Interview de M. Gérald Darmanin, Garde des Sceaux, ministre de la justice, à RMC le 19 février 2026, sur un militant d'extrême droite tué par des membres de l'ultra-gauche à Lyon et La France insoumise.

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Média : RMC

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes bien sur RMC et BFMTV. Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le ministre de la Justice. Une question évidemment immédiate sur les arrestations et les liens avec Raphaël ARNAULT. Parmi les personnes en garde à vue, il y a deux assistants parlementaires, deux salariés donc de ce député LFI. Est-ce qu'il peut continuer pour vous à siéger à l'Assemblée ?

GERALD DARMANIN
Il faut attendre la fin des gardes à vue et les décisions des magistrats. Respectons la présomption d'innocence, mais on peut constater qu'il y a des faits extrêmement importants qui s'accumulent et qui montrent qu'il y a un lien évident, chacun le sait, entre Monsieur ARNAULT, qui a été lui-même déjà condamné pour violences, qui est le fondateur de la Jeune Garde - la Jeune Garde dont on sait que c'est un groupuscule d'ultra-gauche extrêmement violent -, et La France Insoumise, qui ne se désolidarise en rien, mais en rien, depuis plusieurs jours, de la violence, et surtout du travail que fait la Jeune Garde pour imposer cette violence physique. Donc, normalement, Monsieur ARNAULT n'aurait jamais dû être investi par La France Insoumise. Elle se met, La France Insoumise, en marge de la vie républicaine et démocratique de notre pays. Que Monsieur ARNAULT n'ait toujours pas été suspendu ou exclu montre que La France Insoumise récidive en ne gardant pas une sorte de cordon sanitaire entre les gens qui prônent la violence physique, politique, et puis le débat, qui peut être frontal bien sûr puisque c'est la politique, mais qui reste dans le débat d'idées. Et puis évidemment, Monsieur ARNAULT, personne ne peut le déchoir de son mandat de député parce que c'est la démocratie, mais c'est à lui sans doute d'en tirer des conclusions si jamais évidemment, la justice trouve des indices graves et concordants qui touchent lui-même, ses collaborateurs qu'il a embauchés, dont il était le responsable. On a embêté Monsieur FILLON parce qu'il y avait des emplois fictifs. On a embêté Madame LE PEN, peine d'inéligibilité parce qu'elle avait manqué à la probité, disait le tribunal en première instance. Tout ça est sans doute normal. Il serait absolument normal qu'on embête Monsieur ARNAULT pour lui dire : vous ne pouvez pas rester député à l'Assemblée nationale du fait que vos collaborateurs, vous-même, avez été condamnés ou serez condamnés pour des violences physiques.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce que vous appelez " embêter " ?

GERALD DARMANIN
Vous voyez bien qu'il ne peut pas sans doute légitimement rester dans le débat d'idées, Monsieur ARNAULT.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous pensez aussi à une responsabilité qui puisse être démontrée par la justice ? Restons, avant la question morale et la question politique, au fond : vous parlez de ces deux personnes qu'il a lui-même embauchées, qui sont donc à son service. Il y a même une troisième personne parmi les gardés à vue qui a fait un stage à l'Assemblée nationale auprès de Raphaël ARNAULT. Il les a embauchées, ils sont ses salariés. Ils étaient à Lyon - ni dans le Vaucluse, ni à Paris -, et un jeudi, c'est-à-dire un jour de semaine, un jour de travail j'imagine. Est-ce qu'il faut que la justice aille jusqu'à se poser la question de savoir si Monsieur ARNAULT était au courant du fait qu'ils allaient à Lyon, voire même leur avait peut-être demandé d'aller à Lyon ? Est-ce que pour vous, la responsabilité, elle va jusque-là ?

GERALD DARMANIN
Moi, je ne vais pas mettre de pression sur le procureur de la République ou les magistrats, ou les services enquêteurs, moi, je suis ministre de la Justice. Ces questions sont absolument légitimes et tout le monde se les pose. Et la justice fera son travail librement. Il n'y a pas de protection pour La France Insoumise dans la justice française. Tout le monde doit pouvoir répondre - à droite, à gauche - des embauches de ses collaborateurs, et puis bien évidemment de ce qu'ils font. Surtout lorsqu'on est soi-même le fondateur de la Jeune Garde, c'est-à-dire le fondateur d'un groupe d'ultra-gauche ultra-violent, qui a tué, qui a tué dans les rues de Lyon. Moi, je suis effaré que La France Insoumise, et que Monsieur MÉLENCHON, n'aient pas tout de suite dit, ça peut arriver, des brebis galeuses - comme on dit, personne ne peut contrôler l'intégralité des personnes qui sont dans un parti politique, c'est entendu -, mais que Monsieur MÉLENCHON n'ai pas dit : " C'est inacceptable, absolument inacceptable, nous donnons notre compassion à la famille de Quentin, et nous faisons le ménage ", comme vient de dire le Premier ministre. Au contraire, il a attaqué vos collègues journalistes de l'AFP, quelques heures après la révélation de ces faits, il a attaqué ad hominem les journalistes de l'AFP qui avaient fait une dépêche. Il a attaqué Monsieur HAZIZA, mettant quasiment une fatwa numérique sur lui.

APOLLINE DE MALHERBE
Journaliste sur Radio J.

GERALD DARMANIN
Il continue à insulter Monsieur GLUCKSMANN qui a été extrêmement courageux, Monsieur HOLLANDE qui a été extrêmement courageux pour dire : " Jamais plus la gauche ne doit s'allier avec La France Insoumise ". Il justifie cela, il protège Madame HASSAN, dont on le sait tous - Rima HASSAN – qui tient des propos antisémites, nie l'État d'Israël, veut exterminer ce qui reste de la dignité des Juifs, et montre vraiment une violence extrêmement forte dans le débat public. Et comment peut-on imaginer à ce moment et ça, c'est très important que Monsieur HOLLANDE sur votre plateau, ou Monsieur GLUCKSMANN l'aient dit…

APOLLINE DE MALHERBE
Hier matin…

GERALD DARMANIN
Que demain La France Insoumise puisse encore s'allier, demain, les municipales, avec les partis de gauche ? Est-ce qu'à Nantes, la maire de Nantes, socialiste, va s'allier avec La France Insoumise ? Il faut qu'elle le dise. Est-ce qu'au Havre, ils vont s'allier, la gauche unie, La France Insoumise et les communistes et socialistes, contre Édouard PHILIPPE ? Est-ce qu'à Tourcoing, La France Insoumise va s'allier avec la candidate de gauche pour battre Doriane BÉCUE et Gérald DARMANIN ? On peut se rebattre dans les urnes, mais alors il faut avoir le courage de dire que la gauche est capable de s'allier avec les pires, ceux qui prônent la violence physique. Ou alors la gauche républicaine, laïque et démocratique, celle qu'on aime, celle qui a de grandes heures dans notre pays, fait enfin le cordon sanitaire avec La France Insoumise.

APOLLINE DE MALHERBE
Là vous vous adressez à la gauche, parce qu'effectivement des voix comme celle de François HOLLANDE ou celle de Raphaël GLUCKSMANN se sont élevées en disant : " Il n'y a plus d'alliance possible ", mais vous vous adressez au reste de la gauche pendant ces municipales en leur demandant si ce cordon sanitaire doit être mis en place ?

GERALD DARMANIN
Oui, parce qu'il n'y a pas que les socialistes, il y a les Verts. À Lyon, il y a un adjoint vert, celui en charge de la sécurité. L'adjoint écologiste en charge de la sécurité à Lyon est heureux de travailler avec la Jeune Garde, il le dit sur les réseaux sociaux. Il n'a pas eu un mot aujourd'hui pour dire : " Je me suis trompé, je n'avais pas vu que la Jeune Garde était un groupe d'ultra-gauche fasciste ". Il est toujours adjoint au maire écologiste de Lyon qui se présente aux élections. Il y a des tractages, des bannières en commun, des tracts en commun avec des candidats communistes, avec des candidats écologistes. Il faut absolument que ces partis disent aujourd'hui, dans les heures qui viennent : " On ne peut pas travailler avec des groupuscules où il y a des parties qui font de la violence physique ".

APOLLINE DE MALHERBE
Vous demandez par exemple au maire de Lyon de se séparer de Mohamed CHIHI, qui est cet adjoint à la sécurité dont vous parlez ?

GERALD DARMANIN
Ça ne vous paraît pas évident ? Ou alors qu'au moins cet adjoint au maire puisse dire maxima mea culpa : " Je me suis trompé, la Jeune Garde est en effet un groupe d'ultra-gauche qui est ultra-violent et qui tue ". Dans la propre ville où est mort Quentin, l'adjoint à la sécurité écologiste des Verts est heureux de travailler avec la Jeune Garde. Cette propre phrase en démocratie devrait nous interpeller.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites qu'il n'y a pas de mea culpa. En effet, il n'y a aucun mea culpa de la part de Jean-Luc MÉLENCHON qui redit ses liens d'amitié, même de tendresse, dit-il, vis-à-vis de la Jeune Garde. Et il dit du Premier ministre qu'il a visiblement " Pété un câble ", ce sont les mots de Jean-Luc MÉLENCHON, lorsqu'il demande à LFI de faire le ménage dans ses rangs.

GERALD DARMANIN
Mais La France Insoumise, malheureusement, c'est la théorie du chaos. On pensait que c'était une théorie du chaos verbale. Il fallait déjà s'en méfier, puisque le verbe, évidemment, peut tuer. Mais on voit bien que c'est désormais, il y a un continuum. Comme le disait Gilles KEPEL à propos de l'islamisme : " Il y a un djihadisme d'atmosphère ", il y a une violence politique d'atmosphère avec La France Insoumise qui consiste à vouloir le chaos et pourquoi pas le chaos physique. Et je pense qu'il souhaite la confrontation avec le Rassemblement national, La France Insoumise. Tout le monde sait que si au second tour de la présidentielle, c'est Monsieur MÉLENCHON face à Monsieur BARDELLA, c'est Monsieur BARDELLA qui va gagner. Mais Monsieur MÉLENCHON sera content, ce sera le chaos. Le chaos politique, le chaos physique et le chaos économique. Il faut absolument empêcher ça. Et oui, vous avez raison, La France Insoumise montre son vrai visage. Elle a peut-être encore dans les prochaines minutes, prochaines heures la possibilité de montrer qu'elle est un parti comme les autres. Mais on le sent bien, les Français le sentent bien, je crois. En tout cas, les Juifs l'ont bien compris, par exemple, que ce n'était pas un parti comme les autres.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous le disiez, il n'y a pas de mea culpa d'un côté. Ils sont en marge, dites-vous. Aujourd'hui, sur la question aussi de l'élection éventuelle de Raphaël ARNAULT. Est-ce qu'il y a, d'après vous, à partir du moment où il avait déjà été lui-même condamné pour des faits de violences, personnellement, Raphaël ARNAULT, que le groupe La Jeune Garde qu'il a cofondé a été à nouveau condamné dans l'entre-deux-tours des législatives, est-ce que pour vous, il n'aurait pas fallu qu'il puisse être investi ?

GERALD DARMANIN
Alors oui, et je pense qu'il faut une peine d'inéligibilité qui n'existe pas aujourd'hui. Le président de la République a évoqué une peine d'inéligibilité pour les gens qui étaient condamnés pour antisémitisme. On va profiter de ce texte de loi proposé par le Président. Moi, je proposerais que pour des gens condamnés pour violences physiques, qui ont un lien avec les violences en réunion - c'est-à-dire les violences des ligues, pour rappeler les années 30 -, qu'on puisse prévoir que le juge, en toute indépendance, puisse prononcer une peine d'inéligibilité.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez donc présenter cette loi ?

GERALD DARMANIN
Exactement. Mais que Madame LE PEN ne puisse pas se représenter aux élections parce que le juge a considéré, en toute indépendance, qu'elle avait manqué à la probité, c'est un fait, c'est notre droit, il ne faut pas toucher à cette disposition. Quand quelqu'un manque en effet à la probité, il ne peut pas se présenter devant les électeurs. Mais quand quelqu'un fait de la violence physique et a organisé des groupuscules qui, demain, peuvent tuer, évidemment, il ne peut pas se présenter aux élections et siéger à l'Assemblée nationale. Donc, je pense et j'espère que le Parlement me suivra dans cette disposition.

APOLLINE DE MALHERBE
Un article 40 aurait-il pu être déclenché à un moment ou à un autre face à Raphaël ARNAULT ou face aux agissements de ses assistants parlementaires ?

GERALD DARMANIN
Alors, sans doute. Ça ne peut pas être moi, parce que je suis un des seuls en France à ne pas pouvoir en faire, parce que je ne peux pas donner de pression sur les magistrats. Mais il est évident qu'il y a un certain nombre de procédures judiciaires qui doivent aller jusqu'au bout, qui touchent La France Insoumise. Pour l'instant, elles ne vont pas jusqu'au bout. Donc, je réunirai les procureurs généraux pour rappeler, pas que pour la France Insoumise, pour tout le monde, enfin, quand même, que lorsqu'on a des articles 40 fait par des professeurs d'université, je pense à ce prof de Lyon qui a été viré de son propre amphithéâtre par l'ultra-gauche, ou parce qu'il y a des réunions antisémites qui s'organisent, ou des propos antisémites extrêmement graves qui appellent à la haine, par exemple, on puisse évidemment aller jusqu'au bout de la procédure judiciaire. Donc, les procureurs généraux seront réunis dans 15 jours. Et j'aurais l'occasion de leur parler de ce sujet.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez appelé la gauche à être très claire sur le fait qu'elle ne fasse plus alliance avec La France Insoumise. Est-ce que vous appelez aussi votre propre camp à renoncer au barrage républicain, c'est-à-dire avoir dit, comme Gabriel ATTAL l'avait dit au moment des dernières législatives, eh bien, qu'il préférait voter même pour un LFI si ça permettait de battre le RN ?

GERALD DARMANIN
Oui, j'étais en désaccord avec ce qu'a dit Gabriel ATTAL ce jour-là. J'étais un peu minoritaire à l'époque. Je ne mettrais pas, je ne mettrais jamais le bulletin LFI dans l'urne. Mais je pense que Gabriel ATTAL, à l'époque, avait été aussi courageux en allant défier Monsieur ARNAULT à Avignon pour soutenir notre candidate.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y avait été, sur le terrain.

GERALD DARMANIN
... qui a été battue. Voilà. Donc, je ne fais pas ce procès à Gabriel ATTAL. Mais disons-le, pour l'avenir : que plus personne ne nous fasse le coup de " votons LFI pour faire barrage à ... ". Voilà. Je pense malheureusement que les deux extrêmes se rejoignent, mais que LFI, aujourd'hui, démontre au moins par silence, mais vraiment, je suis gentil en disant ça, sa complicité avec cette violence politique qui peut, demain, tuer encore dans les rues de Paris, de Lyon et d'ailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites " Encore demain ". Il y a notamment samedi ce rassemblement à Lyon en hommage à Quentin, mais qui suscite les plus grandes craintes. Est-ce que vous êtes globalement inquiet ?

GERALD DARMANIN
Alors, je suis inquiet de la violence politique qui touche notre pays. D'ailleurs, elle n'est pas que française, elle est dans une Europe qui se lâche pour plein de raisons : problème de démographie, difficultés politiques, les réseaux sociaux. Mais oui, on peut être inquiet. Il y a un excellent préfet de police, Laurent NUÑEZ, et une très bonne préfète à Lyon, je la connais très bien. Ils prendront les dispositifs.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils sont excellents, dites-vous, mais est-ce qu'il ne manquait pas de policiers lorsqu'il y a eu la venue de Rima HASSAN, sachant qu'à plusieurs reprises la question du trouble à l'ordre public lors de ses venues dans l'université avait été invoquée ?

GERALD DARMANIN
N'inversons pas la charge de la preuve. Ce n'est pas à cause des policiers. Ce n'est pas la faute de la préfète. C'est à cause de nervis d'ultra-gauche qui ont tué Quentin. Voilà. Donc, on peut dire que la police tue à tout moment, ou qu'elle était trop absente. Elle fait son travail. La police, elle est très courageuse, parce qu'elle protège La France Insoumise et ses dirigeants et ses meetings, alors que La France Insoumise insulte la police tous les jours. On peut quand même dire que la police républicaine française est extrêmement courageuse. On peut se poser aussi la question de la responsabilité des établissements universitaires. Personnellement, je suis assez peu invité à Sciences Po Lyon ou Sciences Po Aix…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce que vous voulez dire, c'est…

GERALD DARMANIN
J'ai vu qu'à Sciences Po Lyon, monsieur COQUEREL et puis madame HASSAN ont été invités à quelques semaines d'intervalle. Ce n'est pas une grande variété idéologique auprès des universités et auprès des étudiants. Donc, il y a aussi une question à se poser sur la responsabilité des universités. Il y en a qui font ça extrêmement bien, et d'autres, sans doute, qui ont un petit prisme idéologique. Ça peut être possible. Voilà. Peut-être que jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à la mort de Quentin, partons du principe que personne n'avait vu que La France Insoumise pouvait avoir un discours violent. Nous serions magnanimes en le disant. À partir d'aujourd'hui, c'est un point de bascule, vous avez raison : on sait que La France Insoumise tient un discours violent.

APOLLINE DE MALHERBE
Gérald DARMANIN, des permanences LFI ont été taguées. Une alerte à la bombe a eu lieu hier sur le siège de LFI. Et Éric COQUEREL, vous le citiez à l'instant, dit : " j'ai peur que ça se termine très mal pour l'un de nous ". Est-ce que ça aussi, ça suscite votre inquiétude ?

GERALD DARMANIN
Oui, bien sûr. Et moi, je condamne les agressions des permanences politiques de La France Insoumise, comme les agressions qui touchent tous les militants, tous les candidats, quels qu'ils soient. Mourir pour des idées, mais de mort lente, disait BRASSENS. Je dis à monsieur BOMPARD, je dis à monsieur COQUEREL, je dis à madame PANOT : c'est à vous de dénoncer ces violences. Évidemment, la République, comme elle l'a toujours été, sera à vos côtés pour vous protéger physiquement, parce qu'on ne tue pas en démocratie. Et quand il y a des propos relativisant la mort de Quentin, même si c'est un militant d'extrême droite, qu'importe. C'est un homme, c'est enfant, une famille a perdu un enfant. Donc, il faut qu'aujourd'hui, La France Insoumise revienne du côté de l'homme et de l'humanisme.

APOLLINE DE MALHERBE
Une question encore sur l'efficacité ou non de dissoudre des groupuscules. Vous le disiez, la Jeune Garde, officiellement, a été dissoute. Sauf que cet été encore, elle tenait un stand avec pignon sur rue, j'allais dire, sur l'université d'été de La France Insoumise. Sauf que, semble-t-il, les membres ou ex-membres de la Jeune Garde continuaient à se réunir, à prendre, semble-t-il, un train pour aller à Lyon, pour être ensemble là-bas. En fait, quand on dit « on dissout », est-ce que finalement, ça ne sert à rien ?

GERALD DARMANIN
Non, ça sert. Alors, le problème, c'est que pour la Jeune Garde, il y a un appel. Monsieur RETAILLEAU a demandé la dissolution de la Jeune Garde…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais cet appel n'a pas été suspensif. Officiellement, c'est dissout.

GERALD DARMANIN
Ce qui fait que, quand les groupes se réunissent, regroupement de ligue dissoute, comme on dit dans le langage populaire, et qu'on voit que les gens sont ensemble, quand la dissolution est définitive, ça permet une qualification pénale. Avant même qu'ils aient fait quelque chose, le fait qu'ils soient ensemble permet aux policiers de les interpeller et de les faire condamner. J'ai dissous Génération Identitaire. Ils se sont reconstitués, on a pu les interpeller et les faire condamner. J'ai dissous LE GALE, qui est un mouvement d'ultra-gauche qui était déjà à Lyon. Ils se sont reconstitués, on a pu les faire condamner devant la justice. C'est aussi le cas de beaucoup de groupements et de groupuscules islamistes. Ce n'est pas la solution à tout, la dissolution, mais il est évident que c'est un premier pas qui permet d'éviter qu'ils aient une association, de l'argent, qu'ils puissent ester en justice. La Jeune Garde, par exemple, elle fait partie de l'ensemble des tracts, des communications lorsque j'ai voulu dissoudre Les soulèvements de la terre, par exemple, ou attaque en justice, puisque c'est une association, quand elle existe, peut attaquer quelqu'un, un homme politique, un journaliste, pour pouvoir lui mettre la pression.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est aussi pour ça, dans ce cas, qu'on engage cette…

GERALD DARMANIN
Exactement. Ce n'est pas le panaché, mais c'est une arme très importante.

APOLLINE DE MALHERBE
Deux questions encore dans l'actualité. L'une sur le statut de victime et l'autre sur l'homme qui a attaqué un soldat sous l'Arc de Triomphe. Le statut de victime, vous dites désormais que vous voulez aussi être le ministre des Victimes. Ça va se traduire comment ?

GERALD DARMANIN
D'abord, qu'on puisse les accompagner dès qu'elles sont devant la justice. Parfois, l'agresseur supposé croise la victime supposée dans l'ascenseur, alors qu'il y a eu une confrontation chez le juge d'instruction. Parfois, on n'accompagne même pas une victime quand elle attend depuis six ou sept ans le procès, parce qu'il y a diverses actions qui sont faites par la partie adverse, par exemple, on ne lui donne même pas une information, même pas un mail, même pas une communication. Parfois, lorsque, par exemple, j'ai un cas : j'ai reçu cette victime la semaine dernière, exactement mardi, elle me dit : " Mon agresseur est mort. Je l'ai su par l'avocat après six ans d'attente, par l‘avocat, par mon confrère qui a reçu un appel de sa consoeur. Et personne, aucun greffier, aucun magistrat, aucun agent du ministère de la justice ne m'a prévenue qu'il n'y avait plus de procès, puisqu'on ne condamne pas les morts et qu'on ne poursuit pas les morts ". Donc, il y a un manque de respect. Alors, pas toujours, pas tout le temps, parce que dans les juridictions, il y a des gens qui font des choses formidables. Il y a des associations de victimes qui font des choses formidables. Mais de manière générale, les victimes, les usagers de la justice, ne sont pas très bien reçus. Et donc, il faut que nous fassions attention à ça, que nous ayons une empathie et du coeur auprès des victimes.

APOLLINE DE MALHERBE
Gérald DARMANIN, vendredi soir, un homme a attaqué un soldat sous l'Arc de Triomphe au moment du ravivage de la flamme du Soldat inconnu. Cet homme avait déjà été condamné pour des faits de terrorisme. Il avait purgé sa peine. Il était sorti de prison et il suivait d'ailleurs, semble-t-il, un programme de déradicalisation. Il semble que ça n'avait pas tout à fait marché. On sait qu'il y a 35 personnes condamnées pour des faits de terrorisme qui vont sortir de prison d'ici 2027. Est-ce que chacun pourrait à nouveau passer à l'acte, comme ça a été le cas vendredi soir ?

GERALD DARMANIN
Ah oui, bien sûr. Les sortants de prison radicalisés ou condamnés pour terrorisme, il y en a à peu près 700 dans les prisons françaises, tous confondus, des gens condamnés, il y a des gens qui se sont radicalisés soit en prison, soit avant de rentrer en prison. Oui, ils sont très dangereux quand ils sortent de leur prison. C'est pour ça que pour ceux qui sont à étrangers, je m'évertue à les expulser du territoire national. Et pour ceux qui sont Français, avec le ministère de l'Intérieur, puisque quand ils sortent de prison, c'est le ministère de l'Intérieur les surveille, qui les accompagne, qui les suit, qui les interpelle quand il y a un doute. Nous demandons des moyens supplémentaires, notamment d'accès au réseau et au réseau téléphonique. Il faut que les Français sachent que nous n'avons pas accès intégralement aux réseaux cryptés : à WhatsApp, à Signal, à Telegram. Hier, les écoutes téléphoniques classiques nous permettaient d'interpeller les gens avant qu'ils passent à l'acte. Et là, pour des gens extrêmement dangereux, nous demandons, avec Laurent NUÑEZ, et hier, avec Bruno RETAILLEAU, au Parlement, et j'espère qu'on l'aura bientôt, des moyens pour pouvoir suivre ces personnes.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 février 2026