Interview de M. Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à TF1 le 10 mars 2026, sur le conflit au Moyen-Orient et les prix à la pompe et sa proposition concernant l'intéressement et la participation des salariés.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Serge PAPIN,

SERGE PAPIN
Bonjour Adrien GINDRE,

ADRIEN GINDRE
Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, ce sont toujours ces cours du baril qui font le yo-yo. C'est un peu mieux ce matin après les dernières déclarations de Donald TRUMP hier soir, on en parlait dans le journal. Vous vous étiez hier soir, hier, dans une station-service à la demande du Premier ministre puisque des contrôles ont été diligentés. Est-ce que vous savez combien de contrôles ont eu lieu et pour quels résultats ?

SERGE PAPIN
Alors, le Premier ministre avait lancé 500 contrôles. Hier soir, on est pratiquement à la moitié. 231 précisément. Donc, sur 231 contrôles, il y a eu 6% de procès-verbaux, donc, de sanctions.

ADRIEN GINDRE
Donc, si on fait les comptes rapidement, ça fait une douzaine à peu près ?

SERGE PAPIN
Oui, sur 231, on fera un bilan. Le bilan est prévu mercredi. Ce qui compte beaucoup pour nous, c'est que ça soit quelque chose de loyal, quelque chose de transparent.

ADRIEN GINDRE
Mais, par exemple, des sanctions pour défaut d'affichage ou pour prix trop élevé ? Qu'est-ce qu'on reproche à ces stations ?

SERGE PAPIN
Parce qu'il y en a qui avancent masquées, qui, sur le site, mettent, par exemple, on a des cas où ils mettent 1,95 sur le gasoil, par exemple, et quand on arrive à la station, c'est 2,10. Donc, ce n'est pas normal. Il faut que ça soit un outil loyal. Il faut que les consommateurs, les automobilistes puissent faire leur choix. C'est un outil de concurrence aussi. Donc, c'est sur carburant.gouv.fr et ça permet d'avoir le discernement pour choisir sa station.

ADRIEN GINDRE
Mais donc, vous nous confirmez bien que ce que le Gouvernement vérifie, c'est que les prix soient transparents et correspondent à ce qu'annoncez en ligne. On ne reproche pas aux stations d'augmenter leur prix. Elles ont le droit d'augmenter leur prix si elles le souhaitent ?

SERGE PAPIN
Elles ont le droit d'augmenter leur prix, bien sûr, mais il y a une concurrence. Et je peux vous dire qu'il peut y avoir des prix à 20 ou 25 centimes. Bien sûr, c'est le juge de paix, la concurrence, là, en ce moment.

BRUCE TOUSSAINT
Pardonnez-moi, c'est combien le PV ?

SERGE PAPIN
Alors, ça peut aller, en cas de récidive, jusqu'à 300 000 euros. Donc, vous voyez, c'est suffisamment disponible.

BRUCE TOUSSAINT
Et vous allez poursuivre, parce qu'on a dit 500 en tout, vous allez poursuivre le contrôle ? Il y en aura combien d'ici à la fin de la semaine ?

SERGE PAPIN
Alors, il y en aura, à demain soir, il y en aura 500.

BRUCE TOUSSAINT
Et ça s'arrêtera demain soir ?

SERGE PAPIN
Non, après, ça continue.

ADRIEN GINDRE
Il y a 10 000 stations de service en France, à rappeler les proportions.

SERGE PAPIN
Exactement, c'était une opération commando qui a été faite, qui a été souhaitée par le Premier ministre, donc la DGCCRF a mis en place cette opération commando, mais ça va continuer après, bien sûr.

ADRIEN GINDRE
Cela dit, on n'aura pas fait le tour du problème, Serge PAPIN, j'imagine que vous avez entendu et réentendu la France insoumise qui demande le gel temporaire des prix, le RN qui dit qu'il faut baisser les taxes, Michel BARNIER, ancien Premier ministre, Les Républicains, qui n'est pas un extrémiste, qui dit lui-même qu'il faut un soutien aux plus démunis. Et en Europe, certains pays comme la Croatie, par exemple, gouvernés par le centre droit, donc là encore, pas d'extrémistes, annoncent un plafonnement des prix de l'essence et du gazole. Vous ne le ferez pas ?

SERGE PAPIN
Non, mais attendez, d'abord, cette crise, on ne sait pas trop si c'est une course de 100 mètres ou si c'est un marathon. Donc là, on est en gestion de crise au quotidien. Et puis moi, j'appelle au discernement économique. Qui c'est qui va payer ? Parce que si on veut baisser la fiscalité, comme le suggèrent certains, si on veut bloquer les prix, comme le suggèrent d'autres, c'est donc, on va favoriser le consommateur. Mais je veux dire, c'est le contribuable qui va payer derrière. Donc, ça revient. C'est les mêmes. C'est les mêmes qui vont payer. Je vais vous donner un prix sur la baisse de la fiscalité passée la TVA de 20 à 5,5 comme le suggèrent certains. C'est 17 milliards d'euros. Donc, vous croyez que le contribuable veut payer 17 milliards supplémentaires. Donc, il faut attendre un petit peu de voir où on va.

ADRIEN GINDRE
Mais Serge PAPIN, il y a des gens raisonnables qui vous interpellent. Dominique SCHELCHER, qui est le PDG de Coopérative U, que vous connaissez bien, qui dit : " Le grand gagnant dans cette affaire, c'est qui ? C'est l'État ". Il le dit lui-même. Il dit : " Plus de 51% du prix à la pompe part directement dans les poches de l'État ".

SERGE PAPIN
Non, c'est faux parce que l'État, d'abord, il a ce qu'on appelle la TICP. C'est fixe.

ADRIEN GINDRE
C'est l'une des taxes qui est fixe. Et puis après, il y a la TVA

SERGE PAPIN
Donc la TVA, c'est juste sur l'augmentation, donc sur les 10 centimes ou 4 centimes de plus. Et il y a une baisse des volumes, aujourd'hui, puisque quand le carburant augmente, il y a moins de consommation. Donc pour l'État, c'est neutre.

ADRIEN GINDRE
Et quand vous dites pardon, il faut attendre, c'est-à-dire vous attendez combien de jours ou vous attendez quel prix pour éventuellement prendre des décisions ?

SERGE PAPIN
Regardez cette crise. Le marqueur de cette crise, c'est la volatilité, le fait de regarder la possibilité du déblocage des stocks stratégiques avant 3 mois. Tout de suite, ça a fait passer le prix du baril, le fait d'étudier cette possibilité de 115 dollars. Ce matin, on était à 95 dollars. Donc, on est passé en dessous de la barre des 100 dollars. Donc vous voyez, c'est une volatilité de tous les jours. Donc il ne faut pas se précipiter.

ADRIEN GINDRE
Face à ce pouvoir d'achat très chahuté, vous aviez fait, vous, dès votre arrivée au ministère, une proposition sur l'intéressement et la participation. Est-ce que vous avez avancé ?

SERGE PAPIN
Oui, alors moi, j'ai fait une proposition de liberté pour prendre dans l'épargne salariale. J'avais proposé 2 000 euros. Ça, c'était au début de…

ADRIEN GINDRE
Pour qu'on puisse débloquer de manière à faciliter.

SERGE PAPIN
2 000 euros, c'était pour les gens qui gagnent jusqu'à 2 SMIC. Ça représente 3 millions de personnes qui puissent librement prendre leur épargne dans leur épargne salariale. Les sénateurs LR font une proposition de loi que je vais soutenir et qui propose jusqu'à 5 000 euros. Donc, il va y avoir, le 7 avril, un débat sur cette proposition au Sénat. Et j'espère qu'on pourra y arriver parce que c'est une mesure de liberté. C'est une mesure aussi, par les temps qui courent, de pouvoir passer un peu d'épargne dans la consommation. Et ça ne fera pas de mal.

ADRIEN GINDRE
Et vous espérez que ça puisse voir le jour ? À quel horizon il faut que ce soit voté ? Il y a un processus parlementaire ?

SERGE PAPIN
Avant l'été, oui.

ADRIEN GINDRE
C'est un souhait ambitieux.

SERGE PAPIN
Oui, mais écoutez, moi, ça fait 6 mois déjà que j'ai commencé ce travail-là. On commence aussi avec les parlementaires. Bon, j'espère qu'avant l'été, on pourra faire déboucher cette proposition.

BRUCE TOUSSAINT
Donc, pardonnez-moi, je reviens un instant sur l'essence. Pour ne pas être un peu provocateur, mais ce que vous dites ce matin aux gens aux automobilistes : " C'est débrouillez-vous ".

SERGE PAPIN
Je n'ai pas dit ça du tout. On a des leviers pour agir. J'ai parlé des contrôles. J'ai parlé des stocks stratégiques. Non, mais attendons de voir où va nous emmener cette crise. Le prix, ce matin, baisse. Pour l'instant, il y a une augmentation. J'ai les prix, là, hier soir. C'est 1,99 en moyenne gasoil et 1,88 le sans plomb.

BRUCE TOUSSAINT
C'est-à-dire que là, ce matin, le prix du gasoil est repassé sous les deux euros.

SERGE PAPIN
Il faut qu'il y ait de la transparence. Justement, ça, c'est un des points importants sur cet outil qui est celui du suivi par le Gouvernement pour qu'à la hausse ou à la baisse, on puisse tout de suite voir et avoir que les automobilistes aient le discernement. Et puis, autre point, vous savez qu'il y a un plan pluriannuel de l'énergie que le Premier ministre a mis en place. La France est le pays où l'électricité est la moins chère. Il faut aussi qu'on profite de cette prise pour se dire : " Passons nos usages à l'électrique ". Et vous savez que pour acheter des voitures, il y a ce qu'on appelle des voitures électriques. Il y a ce qu'on appelle le leasing social qui va être reconduit pour des loyers longue durée à 200 euros par mois.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2026