Texte intégral
Monsieur le ministre, cher Jean-Pierre [FARANDOU] qui nous accueillez ici dans cet amphithéâtre au nom inspirant [Pierre Laroque],
Mesdames et Messieurs les partenaires sociaux, représentants des salariés et des employeurs,
Madame et Monsieur les ambassadeurs, cher François Perret, chère Agnès Bricard,
Mesdames et Messieurs les chefs d'entreprises,
Chers amis
" Dans la vie, on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon. " Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Michel Audiard.
Eh bien, ce matin, nous sommes la preuve vivante du contraire. Car le pognon, ça se partage aussi. Et ça se partage là où tout commence : dans l'entreprise. Là où se créent les richesses. Là où s'engagent les efforts. Là où se construisent les réussites.
Pour moi, cette idée n'est pas un concept. Ce n'est pas un slogan. C'est une conviction. Une conviction forgée sur le terrain, dans le monde coopératif.
Une coopérative, c'est simple : on met en commun les moyens, les décisions – suivant le principe 1 homme = 1 voix -, et les résultats. Il n'y a pas que le pognon qu'on partage : le partage de l'avoir, c'est aussi un partage du savoir et un partage du pouvoir.
Et quand ça marche, ça profite à tous.
Le partage, ce n'est pas propre au monde coopératif ou à l'économie sociale et solidaire. Petites et grandes entreprises, dans tous les secteurs, partagent la valeur créée – nous aurons d'ailleurs l'occasion d'écouter le témoignage de plusieurs d'entre elles.
Car toutes ont compris l'intérêt que cela pouvait représenter. Si l'épargne salariale atteint ainsi un niveau record en 2025 et progresse de 15% sur un an, selon les chiffres de l'Association française de gestion financière, ce n'est pas seulement grâce à la loi de 2023 de Partage de la valeur, qui oblige les entreprises de 11 à 49 salariés à mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur. C'est avant tout lié au fait que les chefs d'entreprise comme les salariés peuvent en témoigner : le partage de la valeur ça marche.
C'est là le message que je veux porter à la tête de mon ministère :
Partager, en réalité, ça n'est pas diviser.
Partager c'est rassembler.
Et mieux, partager, c'est gagner.
Gagner quoi ?
- Gagner en productivité et performance économique, en renforçant la motivation des salariés, qui se sentent reconnus et valorisés dans leur travail.
- Gagner des talents.
- Gagner des salariés fidèles, qui se sentent d'autant plus appartenir à l'entreprise qu'elle leur appartient.
Plutôt que des grands discours, je voudrais ancrer mon propos dans des exemples :
Regardez Leroy Merlin. Une entreprise où l'actionnariat salarié n'est pas un slogan. Des femmes et des hommes y sont entrés en pensant y rester quelques années… et, quarante ans plus tard, ils sont toujours là. Pourquoi ? Parce qu'on ne quitte pas facilement une entreprise dont on est aussi, un peu, propriétaire.
Regardez Fleury Michon. Là-bas, le partage de la valeur a créé bien plus qu'un dispositif. Il a créé un esprit. Un sentiment d'appartenance puissant. Au point que, même en pleine crise du Covid, l'engagement ne s'est pas effondré.
Au contraire. Présence, mobilisation, fierté : les équipes ont tenu. Parce qu'elles savaient pourquoi elles travaillaient.
Regardez enfin Air Caraïbes. Un taux de turnover autour de 3%. Dans un secteur où tout bouge, où tout va vite, c'est un signal fort. Et derrière ce chiffre, une réalité simple : une politique d'intéressement et de participation qui motive, qui fidélise, et qui donne du sens.
Trois entreprises. Trois réalités. Mais une même démonstration : quand on partage la valeur, on crée de l'engagement. Et quand on crée de l'engagement, on construit dans la durée.
Le partage de la valeur avance. Il progresse. Mais soyons lucides : il n'est pas encore partout. Et il reste du chemin pour que toutes les entreprises puissent pleinement s'en saisir. C'est pourquoi nous devons aujourd'hui accélérer. Le partage de la valeur évolue, et il y a encore du travail pour que toutes les entreprises puissent adopter ce modèle.
Nous avons deux chantiers prioritaires pour les mois à venir :
1. Déployer massivement ces outils dans les PME et particulièrement celles qui comptent moins de 50 salariés. Il y a parfois des réticences, des craintes qui nous obligent tous, à la pédagogie. Sans exclure les autres dispositifs, je crois que l'intéressement est l'outil le plus approprié pour les moins de 50 ans salariés, car cela offre de la souplesse (notamment dans la formule).
2. Déployer des outils de partage de la valeur, par des accords de branches, dans les secteurs les moins bien dotés en outils de partage. Je me réjouis par exemple de la signature récente de l'accord de l'UIMM (industrie et métallurgie)
Pour mener à bien ces deux chantiers, il faut communiquer, communiquer, encore et encore. Et je tiens à remercier nos deux ambassadeurs du partage de la valeur, qui jouent à cet égard un rôle essentiel de porte-voix.
Mais pour bien comprendre l'enjeu, mettons-nous un instant à la place d'un chef d'entreprise dans une PME de quarante salariés. Il va sur internet. Il cherche. Il compare les outils et les modalités de mise en oeuvre.
Et là…il découvre une multitude de dispositifs. Intéressement. Participation. Prime de partage de la valeur. Abondement. Des outils utiles, mais souvent perçus comme complexes. Trop complexes. Et face à cette complexité, il hésite. Il renonce parfois. C'est précisément là que nous devons agir. De deux manières :
1. En simplifiant les règles sans changer la loi. C'est un défi collectif, avec le Ministère du Travail.
2. En facilitant les usages avec des outils simples comme le site mon intéressement.fr qui propose des accords préremplis, des calculateurs etc… ou encore grâce au guide de l'épargne salariale qui sera mis à jour d'ici la fin de l'année.
" La rénovation économique de la France, nous la trouverons dans l'association. " C'est le général de Gaulle, à Saint-Étienne, le 6 janvier 1948, qui le disait.
L'association. Autrement dit : le fait de faire ensemble. De lier les destins. De partager davantage.
Et au fond, c'est exactement ce que permettent les outils de partage de la valeur. Créer des liens plus forts au sein de nos entreprises. Fédérer les engagements.
Et c'est, j'en suis convaincu, une des clés qui fera notre réussite collective dans la bataille économique.
[Je laisse maintenant la parole aux ambassadeurs, cher François Perret, chère Agnès Bricard, animer les deux tables rondes. Avant de conclure avec le Ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Je devrai malheureusement vous laisser à l'issue de la première table ronde]
Je vous remercie.
Source https://www.economie.gouv.fr, le 30 mars 2026