Interview de Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, à RMC Info le 9 mars 2026, sur les rapatriements du Moyen-Orient des Français.

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Média : RMC Info

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
7 h 44 et vous êtes bien sur RMC et sur RMC STORY. Il y a encore plusieurs milliers de Français qui sont bloqués à l'étranger et qui cherchent à revenir, un casse-tête pour les rapatriements. C'est vous qui vous en occupez, Éléonore CAROIT, vous êtes la ministre déléguée chargée notamment des Français de l'étranger. On en est où ? Combien sont coincés là-bas ? Combien veulent revenir ? Combien allez-vous aider à revenir ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors on avance. Et ça c'est la bonne nouvelle. Contrairement à il y a quelques jours où les perspectives étaient très incertaines, là on a réussi à rapatrier plus de 1 500 de nos ressortissants. Et il s'agit là de personnes vulnérables qui ont pu être mises sur des vols affrétés par la France, sur des places bloquées dans des vols commerciaux par la France, ou alors sur des vols militaires. Et ça continue. On en a encore un qui part de Mascate qui va arriver à Roissy. Moi j'en ai accueilli deux cette semaine avec le ministre TABAROT. Et nous en avons un autre qui est en préparation aussi de Charm el-Cheikh avec des passagers qui viennent d'Israël. Donc ça s'accélère. L'autre bonne nouvelle, entre guillemets parce que tout ça c'est une situation de crise, mais l'autre bonne nouvelle c'est qu'on a des vols commerciaux qui s'accélèrent aussi. Jeudi vous aviez un seul vol commercial en provenance des Émirats Arabes Unis. Hier vous en avez eu six. Aujourd'hui vous en avez six à nouveau. Et là aussi c'est des vols commerciaux. Et on entend les gens qui nous disent que ça reste cher. Mais la France négocie déjà pour qu'il y ait des vols qui viennent en France et pas à Rome ou à Madrid en priorité. Pour qu'ils puissent rentrer en France en priorité.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que j'imagine que tous les pays font pareil.

ÉLEONORE CAROIT
Tous les pays font pareil. Donc là c'est une grosse négociation. Et au-delà de ça, pour que dans certains vols, et notamment avec ETIHAD mais avec d'autres aussi, on puisse avoir un certain nombre de places avec des prix bloqués pour permettre à nos ressortissants…

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous dites vulnérables, comment est-ce que vous sélectionnez ceux dont vous dites qu'ils sont vulnérables ?

ÉLEONORE CAROIT
C'est un système assez complexe mais qui nous permet d'identifier les personnes qui ont une urgence. Que ce soit les femmes enceintes, des enfants en bas âge, des personnes qui ont besoin d'un médicament qu'ils n'arrivent pas à trouver. Et tout cela, ça se fait grâce à une mobilisation exceptionnelle du Centre de crise et de soutien qui est ouvert 24 h sur 24, sept jours sur sept, qui prend les informations des personnes vulnérables qui nous appellent et qui ensuite permet de les diriger vers différents vols. Et ça c'est un numéro unique, je vais le rappeler. C'est le 01 43 17 51 00. Vous pouvez appeler si vous avez une vulnérabilité. Et puis il y a des informations qui sont données par 19 postes consulaires dans 15 pays qui permettent aux Français de savoir quelle est l'actualité du pays où ils se trouvent.

APOLLINE DE MALHERBE
On va accueillir tout de suite Céline qui est concernée par cette question parce que vous êtes à Dubaï, me semble-t-il, en vacances avec vos deux enfants et un ami. Vous êtes bloquée depuis huit jours. Est-ce que vous avez trouvé une solution ?

CELINE, FRANÇAISE EN VACANCES A DUBAÏ
Bonjour. Effectivement, depuis hier, on a réussi à obtenir un vol pour demain matin. Mais du coup, en passant par l'Allemagne dans un premier temps. Et puis après, un autre vol pour aller en France. Pour l'instant, il n'y a pas encore de certitude, mais on s'accroche un petit peu à ça. Sinon, ce n'était pas avant le 13 mars.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment ça s'est passé ? Qui vous a aidée ? À qui vous vous êtes adressée ? Et comment vous avez fini par trouver ces billets ?

CELINE
Écoutez, c'est par rapport à la mère de mon ami qui est en France, qui a appelé tous les jours pendant des heures et des heures AIR FRANCE pour essayer de changer, de trouver un autre vol et nous proposer d'autres choses. Parce que sinon, on a eu des propositions, mais l'autre jour à minuit, pour dans quatre heures ou pour aller jusqu'à Mascate, mais dans des conditions un peu compliquées avec les deux enfants en bas âge, clairement. Déjà, j'arrivais à masquer un petit peu leur anxiété, leur stress. Mais là, ça a été compliqué en pleine nuit. Pour les ramener, ça se trouve, au point de départ.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous avez eu des interlocuteurs du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères ?

CELINE
On a eu quelques personnes. Je ne pourrais plus vous reciter le nom. Suite à un passage, je ne sais plus sur quelle chaîne. Après, on m'a demandé de remplir des documents, d'expliquer effectivement que j'ai deux enfants en bas âge qui, en plus en fait, on a un traitement par mois, personnellement, j'ai un traitement, j'ai dû me rendre à l'hôpital en expliquant bien ça dans le mail. Mais du coup, depuis, on n'a pas eu de retour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez pas eu de retour. La ministre va vous répondre.

ÉLEONORE CAROIT
Si je peux me permettre, bonjour Céline. Lorsque Céline, par exemple, vous explique qu'on lui a proposé un vol jusqu'à Mascate, ça, c'est les vols du ministère. Effectivement, c'est compliqué parce que ça veut dire prendre un transport terrestre mis aussi en place par le ministère, des bus. C'est un trajet assez long. Les personnes que j'ai accueillies dans la nuit hier, elles ont fait ce trajet. C'est un trajet qui dure plusieurs heures, une attente à la frontière. Mais ça a permis, y compris à des familles, y compris à des personnes vulnérables, d'être rapatriées. Et ça, depuis plusieurs jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire que vous avez fait le choix, Céline, de ne pas faire ce trajet-là, mais il vous a tout de même été proposé.

CELINE
Alors, ce n'est pas que je n'ai pas fait le choix. En fait, ce message a été envoyé à minuit, donc heure locale. Et on avait trente minutes pour répondre. Et à minuit, clairement, on était tellement épuisés qu'on dormait. Le temps de se réveiller, c'était trop tard parce qu'on n'avait que quatre heures, en fait, pour pouvoir atteindre le lieu de rendez-vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Et effectivement, ce dont vous témoignez, Céline, c'est aussi ce que vous dites, c'est qu'il faut être proactif. Alors, parfois, on ne peut pas toujours l'être, mais ça veut dire qu'il faut être proactif pour ceux qui sont là-bas ?

ÉLEONORE CAROIT
Bien sûr, il faut être proactif, il faut chercher ces informations. Nous les donnons, nous comprenons évidemment que tout le monde ne peut pas réagir rapidement, mais ces propositions sont mises en place. Et puis surtout, ce qu'il faut comprendre, parce que certains ont pu reprocher le fait que ces opérations prennent du temps, c'est que notre priorité absolue, c'est la sécurité. Un vol devait partir jeudi, a dû être reporté à ce week-end parce qu'au moment où il devait atterrir, la sécurité ne pouvait pas être garantie. Et donc, il est reparti. Donc, il faut s'adapter. On est dans un environnement changeant, y compris pour les vols commerciaux. Les vols peuvent être décalés parce qu'évidemment, il faut qu'ils puissent décoller à un moment donné où c'est en toute sécurité. Et la sécurité, c'est notre priorité absolue.

APOLLINE DE MALHERBE
Il en reste combien ? Vous avez dit qu'il y en a 1 500 qui ont été rapatriés. Il en reste combien que vous espérez rapatrier dans les heures ou les jours qui viennent ?

ÉLEONORE CAROIT
Alors, c'est une situation qui est très évolutive parce que comme votre auditrice, il y a beaucoup de personnes qui se signalent à nous qu'on peut placer sur des vols de rapatriement et qui ensuite réussissent à rentrer par leurs propres moyens. Donc, c'est une situation qui est mise à jour. Et là, on parle uniquement des Émirats Arabes Unis. Mais il y a d'autres pays dans lesquels nous avons des ressortissants, des communautés peut-être moins importantes parce qu'il y avait moins de vacanciers. Là, on est vraiment dans une période de vacances scolaires mais qui souhaitent aussi pouvoir rentrer. Donc, ce travail, il s'étend sur quinze pays et c'est important de le dire.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mars 2026