Texte intégral
MARINA FERRARI
Bonjour.
MARION L'HOUR
Vous l'avez annoncé, cette semaine la France n'enverra pas de représentants du Gouvernement pour la cérémonie d'ouverture de ces Jeux Paralympiques de Milan-Cortina ce soir à cause de la présence d'une dizaine d'athlètes, russes et biélorusses, qui auront le droit de concourir sous leur drapeau, avec leur hymne. La politique a donc sa place aux Jeux Olympiques et en l'espèce aux Paralympiques ?
MARINA FERRARI
En fait, la France a souhaité manifester son désaccord avec la décision qui a été prise par le comité international paralympique de réintroduire les Russes et les Biélorusses sous hymne et drapeau. Vous savez que, par exemple, pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, les athlètes étaient autorisés à concourir mais sous bannière neutre et sans hymne, ce qui était une position d'équilibre qui nous convenait parfaitement. Ça a été le cas également sur les Jeux Olympiques de Milano Cortina, mais malheureusement, il y a eu cette décision du comité international paralympique qui certes a été prise d'une manière démocratique, il y a eu un vote au sein de l'instance sportive.
Donc nous, nous avons souhaité marquer notre désaccord, donc c'est pour ça qu'il n'y aura pas de représentation gouvernementale à la cérémonie d'ouverture, puisque je suis avec vous au moment où l'on se parle, c'est ce soir, à la cérémonie. En revanche, il y aura bien une représentation gouvernementale pendant les épreuves, puisque je serai dès le lendemain aux côtés de nos athlètes. Je crois qu'il faut bien faire le distinguo entre le politique et le sportif, et donc la délégation française sportive sera bien présente.
MARION L'HOUR
Alors, vous faites le distinguo entre les deux, et en même temps, le fait de ne pas être présente à la cérémonie d'ouverture, c'est un geste fort. On se rappelle, pendant les Jeux Olympiques, cet athlète ukrainien qui avait été écarté parce qu'il voulait concourir avec son casque, avec sur son casque les photos de soldats ukrainiens qui étaient morts au front. On lui a dit : "Non, pas de politique dans le sport" et là, c'est ce que vous faites.
MARINA FERRARI
Vous savez, il y a beaucoup de pays qui ont manifesté le fait de ne pas être présents, avec des degrés variables, vous l'avez vu. Il y a des pays qui ont même retiré les mouvements sportifs, des pays ont retiré leur délégation. Ce n'est pas le cas de la France, on est dans une position qui est mesurée, me semble-t-il. On a beaucoup travaillé de concert, bien évidemment avec le comité paralympique et sportif français, et vous le savez, le vote de la France sur cette question de la réintroduction des athlètes russes et biélorusses a été négatif. Donc, nous sommes bien alignés…
MARION L'HOUR
Ils sont contre aussi ?
MARINA FERRARI
Ils sont contre aussi, mais pour autant, on fait le distinguo. Je crois que ça doit rester aussi un moment sportif pour nos athlètes. C'est important ce moment-là, et donc voilà, moi je serai bien à leur côté.
MARION L'HOUR
Vous citez d'autres pays qui font la même chose que la France. Il y a l'Ukraine, la Finlande, la Pologne, la République tchèque, j'en passe. Est-ce que vous appelez les autres européens à vous suivre et également à ne pas être présents à cette cérémonie ?
MARINA FERRARI
Écoutez, chacun prend ses responsabilités, chacun adopte son attitude. Moi, j'ai été présente au dernier conseil de l'Europe des ministres des Sports. Nous avons pris une résolution sur le sujet pour également marquer notre désaccord avec la décision qui avait été prise par l'IPC. Et puis, j'ai eu l'occasion, quand cette décision a été annoncée, de signer une tribune avec 33 autres États, des États européens, mais d'autres États également, comme le Japon ou le Canada, qui avons signé cette tribune. Donc, je crois qu'il y a effectivement aujourd'hui, on parle de 18, 19 États déjà, qui ont manifesté leur désaccord par rapport à cette décision.
MARION L'HOUR
Mais c'est signe de quoi ? C'est signe qu'il y a un front, je dirais occidental, qui se fissure sur la question de l'Ukraine et de la guerre en Ukraine ?
MARINA FERRARI
Non, je pense qu'il ne faut pas voir les choses comme ça. On est dans un moment sportif, un moment qui est particulier, qui doit être un moment de communion. Pour autant, la situation internationale, elle n'a pas changé. Donc, ce qui était une position équilibrée sur Paris 2024, nous semblerait être la bonne voie à l'avenir. Tant que la situation internationale n'a pas évolué, tant que la Russie continue à être dans une attitude belliqueuse vis-à-vis de l'Ukraine, je crois qu'il faut que nous maintenions une position ferme.
MARION L'HOUR
Le Gouvernement sera absent aussi de la cérémonie de clôture de ces Jeux ?
MARINA FERRARI
Alors, rien n'est arrêté encore à date, ça sera un moment différent. Aujourd'hui, on n'a pas statué sur le sujet. Pourquoi ? Parce que c'est aussi le moment où le drapeau paralympique va revenir à la France. Donc, nous attendons de voir comment cela va évoluer.
MARION L'HOUR
Qui organise les prochains Jeux paralympiques, il faut le rappeler, en 2030.
MARINA FERRARI
Absolument, à la maison en 2030.
MARION L'HOUR
Et vous le dites, pour autant, les 17 para-athlètes français, eux, ils vont bien concourir. Pourquoi est-ce qu'on a choisi cette demi-mesure, si j'ose dire ?
MARINA FERRARI
Parce qu'il faut protéger nos para-athlètes. Le moment des Jeux paralympiques, c'est important. C'est un moment où on va montrer aussi la performance incroyable de nos sportifs. Et donc, je crois qu'il faut leur laisser ce moment aussi. C'est aussi notre façon de les protéger quelque part, en faisant bien un distinguo entre le moment sportif et le moment politique. On a une très belle délégation. Là, 17 athlètes, tous médaillables potentiellement. Donc ça, c'est important. Et on sait que sur les Jeux d'hiver, malheureusement, la pratique du parasport est plus difficile. Donc, on compte sur eux. On sait qu'ils vont nous ramener de belles médailles. On a de belles ambitions, d'ailleurs, pour ces Jeux paralympiques. Parce qu'on sait qu'au travers des performances qu'ils vont pouvoir accomplir, ils vont entraîner demain de nouvelles personnes en situation de handicap pour s'engager dans la voie du sport et dans la voie du haut niveau également. Et ça, c'est important pour nous. C'est un travail de longue haleine que nous menons depuis quelques années.
MARION L'HOUR
Vous dites de belles chances de médailles. C'est quoi l'objectif ? Il y a un objectif sportif… ?
MARINA FERRARI
Bien sûr. Alors, on s'est assigné le même objectif que pour les Jeux olympiques. Puisque, vous l'avez vu, c'est la cellule de l'Agence nationale du sport qui travaille sur la haute performance, avec Yann CUCHERAT qui est à la tête. Et donc, même objectif, c'est-à-dire 50 % de médailles en plus que ce que nous avions fait sur les derniers Jeux d'hiver. C'est-à-dire que nous avions 12 médailles à Pékin. L'objectif, on en rajoute 6 de plus, c'est 18 médailles. Je pense qu'on a de très bonnes chances d'y arriver. En tout cas, on sera tous derrière nos bleus pour les encourager.
MARION L'HOUR
Être dans le top 5 ?
MARINA FERRARI
Alors, on ne parle pas de top 5. Moi, je suis toujours très prudente. J'aime mieux regarder le nombre de médailles. Mais bien évidemment, si on arrive à rester dans le top 5… On est dans le top 8 à Paris, sur les disciplines d'été. Si on était dans le top 5, ça serait une formidable performance également. Et on a de bonnes chances d'y être.
MARION L'HOUR
Alors, un mot sur les Jeux olympiques de 2030. Vous le disiez, à la maison en France, en principe dans les Alpes françaises, on sait qu'il y a un problème de gouvernance sur ces Jeux. Il y a plusieurs cadres qui ont quitté la tête du comité d'organisation. Il y a le directeur général qui vient d'être écarté. Est-ce que vous soutenez toujours le président Edgar GROSPIRON ?
MARINA FERRARI
Moi, je ne suis pas là pour soutenir qui que ce soit. Je suis là pour qu'on ait une organisation qui tourne, qui soit efficace, avec une gouvernance qui soit pérenne dans le temps. On commence à avoir un peu de retard. Donc, il ne faut pas qu'on s'endorme, si j'ose dire.
MARION L'HOUR
Un mois, un mois et demi de retard, c'est ce que disait…
MARINA FERRARI
Un mois, un mois et demi de retard, ce qui n'est pas catastrophique parce qu'on a la chance d'avoir des infrastructures qui sont déjà sur place, un savoir-faire sur les territoires. Donc, ces Jeux, nous les livrerons. Je n'ai pas d'inquiétude sur le fait que nous soyons en capacité de livrer ces Jeux. En revanche, si on a, vous savez, une forte ambition sur ces Jeux, à la fois de sobriété, qu'elle soit économique ou qu'elle soit environnementale. Et donc, il faut absolument, aujourd'hui, que nous remettions la gouvernance sur de bons règles. C'est pour ça que nous avons, vous savez, une mission qui est en cours, qui est actuellement conduite par l'ancien directeur général de Paris 2024. On peut reconnaître quand même son grand savoir-faire quand on a vu la réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Qui nous accompagne. Donc voilà, l'idée c'est de remettre en place le mécano pour avoir, justement, une gouvernance pérenne qui nous permette de dérouler très vite derrière.
MARION L'HOUR
Donc, l'avenir d'Edgar GROSPIRON, à ce stade, est incertain ?
MARINA FERRARI
Moi, j'attends aujourd'hui du président du COJOP, des livrables. On a des jalons qui sont devant nous, des étapes qu'il faut absolument franchir et réussir. Je pense notamment, alors, un, réinstaller une gouvernance pérenne. Deux, rassurer nos équipes. On a des équipes fantastiques qui travaillent tous les jours. On a beaucoup avancé sur ce dossier. Peut-être que nous aurons le temps d'y revenir, mais on avance. Il ne faut pas croire que, justement, on n'a rien fait sur cette période. Deuxièmement, on a également des partenariats qui doivent être signés. Ça, c'est un jalon qui est important. Et puis, troisième jalon important, c'est la question de la carte des sites sur lequel, bien évidemment, nous attendons d'avoir des livrables.
MARION L'HOUR
J'entends que vous ne soutenez pas Edgar GROSPIRON.
MARINA FERRARI
Ça n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit que nous attendons des résultats.
MARION L'HOUR
Eh bien, on attend des résultats. Merci pour cet entretien, Marina FERRARI, ministre des Sports, qui ne sera donc pas à Véronne ce soir pour l'ouverture des Jeux Paralympiques, mais bien aux côtés des athlètes français, vous nous l'avez dit, pour ces Jeux qui vont durer jusqu'au 15 mars. Merci d'être venue sur France Inter ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2026