Texte intégral
Madame la Présidente Directrice générale du CEA, chère Anne-Isabelle,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
Chers amis du CEA,
[CONTEXTE HISTORIQUE]
Lorsqu'est publiée l'ordonnance qui pourvoit à la création d'un Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, la France sort à peine de la deuxième guerre mondiale.
Cette nouvelle institution aura la charge de poursuivre " les recherches scientifiques et techniques en vue de l'utilisation de l'énergie atomique dans les divers domaines de la science, de l'industrie et de la défense nationale ".
Le 17 octobre 1945, date de cette ordonnance, tout est à reconstruire, et l'urgence prime. Le choix de créer le CEA est donc d'une audace folle.
Il revient à faire le pari de l'investissement dans la recherche et l'innovation, au milieu d'une économie en ruines.
Ce choix, dans un pays qui ne s'est pas encore relevé de la guerre, dans un pays où le rationnement est encore la règle, ce choix est le choix de l'avenir.
En confiant la direction du nouveau commissariat à Frédéric Joliot-Curie, Prix Nobel de chimie et professeur au Collège de France, le général de Gaulle montre la confiance et l'ambition qu'il met dans la science.
Et sa vision embrasse largement la recherche, l'économie et la défense, c'est-à-dire, au fond, la souveraineté de notre pays dans toutes ses composantes.
Fidèle à ses fondements, le CEA réitère, dans son dernier Contrat d'Objectifs et de Performance , son engagement pour exceller dans les différents domaines de son expertise :
La défense, mission régalienne de l'organisme, qui fait du CEA un acteur majeur de la dissuasion ;
La Recherche, le développement et l'innovation dans les énergies, historiquement nucléaires et aujourd'hui renouvelables, dans le numérique, dans la santé ;
Et toujours, le socle de recherche fondamentale dans les disciplines clés nourrissant ces domaines.
80 ans après sa fondation, nous pouvons ainsi voir les fruits de l'intuition tout à la fois politique et scientifique qui a permis au CEA de voir le jour.
[LE NUCLÉAIRE DUAL]
Le CEA a été au cœur de la concrétisation d'une vision française, profondément duale - simultanément civile et militaire. C'est ici qu'ont été élaborées les solutions qui ont permis à la France de maîtriser la dissuasion, un levier de notre souveraineté dont je n'ai pas besoin de vous rappeler l'importance. C'est ce qui a permis à la France de s'asseoir à la table des puissances.
Ces travaux ont également accompagné l'essor de la filière électronucléaire française, leader au niveau mondial et concourant à la souveraineté énergétique et à la réussite des objectifs climatiques de la France ; Ils ont aussi permis de diffuser dans les hôpitaux les techniques de médecine nucléaire, comme les PET-Scan et les scintigraphies.
L'innovation permanente de vos équipes pour maîtriser l'atome a ainsi abouti à la mise au point de nombreux procédés industriels, mais aussi au développement de grandes infrastructures de recherche au meilleur niveau mondial
En 80 ans, le Commissariat a contribué à des avancées majeures, participant au rayonnement scientifique de la France et à sa maîtrise souveraine dans les domaines de la défense, de l'énergie, du numérique et de la santé.
[LE CONTINUUM RECHERCHE – INNOVATION]
C'est que, au cœur de l'action du CEA, il y a l'innovation et le transfert technologique.
Son modèle d'organisme de recherche et de technologie, est fondé sur la réunion d'un large spectre de compétences, de la recherche en laboratoire aux ateliers de développement préindustriels.
Il figure au premier rang des organismes de recherche les plus innovants au monde depuis plusieurs années, selon le classement annuel "Top 100 innovators" établi par Clarivate.
Un rayonnement mondial ancien : Il suffit de se rappeler que les trois prix Nobel de physique de 2025, dont Michel Devoret, se sont rencontrés au CEA il y a quelques décennies.
Le CEA est aussi premier en termes de dépôt de brevets en France et en Europe parmi les organismes de recherche, avec plus de 7 700 familles de brevets actives et près de 250 start-ups créées dans les technologies innovantes depuis un demi-siècle.
Vous savez que c'est pour moi une dimension absolument essentielle.
Il n'y a pas la recherche publique d'un côté et la recherche privée de l'autre, la recherche libre d'un côté et la recherche appliquée de l'autre.
Il y a avant tout un continuum.
Un continuum qui repose sur l'excellence de ceux et celles qui font cette recherche, et la portent des laboratoires aux usines et aux utilisateurs.
En tant que ministre de la Recherche, je suis ministre de toute cette recherche, et je ne peux que me réjouir de cette continuité dans l'histoire et le présent du CEA.
Ce continuum est la clé de voûte de notre souveraineté.
[SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE]
Le premier pilier de cette souveraineté, c'est l'énergie.
Le CEA porte aujourd'hui une vision intégrée, indispensable pour réussir la décarbonation de notre économie, dont nous connaissons les enjeux à la fois industriels et géopolitiques.
Pour y parvenir nous devons maintenir l'excellence dans le nucléaire.
Pour répondre aux enjeux de sûreté et de prolongation du parc, le CEA développe ainsi des combustibles tolérants aux situations accidentelles, qui pourraient se déployer à grande échelle dans les années à venir.
En coopération avec la filière industrielle, vous préparez l'avenir en définissant les systèmes industriels qui permettront de fermer le cycle du combustible, une étape décisive pour la durabilité de la filière.
Le CEA, qui a continué à faire le pari de l'avenir, ne pouvait rester en-dehors des recherches sur la fusion.
La performance du tokamak WEST à Cadarache, en février dernier, qui a maintenu un plasma à haute puissance pendant plus de 22 minutes est une prouesse qui ouvre de grands horizons.
La souveraineté énergétique passe aussi par les nouvelles énergies.
Ainsi dans le solaire, les équipes du CEA ont atteint des rendements records, de plus de 30%, sur les cellules tandem pérovskite, et repoussent les limites du photovoltaïque.
Et parce que la souveraineté est aussi une question de ressources, vous développez un ligne pilote unique en Europe, inaugurée avec Orano, pour recycler les aimants des véhicules électriques.
Une autre illustration de l'approche intégrée de la technologie, de sa conception à sa fin de vie et son recyclage.
[SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE]
Le deuxième pilier de la souveraineté française où intervient de manière privilégiée le CEA, c'est le numérique.
Là aussi, la bataille pour l'autonomie stratégique est féroce.
Le CEA a compris très tôt que la maîtrise du logiciel ne suffit pas ; il faut maîtriser le matériel, le hardware.
Comme co-pilote de l'EU Chips Act et des principaux PEPR dédiés à cette question, vous placez la France au cœur de l'échiquier européen des semi-conducteurs.
Je pense notamment à la ligne pilote Fames, inaugurée récemment, qui prépare les puces de demain sur la technologie FD-SOI en assumant le choix d'une innovation sobre et performante.
[SANTÉ : L'INTERDISCIPLINARITÉ AU SERVICE DU VIVANT]
Enfin, il y a ce domaine que certains pourraient juger surprenant pour un commissariat à l'énergie atomique, mais qui s'intègre pleinement dans la méthode du CEA : la santé.
C'est parce que vous maîtrisez la physique des particules, le magnétisme, les matériaux, que vous contribuez depuis 80 ans aux innovations de pointe en médecine.
À commencer par l'IRM, bien entendu.
Nous en avons un magnifique exemple avec Iseult qui a permis, après 20 ans de R&D, de révéler des images du cerveau d'une précision inédite.
Cela permet d'envisager à terme une meilleure compréhension d'Alzheimer, de Parkinson, des maladies psychiatriques.
Fidèle à sa tradition d'interdisciplinarité, le CEA a su, de cette manière, mettre la physique fondamentale au service des patients.
[LA VISION POLITIQUE : AGENCES DE PROGRAMMES ET AVENIR]
80 ans de ce que nous pouvons chacun considérer comme une réussite.
Les fondements sont solides, et il n'en faut pas moins pour faire face à un paysage mondial de la recherche en perpétuel changement.
Pour rester fidèle au rôle qui lui a été confié dès sa création, il doit s'intégrer toujours plus à l'écosystème français.
C'est pourquoi l'État a confié au CEA le pilotage de deux Agences de Programmes :
- L'APED, pour les énergies décarbonées,
- Et l'ASIC, pour le numérique et les composants.
Le financement des projets de recherche stratégiques portés par les agences de programme, annoncé il y a une dizaine de jours, vient conforter votre rôle en la matière.
Je sais que les travaux pour le prochain Contrat d'Objectifs et de Performance 2026-2030 ont démarré dans cet esprit de responsabilité et d'intégration.
[MERCI À TOUS]
Je veux terminer en remerciant tous ceux qui incarnent aujourd'hui l'esprit du CEA.
Merci au plus de 17 000 personnes qui, pour le CEA civil comme pour la partie militaire, portent ses missions.
Merci à celles et ceux qui, dans les 9 centres de recherche de votre institution, font vivre l'héritage de 80 ans de science et d'innovation, et préparent les décennies à venir.
Mesdames et Messieurs,
Il y a 80 ans, le Général de Gaulle signait une ordonnance qui, dans un acte administratif, incarnait la conviction que notre indépendance passait par la science.
Certains défiés ont changé, mais le pari que nous voulons faire est toujours le même.
Nous voulons croire qu'ensemble, et par la recherche et l'innovation, nous pouvons construire une France capable de maîtriser son énergie, d'assurer sa défense, de contrôler ses infrastructures numériques, de mieux soigner ses concitoyens.
Je vous souhaite, à toutes et à tous, un très bel anniversaire.
Source https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 6 février 2026