Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à France Info le 4 février 2026, sur les risques pour la santé de la cigarette électronique et le lancement au mois de mars d'un dépistage généralisé du cancer du poumon.

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Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

JÉRÔME CHAPUIS
Bonjour Stéphanie RIST,

STÉPHANIE RIST
Bonjour Jérôme,

JÉRÔME CHAPUIS
Merci d'être sur France Info en cette journée mondiale contre le cancer. Beaucoup de questions à vous poser sur ce sujet. Mais d'abord, l'actualité de ces dernières heures, c'est la cigarette électronique. Cette nouvelle expertise de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire qui a été publiée dans la nuit. On va la détailler avec la spécialiste santé de France Info. Bonjour Solenne LE HEN,

SOLENNE LE HEN
Bonjour,

JÉRÔME CHAPUIS
3 millions de Français vapotent. L'Agence de Sécurité Sanitaire identifie de possibles risques cardiovasculaires, respiratoires et cancérogènes.

SOLENNE LE HEN
Oui, les scientifiques de l'ANSES ont épluché toute la littérature scientifique existante sur le sujet. Près de 3 000 études. Leur conclusion ? La cigarette électronique expose à des substances toxiques. En résumé, possibles risques cardiovasculaires. D'autant plus quand il y a de la nicotine dans la cigarette électronique. Aujourd'hui, 80 % des vapoteurs utilisent de la nicotine. Ensuite, avec ou sans nicotine, risques de problèmes respiratoires, notamment de BPCO, de bronchite chronique. Pour les femmes enceintes, les effets du vapotage sur le développement cardiovasculaire et respiratoire du bébé sont jugés possibles. Enfin, la cigarette électronique est associée à un possible effet cancérogène. Là-dessus, il faut s'arrêter un instant. Cela veut dire qu'aucun type de cancer n'a été mis en évidence. Mais il y a un lien avec le processus de formation du cancer qui intervient bien avant l'apparition de la maladie.

JÉRÔME CHAPUIS
L'agence qui a aussi étudié les risques de certaines substances quand elles sont chauffées.

SOLENNE LE HEN
Oui, parce que des substances toxiques, il y en a dans les e-liquides. Mais aussi, vous le savez, avec la cigarette électronique, il n'y a pas de combustion comme avec le tabac, mais une résistance qui chauffe ce liquide. Et ce processus de chauffage crée une réaction chimique qui produit des métaux et plus de 1 700 substances différentes. Parmi lesquelles, l'ANSES a compté, 106 sont préoccupantes. C'est le cas de la famille des aldéhydes. Le plus connu, c'est le formaldéhyde, des substances reconnues pour leurs effets toxiques et notamment cancérigènes.

JÉRÔME CHAPUIS
Cela veut dire qu'il faut arrêter de croire que la cigarette électronique est sans danger.

SOLENNE LE HEN
Oui, la cigarette électronique comporte des risques pour la santé. Et le seul usage pour lequel on devrait la conseiller, c'est pour les fumeurs qui veulent arrêter le tabac. Car fumer du tabac, c'est pire pour la santé. Donc, d'accord pour la cigarette électronique, dit l'ANSES, mais de façon transitoire, temporaire. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, les trois quarts des vapoteurs quotidiens utilisent leur cigarette électronique depuis plus de trois ans. Enfin, un dernier mot, tous ces risques identifiés concernent le vapotage lorsque les produits sont inhalés, mais qu'en est-il de la fumée ? Les scientifiques de l'ANSES préviennent que la vapeur rejetée crée des aérosols qui comportent les mêmes substances toxiques que celles avalées par les vapoteurs. Donc, la prochaine étape, ce sera d'étudier les effets sur les personnes autour, pour savoir si le vapotage passif est lui aussi dangereux pour la santé.

JÉRÔME CHAPUIS
Merci Solène LE HEN. Alors, la ministre de la Santé, Stéphanie RIST, vous a écouté. Quand vous entendez cela, est-ce que vous ne dites pas qu'il va falloir légiférer, réguler davantage le vapotage ?

STÉPHANIE RIST
Oui, il y a deux choses. Jérôme, je voudrais dire aux Français, mais je crois que je ne vais rien leur apprendre en leur disant que fumer n'est pas bon pour la santé. Je crois que c'est la première chose.

JÉRÔME CHAPUIS
Et le vapotage en l'occurrence ?

STÉPHANIE RIST
L'étude de l'ANSES confirme qu'il peut exister des risques sur la fabrication du cancer, comme cela vient d'être très bien dit. Et donc, il va y avoir aussi des recommandations de la Haute Autorité de Santé, dans l'année, pour placer le vapotage dans la stratégie d'arrêt du tabac, puisqu'on sait que cela pourrait être efficace dans l'arrêt du tabac. Et donc, je regarderai avec attention, évidemment, ces recommandations de la Haute Autorité de Santé.

JÉRÔME CHAPUIS
Mais en l'occurrence, vous l'avez entendu, les trois quarts des vapoteurs utilisent leur cigarette électronique depuis plus de trois ans. Donc là, il ne s'agit pas d'un passage du tabac vers un sevrage total.

STÉPHANIE RIST
Cette étude dit aussi qu'il ne faut pas banaliser, je voudrais le redire, notamment auprès des jeunes, ce produit. Il s'agit de produits dont certains sont classés, comme cela a été dit, cancérigènes, qui peuvent avoir un impact dans la fabrication du cancer. Et donc, évidemment, il ne faut pas le banaliser.

JÉRÔME CHAPUIS
La taxation sur les produits de vapotage était prévue dans une version initiale du budget, et la version qui a été adoptée définitivement avant-hier ne le prévoit plus. Est-ce que vous ne regrettez pas d'avoir abandonné cette taxation sur les produits de vapotage ?

STÉPHANIE RIST
Cette étude de l'ANSES nous dit la même chose que ce qu'on avait au comité de santé publique. Je crois que, un, il doit y avoir des recherches qui doivent se poursuivre, et deux, le redire, fumer n'est pas bon pour la santé, et le vapotage probablement aussi.

JÉRÔME CHAPUIS
Oui, c'est ça, ce que vous dites, c'est que le vapotage est dangereux pour la santé.

STÉPHANIE RIST
L'ANSES dit qu'il existe, moi je me réfère à ce que disent les scientifiques, l'ANSES dit qu'il existe un possible effet néfaste sur la santé, notamment dans le cas de fabrication du cancer, et aussi pour les produits avec nicotine, sur des risques cardiovasculaires.

JÉRÔME CHAPUIS
Stéphanie RIST, j'en viens à cette journée mondiale contre le cancer, à laquelle d'ailleurs France Info s'associe par sa journée spéciale. Il y a une feuille de route de l'Institut National du Cancer qui est présentée aujourd'hui, et qui affiche un objectif très ambitieux sur le dépistage, objectif de réduire d'un quart ce qu'on appelle les cancers évitables d'ici à 2030. Comment est-ce qu'on s'y prend ?

STÉPHANIE RIST
Moi je voudrais dire deux choses. Dans le cadre de cette stratégie nationale sur 10 ans, 2020-2030, aujourd'hui va être présentée la deuxième partie de cette stratégie décennale, c'est-à-dire le Président va pouvoir expliquer l'investissement public de notre pays pour mieux dépister, faire plus de recherches et traiter les malades de cancer. Et dans le cadre du dépistage, je veux annoncer, ce matin, que nous voulons qu'il y ait un dépistage généralisé du cancer du poumon d'ici à 2030, et ça va commencer dès le mois de mars avec plus de 20 000 personnes qui pourront être dépistées de façon ciblée pour le cancer du poumon. C'est une avancée importante pour notre pays.

JÉRÔME CHAPUIS
Alors, un dépistage généralisé mais ciblé, il faut nous expliquer.

STÉPHANIE RIST
En fait dès le mois de mars va commencer une inclusion de patients dans le cadre d'études très larges, puisque c'est plus de 20 000 patients qui nous permettront, d'ici 2030, de dire quel Français doit avoir un dépistage. Et on avance réellement vers ce dépistage de masse comme nous le faisons pour le cancer du sein ou pour le cancer du côlon. Nous savons, par exemple, que le cancer du sein, il faut le dépister à partir d'un certain âge et tous les trois ans, c'est la même réflexion pour le cancer du poumon et ça commence en mois de mars.

JÉRÔME CHAPUIS
Dépistage généralisé, donnez-nous des chiffres. Combien de personnes sont, aujourd'hui, dépistées pour ce cancer du poumon ? Combien le seront-elles demain ?

STÉPHANIE RIST
Aujourd'hui, il n'y a pas de politique de dépistage collectif. Il y a parfois un dépistage individuel parce que le médecin considère qu'il faut faire des examens pour le dépister mais il n'y a pas de politique de dépistage collectif comme on peut l'avoir dans le cancer du sein ou dans le cancer du côlon. C'est ce que nous voulons faire demain.

JÉRÔME CHAPUIS
Quel type de dépistage ? C'est quoi ? C'est une radio ?

STÉPHANIE RIST
C'est plutôt basé sur des scanners de poumons. Des scanners peut-être spécifiques, mais tout ça justement va être précisé par cette inclusion des 20 000 personnes dès le mois de mars.

JÉRÔME CHAPUIS
Et combien de vies on peut sauver par ce dépistage précoce et ciblé du cancer du poumon ?

STÉPHANIE RIST
Ce que l'on sait, ce que l'on a comme chiffre, c'est qu'entre 40 et 50 % des cancers pourraient être évités. Ça veut dire plus de prévention, plus de dépistage. Et nous savons aussi que nous améliorons la survie des cancers grâce au traitement précoce des cancers. Il y aura un autre dépistage aussi que je peux annoncer, ce matin, dans le cadre-là aussi d'une expérimentation pour cibler les personnes qui sont à haut risque de cancer du sein. Au-delà de ça, ce que je veux vraiment redire ce matin, c'est que nous pouvons collectivement être fiers d'être dans un pays où cet investissement public de plus d'un milliard d'euros dans le cadre de cette stratégie permet de faire plus de recherches. On est leader en Europe dans la recherche clinique pour le cancer. On fait plus de dépistages, et là je vous en ai annoncé, et aussi on travaille à plus de traitements souverains. Et je crois que c'est vraiment un côté très positif de ce que nous pouvons faire dans notre pays

JÉRÔME CHAPUIS
J'ai une question encore sur ce dépistage massif que vous nous annoncez ce matin, Stéphanie RIST, qui concerne le cancer du poumon. Comment est-ce que les patients vont être prévenus ? Qui ciblez-vous ? Si je suis concerné par exemple, comment je serai invité à faire ce dépistage ?

STÉPHANIE RIST
Il y a, dans ces cas-là, une promotion de ce dépistage, c'est-à-dire que probablement, il y aura des gens qui viendront à votre antenne pour dire : "Nous lançons ce dépistage si vous êtes dans les critères, s'il y a des critères". C'est quelque chose qui existe, qu'on a déjà fait pour le cancer du sein, pour le cancer du côlon, on est dans la même stratégie.

JÉRÔME CHAPUIS
Il y a un profil type de patient, l'âge notamment ?

STÉPHANIE RIST
Bien sûr, les scientifiques ont déjà, il y a déjà des études qui peuvent être des études internationales et se basent sur ces études-là. Et donc dès le mois de mars, il y aura l'appel aux volontaires qui voudront être inclus dans ce dépistage. Mais l'objectif vraiment, je le redis, est d'arriver à un dépistage généralisé d'ici 2030.

JÉRÔME CHAPUIS
Et qu'est-ce que vous dites aux patients qui sont un peu rétifs ? Je lisais ce matin dans le journal La Croix, le président de la Ligue contre le cancer, qui souligne un frein psychologique au dépistage. Il dit : "Quand on est en pleine forme, on n'a pas envie d'imaginer qu'on peut être malade".

STÉPHANIE RIST
C'est tout l'enjeu de la prévention et de la culture que nous devons avoir et qui doit se transformer, de passer d'un soin qui est lié à la prévention plutôt qu'un soin qui est après avoir la maladie. Donc, c'est tout cet enjeu que nous avons à travailler aussi.

JÉRÔME CHAPUIS
Merci Stéphanie RIST, ministre de la Santé. Je rappelle donc l'annonce que vous nous faites ce matin, le lancement, dès le mois de mars, d'un grand plan de dépistage à grande échelle, généralisé mais aussi ciblé en fonction des profils des patients.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2026