Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à BFMTV.com le 6 février 2026, sur le rappel de lots de lait infantile, les déserts médicaux et les innovations en terme de médicament, de prévention et de prise en charge des patients.

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Média : BFM TV

Texte intégral

VICTORIA SOLANO
Soyez les bienvenus si vous nous rejoignez dans Bonjour Lyon. Nous recevons ce vendredi matin la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées. Bonjour Stéphanie RIST.

STÉPHANIE RIST
Bonjour.

VICTORIA SOLANO
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes en déplacement dans le Rhône et dans le Nord-Isère ce vendredi. Avant d'en parler, un mot sur cette information sanitaire importante : DANONE a élargi hier soir ses rappels de lait infantile. Près de 120 lots, 19 références sont désormais concernées en France et en Europe. Est-ce que les parents qui nous regardent ce matin doivent s'inquiéter ?

STÉPHANIE RIST
En tant que ministre de la Santé, je vais dire aux parents deux choses. La première, c'est de vérifier que le lait qu'ils donnent à leurs enfants ne fait pas partie des lots qui sont appelés à être retirés. Et ça, ils peuvent regarder sur le site Rappel Conso où il y a tous les lots retirés. Et puis, la deuxième chose, c'est si jamais leur enfant a des vomissements, dans ces cas-là, d'appeler le médecin traitant, d'aller consulter le médecin ou le pédiatre.

VICTORIA SOLANO
Est-ce que les contrôles et la traçabilité sont suffisants, aujourd'hui, pour éviter tous ces risques pour les nourrissons ?

STÉPHANIE RIST
Si les lots sont retirés, c'est justement parce qu'il y a des contrôles. Le seuil a été abaissé sur la recherche de toxines, qui est une toxine habituelle qu'on connaît bien, qui donne des troubles digestifs. Et donc, le fait qu'il y ait des contrôles et qu'ils soient retirés, c'est plutôt rassurant. Ça veut dire qu'il y a des contrôles.

VICTORIA SOLANO
Et est-ce qu'il faudrait justement les renforcer, ces contrôles ? Parce que c'est vrai qu'on entend beaucoup parler de ces rappels en ce moment, de lait infantile.

STÉPHANIE RIST
Moi, je suis ici en tant que ministre de la Santé. Je viens toute la journée à Lyon et en Nord-Isère pour parler innovation. Je crois, encore une fois, que les parents doivent regarder si leur lait est retiré et ne pas le donner évidemment s'il est retiré.

VICTORIA SOLANO
On va revenir sur votre déplacement dans le Rhône et dans le Nord-Isère aujourd'hui pour parler de l'innovation. Mais avant de parler du futur, on va commencer quand même par l'urgence. En janvier, les urgences de l'Hôpital Édouard Herriot à Lyon ont été saturées. Les soignants parlent d'un système à bout avec deux procédures de danger grave et imminent déposées. Aujourd'hui, le personnel est en grève depuis hier pour demander plus de lits, des ouvertures de postes. Ils expliquent que ce manque d'effectifs les amène parfois à être maltraitants. Est-ce que vous mesurez la gravité de cette situation actuelle ?

STÉPHANIE RIST
Oui, je travaille à l'hôpital, je connais le problème des urgences. Le problème qui est lié aussi à la période hivernale, qui est lié aussi au fait que…

VICTORIA SOLANO
...L'épidémie de grippe, la grève des médecins libéraux.

STÉPHANIE RIST
Exactement, bon, ce qui est important, c'est que nous les rencontrerons dans la matinée. Mais la direction de l'hôpital avec l'Agence régionale de santé et les professionnels sont déjà en train de prendre des mesures pour améliorer la situation. C'est ça qui est important.

VICTORIA SOLANO
Des mesures, c'est des lits en plus, des créations de postes ?

STÉPHANIE RIST
C'est un ensemble de mesures adaptées à chaque territoire. Chaque urgence est différente. Il peut y avoir de la régulation parfois dans certains territoires. Mais ça doit se travailler entre les professionnels et les dirigeants.

VICTORIA SOLANO
Autre hôpital lyonnais en grande difficulté, c'est l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu dans le 8e arrondissement, en pédopsychiatrie. Sept médecins ont démissionné ces derniers mois. Ils ont manifesté cette semaine chez nous. Les soignants parlent d'un abandon de la psychiatrie. Est-ce que vous partagez ce constat ? La santé mentale était pourtant la grande cause nationale de 2025.

STÉPHANIE RIST
J'aurai l'occasion dans les prochaines semaines de faire un bilan de la grande cause 2025, ce qui a été fait, ce qui n'a pas été fait, en toute transparence, d'expliquer ce que nous allons faire en raison de la grande cause 2026, mais surtout en raison du fait que la santé mentale doit être une priorité. C'est la mienne, c'est celle du Gouvernement. Dans quelques semaines, j'aurai l'occasion de m'exprimer dessus.

VICTORIA SOLANO
Ils demandent notamment, les soignants, l'ouverture d'États généraux de la psychiatrie. Est-ce que c'est sur la table ?

STÉPHANIE RIST
Vous savez, il y a déjà eu des États généraux. Il y a déjà eu beaucoup d'assises. On parle de pédiatrie, d'assises de la pédiatrie... Moi, ce qui m'importe, c'est d'apporter des réponses opérationnelles rapidement. Et c'est ce que nous allons faire dans les semaines qui viennent.

VICTORIA SOLANO
Vous êtes aussi dans le Rhône pour parler d'innovation, mais également de déserts médicaux. Vous allez vous rendre cet après-midi à Grigny-sur-Rhône, une ville de plus de 10 000 habitants, qui n'avait plus de médecin traitant depuis plus d'un an. Depuis, il y a une maison de santé pluriprofessionnelle qui a été créée. Elle réunit différents praticiens. Est-ce que c'est un modèle que vous souhaitez généraliser en France ?

STÉPHANIE RIST
Oui, je vais labelliser cette maison de santé "France Santé". Ça veut dire quoi ? Ça veut dire déjà, d'une part, que les gens vont se rendre compte qu'il y a un accès aux soins près de chez eux. Et l'autre chose, surtout, c'est un financement, puisque la Loi de financement de la Sécurité sociale qui a été votée en décembre permet d'avoir 150 millions pour la labellisation de ces maisons "France Santé". Et cet argent va venir soutenir les professionnels pour qu'ils augmentent l'accès aux soins, le nombre de rendez-vous de médecins, si nécessaire, ou la coordination.

VICTORIA SOLANO
On a diffusé sur BFM LYON, en début de semaine, un magazine sur les déserts médicaux, que vous allez d'ailleurs pouvoir revoir dès 10 h sur notre antenne et des déserts médicaux, même en ville, comme dans le 8e arrondissement de Lyon : des médecins partent à la retraite sans être remplacés. Comment on peut convaincre aujourd'hui les jeunes médecins de s'installer dans ces zones urbaines, comme rurales, finalement ?

STÉPHANIE RIST
La désertification, comme on dit, médicale, c'est plus de 80 % de notre territoire. C'est dû au fait qu'il y a eu, pendant très longtemps, un numerus clausus qui a limité le nombre de médecins formés, que nous avons arrêté en 2019. Et donc, on augmente le nombre de médecins formés, mais il faut une dizaine d'années pour qu'ils arrivent. Donc, ce n'est pas encore tout de suite. Et nous mettons en place d'autres mesures, comme le fait de travailler en coordination, en coopération. Et ça, c'est ce qui attire les jeunes médecins, partout, même dans les zones difficiles, plus difficiles, soit parce qu'il n'y a pas beaucoup de professionnels, soit parce que c'est dans des quartiers dans lesquels les médecins, spontanément, n'ont pas envie d'aller. Donc, des mesures de coopération. Et puis, ces maisons "France Santé", qui viennent apporter un soutien financier, qui va permettre aussi d'attirer les plus jeunes.

VICTORIA SOLANO
Vous êtes donc dans le Rhône et dans le Nord-Isère pour parler d'innovation aujourd'hui. Vous allez visiter ce matin l'usine MAAT PHARMA et SKYEPHARMA à Saint-Quentin-Fallavier, qui développent des médicaments à base de microbiote contre le cancer. Pourquoi ce site est-il stratégique pour la France ? On avait la Journée mondiale du cancer, cette semaine, en France et dans le monde.

STÉPHANIE RIST
Oui, pendant la Journée mondiale du cancer, j'ai pu annoncer le dépistage du cancer du poumon pour tous, de façon ciblée, d'ici 2030. Et dans ce cadre-là, c'est une continuité. Je viens annoncer aujourd'hui que les données de santé, nos données de santé qui sont à la Caisse d'assurance maladie, pourront être transférées sur une plateforme souveraine et sécurisée. Et ça, c'est très important pour les chercheurs, notamment, qui pourront accéder à l'ensemble des données de santé de nos concitoyens, tout en faisant que ces données soient sécurisées et souveraines. Et ça, c'est important, ça fait le lien avec l'entreprise, puisque ces entreprises que je vais visiter ce matin, l'une d'entre elles permet la souveraineté du médicament puisqu'elle relocalise la fabrication de médicaments sur notre territoire. L'autre entreprise, elle fait de l'innovation à base de traitements qui sont créés à base du microbiote. Enfin, c'est un peu technique, mais ce qui est important, c'est l'innovation. Nous sommes avec des financements d'État qui sont importants, puisque ce sont des financements France 2030, mais qui permettent que la France soit à la pointe et permette d'avoir des médicaments fabriqués sur son sol.

VICTORIA SOLANO
Les Hospices Civils de Lyon viennent aussi de dévoiler un scanner interventionnel unique pour les traitements oncologiques à l'Hôpital Lyon Sud. Est-ce que Lyon est en train de devenir un pôle majeur de la médecine du futur, finalement, de demain ?

STÉPHANIE RIST
C'est un vrai territoire d'innovation, c'est pour ça que je suis ici toute la journée. Je vais aller après, effectivement, aux Hospices Civils, voir ces innovations, des innovations qui permettent plus de prévention, de mieux soigner les gens, mais aussi de pouvoir aider le décideur public à décider avec de l'intelligence artificielle qui est intégrée. Mais vous voyez bien que pour toutes ces innovations, il nous faut une sécurisation des données, des données de santé. C'est ça que j'annonce, puisque nous allons avoir cette plateforme très rapidement. Dès lundi, les travaux sont engagés pour avoir une plateforme sécurisée et souveraine.

VICTORIA SOLANO
Et comment l'État accompagne ces innovations qui, on l'imagine, sont très coûteuses ?

STÉPHANIE RIST
Alors, c'est des financements. Nous avons des financements via FRANCE 2030, des financements concentrés sur l'innovation qui ont été aussi complémentés par des financements pour la souveraineté. Et c'est vraiment les deux enjeux de ma visite aujourd'hui. La souveraineté avec le médicament, avec la sécurisation de nos données de santé et l'innovation, parce que nous devons être à la pointe aussi dans la santé de l'innovation.

VICTORIA SOLANO
Vous allez découvrir le projet INHEART à l'Hôpital Louis Pradel aujourd'hui, en rythmologie cardiaque. C'est quoi ce projet ? En quoi les technologies changent-elles aujourd'hui la prise en charge des patients ?

STÉPHANIE RIST
Alors, je vais découvrir, mais il s'agit de ce qu'on appelle un jumeau numérique, c'est-à-dire la fabrication informatique d'un cœur humain et donc qui permet - mais je vais le voir très concrètement, c'est ça qui est important dans ce déplacement - mais très concrètement, voir quand on module certains éléments, comment ça se passe derrière en vrai. C'est comme une simulation un peu. Et donc, c'est vraiment important parce que ça fait partie de la formation aussi. Et donc, toutes les parties recherche, formation, tout ça, c'est vraiment... On doit se mettre à l'heure de l'intelligence artificielle tout en étant sécurisés.

VICTORIA SOLANO
Parce que vous pensez que l'intelligence artificielle, l'innovation, ça peut améliorer la survie, la qualité de vie des patients ?

STÉPHANIE RIST
Ce dont je suis sûre et dont j'échange beaucoup avec les pays européens que je peux rencontrer, mes homologues européens, c'est que l'Europe doit être à la hauteur de l'innovation. Nous ne pouvons pas laisser l'innovation, l'intelligence artificielle aux Américains et aux Chinois. Nous devons être, nous aussi, à la hauteur et c'est tout cet enjeu que je viens voir aujourd'hui.

VICTORIA SOLANO
Vous parlez de ces données qui ont été sécurisées. On a beaucoup entendu parler de piratage. Comment on fait ? Quelles sont les limites finalement ?

STÉPHANIE RIST
Justement, c'est pour ça que nous devons proposer et c'est la responsabilité de l'État de proposer des solutions évidemment qui peuvent être européennes mais qui seront souveraines et sécurisées pour nos données.

VICTORIA SOLANO
Dernière question. Les soignants qui nous regardent très certainement ce matin disent être épuisés. Les patients inquiets pour l'accès aux soins avec les déserts médicaux. Quel message vous avez envie de leur apporter ce matin sur BFM LYON ?

STÉPHANIE RIST
Moi je considère que ce n'est pas une fatalité. Je viens d'un département qui est un des pires en France sur la désertification médicale où j'ai travaillé comme rhumatologue sur ce territoire. Il y a des améliorations possibles et je l'ai vu sur mon territoire grâce à des professionnels qui s'organisent, grâce à l'évolution des métiers. Vous savez que les infirmières de pratique avancée permettent d'avoir plus de compétences qui libèrent du temps de médecin, l'intelligence artificielle... Tout ça, ce sont des mesures qui permettront d'améliorer l'accès aux soins. Moi, mon rôle est d'essayer de coordonner, d'aider avec des financements quand cela est nécessaire, l'innovation justement pour permettre un meilleur accès aux soins en étant tout à fait sécurisé pour nos concitoyens.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2026