Texte intégral
ROLAND LESCURE
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être à ce micro ce matin pour répondre à mes questions.
ROLAND LESCURE
Merci à vous.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes ministre de l'Économie, il y a eu trois 49.3, il y a eu six motions de censure, mais ça y est, c'est officiel, depuis hier soir 20 h, la France a un budget. Alors, heureux ?
ROLAND LESCURE
Heureux non, mais satisfait qu'on ait passé cette première étape importante. Ça permet d'avoir un budget, un budget qui va réduire le déficit public de 5,4 à 5% cette année, mais aussi et surtout de financer des politiques publiques. La défense, on en a beaucoup parlé, donc on peut financer les associations, pour lesquelles il y avait un risque évidemment en loi spéciale. On va augmenter les rémunérations de trois millions de Français de cinquante euros. Donc bref, on entre en 2026, j'allais dire enfin, on est en février, il était temps, avec un budget qui tourne, une France qui tourne, et surtout beaucoup de travail pour continuer à la développer.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui, on va parler d'ailleurs de la suite, mais quand vous dites ça y est, un budget, est-ce que vous considérez franchement que c'est un bon budget ?
ROLAND LESCURE
Oui.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous, le macroniste de la première heure, vous considérez que c'est un bon budget ?
ROLAND LESCURE
Je suis un macroniste de la première heure qui est conscient de la situation politique à laquelle on fait face. On est face à une Assemblée nationale extrêmement éclatée, avec onze groupes parlementaires, huit qui ont décidé de jouer le jeu pour le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale, seulement cinq qui au fond ont décidé de jouer le jeu sur le budget. Donc ce budget, on a vu l'extrême droite qui le qualifiait d'extrême gauche, l'extrême gauche qui le qualifiait d'extrême droite, au fond il n'est ni l'un ni l'autre. C'est un budget de compromis qui permet d'avancer, et qui au total, moi, c'est l'essentiel, permet de préserver la croissance. On a eu plutôt des bonnes nouvelles pour 2025, je pense qu'on en aura, je l'espère, en tout cas des bonnes pour 2026.
APOLLINE DE MALHERBE
Disons en tout cas qu'on n'a pas eu les mauvaises nouvelles que vous redoutiez.
ROLAND LESCURE
Non, on s'attendait à 0,7% de croissance, l'INSEE l'a dit il y a trois jours, 0,9%, ça c'était l'année dernière. Nous on espère 1% cette année, on est bien parti. C'est-à-dire que déjà à la fin de l'année 2025, on a embarqué, si je puis dire, 0,5% de croissance. Donc pour faire 0,5% de plus, on a une année pour le faire. Moi j'ai confiance dans les entreprises qui ont continué à investir l'année dernière, malgré tout ce qu'on a dit, qui se sont remises à exporter, c'est important dans un monde bouleversé, et même les consommateurs se mettent à consommer.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez confiance dans les entreprises, mais les entreprises n'ont plus confiance en vous.
ROLAND LESCURE
Écoutez, moi je regarde ce qu'elles font, j'écoute ce qu'elles disent évidemment.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez entendu Bernard ARNAULT, quand même emblématique patron français, qui dit que désormais la France est contre les entreprises.
ROLAND LESCURE
Je suis contre ce qu'il vient de dire, je suis contre ça. Moi je suis pour les entreprises, je souhaite les accompagner, mais face à un risque d'instabilité politique qui était réel, et face à un déficit public qui était trop élevé, on a trouvé un compromis qui permet d'avancer, qui permet de donner de la stabilité.
APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, vous avez trouvé un compromis sur leur dos quand même, non ? C'est en tout cas comme ça qu'ils le vivent. Vous l'avez même vu, le MEDEF ça ne suffit plus, ils rajoutent désormais une nouvelle organisation de patrons combatifs, ça s'appelle " Trop c'est trop ".
ROLAND LESCURE
Et je les ai rencontrés, et qu'est-ce que je leur ai dit moi ? Je leur ai dit : un, la stabilité politique elle a une valeur, donc intégrez-la. Et deux, j'allais dire, plutôt que de râler, engagez-vous. J'ai entendu qu'il y avait un certain nombre de chefs d'entreprise qui voulaient tous être président de la République. Ils ne le sont pas tous, mais que des chefs d'entreprise s'engagent dans la chose publique en proposant des idées... Moi je l'ai fait, j'étais dans le milieu des affaires pendant des années, j'ai décidé de tout lâcher, de traverser l'océan pour revenir en France, laisser un océan entre moi et ma famille pour m'engager en politique. Engagez-vous, rengagez-vous, donnez-nous des idées.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est une bonne nouvelle pour les patrons, et pourquoi pas, vous pourriez même soutenir une candidature d'un Michel-Édouard LECLERC, d'un Xavier NIEL.
ROLAND LESCURE
Je pense qu'on meurt en France du fait que la présidentielle est la rencontre, comme on dit, d'un homme et d'un peuple. Ça pourrait être une femme d'ailleurs. La réalité, et je pense qu'Emmanuel MACRON avait réussi à faire ça en 2017, c'est que c'est aussi la rencontre d'une équipe de gens qui s'engagent sur un programme, sur une démarche. Moi je l'ai fait en 2017, et j'espère que d'autres vont le faire en 2027, parce que les défis sont énormes.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous dites aux patrons, allez-y, venez en politique.
ROLAND LESCURE
Engagez-vous. Mais bien sûr, moi je ne le regrette pas, puis j'aurai fait mon temps, à d'autres de le faire en leur temps.
APOLLINE DE MALHERBE
Moi je veux bien, là vous leur dites que vous êtes super, mais la vérité c'est qu'ils continuent quand même à vous dire que trop c'est trop, et que dans ce compromis, comme vous dites, ce sont les impôts sur les entreprises qui ont le plus augmenté. Vous dites : " Il n'y a pas de hausse d'impôts sur les particuliers ", c'est d'ailleurs pas complètement vrai.
ROLAND LESCURE
Et sur les entreprises, ils n'augmentent pas. Les entreprises, les grandes entreprises, les fameuses, celles qui gagnent de l'argent à l'international et qui, c'est vrai, ont contribué en 2025 au rétablissement des comptes publics, taxe proposée par Michel BARNIER, et adoptée par François BAYROU. On les maintient au niveau où elles étaient l'année dernière pour les très grandes entreprises.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui, parce que vous leur aviez promis, la main sur le coeur, que ça ne durerait qu'un an. Comment on peut vous croire maintenant ?
ROLAND LESCURE
Je ne vais pas vous refaire l'histoire, je n'ai rien promis.
APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas vous, c'est Amélie De MONTCHALIN.
ROLAND LESCURE
Mais oui, mais je veux quand même…
APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne l'avez pas promis, vous pensiez déjà l'année dernière que ce n'était pas temporaire ?
ROLAND LESCURE
En tout cas, ce que je peux vous dire cette année, c'est qu'avant de m'engager à des promesses que je ne saurais peut-être pas tenir, je souhaite parler de la méthode. Et avec les groupes dont je parlais tout à l'heure, qui ont souhaité adopter un compromis, je souhaite qu'on parle de méthode avant de s'engager sur telle ou telle mesure. Parce que face à une assemblée dispersée, il faut savoir tenir ce qu'on dit.
APOLLINE DE MALHERBE
Je vais vous reposer la question, Roland LESCURE. Cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, qui avait donc été mise en 2025 en promettant que ça ne durerait qu'un an, qui cette année a finalement été prolongée, elle a toujours dans son titre le mot exceptionnel. Mais est-ce que ce matin, Roland LESCURE, vous pouvez nous dire : l'an prochain, on ne le fait plus ?
ROLAND LESCURE
Non, je ne peux pas vous dire ça. Je peux dire que j'aimerais qu'on y arrive, mais que tout ça va dépendre d'un équilibre global et d'un budget global qu'il va falloir négocier.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc les patrons doivent se préparer à l'idée que cette contribution exceptionnelle dure au-delà de deux ans, peut-être trois.
ROLAND LESCURE
Non, les patrons doivent se préparer au fait que ce budget, on va le construire en avançant, et pas d'un Gouvernement tout-puissant, majoritaire, comme ça a été le cas depuis 80 ans, qui dit en janvier ce qu'il va faire en décembre prochain. On va devoir travailler. Moi, je souhaite travailler à la méthode, et évidemment, je souhaite qu'on limite les prélèvements sur les entreprises. Je suis ministre de l'Économie et des Finances, mais je souhaite aussi qu'on continue à réduire le déficit, et tout ça, il va falloir l'équilibrer.
APOLLINE DE MALHERBE
Réduire le déficit, une question très précise, vous avez redit les 5%, mais moi, je lis dans les mots d'Amélie de MONTCHALIN, la ministre du Budget, ce matin, chez mes confrères du Parisien, cette phrase : " Ce budget 2026 va réduire de 0,6 point de PIB notre déficit ", et là, elle rajoute virgule, " hors charge de la dette ". Alors moi, ça m'étonne toujours quand on met un petit astérisque. Donc, qu'est-ce qu'il faut comprendre ? Est-ce que vraiment, on va repasser sous la barre des 5% ? Ou est-ce qu'il y a une entourloupe ?
ROLAND LESCURE
Non, il n'y a pas d'entourloupe. On était à 5,4 l'année dernière, et on sera à 5 cette année. Donc, c'est 0,4%. Et ce qu'elle dit, c'est que ce 0,4% de vraie réduction de déficit, elle va se faire malgré une hausse de la charge de la dette. Donc, la vraie réduction qu'on va devoir vivre, vous et moi, c'est plutôt 0,6. C'est un calcul, j'allais dire comptable.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais on repasse sous les 5%, c'est sûr.
ROLAND LESCURE
C'est sûr. En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que l'année dernière, on s'était donné 5,4%, on l'a tenu. Et cette année, on se donne 5%, et on va tout faire pour le tenir. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en pratique, on va faire ce qu'on appelle un Comité de suivi et d'alerte. Donc, tous les mois, on va rassembler les parlementaires, leur rendre des comptes sur le budget. On va suivre les budgets de tous les ministères, de tous nos collègues, euro après euro, de manière à ce que ce qu'on a promis, on le livre. Mais ce qu'on peut reconnaître, c'est qu'on l'a livré l'année dernière, ça commence plutôt bien.
APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, le Conseil constitutionnel a été saisi, notamment parce que, malgré tout, ce budget, c'est un peu un patchwork d'amendements qui parfois sont disparates. Est-ce que vous vous dites, il y a quelques amendements qui pourraient tiquer et qui pourraient être rejetés par le Conseil constitutionnel ?
ROLAND LESCURE
Non, on verra ce que le Conseil constitutionnel décide. Mais moi, je suis assez confiant sur le fait que ce budget, il tient debout et il va faire en sorte que la France, elle aussi, se tienne debout.
APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, ça tient debout. Une question aussi, d'ailleurs, on en parlait à l'instant sur BFM TV et sur RMC, la question du prix des transports en commun. Une loi-cadre serait présentée la semaine prochaine en Conseil des ministres. C'est ce qui ressort de certaines informations du ministère des Transports qui dirait que les tarifs des transports en commun qui sont aujourd'hui une convention décidée par les régions et les communes, sont trop bas. Quand on achète un ticket de métro, c'est plus des tickets ou un Navigo ou ailleurs partout en France pour les bus et les transports en commun, l'usager paye trop peu. Est-ce que vous allez en effet demander aux Français de payer davantage ?
ROLAND LESCURE
Non. Ce qui est vrai, vous l'avez dit, c'est que les transports publics en France sont subventionnés. Et c'est très bien parce que ça veut dire que les transports publics, ils sont plus développés en France qu'ailleurs dans le monde, et que ça permet à la fois de décongestionner, moins de circulation, de dépolluer, moins de pollution. Et ça, c'est tant mieux. Et ce modèle français, on va le poursuivre. Ce qui est vrai aussi, c'est que dans les années qui viennent, il va falloir financer de nouveaux investissements et qu'il faudra réfléchir à la manière dont on les finance. Mais non, il n'y a aucun plan, ni caché, ni ouvert, de doubler, j'ai entendu sur votre antenne, de doubler le prix des transports pour les usagers. C'est non.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est non. Doubler, c'est non ? Augmenter ?
ROLAND LESCURE
Non. On va voir comment on finance les investissements des transports à venir, mais il n'y a aucun plan caché d'augmenter le prix des transports aujourd'hui.
APOLLINE DE MALHERBE
Au moins, c'est très clair dans votre bouche, Roland LESCURE, ministre de l'Économie. Ce qui est vrai quand même, c'est qu'à chaque fois qu'il y a eu une petite tentation, ou peut-être tentative, peut-être simplement, de récupérer quand même un peu de sous, au fur et à mesure de cette discussion budgétaire, là encore ce matin, peut-être sur la question du prix des transports en commun, finalement, vous y avez renoncé. Je regardais tout ce qui faisait débat, vous y avez renoncé. Le doublement des franchises qui devait permettre d'économiser 2,3 milliards d'euros, vous y avez renoncé. Le gel des prestations sociales qui devait permettre d'économiser 3,6 milliards, renoncé. L'année blanche qui avait été évoquée par François BAYROU, qui permettait au fait aux barèmes et aux aides de rester fixes, et donc pas indexés sur l'inflation, là aussi, vous y avez renoncé. Moi, je vois bien, mais ça veut dire quand même qu'à un moment, elles seront où, là, les économies ?
ROLAND LESCURE
Ça veut dire que quand vous êtes face à l'Assemblée à laquelle on fait face, vous devez dégager une majorité pour faire adopter des mesures, et vous l'avez dit, il n'y avait pas de majorité pour adopter ces mesures d'économie qui étaient dans le budget qu'on avait proposé. Donc, tant qu'effectivement, on n'est pas capable d'avoir des groupes parlementaires qui disent : " L'année blanche, finalement, ce n'est peut-être pas une mauvaise idée, l'inflation est quasiment réduite à zéro aujourd'hui, on ne va pas indexer telle ou telle prestation ", on n'y arrivera pas. Il faut une majorité à l'Assemblée pour faire adopter les mesures. C'est la démocratie et il n'y avait pas de majorité pour celles-là, on a dû en trouver d'autres, des mesures.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes dans le collimateur du RN qui vous reproche quasiment d'avoir joué contre la France. Jean-Philippe TANGUY dit à propos de la vente de LMB AEROSPACE à des Américains : " Monsieur LESCURE et la Macronie ont des liens de soumission aux intérêts financiers américains ".
ROLAND LESCURE
Vous vous rendez compte ? Jusqu'à samedi, il y a eu des débats de fond sur un certain nombre d'entreprises qui ont été vendues dans des conditions d'ailleurs extrêmement strictes qu'on a mises en place. L'entreprise qui fait des ventilateurs pour des moteurs de Rafale. Le débat était sur le fond. Et puis maintenant que le débat sur le fond a été perdu par mes contempteurs, vous avez raison, maintenant, il se décale.
APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, ils vous reprochent à vous personnellement et on le sent bien. Il y a aussi l'idée que vous avez la double nationalité comme vous l'avez dit, vous êtes Canadien. Est-ce que c'est ça qu'il y a derrière ces reproches ? Est-ce que vous comprenez ça ?
ROLAND LESCURE
Je ne sais pas ce qu'on me reproche. Moi, ce que je sais, c'est que ceux qui me reprochent ça, ce sont des gens qui ont été financés par la Russie de Vladimir POUTINE jusqu'à ce que vous, on interdise le financement par des partis étrangers. Monsieur BARDELLA, vous savez ce qu'il disait il y a un an quand Monsieur TRUMP a été investi ? " Un vent de liberté souffle sur l'Amérique et nous ferons souffler le même vent en France ". Qui se précipitait à l'investiture de Donald TRUMP il y a un an, presque jour pour jour ? Louis ALIOT, sans doute pour le bien de Perpignan ou leur amie Sarah KNAFO qui est sur le même terrain. Aujourd'hui, on a des gens qui ont des intérêts aux États-Unis, qui ont visiblement des connivences avec une certaine partie du pouvoir américain et qui viennent me reprocher les liens avec les États-Unis que je n'ai pas. Vous l'avez dit, j'étais Canadien. Qu'est-ce qu'on me reproche ? D'avoir passé huit ans de ma vie, j'ai bientôt soixante ans, au Canada, d'avoir la double nationalité ? Une polémique habituelle de la part de l'extrême droite qui n'aime pas les binationaux. Alors Canadiens, déjà pas beaucoup, quand ils sont franco-algériens, franco-marocains, franco-tunisiens... On est effectivement dans une polémique dégueulasse qui cherche à décrédibiliser un ministre qui, je le rappelle, a tout abandonné, je le disais tout à l'heure, pour rejoindre Emmanuel MACRON en 2017, qui a mis un océan entre lui et sa famille pour s'engager, qui est très heureux de l'avoir fait et qui n'a de procès en souveraineté ou en intégrité à recevoir de personne. Surtout, et je finis là-dessus, d'un parti qui, la dernière fois que j'ai vérifié, était poursuivi en justice pour détournement de fonds publics. Franchement, pas de leçon, c'est dégueulasse.
APOLLINE DE MALHERBE
Je vous sens... Oui, à la fois en colère et atteint.
ROLAND LESCURE
Oui, parce que, si vous voulez, je pense que j'ai fait tout ça pour des raisons assez personnelles liées aussi à mon histoire personnelle et que s'engager pour l'intérêt général, ça mérite tous les débats de fond. Et moi, je suis prêt à avoir tous les débats de fond sur la fameuse procédure d'investissement étranger en France, mais pas de débats personnels sur mon intégrité. Ça, je ne laisserai pas le faire. Je ne laisserai pas m'abîmer et je ne le laisserai pas, au-delà d'abîmer ma personne, abîmer ma fonction, parce qu'évidemment, c'est ce qu'ils cherchent derrière moi.
APOLLINE DE MALHERBE
Je vous repose la question malgré tout sur le fond, Roland LESCURE, avez-vous des garanties suffisantes pour qu'un jour, peut-être, nous ne nous retrouvions pas dans une situation où un élément constitutif du Rafale nous manque ?
ROLAND LESCURE
Mais bien sûr. Et sinon, vous pensez bien qu'on aurait trouvé un acheteur français, d'ailleurs. J'imagine que DASSAULT aurait acheté cette petite boîte de Corrèze qui produit des ventilateurs de moteur pour les Rafale. Évidemment, on a mis dans l'accord, sans aucune limitation de durée, la fourniture des pièces de rechange pour les Rafale et d'autres avions militaires.
APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais vous voyez bien dans la période dans laquelle on est, quand on voit par exemple le Danemark ou la Norvège ont acheté du matériel américain et qu'aujourd'hui, ils se disent : si un jour, on doit se défendre contre les Américains, ces fameuses règles aussi qui avaient été imposées à ce moment-là par les fournisseurs, c'est-à-dire américains, pourraient se retourner contre eux.
ROLAND LESCURE
Oui mais on parle d'un fournisseur qui va rester installé en France, ça aussi, on l'a mis dans les conditions. On a une action de préférence, une fameuse golden share qui permet de limiter toute transaction de cette entreprise. Elle va rester en France, elle va produire en France 20%. Le reste est exporté de France, de Corrèze dans le monde entier. On a une entreprise qui rayonne, qui brille, qui cherche à se financer, qui ne trouve pas de financeur français. Le vrai problème, il est là. Comment on fait en sorte qu'on ait des capitaux français et européens pour financer nos pépites ? Elles ne l'ont pas trouvé parce qu'on est allé chercher ailleurs.
APOLLINE DE MALHERBE
Pour ce qui est de Roland LESCURE, la suite, maintenant que le budget est adopté, plusieurs questions. Une d'abord sur la loi pluriannuelle de l'énergie. Quelles conséquences et quand ?
ROLAND LESCURE
Alors, il faut développer notre puissance énergétique. Nos prédécesseurs l'ont fait il y a cinquante ans. Si on a aujourd'hui les réacteurs nucléaires…
APOLLINE DE MALHERBE
Je vous arrête un instant, Roland LESCURE, parce que sur BFM TV, ceux qui nous regardent voient à l'image, c'est l'arrivée de Marine LE PEN. Marine LE PEN qui arrive donc au tribunal à Paris. Vous l'évoquiez d'ailleurs à l'instant, Roland LESCURE. Le sort judiciaire de Marine LE PEN, c'est la journée cruciale, puisqu'elle assistera ce matin à la plaidoirie de la partie civile, c'est-à-dire du Parlement européen, avant d'entendre les réquisitions du parquet général. Donc, vous l'avez vu, Marine LE PEN qui vient d'arriver au tribunal. J'entendais d'ailleurs à l'instant, mais je voudrais vous interroger évidemment sur le budget, mais j'entendais à l'instant que vous considérez que ce procès-là, cette question quand même d'un détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens, c'est tout sauf anodin.
ROLAND LESCURE
C'est plus sérieux que des insinuations à deux euros dont je fais l'objet de la part de Monsieur TANGUY et BARDELLA. Oui, c'est du sérieux. Après, la justice fera son travail et on verra ce qu'elle décidera.
APOLLINE DE MALHERBE
Roland LESCURE, vous me parliez à l'instant de la loi pluriannuelle de l'énergie. Quelles conséquences et surtout, qu'est-ce que vous allez mettre comme jauge dedans de la part du nucléaire, du reste, et quelles conséquences sur le prix de l'électricité ?
ROLAND LESCURE
Alors, l'objectif, il est que, non pas seulement dans les dix mois qui viennent, mais dans les trente ans qui viennent, on ait de l'électricité décarbonée en volume et pas chère en France. Si on en a aujourd'hui, si on a de l'électricité moins chère qu'en Allemagne, en Italie ou ailleurs, c'est grâce à nos prédécesseurs d'il y a cinquante ans. Moi, je souhaite que dans trente ans, dans quarante ans, nos enfants puissent dire : " Merci papa, merci maman, j'ai de l'électricité pas chère grâce à vous ". Et donc, c'est des investissements majeurs dans le nucléaire, six nouveaux réacteurs nucléaires. C'est des investissements majeurs dans ce qu'on appelle l'éolien offshore, l'éolien marin, avec derrière des filières industrielles qui produisent. Donc, il faut équilibrer tout ça : du nucléaire, de l'éolien marin, du terrestre également, solaire... éolien, sans doute moins qu'initialement prévu.
APOLLINE DE MALHERBE
Moins qu'initialement prévu ?
ROLAND LESCURE
Oui, parce qu'on électrifie moins.
APOLLINE DE MALHERBE
On est quand même un peu moins dans cette logique-là. On est bien d'accord.
ROLAND LESCURE
On va être un peu moins mais parce qu'on consomme…
APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi ? Parce qu'en fait, finalement, on a beaucoup investi là-dessus et que ça marche moins bien.
ROLAND LESCURE
On consomme moins d'électricité qu'on avait prévue, c'est vrai. On a des voitures électriques vendues en France, quand même un peu moins que prévu. On électrifie nos logements, qui permettent de moins polluer, mais moins que prévu. Et donc, on va annoncer aussi avec le Premier ministre un grand plan d'électrification pour qu'à la fois on puisse investir dans l'offre, comme on dit, mais aussi investir dans l'alimentation.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez le faire quand, ça ?
ROLAND LESCURE
C'est vraiment une question de jours pour la programmation pluriannuelle de l'énergie et de semaines pour le plan d'électrification. On veut consulter tout le monde.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, on va encore faire des choses quand même dans les mois qui viennent.
ROLAND LESCURE
Mais bien sûr, le monde n'attend pas. On l'a vu, le monde, il est aujourd'hui à la fois extrêmement risqué, bouleversé, il va à 100 à l'heure. Moi, je souhaite que la France, elle aussi arrive au 100 à l'heure.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc les mois qui viennent ne vont pas être inutiles sur le plan politique ?
ROLAND LESCURE
Non, j'espère que non. En tout cas, on va tout faire pour travailler mais surtout produire des résultats.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci Roland LESCURE d'avoir répondu à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV.
ROLAND LESCURE
Merci à vous.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre de l'Économie. Je reprécise d'ailleurs que vous avez bien dit que cette perspective de demander aux Français de payer double leur ticket de métro ou de bus…
ROLAND LESCURE
C'est non.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2026