Texte intégral
JEFF WITTENBERG
Bonjour à tous. Bonjour Jean-Pierre FARANDOU.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.
JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. On en parlait dans le journal de 8 h. Les motions de censure vont être discutées et on verra bien, votées ou pas aujourd'hui. Comment le ministre du Travail et des Solidarités que vous êtes réagi ? Alors, a priori, il n'y a pas beaucoup de suspense, puisque le Parti Socialiste a dit qu'il ne voterait pas la censure. Mais est-ce que vous êtes quand même un peu inquiet ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On est toujours prudent sur le résultat d'un vote qui sera serré. Parce qu'on sait déjà que plusieurs groupes politiques ont dit qu'ils voteraient contre. Et c'est déjà pas mal.
JEFF WITTENBERG
En faveur de la motion de censure, donc, pour faire tomber le Gouvernement.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Exactement. Ils sont nombreux.
JEFF WITTENBERG
Et qu'il n'y ait pas de budget, donc.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Et donc qu'il n'y aurait pas de budget, ce serait une catastrophe pour le pays. Je pense que le pays a besoin de budget. Je crois que les Français le sentent. Il n'y a pas qu'eux. On a vraiment besoin de passer à autre chose.
JEFF WITTENBERG
Mais il y a un suspense, vous pensez vraiment ? Vous avez une inquiétude, en tout cas, en tant que ministre ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
En tout cas, il faut être très attentif. Vous savez, on sait que ça sera serré. Donc, il ne faut surtout pas vendre la peau de l'ours, comme on dit. Donc, on est très prudent.
JEFF WITTENBERG
On va parler du fond de ce budget. La droite, beaucoup de commentateurs, estiment que c'est un budget qui a quand même une tonalité presque socialiste, en tout cas pour vous assurer la non-censure du groupe PS, notamment. Est-ce que vous admettez qu'il y a eu un bougé, un virage à gauche, notamment sur la prime d'activité ? C'est quelque chose que vous portez, qui était réclamé par le Parti Socialiste et que vous avez finalement rajouté dans le texte final.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui. Alors, je voudrais d'abord dire que ce budget, c'est un budget de compromis. Ce n'est pas du tout un 49.3 qui brutaliserait le Parlement. Il y a eu 350 heures de débats. C'est au contraire un budget qui cristallise un compromis et un consensus.
JEFF WITTENBERG
Mais un compromis sur un coup avec le PS. C'est ce qu'on a compris, notamment, j'y reviens, sur cette prime d'activité.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Il y a eu des discussions avec tout le monde. Vous savez, la prime d'activité, qui est importante, c'est un coup de pouce pour les travailleurs modestes. C'est cinquante euros en moyenne. Donc, ça vaut la peine de se lever le matin pour avoir cinquante euros de plus. Je pense que ça sera apprécié par plus de trois millions de Français. Mais c'est une mesure qui n'est ni de gauche ni de droite, ou qui est de gauche et de droite. Mais sur la gauche, ils y voient une mesure de pouvoir d'achat. Mais je pense que les gens de sensibilité de droite, ils y voient aussi une incitation au travail, ce qui est très important pour tout le monde. C'est typiquement la mesure qui est bonne pour les Français et qui, au fond, permet de nourrir le consensus, du PS aux Républicains.
JEFF WITTENBERG
Est-ce que vous êtes prêt à aller un petit peu plus loin, d'ailleurs, puisque vous venez de le rappeler ? Cinquante euros en moyenne pour trois millions de foyers. Mais le PS, encore lui, réclame plus, que l'on aille jusqu'à 80, voire 85 euros dans certains cas. Est-ce que vous seriez prêt à faire ce geste supplémentaire ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On est en train d'affiner les calculs. Donc, c'est assez complexe. C'est une prime…
JEFF WITTENBERG
Elle pourrait être plus élevée ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On va regarder. Ça peut dépendre des cas et des situations. Il y a aussi un quantum, un quantum financier qui est consacré dans le budget. Donc, il faut respecter ce quantum parce que, par ailleurs, il faut tenir la réduction du déficit de notre pays. C'est très important. Les fameux 5 % de déficit, on ne veut pas les dépasser. On est en train d'ajuster. On fera tout ce qu'on peut. Je pense que la sincérité du Gouvernement, elle est forte. On veut vraiment donner un coup de pouce au travail.
JEFF WITTENBERG
Donc, il pourrait y avoir un coup de pouce encore supplémentaire ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
On est en train d'affiner. On est en train de travailler sur des cas types, d'ailleurs, pour présenter aux Français le résultat de ces travaux. Tout ça sera prêt la semaine prochaine. Vous savez, c'était dans la partie "dépenses" du budget que ça sera fait.
JEFF WITTENBERG
C'est la partie "recettes" qui sera adoptée aujourd'hui si la motion de censure est rejetée. Mais la partie "dépenses" va arriver très, très vite.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Exactement. Donc, on a encore quelques jours pour affiner tous les calculs.
JEFF WITTENBERG
Où en est la création, Monsieur FARANDOU, d'une allocation unique, c'est-à-dire une Allocation de Solidarité Unifiée, c'est le terme que vous avez retenu, qui remplacerait le RSA, la prime d'activité et les aides au logement ? C'est un peu un serpent de mer, cette allocation unique. Vous avez dit vous-même qu'il faudrait trois ans pour la mettre en place. Est-ce que le calendrier va s'accélérer ? Est-ce que, notamment, une loi va prochainement être votée ou présentée au Parlement ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, ce que je voudrais, c'est qu'effectivement, le calendrier parlementaire, lui, s'accélère, parce qu'on a besoin d'une loi comme point de départ de la mise en production d'un système d'information puissant, parce qu'on va faire converger des bases sociales. L'idée, il y a trois objectifs. D'abord, le premier objectif, c'est que les Français puissent disposer des aides auxquelles ils ont droit, par un système plus simple et plus visible d'accès à leurs droits. C'est ce qu'on appelle le "compte social unique", qui, lui, d'ailleurs, pourrait arriver dès 2027. Si la loi est votée, là, au printemps, en 2027, je m'engage à ce que ce compte social soit actif. Chaque Français pourra savoir ses droits et sa situation en matière d'aide sociale. C'est très important. Deuxièmement, c'est plus équitable, et ça, ça passe par un autre concept, excusez-moi, c'est ce qu'on appelle le "barème social unique". Comme il y a un barème fiscal, on souhaite…
JEFF WITTENBERG
Donc, ça, ça mettra plus de temps.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça, ça mettra plus de temps, parce que c'est là, il faut additionner les aides, et par foyer, qui plus est, donc c'est plus compliqué. Ça permettra d'être plus juste, parce qu'au fond, d'être chômeur... Vous avez des chômeurs qui gagnent plus que les gens qui travaillent. Donc, vous voyez, ce n'est pas forcément le bon critère. Ce critère-là, il sera juste. Et troisièmement, et on retrouve l'idée de la prime d'activité, c'est l'incitation au travail. On veut vraiment que les Français soient incités à reprendre le travail. Je suis ministère du Travail, moi. Donc, la solidarité chez moi, c'est une solidarité qui passe par le retour au travail.
JEFF WITTENBERG
Dans ce budget, il y a aussi un effort massif pour la défense, 6,7 milliards d'euros supplémentaires. Vous avez annoncé qu'il y aurait une structure au sein de France Travail qui serait uniquement consacrée à ces emplois dans l'industrie de l'armement. Vous avez dit même que ça créerait 10 000 emplois rien que dans le département du Var. Vous avez appelé ça une "force spéciale". Moi, j'ai deux questions. Combien d'emplois, finalement, ça va générer au niveau national ? Et puis, est-ce qu'il y aura quand même quelqu'un à la tête de cette structure ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, alors, c'est très important, on se le redit. Ce budget, c'est pour ça qu'il faut qu'il soit voté d'ailleurs aujourd'hui. C'est 6,7 milliards supplémentaires pour l'industrie de défense. C'est considérable. De beaux métiers. Des soudeurs, des ingénieurs. Il y a vraiment tout un tas de métiers qui sont concernés.
JEFF WITTENBERG
Ça fera combien d'emplois ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Plusieurs dizaines de milliers. Comme vous voyez, rien que dans le Var, pour la Marine, 10 000. Quand vous rajoutez l'Armée de l'air, vous rajoutez l'Armée de terre, on est à plusieurs dizaines de milliers d'emplois créés. C'est considérable. Et pour y arriver, effectivement, j'ai voulu muscler, en quelque sorte, l'organisation de France Travail avec une "force spéciale".
JEFF WITTENBERG
Force spéciale, on est dans le langage militaire.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, on voit de quoi on parle, on se mobilise, on est à fond. Et moi, j'ai l'expérience à la SNCF : quand j'ai voulu mieux travailler avec la défense, j'ai demandé à un général de venir à mes côtés, Philippe GUÉGUEN, un grand logisticien militaire qui m'a beaucoup aidé. C'est la même idée. Et j'ai demandé hier au patron de France Travail, Thibaut GUILLUY, de faire la même chose, de recruter un général pour diriger cette force spéciale de défense.
JEFF WITTENBERG
C'est un général qui va entrer au sein de France Travail, c'est quand même une première, pour diriger cette force spéciale.
JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est une première. Ben oui, parce que l'expérience, je l'ai vécue, il n'y a rien de mieux qu'un militaire pour parler aux militaires. Il n'y aurait mieux peut-être que quelqu'un qui vienne de l'armement pour parler à l'industrie de la défense et de l'armement, pour être plus efficace et accélérer les choses. Et d'ailleurs, je veux que cette organisation soit mise en place au plus tard le 23 avril, parce que j'irai à Toulon le 23 avril, il y a un événement sur la défense, et j'espère pouvoir présenter cette organisation et le général le 23 avril.
JEFF WITTENBERG
Donc on n'a pas encore le nom.
JEAN-PIERRE FARANDOU
On n'a pas encore le nom, on a pris la décision de principe hier.
JEFF WITTENBERG
Très bien. Un autre sujet, tout à fait différent de celui dont on vient de parler, c'est le 1er mai. Pourquoi ? Parce qu'hier, la niche, comme on l'appelle dans le langage parlementaire, c'est-à-dire les propositions du groupe Les Républicains, visait – ça n'a pas eu le temps d'être discuté – à en quelque sorte permettre à élargir le périmètre des travailleurs du 1er mai, et au grand dam des syndicats, permettre notamment aux métiers de bouche, aux fleuristes, aux métiers de la culture, de pouvoir travailler le 1er mai. Les syndicats, donc, je le répète, sont très mécontents. Qu'en pense le Gouvernement ? Vous, vous seriez pour qu'il y ait cette mesure ?
JEAN-PIERRE FARANDOU
Le ministre du Travail que je suis, bien sûr, d'abord, je respecte évidemment la charge symbolique du 1er mai. C'est le symbole des acquis sociaux. Il y a eu des luttes terribles aux États-Unis et en Europe. Donc, je suis parfaitement conscient, c'est un totem le 1er mai. Donc, ne touche pas au totem, il faut y toucher avec précaution. Et mon intention n'est pas de changer, bien évidemment, la nature profonde du 1er mai qui est un jour particulier. Il faut la respecter. Quand on respecte le monde du travail, il faut respecter le 1er mai. En disant cela, en termes d'usage, ça fait des décennies qu'il y a des boulangers qui sont ouverts pour acheter sa baguette ou les croissants le 1er mai, il y a des fleuristes qui sont ouverts pour le muguet, il y a des cinémas pour aller manifester…
JEFF WITTENBERG
Donc, vous voulez régulariser qu'il y en ait plus.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Exactement, l'idée n'était pas compliquée. Plus, comme aujourd'hui, en fait. Mais il y a un petit flou dans la loi, on voulait la corriger. Quelle était l'intention ? Je regrette d'ailleurs qu'il y ait eu un peu d'obstruction au Parlement. C'est un peu dommage qu'on n'ait pas réussi à clarifier cette loi.
JEFF WITTENBERG
Merci. On a bien compris, en tout cas, vous défendiez cette proposition de la droite parlementaire.
JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, je la défendais parce qu'elle était équilibrée.
JEFF WITTENBERG
Merci beaucoup, Jean-Pierre FARANDOU, ministre du Travail et des Solidarités. Et c'est la suite de Télématin. Merci beaucoup.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 janvier 2026