Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 9 février 2026, sur la violence des jeunes, l'aide médicale d'État, la politique migratoire et La France insoumise classée à l'extrême-gauche.

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Média : BFM TV

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre de l'Intérieur. Merci d'avoir répondu à mon invitation, ce matin. De très nombreuses questions à vous poser, notamment aussi après les déclarations du Premier ministre sur l'aide médicale d'État, sur l'accueil des étrangers et la question aussi des liens avec l'Algérie. Mais je voudrais commencer par ce que votre collègue ministre de l'Éducation appelle l'explosion de l'hyperviolence chez les jeunes. Il parle même d'une banalisation de la violence. Et il donne ce chiffre, 525 élèves entre mars et décembre ont été interceptés avec un couteau, il l'a dit chez nos confrères d'RTL. Est-ce que vous utiliseriez la même expression d'explosion de l'hyperviolence chez les jeunes ?

LAURENT NUNEZ
Oui, j'utiliserais exactement la même expression. Par contre, il faut clarifier les choses. La part des mineurs dans la délinquance depuis 2016 ne cesse de baisser. Si on prend le total des mis en cause, quels que soient les items de la délinquance, le pourcentage de mineurs baisse. Ce qui interpelle, c'est que malgré cette baisse, ils restent très présents dans les violences physiques hors contexte familial. On a encore un mineur, une personne mise en cause sur cinq est un mineur. Sur les cambriolages, ça peut aller. C'est également un sur cinq. Et surtout sur les vols violents, c'est encore un sur trois. Donc c'est beaucoup, même si ça baisse.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'ils sont moins nombreux à être violents. Mais quand ils sont violents, ils sont plus violents qu'avant.

LAURENT NUNEZ
La délinquance des mineurs, statistiquement, on ne constate pas une augmentation. Au contraire, le pourcentage dans les mis en cause baisse. En revanche, et c'est là, évidemment, où je rejoins totalement mon collègue Édouard GEFFRAY, le ministre de l'Éducation nationale. Ce qu'on constate, c'est que la violence s'invite dans les relations pour des motifs extrêmement futiles. On a de plus en plus d'usages d'armes blanches. Et oui, on peut parler d'une montée de la violence chez les jeunes. C'est un véritable fait de société. Voilà, en termes de délinquance... Ça me parait important de le dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors une fois qu'on a posé les chiffres, il y a les chiffres et vous l'avez dit, donc, il y a moins de mineurs mis en cause, mais ceux qui sont mis en cause sont extrêmement violents. Moi, j'ai aussi ce chiffre sous les yeux. Le nombre d'adolescents poursuivis pour assassinats, meurtres, coups mortels, violences aggravées, a quasiment doublé depuis 2017. Donc, pour ces faits d'ultra-violence, il y a des mineurs. Et puis, effectivement, vous le disiez, la violence entre eux, entre mineurs, avec cette hyper-violence dont ils parlent. Est-ce que vous utiliseriez aussi le mot d'ensauvagement ?

LAURENT NUNEZ
Non, moi, je n'utilise pas le mot d'ensauvagement.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'utilisait votre prédécesseur…

LAURENT NUNEZ
Il y a une montée de la violence des jeunes, il y a une action répressive qui est menée. Vous savez, les 525 armes blanches qui ont été saisies depuis mars dernier, c'est dans le cadre de contrôles qu'on organise avec les responsables des autorités de l'éducation nationale, les responsables de chaque établissement, policiers, gendarmes, aux abords des établissements scolaires, à l'entrée ou à une périphérie un peu plus éloignée. Et donc, on a densifié les contrôles. On mène une action qui est aussi une action répressive.

APOLLINE DE MALHERBE
1 500 contrôles par mois sur tout le territoire, vous restez sur ce chiffre-là ?

LAURENT NUNEZ
Oui, on reste sur ce contrôle. Alors, ce sont des contrôles qui ont lieu soit à l'entrée des établissements scolaires, soit diligentés par les forces de sécurité intérieure à proximité immédiate. Ça a été lancé de manière soutenue depuis mars dernier, donc, il y a bientôt un an, et on continue évidemment ces contrôles.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais maintenant, on fait quoi ?

LAURENT NUNEZ
Non, mais attendez, maintenant, on fait quoi ? Vous savez, moi, je suis le ministre de l'Intérieur en charge et responsable des policiers et des gendarmes. Nous, on mène une action répressive. Vous savez, dans l'action que mènent l'ensemble des effectifs du ministère de l'Intérieur, les forces de sécurité intérieure, nous, on ne connaît pas l'excuse de minorité. Donc, on interpelle des délinquants. On ne connaît pas l'excuse de minorité. Mais vous voyez bien que les policiers et les gendarmes ne peuvent pas tout. Et d'ailleurs, je crois que le ministre de l'Éducation nationale l'a dit, il y a besoin aussi dans ce pays d'un choc d'autorité à tous les niveaux. Au niveau évidemment des parents, des associations, des collectivités locales pour la prévention de la délinquance. Voilà, il faut que tout le monde prenne à bras les corps ce problème.

APOLLINE DE MALHERBE
Là, vous êtes en train de me parler de tout sauf de la justice. Vous me dites qu'il faut un choc d'autorité dans l'éducation, chez les parents. Mais à la fin des fins, est-ce qu'ils sont jugés comme ils devraient l'être ? Je vous donne deux exemples sur les derniers jours. Il y a eu cette jeune fille dans le Rhône qui a été prise dans un traquenard et torturée par d'autres jeunes mineurs. Il y a eu cette jeune fille à la sortie de son collège à Saint-Génie-Laval. Il y a eu Théo à Lyon. Théo, parmi ses agresseurs, il y aurait, mais vous allez me confirmer si c'est le cas, un jeune de 14 ans. 14 ans est déjà connu pour 25 faits, dont des faits de torture. C'est juste ?

LAURENT NUNEZ
Moi, je ne vais pas me prononcer sur des décisions judiciaires. Ce que je peux vous dire, c'est qu'évidemment, dans le choc d'autorité, il y a aussi la justice. Je ne l'ai pas cité, mais il y a aussi la justice.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand on est connu pour 25 faits et qu'on a 14 ans, ça veut bien dire qu'on a un sentiment d'impunité.

LAURENT NUNEZ
Il faut qu'à tous les étages, on rappelle l'autorité. Voilà, à tous les étages, évidemment, y compris au niveau des décisions de justice qui sont prises. Mais encore une fois, je le redis, les magistrats ne font appliquer les lois telles qu'elles sont faites.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que l'excuse de minorité, au fond, est devenue un argument pour parfois même utiliser, manipuler un certain nombre de jeunes, quand on voit, par exemple, à Grenoble, l'enlèvement de cette femme magistrate et de sa mère sur fond de cryptomonnaies, puisque l'époux de la magistrate travaille dans les cryptomonnaies et qu'il lui a été demandé, effectivement, une rançon. Les ravisseurs, dont une fille d'ailleurs, ont moins de 20 ans et il y a au moins un mineur. Est-ce que le fait qu'il y ait cette excuse de minorité dans la justice fait que, parfois, on irait, quand on est ravisseur, chercher des mineurs pour leur faire commettre les bas oeuvres ? Est-ce qu'au fond, ça ne s'est pas retourné contre les mineurs eux-mêmes, qui sont désormais manipulés parce qu'on sait qu'eux, ils prendront moins que les autres ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord, dans ce type d'affaires qui relève de la criminalité organisée, on enlève des personnes qui sont des entrepreneurs de cryptomonnaies ou qui en détiennent, on enlève leurs proches pour faire pression sur eux, obtenir une rançon. Dans ce type d'affaires, c'est de la criminalité organisée. Je pourrais vous dire la même chose pour le trafic de stupéfiants. Oui, il y a des commanditaires qui, généralement, ne sont pas forcément sur le territoire national, qui utilisent effectivement des délinquants, des voyous locaux, des petites mains, on va dire, même s'ils ont des profils très sérieux en termes de condamnation judiciaire, ils sont connus des services de police. Et oui, très jeunes, en général, et vous avez raison, il peut y avoir effectivement des mineurs. Évidemment que le fait d'envoyer des mineurs les expose moins en termes de sanctions pénales. Évidemment. Et c'est évidemment pour ça que l'excuse de minorité pose question, interpelle. En tout cas, je vous le redis, pour les policiers et les gendarmes, ça n'existe pas. Il n'y a pas d'excuse de minorité. La personne qui a, vous dites qu'il y a au moins un mineur, je ne confirmerai pas cette information parce qu'elle relève de la procédure judiciaire, a supposé que ce soit le cas. Vous savez, elle a été interpellée de la même façon.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais elle ne sera pas jugée de la même façon.

LAURENT NUNEZ
Vous savez, à 17 ans, quand vous enlevez une magistrate et sa mère pour obtenir une rançon, je pense que oui, quand même. Franchement, je pense que oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand vous dites l'excuse de minorité interroge, est-ce que vous estimez, malgré tout, qu'il faut ouvrir cette question et se poser la question d'excuse de minorité ? Ça veut dire aussi envisager de la supprimer.

LAURENT NUNEZ
Mais bien sûr qu'il faut envisager. Moi, je vous parle à titre personnel. Je ne vais pas parler à la place du garde des Sceaux. Quand vous voyez le nombre de mineurs qui sont impliqués dans des faits graves, le nombre de mineurs impliqués, par exemple, dans les homejackings, qui sont les séquestrations à domicile pour dérober des biens. Quand vous voyez les mineurs qui sont impliqués dans le narcotrafic. Quand vous voyez les affrontements qu'il y a entre jeunes où on utilise des armes blanches. Et qui baissent encore, Apolline DE MALHERBE, qui baissent cette année par rapport à l'année dernière, le volume d'affrontements entre jeunes. N'empêche que l'intensité de la violence dans ces affrontements monte. Évidemment qu'il faut se poser la question. Évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
On y reviendra également. Cette interview du Premier ministre Sébastien LECORNU, à la presse quotidienne régionale. Il y a deux points qui vous concernent. La question de l'AME et la question de la renégociation éventuelle des accords d'Algérie. Sur l'AME, l'aide médicale d'État. C'est donc cette aide médicale qui est réservée aux clandestins en France. Il dit que certes, il va y avoir davantage de contrôle sur les bénéficiaires. Il a d'ailleurs publié un décret qui demande, par exemple, et on découvre que ça n'était pas le cas jusqu'à présent, une pièce d'identité avec photo pour bénéficier de l'AME. Avant, on pouvait bénéficier de l'AME sans pièce d'identité avec photo. Mais il dit : " On ne va pas toucher au panier de soins ". Est-ce qu'aujourd'hui, le panier de soins pour les titres de séjour pour soins, qui font partie aussi des titres de séjour pour intérieurs en France, vous paraît Ok ? Est-ce que vous vous dites, il n'y a rien à changer comme lui ?

LAURENT NUNEZ
Le Premier ministre ne dit pas qu'il n'y a rien à changer.

APOLLINE DE MALHERBE
Il dit, : " On ne changera pas le panier de soins ".

LAURENT NUNEZ
Il ne dit pas qu'il n'y a rien à changer. Il dit qu'il y a eu un rapport qui était le rapport ÉVAIN-STEFANINI sur l'aide médicale d'État qui bénéficie, je le redis pour vos téléspectateurs auditeurs, aux étrangers en situation irrégulière, qui est une aide médicale sanitaire d'urgence. Il s'agit d'éviter qu'on ait des épidémies quand même. Donc, elle a un motif.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas d'urgence. Vous dites d'urgence, mais justement, attention, c'est tout le problème. Mais précisément, certains voudraient que ça ne soit réservé qu'aux actes d'urgence.

LAURENT NUNEZ
Certains voudraient cela, mais ce n'est pas le cas. C'est l'aide médicale d'État qui vise à éviter qu'on ait des épidémies, des maladies qui se propagent. Et donc, ce que dit le Premier ministre, c'est qu'il n'est pas question de la remettre en cause. En revanche, il faut en revoir les modalités de fonctionnement. Il a publié effectivement des décrets qui reviennent.

APOLLINE DE MALHERBE
J'ai vérifié, ils ont été publiés la nuit de dimanche à lundi.

LAURENT NUNEZ
Deux décrets qui mettent en place une partie des propositions du rapport ÉVAIN-STEFANINI, dont celle d'accompagner les pièces justificatives produites de photos et par ailleurs, celle qui permettra aux postes consulaires qui délivrent des visas partout dans le monde de pouvoir avoir accès aux bases de données des bénéficiaires de l'AME pour éviter qu'il y ait des fraudes et des personnes qui ne viennent sur le territoire national que pour se faire soigner.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ça, c'est sur l'accès à l'AME.

LAURENT NUNEZ
Et sur le panier des soins et sur le reste, le Premier ministre n'a rien exclu. Il a dit qu'il fallait y réfléchir. Évidemment, nous y réfléchirons.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il dit que pour l'instant, les choses ne sont pas prêtes. Je voulais vous poser une question. Il y a notamment les troubles psychiatriques, qui sont aujourd'hui un motif d'obtention de titres de séjour pour soins. Quand on voit l'état de la psychiatrie en France, les manques cruels de la psychiatrie en France, est-ce que vraiment le fait de pouvoir prétendre entrer sur le territoire, parce que précisément on a un trouble psychiatrique, ça ne vous pose pas question ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord, le titre pour soins, il y a très peu de titres. Je n'ai plus le chiffre en tête. Mais d'abord, ça s'effondre.

APOLLINE DE MALHERBE
35 000 à peu près.

LAURENT NUNEZ
Ça s'effondre. Le chiffre ne cesse de baisser. Donc voilà, premièrement. Deuxièmement, la plupart des gens qui sollicitent ce titre pour soins sont déjà sur le territoire national. Et ils ont déjà un titre de séjour à un autre titre. Donc il faut relativiser tout ça. Je crois que c'est 15% de l'ensemble des demandes de personnes qui sont à l'extérieur.

APOLLINE DE MALHERBE
Je pose juste la question pour le principe. Est-ce que vous considérez qu'un trouble psychiatrique doit être un argument pour obtenir un titre de séjour ?

LAURENT NUNEZ
Il faut que ce soit des traitements, il faut que ce soit des maladies qui soient graves et que dans le pays dont est originaire la personne, on n'ait pas un traitement approprié qui permette de soigner cette maladie.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'on accueille ici ou alors qu'on garde ici des gens qui ont des troubles psychiatriques pour lesquels on a peu de moyens de lutter ?

LAURENT NUNEZ
Ça doit concerner un nombre limité de personnes. Vous savez, la plupart des titres pour soins sont pour des maladies graves, sont pour des cancers. Et encore une fois, 16 % des personnes sont à l'étranger. Donc voilà, il faut relativiser tout ça. Et l'attribution de ce titre n'a cessé de baisser au fil des années.

APOLLINE DE MALHERBE
Laurent NUNEZ, qu'est-ce que vous pensez de la proposition de Gérald DARMANIN, le garde des Sceaux, qui dit qu'il estime qu'il faudrait faire une pause dans l'immigration ?

LAURENT NUNEZ
Je n'ai... Le propos qu'a tenu Gérald DARMANIN, c'était un propos personnel qui s'inscrit dans une perspective plus longue. Je pense que ça ne vous a pas échappé, Apolline DE MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, probablement dans une perspective même de présidentielle ou d'élection.

LAURENT NUNEZ
Je m'en tiens... Je respecte tout à fait cette proposition, mais elle s'inscrit dans une perspective plus longue. Moi, je m'en tiens à l'interview qu'a donnée le Premier ministre.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pensez, est-ce que vous considérez que c'est une question qui peut se poser, de faire une pause le temps, dit-il, effectivement, de tout remettre à plein ?

LAURENT NUNEZ
C'est une question qui peut se poser, mais je vais vous répondre. Je vais vous dire précisément ce que j'en pense. Ce que j'en pense, c'est ce qu'a dit le Premier ministre, parce qu'on y travaille, c'est d'avoir une meilleure régulation des visas, d'avoir une immigration qui soit mieux contrôlée, mieux pilotée, mieux choisie, d'avoir une meilleure régulation des visas, notamment des visas à long séjour qui sont demandés à l'étranger, pour pouvoir orienter vers des activités sur lesquelles nous avons des besoins, et puis, surtout, utiliser les visas aussi comme arme de rétorsion pour ceux des pays qui n'acceptent pas de reprendre leurs étrangers en situation irrégulière.

APOLLINE DE MALHERBE
Lorsque, dans cette interview, le Premier ministre parle d'une renégociation de l'accord de 1968, il dit que celui-ci ne correspond plus à nos intérêts et qu'il y a urgence à aboutir. Est-ce que vous irez en Algérie, comme vous aviez, d'ailleurs, à ce micro, dit que vous iriez ?

LAURENT NUNEZ
Alors, il y a plusieurs choses dans votre question. Il y a deux choses. La première, c'est l'accord franco-algérien. Bon, effectivement, l'accord de 1968, je crois que le président de la République a annoncé, et le président TEBBOUNE, à un moment, l'avait accepté, qu'il puisse y avoir une renégociation. Cette renégociation, on va y travailler. Pourquoi c'est un accord de droit au séjour ? Parce qu'il n'applique pas le droit commun, on n'applique pas le code du séjour. Et il y a un certain nombre de, on va dire davantage, de facilités qui sont accordées, notamment pour l'immigration familiale, et il y en a un peu moins pour l'immigration économique. Or, on veut rééquilibrer l'immigration économique dans notre pays, avoir un peu plus d'immigration économique et un peu moins d'immigration familiale. Donc, il y aura une discussion sur ce sujet. Après, il y a le deuxième sujet, qui est mon déplacement en Algérie, pour aller parler de questions de sécurité, notamment la question des réadmissions, la question de la lutte contre le terrorisme, contre le narcotrafic. Oui, j'ai été invité par mon homologue, le ministre de l'Intérieur algérien, et nous préparons cette visite.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, cette visite est dans les tuyaux.

LAURENT NUNEZ
Elle est en cours de préparation. J'ai toujours une invitation en cours de mon homologue.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'à un moment, vous y répondrez ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr, j'y répondrai. On travaille aux conditions de cette visite. Et surtout, je me félicite de ce que les échanges sécuritaires ont repris entre les deux pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Si les échanges sécuritaires ont repris, est-ce qu'ils reprennent aussi des OQTF ?

LAURENT NUNEZ
Pas pour l'instant.

APOLLINE DE MALHERBE
Toujours pas ?

LAURENT NUNEZ
Pas pour l'instant. Il y a un certain nombre de départs volontaires, mais pas pour l'instant. Mais on y arrivera.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais en attendant, ils sont où, ceux qui doivent partir mais sont toujours là ?

LAURENT NUNEZ
Il y en a beaucoup dans les centres de rétention administrative, et c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait une évolution de la situation. On a 40% de ressortissants algériens dans les centres de rétention administrative.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous avez vu la déclaration de la première ministre du Danemark ? Elle annonce que le Danemark va désormais expulser tous les étrangers condamnés à des peines d'un an de prison et plus. Voilà ses mots. Les étrangers délinquants condamnés à au moins un an de prison ferme pour des crimes graves, tels que violences aggravées ou viols, doivent être désormais expulsés. Ça rentrera en vigueur le 1er mai. Et elle invite, tout comme le Royaume-Uni, les Européens à changer leurs règles pour pouvoir désormais expulser plus facilement les étrangers. Qu'est-ce que vous en pensez ?

LAURENT NUNEZ
Je pense que c'est déjà ce qu'on fait. On a déjà les possibilités d'expulsion ministérielle, préfectorale, pour des troubles à l'ordre public. On a la loi de 2024 qui permet de retirer des titres, de ne pas renouveler des titres, lorsqu'il y a des troubles à l'ordre public. C'est déjà ce qu'on fait. L'année dernière, on a refusé d'accorder. On a retiré, on n'a pas renouvelé des titres au titre de troubles à l'ordre public, ce qui n'était pas possible avant la loi de 2024 pour des faits un peu moins graves. On a procédé à plusieurs milliers de retraits de titres. Et puis, il y a des arrêtés d'expulsion qui sont mis en oeuvre. On a plus d'un millier de personnes qui ont été expulsées l'année dernière du seul fait des troubles à l'ordre public.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur combien ils devaient être ? Il y en a mille qui ont été expulsées. Il y en a combien que vous auriez voulu expulser ?

LAURENT NUNEZ
La question, c'est est-ce qu'on expulse tous les auteurs de troubles à l'ordre public, c'est très important.

APOLLINE DE MALHERBE
Non, ma question, c'est la proportion par rapport à ce que vous souhaiteriez faire. Quand vous dites que les OQTF, par exemple, de nationalité algérienne ne peuvent pas partir…

LAURENT NUNEZ
On prend un arrêté d'expulsion. Le Danemark a les mêmes problèmes que nous. Il faut qu'ils obtiennent des laissez-passer. On a pris des arrêtés d'expulsion qu'on ne pouvait pas prendre avant grâce à la loi 2024 qui a abaissé le seuil de tolérance, entre guillemets, des troubles à l'ordre public. Donc, c'est quand même plutôt une bonne chose. Et on expulse effectivement des personnes. On a eu 25 000 personnes qui sont reparties.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous diriez, globalement, que les choses vont mieux ? Quand je vous écoute…

LAURENT NUNEZ
Non, je ne dis pas que les choses vont mieux. Je dis que on est parmi les pays d'Europe qui expulsent en reconduisant le plus. A égalité avec l'Allemagne. On se fait une course avec l'Allemagne, mais on est au top niveau. Ce que je vous dis, c'est attention quand vous parlez des mesures. Le Danemark a les mêmes difficultés que nous. Il faut obtenir des laissez-passer, il faut reconduire des personnes. Mais nous, nous prenons, nous avons un arsenal juridique qui nous permet d'expulser les personnes qui causent des troubles à l'ordre public.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Luc MELENCHON a réagi au fait que La France insoumise soit désormais classée à l'extrême-gauche : " NUNEZ innove et trouble l'ordre public électoral ". Ils vous accusent personnellement en changeant les étiquettes des partis politiques. « Alors qu'en 2020 et 2023, LFI était classé à gauche. Le ministre décide à la TRUMP de nous classer à l'extrême-gauche ». Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

LAURENT NUNEZ
C'est faux. D'abord, il parle d'étiquette. Je vais peut-être expliquer les choses. C'est la circulaire sur le nuançage qu'adresse le ministre de l'Intérieur à tous les préfets. Le nuançage, c'est une façon de rendre les résultats électoraux plus lisibles. Plus lisibles pour nos concitoyens, pour les médias. Et à chaque élection, on réexamine ce nuançage. Il évolue en permanence. D'abord, ça ne concerne pas les étiquettes. L'étiquette LFI, les candidats peuvent se revendiquer heureusement, librement de l'étiquette LFI. Il peut y avoir des listes LFI. Il y a trois types de nuances. Vous avez le nuançage individuel pour les personnes qui appartiennent à une liste. Vous avez le nuançage de liste. Ça, on ne change pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous avez la question du parti mais il dit de vous que vous décidez à la TRUMP.

LAURENT NUNEZ
Je termine. Vous avez le nuançage individuel, vous avez le nuançage de liste. Dans le nuançage, regardez la circulaire, il y a toujours la LFI. Ce qui change, c'est qu'on regroupe les résultats en six blocs. Il y a six blocs. Vous avez un bloc extrême gauche, un bloc de gauche, un bloc d'hiver, un bloc centre, un bloc de droite, un bloc extrême-droite. Il y a six blocs. Et on a fait passer la France insoumise du bloc de gauche au bloc extrême gauche, à partir d'une analyse qui a été faite qui repose... Ça, on travaille en faisceau d'indices

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça, il le sait, Jean-Luc MELENCHON. Il dit pourtant de vous que vous décidez à la TRUMP et que vous avez décidé de troubler l'ordre public électoral.

LAURENT NUNEZ
Non, je ne décide pas à la TRUMP. On prend un faisceau d'indices. Et parmi ce faisceau d'indices, on a reconnu trois éléments. Depuis l'été dernier, personne ne peut nier que la France insoumise…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il met en doute même la qualité des élections, puisqu'il dit : « Peut-on encore avoir confiance dans les élections si quelqu'un truque les étiquettes politiques ?

LAURENT NUNEZ
On ne truque pas les étiquettes politiques. C'est une question de recensement des résultats. On a, encore une fois, je vous redis, les trois critères qui ont fait qu'on a classé la France insoumise à l'extrême-gauche. Et j'assume totalement ce choix. Le premier, c'est qu'il y a quand même depuis l'été dernier, chez la France insoumise, une remise en cause très forte de l'autorité judiciaire, de l'autorité... Parfois des médias qui sont accusés de parti pris, et puis il y a ces accusations systématiques de la police, la police tue, etc. Vous voyez bien que depuis l'été dernier, il y a une évolution vers une forme de radicalité, parfois des appels à désobéissance civile. Le deuxième sujet, le deuxième point qu'on a pris en compte, c'est qu'il y a quand même peut-être une forme de désalliance au sein du bloc de gauche avec la France insoumise, qui appelle à sanctionner notamment le Parti socialiste, qui monte des listes contre la gauche traditionnelle. Et puis, troisième argument qu'on a pris en compte, mais on peut considérer que la France insoumise s'éloigne un peu de nos valeurs universalistes républicaines, en donnant la primauté aux aspects communautaires de l'organisation de la société, aux aspects identitaires. Et donc, c'est à ce titre-là qu'on la classait à l'extrême-gauche.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2026