2 millions de logements ? Quelle serait la répartition entre public et privé ? Les moyens affectés aussi ?
Vincent JEANBRUN
Vous m'entendez ? Effectivement, l'ambition, elle est très forte. 2 millions de logements produits d'ici 2030, avec la mobilisation du secteur privé, on ambitionne plusieurs dizaines de milliers de logements par an. 50 000 logements est une ambition importante, mais qu'on pense pouvoir atteindre. Et puis une mobilisation du secteur social également, ainsi que de l'intermédiaire. Nous tutoyons cette année. C'est une très bonne année. Je veux saluer tout le secteur du logement social, Madame la ministre Emmanuelle COSSE. On tutoie les plus de 110 000 logements cette année. L'ambition, c'est d'aller encore au-delà. Plus, évidemment, toute la réhabilitation, toute la production à neuf. J'utilise parfois le terme de logement reconditionné. Vous savez, on retrouve du neuf, même si c'est de l'ancien. Et puis, effectivement, la réhabilitation de l'ancien, qui est encore un petit peu difficile à chiffrer précisément, mais l'objectif, il est clair, 400 000 logements par an, 2 millions d'ici 2030, en mobilisant l'intégralité des acteurs et toute la profession.
Sébastien CHABAS
Sébastien CHABAS, journaliste indépendant, Le Point, Le Nouvel Obs, Challenge. Comment expliquez-vous que vous annoncez maintenant un plan de relance pour le logement, alors que ça fait quand même des années qu'il y a eu un Conseil national de la refondation, il y a eu des alertes des notaires, il y a eu le rapport de M. DAUBRESSE et M. COSSON ? Comment ça se fait ? Qu'est-ce qui vous a motivé à l'annoncer en début d'année 2026 ?
Sébastien LECORNU
Merci pour la question. De toutes les évidences, comme je l'ai dit, il y a des choses qui ne peuvent pas attendre ou alors, il ne faut vraiment pas vouloir les voir. Deuxième des choses, le ministre du logement a été maire, je l'ai été. Il faut aussi être complètement déconnecté pour ne pas voir que c'est au début du mandat municipal qu'il faut donner les outils et la visibilité. Qu'est-ce que nous demande, au fond, la plupart des acteurs de ce pays, toutes filières confondues ? Stabilité, visibilité. On l'entend 300 fois par jour dans les cérémonies de vœux en ce moment. Il y a la stabilité politique, la stabilité fiscale, parce qu'en dépit de ce que peuvent raconter les uns et les autres, pas d'augmentation d'impôts, ni ménage, ni entreprise, dans la copie. Puis après, vous avez des filières particulières, représentées ici, où là, il y a des blocages particuliers. Et moi, c'est la consigne que j'avais donnée au début du mois d'octobre. Ça peut être vrai pour l'industrie de défense sur certains sujets, ce qu'on a appelé l'économie de guerre. On a les sujets énergétiques, on va reparler d'agriculture, parce qu'il y a bientôt le Salon de l'agriculture et toutes les crises qu'on a pu connaître, là, on a le logement. Au fond, on tourne toujours autour du même sujet : la production. Comment, dans ce pays, on est capable de produire ? C'est quand même une thématique dont on n'a pas assez parlé lors des débats parlementaires pendant 4 mois. Quand on a dit qu'il ne faut pas toucher à l'outil de production, on l'a joué en défensif. Là, vous le voyez, cet après-midi, moi, je souhaite aussi qu'on la joue en offensive, pas sur 300 sujets. Je l'ai déjà dit à de nombreuses reprises, on ne va pas faire comme si on était au début de quinquennat avec 350 députés et beaucoup d'argent. Je n'ai rien de tout cela. En revanche, dans les semaines, mois qui viennent, est-ce que des thématiques qui sont absolument fondamentales pour l'intérêt général, pour la croissance et pour la vie des Françaises et des Français, est-ce qu'on est capable de sortir un certain nombre de secteurs de la mauvaise spirale dans laquelle elles peuvent s'installer où elles sont installées ? Je crois que c'est possible. En tout cas, si on a de la volonté politique et de l'organisation, on peut le faire. On a travaillé en chambre depuis maintenant plusieurs semaines. Le député COSSON est ici, d'autres peuvent en parler. Là, il y a quelque chose qui va être publié au Journal officiel si on va jusqu'au bout du débat budgétaire sans incident. Le vrai sujet, c'est que très vite, l'ensemble des acteurs s'en emparent. Et au fond, ça dit aussi quelque chose du moment dans lequel on est. Il va falloir arrêter aussi avec des discussions politico-budgétaires hors sol et qu'on commence à passer à la logique, aussi, résultats. Et au fond, tous ces amendements, tous ces textes, derrière, traduisent du réel. Et là, on est dans le réel.
Journaliste
Pardon. Sur le dispositif du statut du bailleur privé, vous parlez de dézonner. Est-ce qu'il n'y a pas un risque de produire beaucoup de logements à des endroits où il n'y aura pas forcément des besoins très importants ? Enfin, on avait bien vu au début du Pinel où il y a parfois quand même eu des gros projets qui n'avaient pas vraiment trouvé de locataires derrière, donc ça ne s'était pas révélé des choix très judicieux. L'avantage du zonage, c'est que c'était quand même a priori dans des endroits où il y avait des besoins.
Vincent JEANBRUN
Dans votre question, vous apportez en partie la réponse, puisque vous dites vous-même que dans le Pinel qui était zoné, parfois, il y avait des effets de bord qui faisaient qu'au fond, on avait du mal à remplir le dispositif. Il serait intéressant de faire un bilan très objectivé, mais au fond, quand on zone dans une zone où il y a déjà un marché, parfois, l'intervention publique peut avoir des effets de bord. Là, ce qui est intéressant, et Monsieur le Premier ministre le disait de manière très claire tout à l'heure, il faut arrêter d'opposer la zone dense à la zone moins dense, la ville métropolitaine très dense à la ruralité. Et donc, l'idée que l'investisseur privé puisse choisir, en toute liberté, là où c'est pour lui pertinent d'investir, eh bien on pense que cette liberté, elle est utile. Et elle est d'autant plus utile qu'il y a dans des petits villages, on n'aura jamais ni de grands promoteurs immobiliers, ni de grands bailleurs sociaux qui viendront parce que c'est trop petit. Par contre, vous avez, à l'échelle du village, des gens qui auront peut-être envie de dire "moi, je vais investir dans cette ancienne habitation pour la rénover. Et en plus, j'y suis incité par ce nouveau statut fiscal, j'y serai incité parce que les règles peut-être de construction sont peut-être plus simples". En tout cas, on va veiller à simplifier la vie de tout le monde. Et puis, comme la contrepartie à ce statut fiscal, c'est que les loyers soient abordables, la feuille de route, comme a confié le Premier ministre, elle est simple, c'est du logement partout et pour tous. Donc pour tous, ça veut dire abordable. Eh bien ça sera peut-être l'occasion de créer un logement dans ce petit village pour l'institutrice, pour le cantonnier, pour le policier municipal dont on a besoin. Et donc on laisse cette liberté. Et comme l'acteur est libre de choisir là où c'est rentable ou pas rentable pour lui, eh bien; il a intérêt effectivement à aller dans une zone où il va quand même se rassurer. C'est d'ailleurs pour ça qu'on a des professionnels de l'immobilier, y compris des agences immobilières qui sont capables de guider et d'accompagner les investisseurs. C'est très important. Ce qui n'empêche pas, comme le disait très justement le Premier ministre, à l'échelle du plan de relance global – là je dépasse le simple cadre du statut fiscal qui a été adopté ce matin – c'est de se dire qu'il peut y avoir des enjeux stratégiques où l'État stratège vient se positionner en disant à tel endroit spécifiquement il y a des enjeux majeurs, parce qu'effectivement, on installe une caserne, parce qu'on installe une centrale nucléaire, Monsieur le ministre, et qu'on a besoin d'accompagner ces investissements majeurs des logements qui vont bien autour et; de fait, là on peut justement parler de Jeux olympiques. Monsieur le Premier ministre parlait de grands projets qui justifient un contexte exceptionnel. Et bien ça peut être typiquement ce genre d'exemples. On rentrera dans le détail là-dessus.
Sébastien LECORNU
Je rajouterai, avant de laisser la parole à la ministre GATEL, si on veut enfin réussir l'ancien et la rénovation de l'ancien, il ne faut pas de zonage. Il ne faut pas se raconter d'histoire. Deuxième des choses, à un moment donné, on est un peu... On marche sur la tête. On a commencé par édicter plein de normes sur la revente d'un certain nombre de logements et de passoires thermiques. On n'a pas forcément donné les outils qui permettaient justement d'en sortir. Donc, y compris dans la dynamique environnementale, y compris dans une dynamique territoriale, rurale, de rénovation de l'ancien, le zonage, c'est prendre trois fois plus de temps pour arriver à un résultat qui sera trois fois plus incertain. Si on est dans une logique de relance, j'assume une forme de radicalité. Après, avec les professionnels, on l'évaluera, on regardera ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. Il ne faut pas être têtu. Mais là, je ne voulais pas qu'on reparte dans quelque chose comme d'habitude. Parce qu'on n'est pas dans la situation d'habitude et qu'il y a cette urgence qui doit être largement entendue. J'ajoute qu'on aura la question des maisons individuelles à traiter dans un autre chapitre aussi, parce que cette question-là aussi, on y revient, peut-être moins en milieu urbain dense, peut-être davantage en milieu rural, encore que, en tout cas, je veux qu'à un moment donné, on puisse avoir, y compris dans le duo maire-préfet, dans la relation à la promotion immobilière et aux bailleurs sociaux, je veux qu'on ait quelque chose qui soit le plus souple possible. Alors c'est sûr que c'est un petit pari de confiance, ce n'est pas un réflexe, la norme pour la norme, et qu'on prend un risque. Avec un outil de défiscalisation très puissant, que Bercy va adorer. Mais je l'assume. Et je l'assume parce que je sais que c'est de l'argent, c'est de l'épargne des Français qu'on va aller chercher qui va permettre un effet levier absolument formidable sur la construction et l'aménagement du territoire. Mais c'est pour ça aussi qu'on doit s'approprier très vite les outils pour qu'on ait les premiers résultats. Madame la ministre.
Françoise GATEL
Merci monsieur le Premier ministre. Le Premier ministre l'a dit, on a un enjeu de logement dans l'ensemble du territoire national, y compris dans ce qu'on appelle le périurbain le long du littoral. Donc, cet enjeu est majeur pour les raisons que vous connaissez bien et il y a aussi un enjeu d'émancipation sociale et d'attractivité économique. Aujourd'hui, 31 % de l'industrie française est dans la ruralité et on n'a pas de logement pour permettre que les entreprises puissent recruter ou à l'inverse que des gens qui habitent dans certains territoires puissent se loger. Et puis moi je prendrais un exemple monsieur le ministre de l'efficacité de la décentralisation et de la pertinence de la décision à une échelle territoriale c'est l'exemple du PINEL breton où dans cette région de Bretagne on a su en intelligence travailler ensemble, c'était les promoteurs, c'était les maires, le conseil départemental pour dire qu'il y a aussi des territoires où il y a une entreprise agroalimentaire où on a besoin de loger des gens, de faciliter un dispositif locatif ou d'accession sociale à la propriété. Et sincèrement je pense que la proximité, la responsabilité des acteurs territoriaux est vraiment la garantie d'une efficacité, d'une réussite de ce dispositif.
Journaliste
Vous avez chiffré le coût potentiel de ce dispositif sur la fiscalité ? Enfin, pour les…
Sébastien LECORNU
C'est le charme de ce genre de dispositif. Il est comportemental des deux côtés. Chez le contribuable qui sort son argent en épargne et qui veut faire sa défisc, et de l'autre côté en fonction des projets qui sont disponibles. Donc en fait vous pouvez à la fois vous rassurer ou vous faire peur Il est beaucoup trop tôt pour y répondre. La réalité, c'est que la manière dont il va fonctionner dès le début va beaucoup organiser la manière dont, comme on dit, générationnellement, il va pouvoir solliciter les finances publiques et sur quelle période, mais une fois de plus, est-ce qu'il est lent à démarrer ou est-ce qu'il est rapide à démarrer ? Vous voyez bien qu'on met notre poids dans la balance pour faire en sorte qu'il soit rapide à démarrer, ça nous permettra de le dessiner. C'est pour ça aussi qu'on se donne un objectif, et les partenaires de la profession le savent, on se donne un objectif en nombre de logements, parce que celui-ci, pour le coup, il me semble complètement objectif et bon pour l'intérêt général.
Roland LESCURE
Je peux ajouter quelque chose, Monsieur le Premier ministre ?
Sébastien LECORNU
Oui.
Roland LESCURE
Vous le savez, dans la période actuelle, il n'y a pas de l'argent magique, mais il y a de l'argent efficace. Et là, ce qu'on a souhaité, c'est que l'argent public soit efficace. C'est simple, c'est puissant, c'est rapide, on l'espère en tout cas. Et l'objectif, il est évidemment que les triples ou même quadruples dividendes de ce projet soient présents très vite. Donc le premier, tu l'as dit, c'est quand même de construire des logements parce qu'on en a besoin, et on parle insuffisamment, vous l'avez dit M. le Premier ministre, des énormes projets industriels qui vont se déployer dans les années qui viennent. À Cherbourg, l'usine Orano, ça va être 15 000 emplois dans les 10 ans qui viennent. Les centrales nucléaires, à Dunkerque, à Saint-Nazaire, à Fosse, on a des dizaines de milliers d'emplois industriels et des emplois de la construction qui vont aller avec, qu'il va falloir loger. On va construire des logements, on va relancer l'activité. Quand le bâtiment va, tout va. On va l'épuiser dans les pannes des français, vous l'avez dit. C'est un moteur de croissance très fort. Et en plus, on le fait avec des dispositifs, je pense que tu rentreras dans le détail, qui vont permettre de limiter l'impact parfois inflationniste, notamment sur les loyers de ce type de dispositifs. Et ça aussi, c'est très important. Donc, vraiment, évidemment, ça va coûter de l'argent. Et à Bercy, on est en train de commencer à sortir les compteurs. Mais ça va produire de l'activité économique, de l'emploi. On sortira… et accessoirement de la fiscalité au passage et évidemment on intégrera ça dans les compteurs également. Donc l'impact net de tout ça sera évalué et vous sera communiqué en temps réel mais n'oublions pas qu'aujourd'hui on est dans une logique quand même où la croissance va plutôt bien en France et le ministre de l'économie souhaite qu'elle aille encore mieux plutôt que moins bien et ça ça va y contribuer.
Sébastien LECORNU
On prend encore une ou deux questions.
Vincent JEANBRUN
Peut-être Monsieur le Premier ministre pour compléter. Effectivement, en plus on a un dispositif qui génère plutôt des recettes d'abord, puisque au moment de la vente de l'appartement, il y a des rentrées fiscales notamment de TVA, là où l'exonération se fait à partir du moment où le locataire rentre dans les lieux, ce qui échelonne quand même pas mal la dépense. Et c'est des choses que de toute façon on regarde avec l'ensemble des partenaires. Je veux dire, on a une équipe de France pour cette relance du logement, elle est fondamentale. Je citais beaucoup de partenaires. Je voudrais saluer aussi la Caisse des dépôts et consignations qui avec CDC Habitat est un partenaire extraordinaire et la Banque des territoires. Vous voyez, on est tous mobilisés pour faire en sorte qu'on produise du logement partout et pour tous à des loyers abordables et plafonnés.
Journaliste
Bonjour Messieurs, Dames. Monsieur LESCURE, vous avez dit que c'était un moteur de croissance. Est-ce que c'est sur la croissance que vous comptez pour atteindre 5 % de déficit l'an prochain ? Sur quoi vous comptez pour atteindre 5 % de déficit cette année, avec le budget ?
Roland LESCURE
D'abord, on compte sur le fait qu'on a très vraisemblablement atteint 5,4 % de déficit l'année dernière et qu'on a très probablement en plus atteint une croissance supérieure à celle qu'on anticipait. On souhaite tout faire en 2026 pour avoir à la fois, on l'espère, de bonnes nouvelles sur la croissance, les enquêtes de l'INSEE qui sont sorties ce matin montrent que ça démarre plutôt bien, et un objectif de déficit public qui est à 5 % qui sera respecté. On a un budget. Les parlementaires sont désormais amenés à se prononcer dessus. Ils l'ont fait une première fois sur la partie dite 1, fiscalité, ce matin. Ils vont le faire dans les jours qui viennent sur la partie dite 2, dépense. Et moi, ce dont je suis franchement particulièrement satisfait, c'est que ce budget, contrairement à d'autres dans le passé, il repose à peu près moitié-moitié sur des économies de dépenses, elles sont importantes, et sur de la fiscalité. Elle repose sur une fiscalité globalement des ménages qui est parfaitement inchangée, une fiscalité des entreprises qui est très largement inchangée aussi et qui va permettre aux entreprises, enfin, de mettre en place leurs projets d'investissement, leurs projets de croissance, leurs projets de croissance à l'exportation. On a donné un cadre stable à notre économie, on a une dynamique économique forte, on a quelques projets comme celui-là, la programmation pluriannuelle de l'énergie qui va permettre de lancer des grands chantiers, qui va nous mettre sur des rails de croissance plus tôt, je l'espère, en accélération qu'en ralentissement. Tu l'as dit, choc de confiance, tu l'as dit 3 fois ou 4 fois, on a besoin de retrouver confiance dans ce pays. La France, elle fait face à des défis majeurs, y compris à l'international, la France, elle ne va pas si mal que ça. Et il faut qu'elle aille de mieux en mieux, notamment du côté de la croissance. Donc on va faire 5 %, comme on a fait 5,4 % l'année dernière, et on va continuer à croître. Et évidemment, je remercie d'avance, si c'est le cas, les parlementaires qui nous permettront de le faire, parce que la course, on le sait, n'est pas tout à fait terminée encore.
Sébastien LECORNU
J'ajouterai que les prévisions de croissance qui ont été retenues pour construire le PLF sont des prévisions très prudentes, et que donc c'est bel et bien sur les économies que nous avons largement bâti la copie globale puisque, comme l'a dit le ministre, la fiscalité est inchangée et que j'ai repris les grands paramètres des copies Barnier et Bayrou. Autre question ?
Journaliste
Oui tout à fait. Bonjour Messieurs, Dames, les ministres, bonjour Monsieur le Premier Ministre. Vous l'avez dit, la partie 1 du budget a été adoptée même provisoirement aujourd'hui. Vous voulez avancer, on l'a entendu, sur un certain nombre de sujets. Est-ce que vous craignez néanmoins la conséquence de potentielles motions de censure qui ne manqueront pas d'être déposées à nouveau la semaine prochaine et qui pourraient enrayer, ralentir tout ce que vous avez annoncé aujourd'hui, ce que contient le budget ? Merci beaucoup.
Sébastien LECORNU
Je pense que vous avez raison de dire que ce déplacement, il n'est pas là pour enjamber les autres moments démocratiques et parlementaires. Parce que contrairement à ce que certains racontent, il y a bien des votes. Et que ce matin, il y a eu deux scrutins sur deux motions de censure en réaction effectivement à l'engagement de la responsabilité du Gouvernement. Vous noterez que la semaine dernière, il y avait déjà deux motions de censure sur le Mercosur alors que la France est contre le Mercosur.
Donc, on voit bien que depuis le début du mois de janvier, il y a une vie politique, peut-être même un peu politicienne, qui a redémarré de plus belle là où il y avait plus de gravité tout au long de l'automne. Ce qui nous a permis, avec les ministres, en novembre, en décembre, d'essayer de remettre du calme, de repousser le désordre, d'écouter chacun avec tous les compromis qu'il faut faire pour les uns et les autres. C'est certain que je ne suis pas du tout dupe que ce mois de janvier est un peu plus politique et que la vie des bêtes reprend.
Ceci étant dit, les motions de censure sont bien légitimes constitutionnellement, démocratiquement. Je prononçais un discours ce matin pour y répondre le plus sincèrement possible. Désormais quand même, il faut qu'on reconnecte toute cette vie politique à l'Assemblée nationale au réel, le réel international, le réel de ce que vivent ici les habitants de Rosny, le réel de ce que vivent les filières concernées en matière de logement. Et en fait, dans ce moment un peu particulier, un peu politicien, j'ai quand même été un peu frappé des commentaires sur le budget. Faire trois jours de presse pour expliquer que les impôts augmentent alors qu'ils n'augmentent pas. Le pays a déjà suffisamment de problèmes, on n'est peut-être pas obligé, en plus, de lui expliquer des problèmes qui n'existent pas. C'est un peu comme les dépenses. On dit qu'il n'y a pas de mesure d'économie, 0,2 point de PIB. Et c'est ce que j'ai dit ce matin. Celles et ceux qui disent qu'il n'y a pas de mesure d'économie seront les premiers dans 3 jours, 3 semaines, 3 mois, je ne sais pas, qui nous reprocheront d'avoir tapé trop fort sur tel ou tel poste de dépense.
Donc, moi, la seule chose que je demande, puisque je souhaite que le Gouvernement se tienne le plus éloigné de la campagne présidentielle, les ministres s'engagent sur la campagne municipale, moi, le premier. Ça, c'est normal, c'est la vie locale. Mais néanmoins, il faut quand même que désormais l'ensemble des élites politiques, l'ensemble des élites tout court d'ailleurs, regardent le fond du texte du budget tel qu'il est et regardent ce qu'il veut dire. Et si j'ai voulu ce déplacement aussi cet après-midi, c'est pour rompre un tout petit peu cette routine qui est en train de s'installer là, dans lequel, regardez le fond du texte. Au fond du texte, il y a une niche fiscale, un accompagnement fiscal, un levier, plus des outils d'accompagnement des bailleurs sociaux qui sont réclamés par des acteurs depuis des années. Donc oui, soit ça rentre dans la vie des gens et c'est adopté, soit ça ne l'est pas.
Mais je vais même plus loin, au-delà de nous, de là où je viens et de la gestion de crise politique que je me retrouve à gérer depuis le mois de septembre, ce n'est plus tellement de sujets à vrai dire. Désormais, on est quand même la France, on est regardé, on est attendu, quelles que soient nos opinions politiques, ce qu'on pense du Gouvernement, du président de la République, de l'actuel, de l'ancien, du futur, est-ce qu'on se laisse aller à ce déclin potentiel qui peut nous tomber dessus, parce que quand le monde va vite, soit on s'accroche, soit on décroche. Et il y a un moment patriotique aussi à avoir.
Donc, il y a la vie politique, il y a les campagnes présidentielles qui démarrent, on l'a bien compris, Enfin, il y a aussi un moment de gravité qu'il faut avoir. Donc moi, je n'appelle pas à la responsabilité toutes les 5 minutes. Je ne suis pas candidat à l'élection présidentielle. Que celles et ceux qui veulent travailler leur programme le fassent, c'est très bien. Mais là, pour l'instant, on est quand même dans un moment dans lequel je crois qu'il faut être sérieux. J'ai de bonne foi permis à tous les groupes politiques à l'Assemblée nationale de travailler avec nous. Et on va continuer de s'exprimer. On a même pris des idées qui n'étaient pas les nôtres pour bien montrer justement que nous étions dans une logique de compromis sincère et réel. Et même le 49.3, que je fais à regret, parce que pour moi c'est le Parlement qui n'a pas voulu aller jusqu'au bout de sa responsabilité. Je suis moi-même parlementaire et je crois au Parlement. C'est comme ça. Enfin, entre un entêtement du Premier ministre et ne pas avoir de budget pour le pays, le choix, malheureusement, a été fait. Mais maintenant, il faut avancer. Il y a une crise qui a démarré au mois de septembre. Je crois désormais qu'il faut savoir terminer une crise politique. Et c'est aussi pour ça que j'ai pris ma responsabilité et que je vais continuer de la prendre.
Journaliste
Monsieur le Premier ministre, est-ce que vous considérez que la mission que vous avez confiée au président de la République est terminée une fois que ce budget sera adopté ? Et est-ce que, comme vous venez de sembler nous le dire, vous avez envie de vous projeter sur la suite et de rester à votre poste, continuer à diriger le gouvernement jusqu'à la fin du quinquennat ?
Sébastien LECORNU
Déjà, il n'est pas encore adopté et je veux quand même avoir assez de prudence. Recette, dépenses, Sénat, retour à l'Assemblée nationale. Malheureusement, je vous le dis, il y a encore 10-15 jours de vie politico-budgétaire devant nous et donc il faut évidemment être concentré sur cette tâche-là parce que c'est effectivement la première mission que le président de la République nous a confiée, pas qu'à moi, à l'ensemble des ministres. Après, il y a les élections municipales. Très vite, la campagne présidentielle va débuter. De toute façon, la projection du gouvernement sera réaliste. On ne va pas rien faire. Il n'y aura pas d'immobilisme. Ce n'est pas ce que demandent les Françaises et les Français. Comme je vous l'ai dit, il y a des sujets qui ne peuvent pas attendre. C'est faire preuve de patriotisme que de se dire qu'on va bosser aussi longtemps que le Président et le Parlement nous confieront cette mission. Ça vaut pour moi, ça vaut pour les ministres. En plus, c'est l'avantage, vous le savez, de ne pas avoir d'agenda. 9 ans que je suis ministre, j'ai eu la chance d'être ministre des Armées, ministre des Outre-mer. Bon, ma carrière, elle est faite "ministériellement" parlant. Donc, en fait, maintenant, le but de la manœuvre, c'est d'être le plus utile possible et pas s'installer dans une forme de routine dans laquelle on va parler des problèmes en disant que ça sera génial plus tard. Non, on va faire en sorte que ça soit mieux maintenant.
Merci infiniment. Merci beaucoup.
[Applaudissements].
Source https://www.info.gouv.fr, le 26 janvier 2026