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Je retrouve ce matin à Bruxelles les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne après un mois de janvier qui a été marqué par une actualité internationale chargée. Une actualité qui a été marqué aussi par des menaces à l'encontre d'un territoire européen placé sous la protection de l'OTAN. Le territoire du Groenland dont le Premier ministre, accompagné par la Première ministre danoise, était hier à Paris reçu par le président de la République qui leur a exprimé la solidarité pleine et entière de la France et de l'Europe.
Et dans ce contexte de brutalisation du monde, au-delà de la solidarité que se doivent les pays européens par les traités européens mais aussi par leur appartenance à l'OTAN, il me paraît essentiel que la Commission puisse affirmer avec beaucoup de calme mais aussi avec beaucoup de fermeté que lorsque les intérêts essentiels de l'Union européenne ou de ses Etats membres (intégrité territoriale, intégrité des processus électoraux, autonomie de décision) seront atteints, qu'elle mobilisera tous les instruments, tous les moyens dont elle dispose et certains sont très puissants pour faire échec à de telles atteintes. C'est une manière, dans la clarté, dans la fermeté et dans l'unité, de dissuader toute nouvelle menace sur ses intérêts essentiels.
Avec les ministres des Affaires étrangères, nous aborderons évidemment la situation en Ukraine où la Russie de Vladimir POUTINE continue de pilonner les infrastructures énergétiques alors que l'hiver est particulièrement rigoureux cette année, avec semble-t-il la volonté de provoquer une véritable crise humanitaire. Et c'est dans ce contexte que, vendredi dernier à Paris, sous présidence française, le G7 s'est réuni avec les autorités ukrainiennes pour annoncer des mesures en soutien à la crise énergétique que traverse l'Ukraine aujourd'hui ; le président ZELENSKY ayant annoncé l'état d'urgence énergétique. Ces frappes répétées sur les infrastructures civiles et énergétiques témoignent du fait que Vladimir POUTINE n'est toujours pas disposé à entrer de bonne foi dans une négociation pour un cessez-le-feu et une paix durable. C'est la raison pour laquelle nous poursuivons notre travail pour que le 20e paquet de sanctions à l'encontre de la Russie soit aussi puissant que le 18e et le 19e, avec des mesures particulièrement fortes, en particulier l'interdiction à tout service maritime pour empêcher la circulation des navires de la flotte fantôme, navires de la flotte fantôme qui ont fait l'objet, vous l'aurez constaté, d'un arraisonnement par la marine nationale en Méditerranée il y a quelques jours.
Nous aborderons évidemment la situation au Proche et au Moyen-Orient. En Iran, la répression insoutenable qui s'est abattue sur la révolte pacifique du peuple iranien ne peut rester sans réponse. Le courage inouï des Iraniennes, des Iraniens qui ont été la cible de ces violences ne peut rester vain. C'est la raison pour laquelle nous prendrons aujourd'hui des sanctions européennes à l'encontre des responsables de cette répression. Membres du gouvernement, procureurs, chefs d'unités de police, membres du corps des gardiens de la révolution, responsables du blocage d'internet, plus de 20 individus et entités verront leurs actifs gelés et se verront interdits l'accès aux territoires européens. Il faudra sans doute aller plus loin et c'est la raison pour laquelle la France a annoncé hier qu'elle soutiendra l'inscription du corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l'Union parce qu'il ne peut y avoir aucune impunité pour les crimes commis. Cette décision, cette position de la France est aussi un appel aux autorités iraniennes à libérer les prisonniers qui par dizaines de milliers ont été jetés dans les prisons du régime, à mettre fin aux exécutions qui poursuivent la répression qui fut la plus violente de l'histoire contemporaine de l'Iran, à rétablir l'accès aux communications et à internet et à rendre au peuple iranien la capacité à décider pour lui-même et par lui-même de son propre avenir. Personne d'autre ne peut le faire à sa place. Notre priorité dans ce contexte, avec le risque toujours présent d'une escalade régionale, c'est la sécurité de nos ressortissants, de nos entreprises et aussi des deux otages français qui sont en sécurité à l'ambassade de France et dont nous exigeons la libération définitive et immédiate.
Nous évoquerons la situation en Syrie où les efforts de médiation déployés par la France, avec l'implication personnelle du Président de la République, ont permis d'éviter un bain de sang, d'aboutir à un cessez-le-feu, d'engager les autorités de Damas avec nos partenaires kurdes dans une négociation qui doit aboutir. Nous veillons à ce que, dans le cadre de cette négociation, les droits des Kurdes de Syrie puissent être pleinement respectés et que le risque d'une résurgence de Daesh soit absolument maîtrisé. Il ne peut y avoir aucun espace pour aucune forme de résurgence du terrorisme ancien.
Nous aborderons évidemment les crises humanitaires tragiques qui déchirent le Soudan et la région des Grands Lacs et puis je me réjouis de constater que le régime de sanctions contre la criminalité organisée et le narcotrafic que j'ai initié, il y a quelques mois, poursuit son parcours administratif et que nous serons, au début du printemps, en capacité de prendre les premières décisions.
Source https://ue.delegfrance.org, le 23 février 2026