Interview de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, à RTL le 5 mars 2026, sur le conflit au Moyen-Orient.

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Média : RTL

Texte intégral

THOMAS SOTTO
Il est 7h43, c'est donc la ministre des Armées, Catherine VAUTRIN, qui est l'invitée de RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Catherine VAUTRIN.

CATHERINE VAUTRIN
Bonjour Thomas SOTTO.

THOMAS SOTTO
Il y a eu un nouveau conseil de défense hier soir à l'Elysée autour du Chef de l'État. On a le sentiment que la France fait un pas de plus vers la guerre chaque jour. Madame la ministre, êtes-vous en train de préparer nos armées à faire concrètement la guerre ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous le savez, le Président de la République l'a dit dans son adresse aux Français mardi soir, la France est mobilisée sur la protection de nos ressortissants, sur la protection de nos emprises et sur l'accompagnement que nous apportons aux pays avec lesquels nous avons des accords de défense. Ce qui veut dire que la position de la France est une position strictement défensive.

THOMAS SOTTO
Défensive pour l'instant, mais est-ce qu'on n'est pas en train d'être inspirés par la guerre comme le titre L'Opinion ce matin ? Ce n'est pas ça la réalité ?

CATHERINE VAUTRIN
Non, pas pour l'instant. Non, la réalité c'est que la France est dans une position strictement défensive. Si je prends l'exemple du Moyen-Orient, nous avons 400 000 personnes qui vivent dans le Golfe Persique par exemple. Donc évidemment, nous sommes très concernés par la situation de nos ressortissants et par nos emprises.

THOMAS SOTTO
Est-ce qu'ils sont en sécurité ces ressortissants ou est-ce que c'est précaire pour eux ?

CATHERINE VAUTRIN
Ces ressortissants sont, pour beaucoup d'entre eux, pour les touristes dans des hôtels, pour ceux qui vivent évidemment là où ils sont, ils sont mis à l'abri. Il y a des alertes régulières. C'est une situation très tendue bien évidemment, mais c'est la raison pour laquelle nos postes sont en lien avec eux, avec notamment des consignes de prudence, des liens avec le fil d'Ariane pour les touristes pour organiser les évacuations.

THOMAS SOTTO
Il y a de nouvelles évacuations prévues aujourd'hui ?

CATHERINE VAUTRIN
Il y a des évacuations.

THOMAS SOTTO
Combien ? On le sait ?

CATHERINE VAUTRIN
Je ne sais pas vous donner le nombre, mais oui, il y a des évacuations, il y a des avions qui partiront aujourd'hui, notamment des Emirats Arabes Unis, donc il y en a eu également hier.

THOMAS SOTTO
Est-ce que vous allez mobiliser des moyens militaires pour les rapatrier ? Des avions militaires ?

CATHERINE VAUTRIN
Nous n'en sommes pas aujourd'hui à mobiliser des moyens militaires, puisqu'il y a des créneaux avec des avions civils, notamment les compagnies émiriennes. Vous savez, après ce que je dis ce matin, je le dis au vu de la situation d'aujourd'hui.

THOMAS SOTTO
Tout peut évoluer à tout moment.

CATHERINE VAUTRIN
Tout évolue, mais la volonté, c'est très clairement que nous puissions, avec les autorités locales, avoir des créneaux pour que des avions puissent décoller et raccompagner nos ressortissants vers la France.

THOMAS SOTTO
On sait combien de temps il faudra pour ramener tous ceux qui veulent rentrer ? Ils ne veulent pas rentrer, les 400 000, mais tous ceux qui veulent rentrer…

CATHERINE VAUTRIN
Alors vous savez, c'est ça qui est compliqué, parce que vous avez des gens qui ont pris contact pour être rassurés, vous en avez d'autres qui, effectivement, souhaitent être ramenés. Donc ça, c'est tenu au jour le jour par nos équipes et par nos postes. Je voudrais souligner la mobilisation, aussi bien localement qu'au Quai d'Orsay, puisque vous avez aussi des familles, vous avez des gens qui appellent directement Paris. Et l'objectif, c'est de faire au plus vite, maintenant, on sait tous, que dans un contexte comme celui-là, il y a une organisation à mettre en place. Il y a un ordre de priorité. Très concrètement, nous commençons par les gens les plus…

THOMAS SOTTO
Les personnes fragiles, les personnes âgées, les enfants…

CATHERINE VAUTRIN
Les mineurs non accompagnés, enfin tous ces sujets.

THOMAS SOTTO
Emmanuel MACRON a dit que deux de nos bases avaient été visées en début de semaine par des tirs iraniens. Est-ce que vous avez depuis déjoué d'autres attaques qui ont visé nos intérêts ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, pour nos intérêts, il n'y a, au moment où je vous parle, que ces deux bases. Pour être clair, nous n'avons pas de certitude que c'étaient des bases françaises qui étaient visées ? Pour une raison très simple, c'est que ces bases, qui sont donc aux Émirats arabes, sont dans des emprises, qui sont des emprises émiriennes. Très vastes, très grandes. Est-ce que c'était réellement la France qui a été visée ? Ça n'est pas aujourd'hui écrit. En tout cas, ce qui est important à retenir : aucun blessé et les bases sont parfaitement en état d'activité.

THOMAS SOTTO
Et on doit faire face à une guerre un peu nouvelle, même si on a connu ça et on connaît ça en Ukraine et en Russie. C'est la guerre des drones. Est-ce qu'on est équipé pour faire face à cette pluie de drones ? Est-ce qu'on sait faire ? Ou est-ce que ça vous inquiète ?

CATHERINE VAUTRIN
Il faut aller beaucoup plus loin. Pourquoi ? Parce qu'on le voit bien, les drones, ce sont des masses de drones qui arrivent. Et donc, la lutte anti-drone, aujourd'hui, nécessite qu'on…

THOMAS SOTTO
On ne peut pas mettre un missile par drone ?

CATHERINE VAUTRIN
D'où la nécessité d'aller plus loin sur la lutte anti-drone. Et il faut augmenter nos productions. On avait déjà commencé, parce que l'exemple ukrainien était déjà un exemple. 79% des destructions en Ukraine sont faites avec des drones. Donc on voit bien que, dans ces conflits, on tire aussi des leçons en termes d'armement. Et qu'aller plus loin sur les drones, c'est une des grandes priorités de la France actuellement. On a des entreprises très engagées. Vous avez entendu parler d'HARMATTAN, d'ALTA ARES - je ne vais pas vous faire la liste - mais qui sont des gens dont on a besoin du savoir-faire.

THOMAS SOTTO
Catherine VAUTRIN, on apprend à l'instant que votre collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël BARROT, s'est entretenu avec son homologue iranien. Vous savez ce qu'ils se sont dit ou pas du tout ?

CATHERINE VAUTRIN
Pas du tout, parce que je ne savais pas qu'il…

THOMAS SOTTO
Je veux dire qu'on se parle entre Français et Iranien ?

CATHERINE VAUTRIN
Mais vous savez, on ne parle pas qu'avec ses amis. C'est toujours important de pouvoir garder des contacts.

THOMAS SOTTO
Ce sont nos ennemis, les Iraniens, aujourd'hui ?

CATHERINE VAUTRIN
En tout cas, quand des gens font la guerre, en général, ce sont plutôt des adversaires. Ceci étant, la France n'est pas en guerre aujourd'hui. La France est dans une position défensive.

THOMAS SOTTO
On a quand même l'impression qu'on fait la guerre sans le dire, comme monsieur JOURDAIN faisait de la prose sans le savoir. En fait, on ne sait pas trop où tout ça va nous mener.

CATHERINE VAUTRIN
Non, je pense que c'est très important. Nous sommes dans une position de protection. Nous n'attaquons pas. C'est ça la différence. Quand vous faites la guerre, vous êtes offensif, vous attaquez. Nous, nous sommes aujourd'hui dans une position défensive.

THOMAS SOTTO
Mais on sait que le Charles de Gaulle va aller dans la zone, pardon je vous interromps… Si les Iraniens décidaient d'attaquer le Charles de Gaulle, j'imagine qu'on va se défendre.

CATHERINE VAUTRIN
Pour l'instant, vous avez entendu, mardi, le Président de la République sur deux points. Le premier, c'est je souhaite que les négociations diplomatiques continuent., acte 1. Acte 2, le Charles de Gaulle, il fait route vers la Méditerranée.

THOMAS SOTTO
Il arrivera quand ?

CATHERINE VAUTRIN
Il arrivera fin de semaine.

THOMAS SOTTO
Fin de cette semaine ?

CATHERINE VAUTRIN
Oui, fin de cette semaine, début de semaine prochaine.

THOMAS SOTTO
Il va stationner où ?

CATHERINE VAUTRIN
Ce n'est pas encore déterminé. Par définition, un bateau, c'est mouvant. Sa destination, au moment où je vous parle, c'est la Méditerranée.

THOMAS SOTTO
Et il va protéger le détroit d'Ormuz ? C'est quoi sa mission ?

CATHERINE VAUTRIN
Pardonnez-moi, mais le détroit d'Ormuz, ce n'est pas la Méditerranée.

THOMAS SOTTO
Oui, vous avez raison.

CATHERINE VAUTRIN
Il est aujourd'hui... Faire un peu de géographie ce matin. Aujourd'hui, il va être en Méditerranée.

THOMAS SOTTO
Et il va faire quoi ? Quelle est sa mission ?

CATHERINE VAUTRIN
Le Charles de Gaulle, c'est un navire de combat qui est escorté de frégates et d'avions. Il va donc sécuriser la zone, la Méditerranée, qui peut être aussi bien la Méditerranée orientale, par exemple.

THOMAS SOTTO
Bon. Combien de Rafale sont déjà sur place ? Il paraît que nos avions sont déjà là-bas. On en a combien qui sont opérationnels en ce moment ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, nous avions des Rafale qui étaient déjà aux Émirats. Et dans le cadre de notre accord, six Rafale sont partis en supplément vers les Émirats et ils sont arrivés.

THOMAS SOTTO
En tant que chef des Armées, sous la responsabilité du Chef de l'État…

CATHERINE VAUTRIN
C'est le Président de la République.

THOMAS SOTTO
Je sais, je sais.

CATHERINE VAUTRIN
On n'usurpe rien ce matin.

THOMAS SOTTO
Vous êtes quand même ministre des Armées, ce qui n'est pas rien.

CATHERINE VAUTRIN
C'est un grand honneur et une grande responsabilité.

THOMAS SOTTO
Quand vous voyez la violence des bombardements, quand vous voyez que les Américains vont taper un bateau de guerre iranien à 3 000 kilomètres du front, si on peut dire, est-ce que vous vous dites que ça a un sens ?

CATHERINE VAUTRIN
Mais, vous savez, le sujet, c'est vraiment la négociation, l'arrêt des combats. Un ministre de la Défense, il est là pour protéger la souveraineté de son pays. La responsabilité, sous la conduite du Président de la République, c'est que le Président de la République ait l'ensemble des équipements dont il a besoin pour protéger la paix parce que la paix, ça se protège. Et donc, le sens de la mission, pour répondre à votre question…

THOMAS SOTTO
Mais, militairement, ça a un sens ?

CATHERINE VAUTRIN
Honnêtement, on peut très concrètement se poser effectivement la question de ce navire qui ne combattait pas, puisque ce navire rentrait d'un entraînement. Et on voit qu'aujourd'hui, la stratégie qui est suivie par d'autres, sans aucun préavis, je le rappelle, sans aucun respect des traités internationaux, ne peut qu'interroger.

THOMAS SOTTO
On va parler un petit peu du Liban. On a 700 hommes qui sont au sein de la force intérimaire de l'ONU au Liban.

CATHERINE VAUTRIN
Au titre de la FINUL.

THOMAS SOTTO
Est-ce qu'ils vont y rester, compte tenu du fait que les troupes israéliennes sont déjà au Liban ?

CATHERINE VAUTRIN
Alors, bien sûr, ce que l'on peut dire, il y a des troupes qui sont aujourd'hui au Liban, des troupes israéliennes qui sont au Liban, c'est ce que nous avons entendu. Ce qu'il faut rappeler, c'est que l'erreur majeure, c'est celle du Hezbollah, qui est allé tirer sur Israël. Le Président de la République, vous le disiez…

THOMAS SOTTO
Oui mais la conséquence, c'est un embrasement.

CATHERINE VAUTRIN
Attendez, mais le sujet, c'est surtout d'arrêter ces combats. Donc, c'est que le Hezbollah arrête de tirer sur Israël et qu'Israël arrête de taper sur le Liban, c'est ça. La priorité aujourd'hui… Les soldats de la FINUL sont sur place et y restent aujourd'hui, bien sûr.

THOMAS SOTTO
Et l'envoi de troupes françaises sur place, que ce soit en Israël ou en Iran, ça ne sera jamais d'actualité ?

CATHERINE VAUTRIN
Très concrètement, je vous l'ai dit, nous ne sommes pas dans cette guerre en matière offensive, nous sommes dans du défensif et nous ne parlons pas d'envoi de troupes.

THOMAS SOTTO
Ce conflit nous inquiète aussi quant à ses répercussions sur notre territoire en France. Emmanuel MACRON a demandé un renforcement de l'opération Sentinelle. Sentinelle, ce sont les militaires qui assurent notre sécurité dans les rues face à la menace terroriste. Comment il va se traduire ce renforcement ?

CATHERINE VAUTRIN
Les Français voient régulièrement les militaires qui sont dans cette opération, qui assurent la protection.

THOMAS SOTTO
Ils sont combien aujourd'hui ?

CATHERINE VAUTRIN
C'est un chiffre que nous ne donnons absolument jamais. Mais que font-ils ? On les voit très régulièrement dans les gares, les aéroports. Et là, que vont-ils faire de plus ? Ils vont aller sécuriser des lieux qui peuvent être considérés comme des lieux dangereux. Je vais prendre un exemple, la synagogue, par exemple. Et cela se fait en concert…

THOMAS SOTTO
Il y aura plus de militaires dans l'opération Sentinelle ?

CATHERINE VAUTRIN
Il y a autant que les préfets nous le demandent. Ce sont des opérations qui sont menées avec les préfets, qui remontent au ministère de l'Intérieur les besoins qui sont les leurs, territoire par territoire. Et les armées répondent à ces besoins.

THOMAS SOTTO
On parlait du Charles de Gaulle, ce sera ma dernière question, qui quitte les mers du Nord. C'est POUTINE qui doit être content, il est peinard, là, pour continuer sa guerre, non ?

CATHERINE VAUTRIN
Vous savez, vous l'avez remarqué, l'Ukraine continue et nous sommes toujours aux côtés de l'Ukraine.

THOMAS SOTTO
Toujours aussi impliqués ?

CATHERINE VAUTRIN
Comme nous le sommes depuis 2022.

THOMAS SOTTO
Il n'y aura pas une baisse de moyens vers l'Ukraine ? On arrive à faire les deux à la fois ?

CATHERINE VAUTRIN
Il n'y a aucune baisse de moyens, parce que l'organisation de notre pays, les budgets, sont faits pour que nous ayons cette capacité. La France est un pays fiable, quand elle donne son accord, elle le tient. Et je crois que c'est très important pour les Ukrainiens, comme les pays du Golfe…

THOMAS SOTTO
Donc on ne lâchera pas les Ukrainiens ?

CATHERINE VAUTRIN
Pas du tout, pas plus que nos partenariats dans le Golfe.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2026