Texte intégral
M. le président
L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution européenne de M. Arthur Delaporte et plusieurs de ses collègues visant à sauvegarder et renforcer le financement en faveur de la lutte contre le virus de l'immunodéficience humaine (nos 113, 1264).
(…)
La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées
Le combat contre le VIH/sida est une constante de notre politique de développement et de solidarité internationale, qui demeure une priorité de la stratégie française en santé mondiale pour les années 2023-2027. La France reste entièrement mobilisée à l'échelon national, européen et international pour interrompre la chaîne de transmission des maladies infectieuses, dont le VIH. Cette mobilisation se traduit par son engagement sans relâche et historique au sein du Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, dont elle est un membre fondateur, et d'Unitaid, qu'elle a créé et dont elle finance toujours près de 60 % du budget total.
En 2024, des progrès importants ont été accomplis. Grâce notamment aux investissements du Fonds mondial, sept pays d'Afrique australe ont atteint les cibles fixées par les Nations unies, et huit autres pays d'Afrique subsaharienne sont sur le point d'y parvenir. Cependant, l'épidémie se poursuit : en 2024, plus de 630 000 personnes ont succombé au sida et 1,3 million de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH, soit 3,5 fois la cible fixée pour 2025. En Europe, plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées tardivement. De nombreuses personnes n'ont pas accès suffisamment tôt aux traitements antirétroviraux, ce qui augmente le risque de développer le sida, le risque de décès et la transmission du VIH.
La mise sur le marché du Lénacapavir, un traitement préventif à longue durée d'action, dont l'efficacité approche les 100 %, est néanmoins porteuse d'espoir. En 2025, Unitaid a conclu un accord permettant sa production et la distribution de génériques dans 120 pays à revenu faible et intermédiaire pour seulement 40 dollars par an dès 2027.
La riposte au VIH/sida est directement menacée par le recul très inquiétant des droits humains dans le monde. L'enjeu n'est pas seulement de préserver le financement des activités essentielles de lutte contre la maladie ; il est aussi d'encourager des approches plus intégrées, locales et ciblées sur les populations vulnérables, afin de garantir un accès équitable aux soins. Aussi est-il impératif de travailler à un alignement européen pour faire de la programmation VIH une priorité. Tant en matière de protection des services de prévention du VIH que de respect des droits humains ou de promotion de la santé sexuelle et reproductive, cette proposition de résolution européenne est tout à fait pertinente.
Il est également impératif d'accélérer le financement de la santé par les pays en développement eux-mêmes, afin qu'ils puissent, dans un premier temps, couvrir les activités récurrentes telles que le salaire des ressources humaines en santé ou encore l'achat de médicaments essentiels dans la prise en charge du VIH/sida, puis assurer, à terme, leur pleine autonomie. Ce sera l'un des objectifs de notre présidence du G7, même si nous défendrons cette idée au-delà.
Dans un contexte marqué par une forte contrainte budgétaire et le désengagement des États-Unis, qui représentaient plus de 70 % des financements, la France reste engagée dans le combat contre le VIH. Nous soutenons d'ailleurs le Fonds mondial et Unitaid dans leur recherche de nouveaux bailleurs. Si la France ne pourra pas maintenir le niveau de sa contribution précédente au Fonds mondial, qui avait atteint des records sur la période 2023-2025,…
M. Jean-Paul Lecoq
C'est notre honneur !
Mme Stéphanie Rist, ministre
…elle restera néanmoins parmi ses premiers bailleurs et sera fortement engagée à son côté tout comme à celui d'Unitaid. Elle annoncera prochainement sa contribution à ces deux fonds.
M. Jean-Paul Lecoq
Cela aurait pu être fait ce soir !
Mme Stéphanie Rist, ministre
La France poursuivra également son soutien à L'Initiative, programme phare de notre dispositif d'investissement solidaire et durable en santé mondiale, qui renforce l'efficacité de la lutte du Fonds mondial contre les grandes pandémies. De façon générale, la santé demeure une des grandes priorités thématiques de l'investissement solidaire et durable de la France. Le Conseil présidentiel du développement du 5 mai 2023 a d'ailleurs confirmé que la santé figurait parmi les dix objectifs politiques prioritaires de la France en la matière.
La France demeurera aussi particulièrement mobilisée pour soutenir la souveraineté sanitaire des pays en développement : la stratégie française en santé accorde une priorité claire au renforcement des services de santé et à la couverture santé universelle. L'action de l'AFD l'illustre, qui a investi 287 millions d'euros en 2024 pour améliorer l'offre de soins et 42 millions en faveur des systèmes de protection sociale. En témoigne également notre investissement dans le renforcement des ressources humaines en santé – la France a par exemple participé à la création de l'Académie de l'Organisation mondiale de la santé et joue encore un rôle moteur dans son fonctionnement.
En témoigne enfin notre implication dans le renforcement de la production régionale de biens de santé, en particulier notre soutien à l'accélérateur de production de vaccins en Afrique, lancé à Paris en 2024 et administré par Gavi, l'Alliance mondiale pour les vaccins et l'immunisation. Nous contribuons ainsi à l'objectif de l'Union africaine de produire en Afrique 60 % de ses produits de santé d'ici à 2040. Ce sujet sera également l'une des priorités du sommet Afrique-France "Africa Forward : partenariats entre l'Afrique et la France pour l'innovation et la croissance", qui se tiendra en mai à Nairobi. La France organisera également le 7 avril, pour la première fois dans l'histoire, un sommet consacré à l'approche intégrée "Une seule santé", le One Health Summit, pour changer de paradigme et remettre la science au cœur de nos réflexions.
M. Jean-Paul Lecoq
Parlez français !
Mme Stéphanie Rist, ministre
La présence sur le terrain de nos instituts de recherche – le réseau des instituts Pasteur, l'agence nationale chargée de la recherche sur les maladies infectieuses émergentes (ANRS/MIE), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), l'Institut de recherche pour le développement (IRD) – permet d'ailleurs de soutenir de façon déterminante les efforts de nos partenaires pour renforcer leur souveraineté sanitaire ; ils contribuent aussi à la lutte contre le VIH. Le prix Nobel de médecine attribué à Françoise Barré-Sinoussi en 2008 rappelle, s'il le fallait, l'excellence de la recherche française sur le VIH.
Mme Nicole Dubré-Chirat
C'est bien vrai !
Mme Stéphanie Rist, ministre
La France reste l'un des premiers financeurs mondiaux de la lutte contre le VIH/SIDA. Elle continuera à mener cette lutte et à faire en sorte qu'elle demeure au cœur des politiques européennes. C'est pourquoi le gouvernement salue la présente proposition de résolution européenne visant à renforcer la mobilisation contre cette pandémie. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, SOC et Dem. – M. le rapporteur applaudit également.)
source https://www.assemblee-nationale.fr, le 5 février 2026