Texte intégral
Monsieur le Président, cher Emmanuel, merci de nous accueillir au Quai Branly pour la deuxième fois consécutive,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,
Je suis heureux de vous retrouver ici, au musée du Quai Branly. Un lieu qui nous invite à interroger notre lien à notre passé, notre relation au monde, et ce qu'elle peut nous apprendre pour le présent. Un lieu qui nous rappelle que la France et l'Europe ont su interroger leur fantasme de puissance au miroir des cultures du monde.
C'est la deuxième fois que je me présente devant vous à l'occasion des vœux à la communauté de l'enseignement supérieur et de la recherche. Cette année, après un an de travail en commun, je souhaite revenir avec vous sur ce que nous avons accompli ensemble pendant cette année, mais aussi sur les nombreux chantiers qui restent devant nous.
Présenter des vœux de bonne année en janvier 2026 n'a rien d'évident ! Dès les premières heures de cette nouvelle année, nous avons été projetés dans un monde qui nous semblait difficile à concevoir.
Comment regarder de l'avant, comment espérer une année de succès et de réussite, quand les piliers de notre monde commun se dérobent ? Quand la force brute paraît l'emporter sur le droit, la vocifération sur le dialogue, l'affirmation péremptoire sur la dispute et la recherche patiente de la vérité ?
Ces dernières années, des évolutions majeures se sont imposées sur la scène internationale. La Russie renoue avec le fantasme d'une puissance impériale affranchie du droit. Depuis un an, un de nos plus grands allié politique, militaire, scientifique se détourne de ce qui a fait sa force : une confiance résolue dans la recherche et dans les universités, dans l'ouverture aux étudiants et aux chercheurs venus de toute part, dans le libre débat et la défense des valeurs académiques qui sont au cœur de nos démocraties.
Les conséquences de ce choix brutal sont déjà dévastatrices dans le spatial, dans la santé, dans les sciences humaines et sociales. Même dans les sciences et technologies, les financements en recherche fondamentale se sont effondrés.
Et nous savons depuis Condorcet que toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes – et j'ajouterais : des scientifiques – est trompée par des charlatans.
Nous voyons aussi à quel point le refus de la science est concomitant d'un discours de puissance, de brutalité, qui fait fi de toutes les alliances, au point de menacer aujourd'hui le Groenland.
L'Europe entière s'est mobilisée pour refuser cette doctrine de la force.
Le président de la République a réaffirmé l'engagement de la France à tous les niveaux, aux côtés du Danemark et du Groenland. Il l'a dit sans équivoque : "nous préférons la science au complotisme, l'État de droit à la loi du plus fort, le dialogue aux menaces."
Nous avons aussi notre rôle à jouer. Je tiens à annoncer que, dès maintenant, nous œuvrons à un renforcement de nos coopérations scientifiques avec le Danemark et le Groenland.
Elles s'appuieront sur la prospective scientifique polaire menée depuis un an par le CNRS et l'agence de programme Climat, Biodiversité et Société Durable, et permettront d'emporter avec elles des équipes scientifiques groenlandaises ou des populations autochtones.
Je vais lancer un appel à projets ANR flash, doté de 1 million d'euros pour couvrir des besoins de recherche sur ce territoire, ce qui permettra à la fois d'amorcer de nouvelles coopérations et de conforter de plus anciennes.
Alors que nous avons tourné la page du premier quart de ce siècle, cette année nouvelle se présente avec des défis intacts.
Ces défis, nous pouvons les relever ensemble. Pas face à face.
Mesdames et Messieurs, pour rester sur la carte de l'excellence scientifique, pour rester attractifs dans un monde de compétition accrue, nous devons poursuivre la transformation de notre organisation.
Je n'ignore pas les difficultés auxquelles vous êtes confrontés, dans les établissements, dans les laboratoires, et aussi dans le secteur spatial. Ces difficultés sont réelles, et je les connais.
Depuis 2017, des efforts significatifs ont été engagés pour renforcer notre système d'enseignement supérieur et de recherche. Je pense bien sûr à la loi de programmation de la recherche, que j'ai portée avec Frédérique Vidal et soutenue dès ses débuts. Je pense aussi aux moyens mobilisés par le SGPI pour soutenir la recherche, notamment à travers les PEPR.
Pour autant, nous connaissons tous la situation budgétaire de notre pays. Elle n'est pas bonne – c'est une litote. Avec Sébastien Lecornu nous avons une mission, réussir à nous doter d'un budget dans un contexte parlementaire d'extrême tension et de contradictions permanentes.
Je veux cependant vous dire que le Premier ministre, Amélie de Montchalin, et tous nos partenaires parlementaires qui ont choisi de s'engager sur un compromis, ont conscience que la réussite de notre communauté de l'enseignement supérieur et de la recherche, représente un enjeu stratégique essentiel pour l'avenir de notre Pays.
Un courrier a été adressé hier soir par le premier Ministre à tous les parlementaires et d'ici la fin de la semaine nous disposerons du texte budgétaire.
Mais dès ce soir, je peux vous annoncer que les discussions que nous avons eues depuis plusieurs semaines ont permis d'inscrire dans le budget la compensation intégrale de la protection sociale complémentaire, qui entrera en vigueur dès le premier mai.
J'ai confiance dans notre capacité à trouver les moyens pour porter une progression de la compensation du CAS pension.
Mais en matière budgétaire plus qu'ailleurs, je ne peux me permettre d'être le ministre des présidents d'université ou des directeurs d'organisme, le ministre de l'agence spatiale européenne, le ministre des industriels.
Pour continuer d'emporter la conviction, pour persuader de la nécessité de continuer d'investir dans l'enseignement supérieur et la recherche, j'ai besoin de vous, pour montrer que nous faisons le meilleur usage possible des moyens qui nous sont consentis.
Le budget de la MIRES représente plus de 31 milliards d'euros : c'est plus de mille euros par foyer français.
Ces moyens sont une responsabilité qui nous incombe à tous.
En tant que ministre, je suis aussi garant du bon usage de chaque euro d'argent public, pour former nos étudiants à être des citoyens qui demain tiendront leur place dans la cité, pour que nos laboratoires puissent nourrir l'intelligence du présent et explorer notre avenir, pour préparer l'avenir des lanceurs et des constellations. Et chaque fois, j'agirai pour que chaque euro dépensé, chaque projet lancé, le soit dans l'intérêt de notre pays.
I. Rester dans la course
Dans ce monde en changement rapide, nous devons tout faire pour préserver la place de la France dans la compétition scientifique mondiale. C'est la condition incontournable pour porter notre voix singulière en termes de recherche, de formation, d'attractivité.
1. Un risque de décrochage
L'année 2025 a été riche en succès pour la recherche et la science française. Nous avons compté deux prix Nobel parmi nos chercheurs, en économie et en physique, ce qui est une grande fierté pour tous. Bravo à Philippe Aghion et Michel Devoret pour leur réussite et leur engagement dans la vie de la cité.
À plusieurs reprises, Ariane 6 s'est élevée dans le ciel, avec une montée en cadence des lancements inédite dans le secteur spatial.
Nous avons inauguré un nouveau processeur quantique hybridés à un calculateur haute performance, ce qui ouvre de nouvelles perspectives en termes de calcul. Dans le domaine de la recherche sur la fusion, un nouveau record mondial a été établi avec le maintien d'un plasma pendant 22 minutes dans le tokamak West. Au début de l'année, nous avons pu confirmer la découverte d'un neutrino, une réussite technique exceptionnelle qui ouvre des perspectives pour mieux comprendre l'univers.
Après 10 ans de recherche, les agriculteurs français ont eu accès pour le semis de l'automne 2025 à une des premières variétés de blé tendre considérées comme agroécologiques.
Dans le champ de la médecine, nous avons progressé, par exemple, dans la compréhension des mécanismes de rechute dans le cas de certains cancers du sein, ce qui ouvre des perspectives de traitements plus personnalisés et plus efficaces, tandis qu'une IRM à 7 teslas a permis, pour la première fois en France, d'obtenir des images cérébrales très précises d'un enfant, ouvrant de nouvelles pistes pour l'étude du développement du cerveau. Un essai clinique a enfin montré l'efficacité d'un implant rétinien pour rendre partiellement la vue à des personnes atteintes de dégénérescence maculaire.
Face à l'émergence de la Dermatose nodulaire contagieuse, la DNC, nous avons su réagir en lien avec Annie Genevard et le ministère de l'agriculture pour réponde à l'urgence en proposant à la fois de l'expertise en appui à la décision politique et de la recherche pour préparer le futur, notamment en réorientant le PEPR "Élevages durables" et en proposant un appel flash de l'ANR. Merci en particulier au CIRAD d'avoir su réagir si vite.
Et ce matin encore, nous avons appris que six français figurent dans le classement annuel Clarivate des 100 premiers innovateurs globaux mondiaux.
Ces réussites ne sont que quelques exemples parmi de très nombreuses, elles sont notre fierté à tous.
Mais nous devons regarder la situation en face : nous pouvons et nous devons faire mieux. La France court le risque d'un décrochage scientifique majeur, si elle ne réagit pas.
Aujourd'hui, où en sommes-nous ?
Nous gardons des points forts, car nous partons d'une position solide. Les copublications, la science ouverte, font partie de notre identité scientifique. Sans compter les dépôts de brevets, qui sont à la fois nombreux et très internationalisés.
Mais en la matière, une place n'est jamais acquise définitivement.
Il suffit de regarder le croisement spectaculaire des trajectoires de la Chine et des États-Unis.
Dans cet univers mouvant, la France court le risque de rester sur la touche.
Depuis vingt ans, notre pays est le grand pays scientifique qui a connu la plus grande perte d'audience après le Japon. Notre positionnement bibliométrique montre un recul du volume de publications sans augmentation significative de l'impact. Dans le même temps, des pays comme l'Espagne ou l'Italie ont, au contraire, connu des trajectoires de rattrapage voire de dépassement des pays historiquement les plus reconnus dans le domaine scientifique.
Notre place est particulièrement challengée, pour dire le moins, dans les sciences physiques et de l'ingénieur, dont le rôle est pourtant déterminant pour notre avenir.
2. Piloter la recherche pour notre souveraineté
Nous ne pouvons pas nous résigner à ce décrochage.
Vous le savez, j'ai longtemps été chercheur ma conviction comme ministre est la même que celle qui, je le sais, vous anime tous et toutes : notre avenir se joue dans la recherche, la science et la transmission.
Nous n'avons pas investi suffisamment dans la recherche – et quand je dis "nous", je veux parler de tous les acteurs économiques de notre pays, État comme entreprise. Je vous rappelle les chiffres : nous investissons moins de 2,2 % de notre PIB en R&D, alors que l'objectif fixé au début des années 2000 était de 3 % du PIB en 2010. En Chine, les dépenses d'investissement en R&D augmentent de 10 % par an depuis plusieurs années !
Investir dans la recherche et l'innovation c'est le levier de notre croissance de demain. C'est d'ailleurs précisément ce que nous ont enseigné les travaux de Philippe Aghion et de ses collègues lauréats du prix Nobel d'économie en 2025.
C'est aussi le message donné par Mario Draghi au niveau européen. C'est, tout simplement, la leçon que nous pouvons tirer de la trajectoire scientifique et économique des pays qui réussissent le mieux aujourd'hui.
Je sais que nous partageons ce constat. Il fait peu à peu son chemin.
Durant plusieurs mois, un travail de fond a été mené par tous les ministères pour élaborer une revue nationale stratégique, la RNS, destinée à identifier les leviers de notre indépendance stratégique. La recherche figure au premier rang des priorités.
C'est pour prendre acte de son rôle que, depuis un an, j'ai voulu que nous progressions dans la structuration de la recherche, en particulier en donnant toute leur place aux agences de programme, qui avaient été annoncées par le président de la République en 2023.
Bien sûr, les agences ne résument pas toute notre recherche. Elles ont vocation à porter la recherche dirigée et les grandes verticales stratégiques. Sans remplacer les établissements et les organismes, qui jouent un rôle indispensable pour porter la recherche libre, à commencer par le CNRS.
Depuis un an, comme je l'avais annoncé, les agences se sont structurées et ont consolidé leur gouvernance.
Elles ont lancé 15 grands programmes de recherche, dont j'ai annoncé le financement pour un montant global de 300 millions d'euros, et supervisent l'ensemble des PEPR lancés depuis 2022.
Elles ont donc la vision globale sur l'ensemble des programmes stratégiques de recherche lancés depuis quatre ans, pour une somme totale de plus de 3Mds€.
Cette structuration devra se poursuivre cette année. Dès le mois prochain, une nouvelle lettre de mission permettra d'ancrer encore davantage leur place dans l'organisation de la recherche de notre pays.
Ce travail doit nous permettre de renforcer les secteurs essentiels à notre souveraineté technique, scientifique et industrielle. À commencer par le spatial.
Il ne vous a pas échappé que le sigle de notre ministère a gagné une nouvelle lettre, et que nous sommes de nouveau le ministère de l'Espace.
La stratégie nationale spatiale dévoilée par le président de la République porte un objectif simple : la survie de la puissance spatiale française et européenne. Les quatre premiers lancements d'Ariane 6 sont une réussite technique, scientifique et industrielle. Je sais ce qu'elle doit à Ariane Group et au CNES. C'est tout simplement la montée en cadence la plus rapide de l'histoire du spatial, qu'il faudra réussir à poursuivre en 2026.
Mais au-delà de ça, c'est une condition pour que nous soyons capables demain, comme Français et comme Européens, de garder un accès autonome à l'espace.
Qui peut douter de l'importance de cet accès aujourd'hui ? Qui ne voit pas les conséquences, dans les économies et sur les champs de bataille, de l'indépendance dans le spatial ? La France en a fait une priorité depuis des décennies. Pourtant, l'unanimité reste encore à bâtir sur ce sujet en Europe.
2026 sera une année charnière, avec la poursuite de la montée en cadence et le déploiement d'une constellation de satellites pour positionner Ariane 6 comme une alternative crédible aux acteurs américains.
Pour continuer à avancer, nous devons agir de manière concertée, en Européens.
La conférence ministérielle de l'ESA, en novembre, a démontré un intérêt inédit des états européens pour le spatial.
Nous sommes les deuxièmes contributeurs, et nous poursuivons en parallèle nos investissements nationaux, notamment via le CNES. Au total, la France consacrera plus de 16 milliards d'euros d'ici 2030 pour le spatial civil. Ce qui fait de notre pays le premier acteur européen dans ce domaine. Nous continuerons ainsi à occuper une place centrale dans le projet spatial européen.
Mais nous devons être lucides : l'effort historique des Européens à l'ESA atteint moins de 25 milliards d'euros sur plusieurs années, tandis que les Américains investissent chaque année plus de 70 milliards de dollars dans le spatial.
L'organisation de la puissance spatiale européenne, avec le concept de retour géographique de l'agence spatiale européenne et la superposition des intérêts nationaux des européens, conduit aujourd'hui à une dispersion des moyens et une inefficacité que nous ne pouvons pas nous permettre.
Nous devons donc agir de manière stratégique. Et je demande notamment aux industriels de poursuivre leurs efforts pour maîtriser les coûts et améliorer le respect des délais. Nous devons être compétitifs pour rester souverains.
Le projet Bromo, en constituant un champion européen à partir d'acteurs établis, doit nous aider sur cette voie. Mais pour être compétitifs et innovants nous avons aussi besoin des plus petits acteurs, ainsi que des acteurs émergents. Je me félicite par exemple des succès de the exploration company, Exotrail, U space, Skynopy, unseenlabs, ou encore Maia Space et de nombreux autres. Merci au CNES, au SGPI et à la DGE qui contribuent tant aux succès de cet écosystème stratégique.
Ces enjeux seront au cœur du Sommet spatial international piloté par les envoyés spéciaux Hélène Huby et Thomas Pesquet.
Nous aurons, enfin, la fierté de voir une spationaute française, Sophie Adenot, dans l'espace. Je lui souhaite le même succès que Thomas tout en espérant voir ce dernier fouler un jour le sol lunaire.
Le spatial est une illustration évidente des liens qui existent entre recherche, innovation et souveraineté. Nous ne pourrons assurer notre souveraineté que parce que nous investissons dans une recherche qui elle-même, a partie liée à l'innovation.
La recherche publique française compte parmi les premiers déposants européens de brevets. Pourtant, nous ne parvenons pas toujours, ou toujours pas, à faire de cette formidable réserve d'inventions un levier de croissance.
Nous devons donc faciliter le transfert et permettre l'innovation de rupture.
En 2025, j'ai demandé à Nathalie Drach-Temam et à Patrice Caine d'identifier les leviers d'accélération du transfert technologique, en particulier en matière de propriété intellectuelle. Leur rapport propose un ensemble de mesure de lisibilité et de simplification du partenariat entre un labo et une entreprise. Il n'est pas possible que les mêmes questions se reposent à chaque nouvelle collaboration. Les premiers contrats-types seront publiés en mars, avec un guide d'accompagnement, destiné notamment aux PME.
Nous avons aussi accru la structuration du paysage du transfert, avec la montée en puissance des pôles universitaires d'innovation, les PUI. Ils sont le pendant territorial de l'approche nationale portée par les agences.
Nous entrons désormais dans une phase d'évaluation de leur action. Le comité d'évaluation rendra ses conclusions début juillet, et permettra de disposer d'une évaluation à la fois quantitative et qualitative des actions réalisées au sein de chaque pôle. Cela permettra de poursuivre la logique d'intégration des SATT au sein des PUI engagée l'année dernière.
Il a beaucoup été question des Carnot en 2025.
Ce dispositif a fait la preuve de son efficacité pour développer et professionnaliser la recherche partenariale. Il était devenu nécessaire de moderniser un dispositif mis en place il y a 20 ans, dans un contexte tout à fait différent.
C'est ce qui nous a poussé à proposer une organisation qui permette de garder le meilleur de l'ancien système tout en faisant levier sur les réformes du paysage du transfert.
L'appel à candidature sur cette nouvelle mouture a été lancé le 28 novembre.
Le système proposé a eu des effets de bord inattendus, en créant de la rivalité entre national et local. Si l'innovation nous apprend une chose, c'est qu'il faut savoir être agile et écouter les utilisateurs.
J'ai demandé aux services, en lien avec les représentants de l'écosystème, de me proposer une version modifiée, qui préserve l'impératif de proximité entre la recherche et le monde économique.
Dans ce contexte, je demande aux acteurs de me faire des propositions sous quinze jour pour faire évoluer le dispositif. Dans l'attente de vos retours, l'ANR suspend le dispositif qui reprendra dès que nous aurons apporté les ajustements nécessaires.
Au-delà, des Carnots, en ce qui concerne plus spécifiquement la recherche clinique, un travail interministériel avec les ministères de la Santé et de l'Industrie a été lancé. Il permettra de proposer très prochainement des mesures concrètes pour améliorer la compétitivité de la recherche clinique en France, tant sur le plan académique que pour les startups et les industriels.
Au-delà du transfert, nous devons continuer à soutenir le développement des startups deeptech, qui portent des innovations de rupture. Nous avons de belles réussites en la matière, puisqu'on compte aujourd'hui près de 4 600 start-ups issues de l'enseignement supérieur et de la recherche académique.
Je souhaite que cette année, nous allions plus loin dans le passage du laboratoire à l'usine et dans l'industrialisation de ces innovations.
3. Former et attirer pour les compétences de demain
Notre capacité à innover repose sur notre organisation, mais avant tout sur des femmes et des hommes qui s'engagent dans cette voie.
Pour répondre aux défis scientifiques de notre temps, nous devons agir dès l'amont, dès la formation, en particulier, dans le domaine des sciences et techniques. Chaque année, la Chine forme 1,3 million d'ingénieurs, c'est-à-dire un peu plus que le nombre total d'ingénieurs en France. Mais aussi dix fois plus que les ingénieurs formés chaque année aux États-Unis.
Là encore, nous devons regarder en face un monde où nous risquons de nous retrouver sur le côté faute de capacité à réagir.
C'est notamment vrai en ce qui concerne les jeunes femmes. Nous ne pouvons pas nous continuer à plafonner à 20 ou 25 % de femmes dans les formations scientifiques et techniques.
C'est pourquoi nous poursuivrons cette année, avec le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray, la mise en œuvre du plan Filles et maths qui avait été lancé par Élisabeth Borne.
Il est indispensable de continuer à valoriser les rôles modèles féminins, à commencer par les étudiantes et chercheuses. Car une rencontre, le récit d'un parcours, un échange concret, c'est cela qui change les représentations. C'est simple : l'exposition à des rôles modèles féminins augmente de 20 à 30 % les choix d'études scientifiques. C'est aussi un travail que je souhaite engager avec les branches professionnelles en 2026, pour faire connaître les métiers scientifiques et techniques.
Nous devons progresser dans l'offre de formation. Les formations hybrides – qui croisent ingénierie et santé, numérique et sciences sociales, mathématiques et design – attirent davantage de femmes. Non pas parce qu'elles seraient "plus faciles", mais parce qu'elles donnent du sens, montrent l'impact concret sur la société.
C'est cette direction que nous devons prendre dans le supérieur. Et je souhaite y travailler avec les conférences, les associations de professeurs de classes préparatoires et tous les acteurs dès les prochaines semaines.
Cette ambition suppose également de consolider les acteurs de la culture scientifique. Car le choix des sciences commence avec le goût des sciences, qui ne peut naître que par la familiarité avec la démarche scientifique dès l'âge scolaire.
La nomination de Sylvie Retailleau à la tête d'Universcience permettra d'accompagner la transformation de l'établissement vers un nouveau modèle culturel, scientifique et économique, à la hauteur des défis auxquels il fait face.
Avec ma collègue Rachida Dati, nous avons travaillé pour que le Palais de la Découverte rouvre ses portes au premier trimestre 2027. Ce moment tant attendu marque le renouveau d'un lieu emblématique, dédié à la diffusion de la culture scientifique et à l'émerveillement de tous les publics.
Grâce à un engagement collectif et un travail interministériel déterminé, nous avons obtenu la conservation intégrale des superficies dédiées à la culture scientifique avant les travaux du Grand Palais. Le Palais de la Découverte reste ainsi un lieu vivant, un espace de dialogue entre la science et la société, un pont entre les découvertes d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Merci à vous, chercheurs, académiciens, industriels, enseignants, qui vous êtes mobilisés sans relâche pour défendre le Palais de la Découverte. Votre engagement a été déterminant.
Nous avons aussi besoin d'une stratégie interministérielle plus lisible, cohérente et efficace en termes de culture scientifique. C'est pourquoi, avec mes collègues de l'Éducation nationale et de la Culture, nous avons confié une mission à ce sujet, à Adrienne Brotons, François Germinet et Eric Gross. Ils rendront leurs conclusions dans les prochaines semaines.
De manière plus générale, notre attractivité repose sur la qualité de nos formations et leur pertinence. Sans dresser un panorama complet de nos formations, j'aimerais en aborder quelques aspects avec vous.
Nous devons faire plus et mieux, ensemble. Universités, classes prépas et écoles : toutes ont un rôle à jouer.
Les établissements publics expérimentaux ont permis de rapprocher universités et grandes écoles. Les cordées de la réussite ont permis de rapprocher établissements du secondaire et enseignement supérieur. A chaque fois, il a fallu rassembler sans diluer.
Je souhaite rappeler ici la place des classes préparatoires et leur importance dans notre modèle.
Les classes prépas proposent une formation d'excellence en lettres et en sciences, qui fait partie de l'identité française. Il faut préserver ce qui en fait la force, sans craindre de l'adapter aux évolutions du monde et aux étudiants.
L'excellence de nos formations, elle est aussi dans les universités, dans les bachelors, dans les doubles licences, dans les CPES, en lien avec les meilleurs lycées de notre pays.
Chacun a sa place, pour répondre aux besoins, aux spécificités de tous les jeunes.
Chacun doit contribuer à relever le défi de la formation.
Cette année qui commence devra en particulier permettre d'aboutir sur la réforme de la première année des études de santé. Il n'est pas question de revenir à la PACES. Ce système était devenu une machine à broyer, elle était à la fois injuste et inefficace, ce qui fait beaucoup.
Le système actuel de PASS et de LAS a aussi ses limites, il a donné lieu à une créativité inattendue qui s'est traduite par une multiplicité de parcours dont la cohérence n'est pas manifeste. C'est pourquoi j'ai réuni, avec la ministre de la santé Stéphanie Rist, les représentants de toutes les parties prenantes.
Leur concertation, tout à fait inédite, permettra de proposer une évolution satisfaisante dès la rentrée 2027.
Il est clair pour moi que chaque étudiant en première année doit pouvoir poursuivre son parcours même s'il n'est pas admis en L2 santé, je ne reculerai pas sur ce sujet. Je fais pleinement confiance aux présidents et aux doyens pour aller jusqu'au bout de l'esprit de la réforme portée en 2019.
Merci en particulier à tous les doyens de santé ainsi qu'aux directrices et directeurs d'écoles de maïeutique, mais aussi aux doyens des autres formations et présidents et vice-présidents d'université pour leur implication dans ces discussions.
Au-delà de cette réforme, de nouveaux sites délocalisés dans des départements dépourvus de première année sont appelés à se déployer, selon un plan d'action piloté par les recteurs, préfets, ARS et collectivités pour couvrir progressivement tout le territoire.
Vous le savez, l'enseignement supérieur privé joue un rôle croissant dans notre pays. Il accueille plus d'un quart des étudiants français. L'immense majorité de ces formations est de très bonne qualité. Elles contribuent pleinement à répondre aux besoins de notre pays.
Une petite minorité pose en revanche un problème grave, avec des pratiques parfois franchement frauduleuses.
Depuis un an, un travail considérable a été mené pour produire un projet de loi sur la régulation de l'enseignement supérieur privé. Il a fait l'objet d'une très large adoption transpartisane, parce qu'il répond aux demandes des familles, des étudiants, des territoires, des entreprises, des établissements. Mais aussi des étudiants internationaux qui souhaitent étudier en France Je continuerai à le défendre, afin qu'il puisse être discuté au Parlement au plus vite.
Le Hcéres, comme autorité publique indépendante, tient une place importante dans le projet de loi. Je salue les parlementaires qui ont décidé de ne pas supprimer le HCERES. Et comme je l'ai indiqué, le Hcéres doit devenir la pierre angulaire de la régulation de l'enseignement supérieur privé.
J'avais annoncé, en mars dernier, les travaux pour faire évoluer le label Qualiopi, qui permet d'accéder aux fonds de l'apprentissage, en lien avec le Ministère du
Je peux vous annoncer ce soir que la copie est prête, et que les Ministères du Travail et de l'enseignement supérieur vont pouvoir lancer les concertations finales.
C'est une avancée majeure pour contraindre les financements de l'apprentissage à des critères objectifs de qualité.
Le projet de loi prévoit également des évolutions s'agissant des établissements publics expérimentaux, et notamment la prorogation pour trois ans du dispositif, pour permettre une maturation plus longue des expérimentations.
C'est dans ce contexte que j'ai confié une mission à Jean-Pierre Korolitski sur l'évolution des EPE dont les préconisations me seront rendues fin février.
L'année dernière, j'ai porté, avec le ministère de l'Éducation nationale, la réforme de la formation initiale des enseignants.
C'est une réforme fondamentale. Les enseignants du premier et du second degrés sont les garants de la promesse républicaine qui a mis l'éducation au fondement de notre identité commune. Ils préparent la jeunesse de demain, à prendre sa place dans la société.
Merci aux universités, qui se sont mobilisées pour mettre en place les maquettes de formation dans un temps très contraint.
Nous devons former les talents de notre pays. Mais nous devons, je l'ai dit, tenir notre place dans une compétition qui dépasse les frontières nationales. Les talents scientifiques sont plus mobiles que jamais. La France doit affirmer sa place comme destination pour ces talents.
Il y a un an presque jour pour jour, l'administration américaine actuelle entrait en fonctions. Depuis, vous avez vu, comme moi, la rapidité avec laquelle la puissance académique des Etats-Unis a été mise à mal. Des pans entiers de la recherche mondiale ont été mis en péril, des sciences sociales à l'observation de la terre et de l'océan depuis l'espace, de la santé des femmes aux sciences du climat.
Le 5 mai dernier, le président de la République et la présidente de la Commission européenne ont lancé Choose France et Choose Europe for Science. Par ce programme, nous avons redit au monde que la France se tiendra toujours du côté des chercheurs. Que ceux qui veulent poursuivre leurs travaux dans notre pays, en s'intégrant dans les équipes et les laboratoires de très haut niveau sont les bienvenus.
Le processus de sélection est particulièrement exigeant. Il suppose, pour les chercheurs qui s'y engagent, un changement complet de vie, c'est un choix scientifique et personnel considérable.
Eh bien, c'est un succès. Nous avons reçu des milliers de marques d'intérêt de chercheurs du plus haut niveau, de toutes nationalités. Les plus grandes institutions américaines sont représentées, Harvard, Princeton, Yale, Columbia, et j'en passe.
Aujourd'hui, plus de quarante-cinq dossiers ont été validés par le jury, pour des projets dans des domaines qui vont des études spatiales et des sciences du climat aux neurosciences et aux mathématiques. Je veux remercier les établissements et organismes qui ont joué le jeu pour monter des projets d'accueil cohérents avec leur identité scientifique et le profil des candidats.
Nous devons poursuivre ce mouvement. Nous devons rester attractifs pour les meilleurs talents, où qu'ils soient. C'est d'autant plus important que la compétition mondiale pour les talents n'a jamais été aussi forte.
C'est pourquoi je veux que cette année marque une nouvelle étape dans notre politique d'attractivité à l'égard des étudiants internationaux. En 2027, nous arriverons au terme de la stratégie Bienvenue en France. Nous sommes en passe d'atteindre l'objectif de 500 000 étudiants internationaux accueillis en France. Nous pouvons regarder plus loin adopter une approche plus qualitative, pour accueillir mieux les étudiants qui choisissent la France.
Ce sera l'objet de la stratégie d'attractivité que je porterai au printemps, "Choisir la France, choisir la Science". Une stratégie qui prendra acte du continuum des étudiants aux chercheurs, pour conserver à notre pays sa place dans la compétition mondiale pour les talents.
4. Transformer le pilotage de l'ESR pour rester dans la course
Ma ligne est donc claire : nous devons tout faire pour rester dans la course mondiale pour l'excellence.
Cela suppose de revoir sans tabou notre fonctionnement collectif, y compris en ce qui concerne notre financement.
Force est de constater que le modèle actuel de financement des établissements interroge et que l'hétérogénéité des situations pose question.
Il faut que nous disposions d'un diagnostic partagé, chiffré, pour faire évoluer le système.
Les assises du financement de l'université nous donneront le temps nécessaire. Avec la ministre de l'action et des comptes publics, j'en ai confié le pilotage à Jérôme Fournel et Gilles Roussel.
Ces assises permettront de poser la question des ressources des universités, de leurs charges et des contraintes structurelles auxquelles elles font face, et plus largement de leur modèle économique. En même temps, elles devront permettre d'objectiver l'effort des pouvoirs publics et les réalités de la gestion des établissements. La professionnalisation de cette gestion est un jalon incontournable de l'amélioration de la situation, et notamment en ce qui concerne la charge administrative que vous êtes nombreux à déplorer.
Et ces assises devront intégrer à ce tableau, qui ne peut être que dynamique, l'accès aux financements européens, la formation continue, les questions foncières et patrimoniales ou encore financement des collectivités territoriales.
J'attends beaucoup de ces rencontres. Comme l'écrivait Marc Bloch, qui entrera au Panthéon le 16 juin prochain, "que chacun dise franchement ce qu'il a à dire, la vérité naîtra de ces sincérités convergentes."
Je n'ai cessé de le dire, mais nous devons notamment progresser dans le succès aux ERC. Ils sont non seulement une source de financement mais, tout simplement, un signe d'excellence mondiale dans la recherche. C'est une demande que j'ai faite dès mon arrivée.
Frédérique Vidal l'avait fait en 2019, en demandant un plan d'action à plusieurs acteurs. L'effet semble aujourd'hui plus que limité. Pour ne pas dire nul.
Une première étape a été franchie, avec l'augmentation des dépôts, mais les taux de succès ne progressent pas.
Ce n'est pas une fatalité. Nos chercheurs ne sont pas moins bons qu'ailleurs, au contraire ! Cela signifie que notre organisation ne les aide pas suffisamment à réussir. C'est un manque pour tout l'écosystème.
Je demande donc à chaque acteur d'en faire une priorité et de se donner tous les moyens pour que nous n'en soyons pas au même point dans un an. Les premiers appels 2027 de l'ERC seront ouverts en juin : il faut que la mobilisation porte ses fruits d'ici-là.
C'est d'autant plus important que la Commission a annoncé le déploiement des ERC Plus et des ERC Super grants, dont l'appel sera ouvert en mai prochain. Soyons au rendez-vous !
Par ailleurs, nous continuerons à porter une politique proactive de financement de certaines des grandes infrastructures de recherche au niveau européen et d'amplification du financement des alliances d'universités.
C'est tout l'enjeu de la négociation du Cadre financier pluriannuel européen qui déterminera l'avenir de l'ESR européen pour les six années à compter de 2028.
Nous devons à la fois soutenir la trajectoire budgétaire de ces programmes et faire en sorte que les outils de financement répondent aux besoins des communautés scientifiques.
L'année dernière, j'ai souhaité engager les travaux de revoyure de la LPR.
Merci à tous ceux qui ont participé aux travaux internes au ministère pour identifier les priorités de cette nouvelle étape à venir. Vous le savez les péripéties des derniers mois n'ont pas permis d'inscrire ce sujet à l'agenda du parlement.
Mais l'intérêt existe, notamment au Sénat. Je tiens d'ailleurs à remercier le président Lafon, les sénateurs et tous les députés sur tous les bancs qui portent la question de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Je me tiens à la disposition des parlementaires pour la prochaine étape de cette revoyure nécessaire.
Je connais votre attente, légitime, à l'égard de l'ouverture de l'agenda social. En l'absence d'arbitrages budgétaires définitifs, nous n'avons pas pu échanger avec les organisations syndicales et les organisations représentatives des étudiants sur les sujets prioritaires. Dès que le vote du budget sera effectif, je les rencontrerai pour travailler avec eux sur cette base.
Au-delà du financement, ce qui doit changer, c'est la manière de vivre et travailler au quotidien, dans les laboratoires, les bureaux des établissements, les amphithéâtres. C'est une condition d'attractivité et d'efficacité, c'est une condition pour que nous restions dans la course.
Notre système d'ESR a construit des règles parfois contre-productives, qui pèsent sur ceux et celles qui font tourner nos établissements. Qui pèsent sur les chercheurs qui sont candidats à des projets français ou européens. Qui pèsent sur les enseignants qui veulent du matériel qui fonctionne. Qui pèsent sur les étudiants qui veulent simplement s'inscrire.
Il suffit de penser à la question des missions et des déplacements. Tout le monde ici voit de quoi je veux parler.
Notre système est complexe, c'est normal, mais cette complexité ne doit pas peser autant sur chacun d'entre vous et sur les usagers de notre ministère.
Depuis un an, j'écoute et j'entends les attentes et les frustrations à ce sujet. Le constat est partagé, mais rien n'est aussi compliqué que de simplifier.
Il y a de vraies avancées. Dans la recherche, l'ANR a fait des annonces fortes : des dispositifs qui passent au forfait, un allègement massif des justificatifs de dépense, et une logique du "dites-le nous une fois". Tout cela va dans la bonne direction.
Il faut aller plus loin. Y compris dans la délégation générale de gestion. C'est pour moi un sujet de frustration ! On ne peut pas envisager une bonne gestion de l'argent public avec quatre comptabilités différentes pour une même structure. Je vous demande à tous de faire preuve de bonne volonté sur ce sujet pour sortir de ce casse-tête qui nous empoisonne depuis plus de quarante ans.
La réalité est que, au quotidien, il est difficile de porter ce sujet comme la première des priorités.
C'est pourquoi je souhaite que le portage soit assuré de manière constante et au plus haut niveau, en lien avec les deux directions générales. Je nommerai donc dans les semaines qui viennent un délégué ministériel chargé de porter cette mission.
Par ailleurs, nous devons donner toute sa place à l'intelligence artificielle. Ce n'est pas un remède miracle, mais c'est un outil puissant qui peut nous faire gagner en efficacité, à la fois dans la recherche elle-même et pour alléger les tâches administratives des chercheurs. Nous ne pouvons pas passer à côté.
Notre effort de réforme doit se poursuivre dans l'organisation des rapports entre les différentes strates de notre ministère. Là encore, il s'agit d'un enjeu de simplification autant que d'efficacité.
Depuis un an, je porte la mise en place des nouveaux contrats d'objectifs, de moyens et de performance, les COMP.
J'avais annoncé leur mise en place ici-même, devant vous, l'année dernière.
Lorsque j'ai lancé la préfiguration dans deux académies, je dois dire que j'ai ressenti un certain doute sur notre capacité à mener à bien cette transformation.
Pourtant, nous y sommes.
La préfiguration a eu lieu, elle a fait ses preuves. Merci à ceux, recteurs et présidents d'université, qui ont joué le jeu de cette première étape.
En 2026, ces nouveaux contrats seront déployés sur tout le territoire, dans tous les rectorats, avec un soutien constant des directions de notre ministère et même une task force dédiée.
Ces nouveaux COMP sont un levier de transformation considérable de notre action. Ils sont négociés avec les recteurs, au plus près du terrain. Ils portent sur l'ensemble de la stratégie de l'établissement.
Ils permettent de mettre autour de la table des acteurs locaux, à commencer par les collectivités.
Ces COMP incarnent, en fait, l'aboutissement de la logique d'autonomie des universités.
Nous n'avions pas tiré les conséquences de cette autonomie en termes de déconcentration. Les nouveaux COMP sont une étape décisive dans cette direction. Car la déconcentration de l'action publique en termes d'enseignement supérieur et de recherche est la réciproque de l'autonomie des établissements.
II. Défendre notre modèle
Mesdames et Messieurs,
Ces transformations sont indispensables pour rester dans la course.
Elles sont inséparables de la défense de ce qui fait le cœur de notre attractivité : nos valeurs et notre modèle social d'enseignement supérieur et de recherche.
L'enseignement supérieur français doit être irréprochable, inattaquable dans la défense de ses valeurs. C'était vrai hier, ça l'est plus encore aujourd'hui, alors qu'elles sont battues en brèche à travers le monde.
Cela signifie que nous resterons intraitables face à toutes les atteintes à la dignité dans nos établissements, toute expression d'une quelconque discrimination.
En 2025 encore, cet "imbécile poison" de l'antisémitisme que dénonçait Zola a montré ses ravages. Merci à toutes celles et tous ceux parmi vous, recteurs, présidents d'universités, enseignants, qui vous êtes mobilisés pour faire face à ces situations déplorables.
J'ai soutenu dans les deux assemblée la proposition de loi Lévi-Fialaire, qui a été votée et dont les décrets sont en cours de publication. C'est notamment le cas en ce qui concerne les sections disciplinaires, dont l'évolution était demandée depuis longtemps. Merci aux parlementaires qui ont porté le texte, et tous ceux qui se sont mobilisés pour permettre son application. Dès mai de cette année, la loi sera pleinement appliquée.
Nous devons être aussi intraitables dans la défense des libertés académiques. Alors que les ingérences étrangères, les procédures-bâillons contre des chercheurs, les pressions économiques ou encore les controverses médiatiques susceptibles d'entraver le travail scientifique, je continuerai mon combat pour les défendre.
Je suivrai avec attention les travaux législatifs à ce sujet dans les mois qui viennent. Je soutiendrai toute mesure qui permettra une meilleure protection des libertés académiques dans notre pays.
L'année dernière, nous avons augmenté de deux millions d'euros le soutien au programme PAUSE de soutien aux chercheurs en danger. Je continuerai à porter cet engagement, en étant attentif à l'efficacité des dispositifs mis en place.
Dans le contexte international brutal et changeant que j'ai évoqué, nous ne pouvons pas nous permettre la naïveté. Nous devons protéger notre excellence scientifique face aux tentatives d'ingérence, qui sont nombreuses. Le rapport commandé par France Universités à Stéphanie Balme sur les libertés académiques a d'ailleurs bien mis en évidence l'importance de cette ingérence.
Parmi bien d'autres exemples, je pourrais citer celui d'un chercheur en mathématiques mis en examen pour avoir fait entrer une délégation chinoise dans un laboratoire classé ZRR. Ces cas existent, et nous devons nous donner les moyens d'y répondre. C'est un point essentiel de la Revue nationale stratégique, dont je parlais tout à l'heure.
Nous sommes sur une ligne de crête, car la réalité du monde scientifique est bien entendu celle de la mobilité, y compris internationale, celle de la coopération, de la circulation des personnes et des idées. Nous devons donc trouver et défendre un équilibre qui permette la vitalité de la recherche sans nous exposer aux ingérences. Je veux y travailler avec vous dans ces prochains mois.
Dans le désordre du monde, nous devons pouvoir nous appuyer sur l'élucidation que nous permettent les sciences humaines et sociales, les SHS. C'est leur vocation, depuis que Guizot ou Michelet ont rendu son histoire à la France, depuis que Durkheim a donné à la société les outils pour comprendre le nouveau monde né de la révolution industrielle, ou que Lévi-Strauss nous a rappelé que la diversité des cultures était un bien insurpassable. Plus que jamais, nous avons besoin de ce dialogue pour éclairer notre intelligence et nourrir notre action.
Pour intensifier cette dynamique, j'ai d'ailleurs confié à Marie Gaille la mission de renforcer les interactions entre l'expertise scientifique des SHS et l'action publique.
L'AMI SHS a permis de faire naître des projets ambitieux, qui portent des projets concrets de soutien à l'action publique, comme le programme Decript.
Les SHS françaises doivent aussi poursuivre leur effort d'internationalisation, en particulier par une participation plus grande aux projets européens : la contribution des SHS et des établissements coordinateurs reste trop limitée.
Promouvoir la place de la science, lutter contre la désinformation et protéger les libertés académiques constituent aujourd'hui un même impératif.
Dans ce contexte, renforcer la culture scientifique et préserver les libertés académiques sont des leviers essentiels de résilience démocratique. Former des citoyens éclairés, défendre l'intégrité scientifique et rétablir la confiance dans la science s'inscrivent dans une même stratégie : la souveraineté cognitive, indispensable à la solidité de nos institutions et à la protection de nos processus électoraux.
Je n'oublie pas l'engagement de notre écosystème en faveur du développement durable. La mobilisation a été forte cette année, notamment pour l'élaboration des Schémas Directeurs Développement Durable et Responsabilité Sociétale. Elle devra se poursuivre cette année avec la construction de notre nouveau plan Climat, Biodiversité et Transition Écologique.
Défendre notre modèle, c'est aussi défendre notre jeunesse, en préservant notre modèle social. Elle est exposée au désordre du monde, aux doutes sur notre avenir collectif et sur son avenir. Nous devons, ensemble, lui donner les moyens et les raisons de s'engager dans l'âge adulte avec lucidité et confiance.
Cette année, vous le savez, nous mettrons en place le repas à un euro pour tous les étudiants. C'est une mesure de compromis avec une forte portée symbolique, mais aussi concrète, pour soulager le pouvoir d'achat des jeunes et de leur famille.
Les personnels des Crous font déjà face à une demande gigantesque. Ils réalisent un travail exceptionnel pour servir chaque année 43 millions de repas à prix abordable. La mise en œuvre de cette mesure est donc un défi. Je tiens à remercier ceux qui la porteront sur le terrain, avec le soutien opérationnel des services du ministère.
Notre priorité reste de garantir à chaque étudiant, où qu'il soit et quels que soient ses moyens, un accès à une alimentation abordable et de qualité.
La santé mentale a été à nouveau choisie comme Grande cause nationale en 2026. Nos jeunes sont particulièrement concernés, car leur santé mentale se dégrade sans cesse depuis des années. Pour les accompagner, le ministère met en place des outils dédiés. Santé Psy Étudiant a connu l'année dernière un doublement des consultations, et une augmentation très significative du nombre d'étudiants bénéficiaires, notamment grâce au passage de 8 à 12 séances prises en charge.
L'année prochaine, nous ferons en sorte de faciliter encore l'accès à un suivi pour tous ceux qui en ont besoin. Un numéro unique à quatre chiffres sera mis en place, à ma demande, afin que tous les étudiants puissent avoir accès à un interlocuteur à tout moment du jour et de la nuit.
Il ne suffit pas de défendre des droits, il faut donner les moyens à notre jeunesse de les exercer. Depuis février dernier, l'Outil CARE permet à l'administration d'aller vers l'étudiant pour lui proposer les aides auxquelles il a droit, directement sur son smartphone. Déjà plus de 50 000 étudiants en bénéficient. En 2026, le nouveau SI du Cnous permettra d'automatiser l'accès à certaines aides et de supprimer le non recours.
Une conférence nationale du handicap est prévue en 2026. Elle sera l'occasion de renouveler notre engagement en faveur des étudiants en situation de handicap.
Nous pourrons nous appuyer sur les démarches structurantes initiées depuis trois ans, qui ont conduit à un triplement du budget consacré à l'accompagnement des étudiants en situation de handicap entre 2022 et 2024, ou encore au lancement de l'appel à projets Université inclusive.
Enfin, l'expérimentation "campus zéro non recours" poursuivra son déploiement cette année.
Cette année, le déploiement de la plateforme Mon Logement Étudiant, en phase expérimentale depuis la rentrée 2025 permettra de de donner de la visibilité sur l'ensemble des logements étudiants existants, y compris hors Crous.
Par ailleurs, un travail de fond a été réalisé depuis un an pour atteindre l'objectif de 45 000 logements abordables en trois ans. Pour la première fois ces objectifs ont été traduits dans une circulaire du Premier ministre, avec des objectifs précis pour chaque région. Le pilotage territorial associe préfets et recteurs en lien avec une task force dédiée.
C'est un élément central de ma stratégie globale de lutte contre la précarité étudiante. Tous les territoires ne se sont pas encore emparés du dispositif. Je leur demande de prendre contact au plus vite avec la task force pour que nous puissions, ensemble, atteindre nos objectifs.
Cette année, enfin, nous poursuivrons l'effort pour améliorer la trajectoire des étudiants ultramarins, dans les Outre-mer comme dans l'Hexagone. Le mois prochain, j'organise un séminaire dédié à cette question, qui permettra de donner une impulsion nationale à la coordination interministérielle sur ce sujet qui nous engage tous.
À cette occasion des annonces concrètes seront formulés car la République doit accompagner tous ses jeunes, même ceux qui vivent à des milliers de kilomètres de l'hexagone.
Je voudrais, pour conclure, vous remercier tous pour votre engagement et votre travail au quotidien, souvent loin des regards.
Merci à vous tous au sein du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace,
Enseignants chercheurs, Chercheurs, Enseignants, et personnels non enseignants,
Doctorants ou post doctorants,
Présidents d'universités et dirigeants d'organismes
Merci aussi aux représentants des classes préparatoires et des grandes écoles,
Merci aux représentants de l'enseignement supérieur privé, qui accueillez un nombre significatif de nos étudiants
Merci aux représentants de l'industrie du spatial et des entreprises innovantes, qui avez un rôle si crucial pour mettre notre pays au niveau en termes d'innovation.
J'ai voulu étendre ce remerciement à tous ceux et celles que j'ai souhaité convier à ces vœux, car ils participent à notre ambition partagée pour l'enseignement supérieur et la recherche.
Car la réalité du terrain, c'est le travail en commun dans les territoires, dans les établissements, entre les laboratoires. Entre recherche publique et privée, entre classes prépas, écoles et universités.
Nous aurons besoin de chacun pour relever les défis de l'année à venir.
Conclusion
Mesdames et Messieurs,
L'année 2026 a commencé dans un certain chaos. Nous pouvons être tentés de nous accrocher à l'existant, de contempler le rivage de loin en espérant que le changement du monde nous laissera intacts. Mais comme l'écrivait Julien Gracq, "le rassurant de l'équilibre, c'est que rien ne bouge. Le vrai de l'équilibre, c'est qu'il suffit d'un souffle pour tout faire bouger."
Les tornades de notre temps nous interdisent de faire le pari que rien ne bougera.
Chers amis,
Que cette année 2026 soit pour nous tous l'occasion d'agir ensemble, pour garder vivant l'invincible espoir au milieu des grandes tâches qui sont les nôtres.
Je vous remercie.
Source https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 9 février 2026