Texte intégral
AGATHE LAMBRET
Bonjour, Maud BREGEON.
MAUD BREGEON
Bonjour.
AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul.
PAUL LARROUTUROU
Bonjour à tous.
AGATHE LAMBRET
Dix jours après le meurtre du militant identitaire Quentin DERANQUE, le Gouvernement met la pression sur les groupes violents et le Président se dit préoccupé par ce climat à l'approche des municipales. Hier, vous étiez à une réunion qui a ciblé le groupe antifa La Jeune Garde et à l'issue, LFI a interpellé le ministre de l'Intérieur à l'Assemblée. On écoute le député Ugo BERNALICIS.
UGO BERNALICIS, DEPUTE LFI DU NORD
Votre famille politique doit s'expliquer quand votre ministre Aurore BERGÉ cite l'antisémite d'extrême droite Charles MAURRAS et propose un accord politique et électoral avec le Rassemblement National. Le bruit des bottes se fait de plus en plus lourd dans notre pays. Votre ministère a fait le choix de réprimer les mouvements sociaux pacifiques et quand des néonazis défilent, là, non, non, ça ne trouble pas votre ordre public.
AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, est-ce que vous avez choisi votre camp ?
MAUD BREGEON
Vous savez, depuis 2017, les gouvernements successifs, le président de la République, combattent avec la même virulence l'ultra-gauche et l'ultra-droite. C'est ce que le président de la République a redit hier. Il y avait effectivement une réunion dédiée à l'Élysée en présence du ministre de l'Intérieur, en présence du garde des Sceaux, Gérald DARMANIN, qui a été l'occasion de faire un point de situation, un bilan de suivi de tout ce qui avait été réalisé depuis 2017 et de ce qui devait être réalisé dans les prochains mois.
AGATHE LAMBRET
Et il n'y a pas deux poids, deux mesures entre les deux ?
MAUD BREGEON
Il n'y a pas deux poids, deux mesures. On suit, les Renseignements territoriaux qui sont chefs de file sur la question suivent avec la même intensité, avec la même rigueur l'ensemble des mouvances violentes, qu'elles soient encore une fois d'ultra-gauche, d'ultra-droite et en leur sein, des différentes branches. Nous avons procédé à 25 dissolutions depuis 2017, d'ultra-gauche comme d'ultra-droite, parce qu'encore une fois, nous ne hiérarchisons pas la dangerosité de ces différents groupuscules.
PAUL LARROUTUROU
Mais pour faire une micro-parenthèse avant de revenir sur ces dissolutions, avec le recul, en lisant le communiqué de la famille de Quentin DERANGUE qui dénonce une récupération politique, des dérapages racistes, en voyant ces saluts nazis dans les rues de Lyon samedi, est-ce qu'il fallait autoriser cette marche ?
MAUD BREGEON
Vous savez d'abord que le préfet de police, le ministre de l'Intérieur, n'autorisent pas des manifestations, ils peuvent les interdire lorsqu'ils estiment que ça contrevient à l'ordre public.
PAUL LARROUTUROU
Vous jouez un peu sur les mots.
MAUD BREGEON
En tout état de cause… Non, je ne joue pas sur les mots, je précise le droit…
PAUL LARROUTUROU
Interdire et ne pas autoriser.
MAUD BREGEON
En tout état de cause, la décision de ne pas interdire a été prise au regard du droit. Maintenant, ce qu'on a vu, et je pense notamment aux saluts nazis, je pense à un certain nombre de propos qui ont été scandés, tombent évidemment sous le coup de la loi et sont proprement inadmissibles. Mais là, attention, je vois bien le piège dans lequel on essaie de nous emmener depuis une semaine, comme vous le dites, à choisir notre camp entre deux types de groupuscules qui sont aussi dangereux et aussi violents l'un que l'autre.
AGATHE LAMBRET
C'est pareil pour vous, groupe antifa, groupe d'ultra-droite ? Vous les mettez sur le même plan ? Parce que LFI dit que les groupes antifas luttent contre le fascisme.
MAUD BREGEON
Tout groupe qui appelle à la violence, qui se constitue dans l'objectif de mener des actions violentes, comme ça a été le cas pour La Jeune Garde, ou comme ça a été le cas pour certains groupes d'ultra-droite, doivent être suivi et doit être dissous, si le droit le permet, avec la même volonté politique.
AGATHE LAMBRET
Mais à quoi ça sert, Maud BREGEON, de dissoudre ? Pardon, parce qu'hier justement, le gouvernement, dans cette réunion à laquelle vous participiez, a décidé de saisir la justice sur une possible reconstitution du groupe fasciste... La Jeune Garde, alors qu'on le sait, parmi les sept hommes mis en examen dans le meurtre de Quentin DERANGUE, beaucoup faisaient partie de ce groupe, un groupe qui avait été officiellement dissous. Donc quand on dissout un groupe, ça ne sert à rien, finalement ?
MAUD BREGEON
Quand vous procédez à la dissolution, vous ne procédez pas à la dissolution des idées, et encore moins, excusez-moi de le dire comme ça, des individus. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est que dès lors qu'il y a une dissolution, il y a un travail méticuleux des Renseignements territoriaux derrière pour surveiller l'éventuelle reconstitution de ligue dissoute. La reconstitution de ligue dissoute est un délit qui est passible d'une peine de prison de trois à cinq ans, jusqu'à 75 000 euros d'amende. Et effectivement, dans le cadre de La Jeune Garde, nous avons pris deux décisions. La première, qui a été lancée par le ministre de l'Intérieur il y a maintenant trois jours, qui consiste à saisir la justice pour reconstitution de ligue dissoute parce que nous avons suffisamment d'éléments pour étayer ce dossier. Et d'autre part, les Renseignements territoriaux ont identifié des ramifications locales, territoriales, qui sont de toute évidence l'émanation de La Jeune Garde, de ce qu'était La Jeune Garde. Et donc là, on a pris la décision de lancer également une procédure de dissolution pour ces différents groupuscules, et on le fait à chaque fois.
PAUL LARROUTUROU
Mais au fond, la question qu'on vous pose, c'est comment vous faites pour dissoudre des amis ? Je vous donne un autre exemple. Quand vous avez dissous Génération Identitaire, ils se sont appelés ensuite Les Zouaves Paris. Et les spécialistes de la question disent qu'en fait, c'est ce qu'on appelle un groupe affinitaire. Est-ce que vous n'êtes pas, au fond, impuissants ?
MAUD BREGEON
Mais il y a des groupes affiliés qui peuvent se reconstituer, et lorsque c'est le cas, on les surveille, on procède à l'établissement de dossiers de dissolution, et on lance cette dissolution, comme ça va être le cas pour les cinq groupes, les cinq émanations de La Jeune Garde que je viens de citer. Il faut bien comprendre une chose, c'est que tout ça se base évidemment sur une volonté politique, et nous avons cette volonté politique, le Président a cette volonté politique depuis 2017, mais ça se base aussi sur le droit. J'entends depuis 24, 48 heures, des forces politiques nous appeler à dissoudre tantôt telle organisation, tantôt telle autre.
PAUL LARROUTUROU
Le collectif Némésis, notamment. Alors ça, vous ne voulez pas le dissoudre ?
MAUD BREGEON
Très bon exemple. Ce n'est pas uniquement – il faut bien comprendre les choses –, ce n'est pas uniquement une question de volonté politique. Il y a une volonté politique, mais ce n'est pas une décision prise de façon partiale et autoritaire par un Gouvernement, quel qu'il soit. Et heureusement, c'est fondé en droit. Il y a dans le Code de la sécurité intérieure un certain nombre de motifs qui sont listés et qui vous permettent d'accéder à cette dissolution.
PAUL LARROUTUROU
Et ce n'est pas le cas pour Némésis ?
MAUD BREGEON
Je vais vous donner quelques exemples : la constitution de groupe armé, l'appel à commettre des actes violents, discours de haine, de discrimination, d'ingérence étrangère, évidemment le terrorisme.
PAUL LARROUTUROU
Et ce n'est pas le cas de Némésis ?
MAUD BREGEON
C'est au ministre de l'Intérieur de le dire. Lorsqu'un de ces motifs est suffisamment étayé, alors le Gouvernement, systématiquement, établit un dossier. S'ensuit ensuite une procédure contradictoire, c'est-à-dire qu'on se retourne vers le groupe en question et on lui permet de répondre aux accusations qui lui sont portées.
AGATHE LAMBRET
Et donc, aujourd'hui, vous ne pouvez pas nous dire si va Némésis va être dissous ou pas.
MAUDE BREGEON
Et le tout débouche par un décret, effectivement, de dissolution en Conseil des ministres. On suit le groupe Némésis comme on suit l'ensemble des groupuscules et lorsque les dossiers de dissolution nous semblent être suffisamment étayés et suffisamment fondés, alors on procède à la dissolution. Mais ce qui, pardonnez-moi, je le redis parce que ce qui s'est passé hier en question au Gouvernement, dit quelque chose de l'approche qu'ont certains groupes politiques de cette notion de dissolution. Ce n'est pas une décision qui est prise de façon, encore une fois, partiale et autoritaire, elle est fondée en droit.
AGATHE LAMBRET
On vous entend, Maud BREGEON, et on se pose aussi d'autres questions. Vous dites "Certains groupes politiques", LR et le Rassemblement National appellent clairement à un cordon sanitaire autour de La France Insoumise, et vous ?
MAUD BREGEON
Ma position, elle a toujours été extrêmement claire, ni La France Insoumise, ni le Rassemblement National. Dès le lendemain du premier tour des élections législatives de 2024, j'ai pris une position, je crois, on ne peut plus claire.
AGATHE LAMBRET
À rebours du Front républicain, vous dites, les deux sont à renvoyer…
MAUD BREGEON
Je refuse d'appeler à voter pour La France Insoumise, comme je refuse, évidemment, d'appeler à voter pour le Rassemblement National. Il ne peut y avoir aucun type d'accord électoral, ni avec l'un, ni avec l'autre, et je suis presque désolée de devoir le préciser comme ça ce matin.
AGATHE LAMBRET
Parce qu'Aurore BERGÉ, votre collègue au Gouvernement, a appelé le RN à se désister en cas de risque de victoire de LFI. C'est quoi ? C'est ça que vous visez comme accord électoral ? Ça veut dire quoi ?
MAUD BREGEON
C'est sa position personnelle et je vous laisserai lui demander de l'expliciter. Moi, je dis une chose très simple, et c'est la position du Gouvernement : nous n'appelons le RN à rien, nous ne demandons rien au Rassemblement National, de même que nous n'appelons La France Insoumise à rien, et que nous ne demandons rien à La France Insoumise. Il ne peut y avoir aucun accord électoral, qu'il soit affiché ou implicite, avec des formations d'extrême droite ou d'extrême gauche. On peut discuter avec le Parti Socialiste, on discute avec Les Républicains, on est même ensemble dans le Gouvernement, et ça, ça me semble tout à fait normal. Mais La France Insoumise comme le Rassemblement National sont, pour nous, des lignes rouges extrêmement claires.
PAUL LARROUTUROU
Vous recadrez votre collègue. Vous recadrez Aurore BERGÉ aujourd'hui.
PAUL LARROUTUROU
Oui, si, clairement, vous êtes en opposition frontale.
MAUD BREGEON
Non. Je vous donne ma position personnelle parce que, pardonnez-moi, c'est quelque chose qui me tient à cœur, et ce pour des raisons de fond, pas pour des raisons politico-dogmatiques.
PAUL LARROUTUROU
On a compris, vous parliez de La France Insoumise…
MAUD BREGEON
On les combat, et je les combats personnellement pour des raisons différentes, mais pour des raisons qui sont majeures dans les deux cas.
PAUL LARROUTUROU
On l'a bien compris. Vous aviez appelé LFI à exclure, au moins temporairement, le député LFI cofondateur de La Jeune Garde, Raphaël ARNAULT.
MAUD BREGEON
Je n'ai pas été entendu de toute évidence.
PAUL LARROUTUROU
Manuel BOMPARD, qui était à votre place, a dit que c'était absolument hors de question. Est-ce que vous le réclamez à nouveau aujourd'hui, au vu des nouveaux éléments qui nous parviennent de l'enquête ?
MAUD BREGEON
Alors, je le réclame de nouveau, et je l'avais réclamé dans un souci de clarification. J'avais appelé La France Insoumise, les dirigeants de La France Insoumise, à clarifier leur position vis-à-vis des groupes violents, notamment La Jeune Garde. Je rappelle que Monsieur ARNAULT a été un des membres fondateurs de La Jeune Garde, et que La Jeune Garde s'est toujours constituée comme un groupe intrinsèquement violent. Il y a eu, de toute évidence, une clarification de La France Insoumise, mais pas dans le sens escompté. La France Insoumise a effectivement clarifié sa position, et depuis quelques jours, assume de façon, encore une fois, transparente et délibérée, ses liens avec ce type de groupuscules. Jean-Luc MÉLENCHON qualifiait La Jeune Garde d'organisation liée, alliée – ce sont ses mots – à La France Insoumise.
PAUL LARROUTUROU
Mais ils ont catégoriquement condamné la violence également. Il faut le préciser.
MAUD BREGEON
Oui, mais là encore, pardonnez-moi, le double discours est criant. Vous pouvez condamner… Quand vous condamnez la violence sur les plateaux télé, vous ne faites pas élire un député qui est membre fondateur d'un des groupes dont provient cette même violence. Et quand il se passe un drame comme celui qu'on a connu à Lyon, vous ne maintenez pas délibérément le député au sein même de votre groupe. Il faut voir quand même que Monsieur BOMPARD, Monsieur MÉLENCHON, Madame PANOT aussi, je crois, ont dit qu'ils étaient fiers. Ils ont utilisé ce mot. Ils ont dit qu'ils étaient fiers d'avoir Raphaël ARNAULT dans leur groupe. Donc ils sont fiers d'avoir un membre fondateur d'un groupuscule extrêmement violent qui, de toute évidence, était lié au drame qu'on a connu à Lyon. C'est une grande clarification. Mais là encore, il va falloir en tirer des conclusions.
AGATHE LAMBRET
C'est quoi les conclusions ? Est-ce que vous appelez à un front républicain contre LFI maintenant ?
MAUD BREGEON
Je peux vous redire ce que j'ai dit. Moi, j'ai une position claire tant vis-à-vis de La France Insoumise que vis-à-vis du RN.
AGATHE LAMBRET
Oui, donc, front républicain aussi contre LFI.
MAUD BREGEON
J'appelle en revanche le reste de la gauche, là aussi, à avoir une position on ne peut plus lisible, ferme et définitive. Vous savez qu'on est en période de réserve, donc je ne peux pas m'exprimer outre mesure sur les élections municipales qui arrivent. Pour autant, le Parti Socialiste, Europe Ecologie Les Verts, le Parti Communiste, pour ne citer qu'eux – Place Publique, Raphaël GLUCKSMANN l'a fait – doivent s'engager, encore une fois, de façon ferme et définitive à ne plus jamais s'allier, de quelque façon que ce soit, avec La France Insoumise. Et là encore, j'observe que la clarification n'est pas menée à terme. Je ne citerai pas de nom de ville, puisque nous sommes en période de réserve sur ce plateau…
AGATHE LAMBRET
Mais il y a des villes où il y a des alliances, effectivement, des listes communes LFI-PS.
MAUD BREGEON
Dans mon département, Agathe LAMBRET, il y a des villes où, dès le premier tour, il y a, sur les mêmes tracts de campagne, les logos EELV, La France Insoumise, Parti Communiste et Parti Socialiste. Là encore, moi, j'appelle le premier secrétaire du Parti socialiste à clarifier cette position. Je vois que beaucoup l'ont fait, et j'en suis très heureuse. Je pense à François HOLLANDE, je pense à Jérôme GUEDJ, je pense à Raphaël GLUCKSMANN, qui a été d'une clarté absolument limpide. Mais j'appelle les dirigeants socialistes, communistes, écologistes, là encore…
AGATHE LAMBRET
À clarifier leur position.
MAUD BREGEON
Et à faire preuve de courage.
AGATHE LAMBRET
On vous entend, Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement. Dans un instant, on va parler de la loi fin de vie, notamment, et d'un camouflet pour le ministre des Affaires étrangères, hier. Mais tout de suite, il est 8 h 47, et c'est l'info en une minute avec Sarah DERS.
(…)
Avec Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement. Paul, on parle des suites d'un clash diplomatique.
PAUL LARROURUTOU
Ben oui, après avoir posé un énorme lapin en ignorant la convocation de la France, l'ambassadeur des États-Unis à Paris a téléphoné hier midi au ministre des Affaires étrangères en se disant disposé à ne plus interférer dans le débat public national comme cela a été reproché à l'affaire Quentin DERANQUE. Tout est pardonné avec un petit coup de fil. Vous oubliez totalement cette sanction de révoquer l'accès direct au Gouvernement français de l'ambassadeur américain ?
MAUD BREGEON
En tout cas, c'est exactement ce qu'on demande aux puissances étrangères quelles qu'elles soient de ne pas interférer dans le débat public national.
PAUL LARROURUTOU
Donc, il peut poser un lapin comme ça et juste le lendemain, appeler et puis c'est fini, on oublie.
MAUD BREGEON
Je crois qu'ils se sont expliqués. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet. Moi, je vous redis la position qu'est la nôtre. Nous refusons que des puissances internationales, quelles qu'elles soient, s'immiscent dans le débat national. A fortiori sur un débat aussi sensible, le président de la République a eu l'occasion de le rappeler hier lors de notre réunion à l'Elysée. Jean-Noël BARROT l'a fait, Emmanuel MACRON l'avait fait vis-à-vis de Georgia MELONI, il y a trois ou quatre jours de ça. Donc, on continuera à tenir cette ligne, quelle que soit l'avis des uns et des autres.
AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, c'est aujourd'hui que l'Assemblée nationale doit voter, en seconde lecture, les deux textes concernant la fin de vie. L'un pour renforcer les soins palliatifs, l'autre qui légalise l'aide active à mourir ou le suicide assisté de façon encadrée. Avez-vous toujours de gros doutes sur l'aide à mourir ?
MAUD BREGEON
Oui, et je commence toujours en prenant des précautions qui me paraissent importantes. D'abord la position des uns et des autres est évidemment respectable, ça touche à des convictions très personnelles, à des croyances, à un vécu, aux histoires de chacun. Je ne porte absolument aucun jugement sur les positions qui sont défendues ici ou là.
AGATHE LAMBRET
Vous parlez à titre personnel ?
MAUD BREGEON
Bien sûr, et je parle à titre personnel. Le Premier ministre a d'ailleurs donné la liberté totale d'expression sur cette question au ministre. Ma conviction, c'est la priorité d'abord est de donner aux soins. Et c'est ce qu'on va faire avec le texte qui touche sur les soins palliatifs. Vous avez précisé qu'il y avait effectivement deux textes qui allaient être mis au vote. Evidemment, si j'étais encore députée, voter ce texte dès demain, parce qu'on a besoin d'avancer sur les soins palliatifs. On a besoin que partout sur le territoire national, il puisse avoir une accessibilité renforcée à ces soins palliatifs. Et aujourd'hui, ce n'est pas suffisant, c'est le cas. En revanche, sur la question de ce que vous appelez l'aide active à mourir, d'autres pourraient l'appeler euthanasie…
AGATHE LAMBRET
Oui, vous trouvez que c'est un…
PAUL LARROURUTOU
Le choix des mots est très important.
MAUD BREGEON
Le choix des mots est très important et défend la sensibilité, encore une fois, de chacun. J'estime que ce texte ouvre une boîte de Pandore et ne pose pas les limites suffisantes pour prémunir la société des dérives.
AGATHE LAMBRET
Mais c'est-à-dire, c'est quoi les dérives ? Certains disent, par exemple, pour les pauvres, qui ont l'impression d'être un boulet pour leur famille ou pour certaines catégories sociales... Eh bien ils vont à l'euthanasie parce qu'ils se sent de trop, c'est ça ?
MAUD BREGEON
Ces questions-là se posent évidemment mais, d'abord quand vous regardez le contenu de ce texte, ça ne se limite pas aux maladies incurables entraînant le décès à court terme. Si c'était limité aux maladies incurables entraînant le décès à court terme…
PAUL LARROURUTOU
Non, mais il faut que le pronostic vital soit irrémédiablement engagé.
MAUD BREGEON
Oui, mais à moyen, à court ou moyen terme. Et donc là, encore une fois, j'estime, à mon sens, qu'on ne pose pas les limites nécessaires. J'estime que ce texte va trop loin. J'estime que la priorité doit être donnée aux soins et que, tant que nous n'avons pas été suffisamment loin en soins palliatifs, tant que partout sur le territoire, ces soins palliatifs ne sont pas développés à un niveau suffisant, alors, nous ne devons pas emprunter la seconde voie. J'aurais aimé qu'on mette, dans un premier temps, tous les moyens nécessaires, y compris budgétaires, sur la question des soins palliatifs, pour toutes les questions qu'on vient de se poser.
AGATHE LAMBRET
Ça fait des années qu'on a un débat, trois ans qu'il y a eu la Convention citoyenne, trois ans après, la porte-parole du Gouvernement dit : "Un texte, finalement, on a l'impression qu'il n'est pour rien, si on vous l'écoute, qui n'a rien d'anticipé".
MAUD BREGEON
Ma position, elle est probablement à rebours de la majorité dans l'opinion publique, et j'en ai bien conscience.
PAUL LARROURUTOU
Mais pourquoi vous n'arrivez pas à le faire ? Ça devait être la réforme majeure de la décennie, même MACRON. Ça pourrait échouer ce soir, pourquoi vous n'arrivez pas à faire un texte ?
MAUD BREGEON
Pardonnez-moi, je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites. D'abord, c'est un engagement important du président de la République et je ne le remets aucunement en cause. J'entends par ailleurs que c'est une question qui traverse une partie de la société, qui traverse certaines familles dans un sens ou dans un autre. J'ai été énormément interpellée dans ma circonscription depuis deux ans maintenant par des associations, par des familles. Je les entends et je ne prétends pas détenir la vérité absolue sur cette question. Ce que je peux vous dire, en revanche, parce que c'est un engagement du président de la République, c'est que ce texte sera mené à son terme. Et nous nous sommes engagés à donner le temps législatif nécessaire aux différentes lectures, à l'Assemblée nationale comme au Sénat, de telle sorte que ce texte puisse être mené à son terme. Pour autant, j'ai une position personnelle que j'assume humblement, ce matin, devant vous.
AGATHE LAMBRET
Les macronistes sont déchirés en deux camps pour les municipales à Paris. La majorité soutient Pierre-Yves BOURNAZEL. D'autres comme vous soutiennent Rachida DATI. Que fera Pierre-Yves BOURNAZEL, le troisième homme dans les sondages, s'il se qualifie pour le second tour ? Il a qualifié sa position sur France Inter tout à l'heure en écoute.
PIERRE-YVES BOURNAZEL, CANDIDAT HORIZONS À LA MAIRIE DE PARIS
Je suis candidat du changement. Et candidat du changement, je ne rejoindrai ni GREGOIRE, ni DATI au second tour. Je mène campagne pour gagner. Et je crois que les Parisiens méritent un autre chemin que celui proposé par monsieur GREGOIRE et madame DATI.
AGATHE LAMBRET
Donc Pierre-Yves BOURNAZEL ne rejoindra pas Rachida DATI, que vous soutenez pourtant. Pourquoi ? Il veut faire perdre votre camp, Maud BREGEON ?
MAUD BREGEON
Alors, vous savez, Agathe LAMBRET, qu'on est en période de réserve. Donc, pour que les auditeurs comprennent, comme je viens ici avec les moyens de l'État, je ne peux pas apporter une parole qui…
AGATHE LAMBRET
C'est vrai, mais vous avez parlé des listes de gauche tout à l'heure aux municipales. Je vous parle des listes macronistes.
MAUD BREGEON
Je vais prendre quelques précautions d'usage, que chacun comprenne. Bon, c'est la position de Pierre-Yves BOURNAZEL, je ne vais pas la commenter. En revanche, à mon sens, je plaide pour l'unité de la droite et du centre pour l'ensemble des scrutins électoraux, autant que possible dans l'ensemble des villes. Parce que j'estime que c'est l'espace politique cohérent dans lequel on peut construire, dans lequel on peut changer la vie des gens et sur lequel on partage suffisamment de points d'accord.
AGATHE LAMBRET
Donc, vous déplorez ce qu'il a dit ce matin.
MAUD BREGEON
Moi, j'appelle au rassemblement de la droite et du centre, en toutes circonstances, parce que j'estime qu'encore une fois, c'est nécessaire qu'on gouverne ensemble, qu'on est dans la même majorité depuis maintenant plusieurs années, et que c'est ce qui fait sens.
AGATHE LAMBRET
Rachida DATI est encore au Gouvernement, alors que le Premier ministre s'était engagé à nommer avant le 22 février les remplaçants des ministres candidats, notamment. Nous sommes le 25. Elle ne veut pas partir.
MAUD BREGEON
Vous savez qu'il y a des sujets qui prennent du temps. Je pense notamment à des sujets de fond. Vous avez probablement vu la question du Louvre.
PAUL LARROURUTOU
On va vous la poser dans quelques secondes.
MAUD BREGEON
Et de la nomination, pardonnez-moi, à la tête du Louvre.
PAUL LARROURUTOU
Avant la question du Louvre, justement, on a appris hier que l'international marocain et joueur du PSG, Achraf HAKIMI, est renvoyé en procès pour viol sur une jeune femme en 2023. Ce qu'il nie catégoriquement, c'est entre les mains de la justice. A simplement indiqué son entraîneur, Luis ENRIQUE, qui le fait jouer ce soir. Est-ce qu'Achraf HAKIMI a, pour vous, sa place sur le terrain, ce soir, en barrage retour de Ligue des Champions contre Monaco ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas la porte-parole du Gouvernement de s'expliquer et de prendre position à la place, pardonnez-moi, d'un club de foot. Sur ces sujets qui sont éminemment sensibles à ma position, elle est constante et j'essaie de la tenir. Il faut respecter le temps de la justice et il faut respecter les décisions de justice. La présomption d'innocence, elle vaut pour tout le monde. Même si parfois ça suscite des questionnements et on l'a vu sur bien d'autres affaires.
PAUL LARROURUTOU
Donc vous vous dites : "Laissons la justice faire son travail avant de l'empêcher de jouer".
MAUD BREGEON
Si, devant vous, j'appelais le Paris-Saint-Germain à ne pas faire jouer tel ou tel joueur parce qu'il y a une procédure judiciaire en cours, j'insinue, en tant que porte-parole du Gouvernement, une forme de présomption, de culpabilité et je me suis toujours refusée à ça.
AGATHE LAMBRET
C'est clair, Maud BREGEON, comme tous les jours, c'est le moment de la question qui, aujourd'hui, la question qui est responsable. 128 jours après le cambriolage, la présidente du Louvre, Laurence DES CARS, a remis sa démission hier. Si elle devait partir, pourquoi l'avoir protégée, pourquoi avoir refusé sa démission il y a quatre mois ?
MAUD BREGEON
C'est une page qui se tourne. Laurence DES CARS a pris cette position, a pris cette décision, elle a eu l'occasion de s'en expliquer.
AGATHE LAMBRET
Quatre mois pour la tournée ? Malgré le cambriolage, malgré les audits accablants.
MAUD BREGEON
Elle a eu l'occasion de s'expliquer, de parler de ce qui se passait, de ce qu'elle a mené depuis plusieurs années maintenant. Bon nombre de projets importants pour le Louvre. Pour autant, dans un souci d'apaisement, et encore une fois d'écriture d'une nouvelle page du Louvre, elle a pris cette décision de partir. Elle a évidemment la confiance du président de la République, qui d'ailleurs lui a confié une mission dans le cadre du G7.
AGATHE LAMBRET
Donc malgré tout ce qui s'est passé, le Gouvernement aurait pu la maintenir.
MAUD BREGEON
Qui se tiendra dans quelques mois. Pour autant, je le dis, dans un souci d'apaisement vis-à-vis de l'institution, elle a pris cette décision en conscience et en responsabilité.
PAUL LARROURUTOU
Et vous nous confirmez que c'est le patron de Versailles, du château de Versailles, Christophe LERIBAULT, qui pourrait le succéder ?
MAUD BREGEON
Je vous confirmerai les décisions et les nominations après le Conseil des Ministres, en comptant du temps des ministres. Les noms qui sont cités ce matin chez vos confrères parisiens sont des personnalités de grands talents, de grandes compétences, indéniablement.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 février 2026