Interview de Mme Aurore Bergé, ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à LCP le 30 mars 2026, sur l'attentat déjoué contre la Banque of America, la hausse des prix du carburant, les violences dans les transports et sur les applications de rencontres, les élections municipales et la possibilité d'une primaire à droite.

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Média : La Chaîne parlementaire

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Bonjour Aurore BERGÉ

AURORE BERGÉ
Bonjour,

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être notre invitée ce matin. Ministre délégué chargé de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Stéphane VERNAY de Ouest France. Bonjour Stéphane,

STÉPHANE VERNAY, RÉDACTEUR EN CHEF DÉLÉGUÉ OUEST FRANCE PARIS
Bonjour Oriane, Aurore BERGÉ, bonjour,

AURORE BERGÉ
Bonjour,

ORIANE MANCINI
On va évidemment parler des questions qui concernent votre ministère, notamment les violences sexuelles et sexistes. Sujet très important, on va parler politique mais d'abord quelques questions d'actualité. Cet attentat déjoué ce week-end contre la Banque of America à Paris. Le ministre de l'Intérieur Laurent NUÑEZ fait le lien avec le conflit au Moyen-Orient. Est-ce que vous actez l'importation de ce conflit sur notre sol ?

AURORE BERGÉ
Déjà, je veux saluer évidemment la réactivité absolument exemplaire de nos forces de l'ordre. C'est vrai qu'on communique rarement sur les succès, c'est-à-dire les attentats qui ont réussi à être déjoués, ce qui peut parfois interroger les Français sur quelle est notre action au quotidien. Mais notre action au quotidien, c'est cela, c'est de garantir la sécurité des Français sur notre sol et garantir aussi la sécurité des Français par l'engagement militaire, aussi évidemment qui est le nôtre dans des endroits qui sont des endroits stratégiques. Le ministre de l'Intérieur a eu l'occasion de s'exprimer. C'est vrai qu'il y a cette inquiétude renforcée de se dire que la France est prise pour cible au regard des valeurs que nous portons, au regard des engagements internationaux nécessaires que nous avons. Et c'est la raison pour laquelle il s'est exprimé dans ce sens-là.

ORIANE MANCINI
Mais ça acte une importation du conflit, qui peut aller loin ?

AURORE BERGÉ
L'importation du conflit, vous savez que même avant le conflit au Moyen-Orient, même avant la guerre avec l'Iran, et vous savez la position très claire de la France en la matière, la France, elle est prise pour cible et elle a été malheureusement prise pour cible par le terrorisme islamiste qui a frappé, à plusieurs reprises sur notre territoire, et qui a emporté la vie de plusieurs Français, au regard de ce qu'est la France, au regard des valeurs que nous portons. Et donc, je pense que là-dessus, il faut qu'on soit tous extrêmement conscients et vigilants, évidemment, du niveau de la menace.

ORIANE MANCINI
Autre sujet d'actualité qui inquiète les Français, Stéphane, c'est la hausse des prix du carburant.

STÉPHANE VERNAY
Oui, est-ce que vous, en tant que ministre délégué en charge de la lutte contre les discriminations, vous êtes associé aux réflexions autour de cette hausse des prix, puisque ça touche des personnes précaires, il y a toute la difficulté aussi entre les urbains et les ruraux ? Est-ce que vous avez votre mot à dire ?

AURORE BERGÉ
L'ensemble du Gouvernement est associé et mobilisé, évidemment. D'ailleurs, on aura l'occasion de se retrouver autour du Premier ministre, l'ensemble du Gouvernement mercredi. J'imagine que l'un des sujets, bien sûr, sera celui-ci, parce que c'est une préoccupation qui est la nôtre. Comment faire face à la question de la hausse des prix ? Alors, il n'y a pas une question de risque de pénurie, je pense que c'est aussi très important de le dire. On n'est pas sur la question de la production, aujourd'hui, du carburant, on est vraiment sur le risque, sur les prix. Et donc, évidemment, on est tous mobilisés, à la fois pour les Français dans leur vie quotidienne, mais aussi pour ceux qui ont des attentes plus particulières, je pense à nos agriculteurs, par exemple.

ORIANE MANCINI
Mais justement, c'est surtout pour eux, pour le moment que vous êtes mobilisés. 70 millions annoncés pour les secteurs en difficulté, les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs. Mais est-ce que le Gouvernement peut s'arrêter là ? Est-ce que vous pouvez rester sourds aux difficultés de ces Français qui ont de plus en plus de mal à faire le plein ?

AURORE BERGÉ
On sort de débats budgétaires, où la plupart de celles et ceux qui se sont exprimés dans le débat budgétaire ont quand même dit qu'il y avait un enjeu sur la dette, un enjeu sur le déficit public, un enjeu sur le niveau, donc, de la dépense publique. Et donc, je pense qu'il faut quand même avoir ça en tête, c'est-à-dire qu'on ne peut pas oublier les débats budgétaires une fois que le projet de loi de finances a été définitivement adopté et validé, pour se dire que dès qu'on est percuté par une crise, on fait fi des engagements précédents qu'on a pris.

ORIANE MANCINI
C'est ce que font les oppositions ? Ils oublient l'état de notre dette et de notre déficit ?

AURORE BERGÉ
Disons que les mêmes qui nous ont dit, il y a encore quelques semaines : "Attention, alerte rouge, dette publique, déficit public, dépense publique", dès qu'il y a un risque d'une crise qui nous percute, d'une difficulté supplémentaire qui nous percute, sont les premiers à dire, réactivons de la dépense publique supplémentaire. Est-ce que c'est le seul réflexe qu'on doit avoir ? Non. Pour autant, encore une fois, ce que vous avez dit, on n'est pas sourds. Donc, ça veut dire qu'on regarde de manière très précise des mesures qui pourraient être prises si elles étaient nécessaires. Il y a des mesures d'urgence qui l'étaient, parce qu'il y a des secteurs qui sont immédiatement touchés et impactés, qui correspondent à des enjeux qui sont stratégiques aussi dans notre pays, des enjeux de souveraineté quand on parle des transporteurs, quand on parle des pêcheurs, quand on parle des agriculteurs, qui représentent aussi des milliers d'emplois, évidemment ensuite derrière, les enjeux des territoires, notamment les territoires ruraux. Donc, c'est pour ça que la réflexion, elle, est en cours. Je veux aussi rassurer les Français, encore une fois, il n'y a pas un enjeu sur le volume, sur la production. Il y a un enjeu sur les prix, on en est conscients et on sera là.

ORIANE MANCINI
Mais ça veut dire que ça pourrait ne pas s'arrêter là. Il pourrait y avoir, dans les jours qui viennent, des mesures pour d'autres catégories de Français, pour les particuliers, pour les Français les plus précaires.

AURORE BERGÉ
Le Gouvernement travaille, le Gouvernement y réfléchit, mais le Gouvernement est attentif sur la question, encore une fois, de la dépense publique, parce qu'on n'a pas oublié l'enjeu de la dette.

ORIANE MANCINI
Mais les 70 millions, ce n'est pas pour solde de tout compte. Ça peut être une première étape.

AURORE BERGÉ
Ça, c'est en cours de discussion. C'est un travail qui est fait aujourd'hui, évidemment, par l'ensemble des membres du Gouvernement, avec le Premier ministre, avec le Président de la République. Donc on verra, en fonction de l'évolution aussi, évidemment, des prix. Mais je pense qu'il faut d'abord rassurer les Français sur le fait qu'encore une fois, on n'a pas un enjeu sur la production. On a une inquiétude qui est importante sur les prix. J'imagine que beaucoup de ceux qui nous écoutent, évidemment, pour certains, ont peut-être restreint leur consommation, malgré eux, malgré eux. Donc, il faut évidemment être très attentif à ça et très vigilant.

ORIANE MANCINI
On passe au sujet de votre ministère. On commence par les violences sexuelles et sexistes. Vous serez cette après-midi avec le ministre des Transports, Philippe TABAROT. Gare du Nord, sur le thème, justement, de la lutte contre ces violences dans les transports. Les chiffres sont inquiétants. En 2024, plus de 3 400 victimes dans les transports en Ile-de-France. 7 femmes sur 10 ont déjà été confrontées à des violences dans les transports. Quelle mesure vous allez prendre ?

AURORE BERGÉ
Déjà, vous avez rappelé les chiffres. C'est-à-dire qu'il y a les chiffres déclarés, c'est-à-dire celles qui ont eu le courage et la possibilité de porter plainte. Et puis, on estime que sans doute d'autres n'ont pas été jusqu'à un dépôt de plainte. Donc, c'est sans doute des chiffres qui sont sous-estimés. Et quand on parle des violences sexuelles dans les transports, dans 9 cas sur 10, ces violences, elles concernent les femmes. Et donc, ça veut dire qu'on a intériorisé ça. Vous comme moi, comme celles qui nous écoutent, qui nous regardent, parce qu'on change nos horaires, parce qu'on adapte nos trajets, parce qu'on renonce à prendre certaines lignes de métro, de train, de tram, de bus aussi parfois. Et donc, on renonce à une liberté qui est une liberté fondamentale. En disant qu'en fait : "On ne va pas sortir ce soir, on ne va pas sortir ce week-end, on ne va pas aller à tel endroit, ça engendre des dépenses supplémentaires". Pour celles qui le peuvent : "Je vais prendre un taxi, je vais prendre un VTC, parce qu'en fait, à partir d'une telle heure, je ne veux pas". Et puis même en tant que parents, pour nos enfants, nos jeunes filles, où il y a quand même une boule au ventre et une inquiétude quand elles doivent prendre un transport en commun, ce qui est le cas de millions de jeunes filles évidemment à travers la France, ne serait-ce que pour aller au collège et au lycée. Donc, c'est ça le point de départ. Et c'est évidemment insupportable de se dire qu'on restreint une liberté, qui est une liberté fondamentale et puis qui ensuite en génère d'autres. Liberté de travailler, d'étudier, d'avoir une vie sociale. Donc ce qu'on fait avec Philippe TABAROT, qui est le ministre des Transports, on avait annoncé qu'on allait agir. Donc voilà, la réponse, elle est aujourd'hui. On a mis autour de la table l'ensemble des opérateurs, les régions, puisque les régions de France sont évidemment clés dans la question des transports. Une action spécifique sur l'Ile-de-France, mais pas que l'Ile-de-France. Donc avec Valérie PÉCRESSE, la présidente de la région Île-de-France, c'est vraiment l'ensemble de l'association des régions de France qui est engagée, des opérateurs, la RATP et la SNCF. Plusieurs choses. Un, je le rappelle, 3 117. Numéro aujourd'hui sous-connu, méconnu, 31 17. Application, SMS, téléphone pour signaler des violences, soit en tant que victime, soit en tant que témoin, sur tout le réseau RATP et SNCF. Donc, ça, c'est quelques clics qui permettent immédiatement de se signaler ou de signaler quelque chose qu'on aurait vu et qui se serait passé dans les transports en commun. Donc, on va massivement développer la communication pour que ce numéro soit connu. Formation, on forme les agents, celles et ceux qui sont au contact très direct des voyageurs, tout simplement, tout au long de la journée, pour garantir qu'ils aient les bons gestes, les bons réflexes sur une situation qu'ils verraient et en fonction comment agir, comment détecter, comment accompagner les victimes ? On va revoir aussi la question des aménagements. C'est pour ça qu'on le fait avec les opérateurs, avec la RATP, avec la SNCF, avec les régions de France parce qu'on sait qu'en fonction de l'éclairage, en fonction des aménagements des gares, vous n'avez pas les mêmes réflexes, les mêmes possibilités qui peuvent être faites. Et puis, je vous le disais, il y a des enjeux spécifiques sur la région Île-de-France au regard du volume de voyageurs chaque jour, mais il n'y a pas que la région Île-de-France. Et donc, il y a aussi cette inquiétude en ruralité et l'objectif, c'est de généraliser notamment la descente à la demande. C'est-à-dire qu'on peut garantir, en fonction d'un bus par exemple, si vous voulez descendre entre deux arrêts, parce que ça va vous rapprocher de chez vous, parce que vous avez besoin de changer votre trajet, parce que vous avez un doute, descente à la demande qu'on veut généraliser. Donc ça, c'est quelques exemples sur la détection, sur l'accompagnement, sur les signalements, sur la formation et sur l'attention qu'on a aussi pour les territoires ruraux qui est de nature, on l'espère, à garantir la liberté de chacun.

STÉPHANE VERNAY
Tout ça fait l'objet d'une charte d'engagement que vous avez signée cet après-midi. Il y en a une autre de charte d'engagement que vous avez signée récemment avec quatre applications de rencontres pour lutter contre les guet-apens homophobes. Donc, on est dans un autre registre. Qu'est-ce que ça donne, les premiers retours sur cet engagement ?

AURORE BERGÉ
Pour ceux qui nous regardent, c'est quoi un guet-apens homophobe ? Ça veut dire que vous êtes sur une application de rencontres, comme des millions de personnes à travers le monde, parce que c'est d'abord un outil de liberté de pouvoir faire confiance, de pouvoir rencontrer quelqu'un. Et malheureusement, il y a un faux profil qui s'est créé, qui joue justement sur votre confiance, qui va vous donner un rendez-vous, et puis ce rendez-vous, au moment où vous arrivez, ça se transforme en un guet-apens, c'est-à-dire des hommes, parce qu'en général, ce sont des hommes qui vous attendent, qui vont vous tabasser, qui vont vous frapper, qui vont vous menacer, qui vont vous insulter, qui vont vous humilier. À tel point, évidemment, que vous vous en sortez avec des séquelles qui sont des séquelles physiques et même des séquelles psychologiques. Sur les différents guet-apens, malheureusement, que notre pays a eu à connaître, certains ont eu comme conséquence que des personnes n'ont pas réussi à se remettre de ce qu'elles avaient vécu, et donc ont été jusqu'à mettre fin à leur jour. Donc, on parle de ça. On parle d'homophobie, on parle de transphobie, on parle du fait qu'au regard de l'orientation sexuelle, de l'identité qui est la vôtre, ou qui est supposée être, eh bien, on vous tend un piège, et ça peut malheureusement conduire au pire. Donc, ce qu'on a fait, c'est quoi ? C'est agir avec les plateformes, parce que l'idée ce n'est pas de restreindre là encore la liberté. C'est comme sur les transports, on ne veut pas que les gens changent leurs habitudes, restreignent leur liberté, on veut garantir la liberté partout.

STÉPHANE VERNAY
Sur les transports, vous avez des engagements très précis, très concrets, que vous venez de détailler, mais vous avez des plateformes où on est uniquement dans l'univers virtuel ?

AURORE BERGÉ
On est dans l'univers virtuel, mais qu'il y a des conséquences dans la vie réelle, et donc, il n'y a pas de raison en fait que les règles changent. Par contre, il faut des règles différentes et renforcées, parce que ce n'est pas les mêmes outils. Donc, deux engagements. La question des faux profils. Eh bien, on pourrait avoir maintenant des profils vérifiés, c'est-à-dire que vous allez vous inscrire sous votre réelle identité, donc, on va vérifier votre identité, même si après vous pourrez échanger via pseudo, évidemment, pour des raisons évidentes, certaines personnes ne veulent pas que leur entourage, par exemple, connaisse leur orientation sexuelle, donc, ils pourront continuer à échanger sous pseudo, mais une identité vérifiée. Et donc, ça veut dire que quand vous échangez avec un profil vérifié, vous dites qu'à priori, c'est une personne quand même en qui vous pouvez avoir plus confiance. Deuxième exemple, sur les guet-apens. Si malheureusement le pire devait arriver, eh bien le premier réflexe des personnes qui vous ont tendu un piège c'est quoi ? C'est de supprimer le faux profil. Comme ça, on ne pourra pas me retrouver. Non. Les plateformes se sont engagées à garder les données pour que ces données puissent être utilisées dans le cadre ensuite d'une enquête judiciaire et donc, que des condamnations puissent avoir lieu. Donc l'idée, c'est vraiment que les auteurs, les agresseurs renoncent, en fait, à tendre ces pièges parce qu'il y aurait des conséquences très claires, des conséquences judiciaires, des sanctions, des condamnations qui tomberaient.

STÉPHANE VERNAY
J'ai une question liée à l'actualité qui n'a rien à voir, mais on a eu le deuxième tour des municipales dimanche dernier. On peut dresser le portrait-robot des maires aujourd'hui. Donc, on sait qu'il y a à peu près autant de conseillères municipales que de conseillers municipaux grâce à l'extension de la parité.

AURORE BERGÉ
La loi pouvait facilement s'appliquer par rapport aux doutes que certains émettaient.

STÉPHANE VERNAY
Alors, c'est vrai. Par contre, on a à peine plus de 22 % de femmes maires à l'issue de ce second tour. C'est un petit point de plus qu'en 2020, donc ce n'est pas beaucoup. Et surtout, en fait, parmi les 42 villes de plus de 100 000 habitants, il y avait 12 femmes maires en 2020. Aujourd'hui, il n'y en a plus que 8. Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Qu'est-ce qu'il manque pour arriver à faire en sorte que la parité qu'on a au niveau des conseillers municipaux élus se puisse se traduire par une parité effective au niveau des maires, donc dans les exécutifs, qu'on ait autant de maires que de femmes.

AURORE BERGÉ
Sur les têtes de liste, c'est aussi l'engagement des partis politiques. Qui sont-ils en capacité de présenter ? Est-ce qu'ils présentent autant d'hommes que de femmes ?

STÉPHANE VERNAY
Donc, c'est de leur faute ?

AURORE BERGÉ
En tout cas, c'est sûr que c'est un engagement. C'est-à-dire qu'évidemment, je parle des très grandes villes, parce que les villes que vous évoquez sont des villes où il y a des investitures de partis politiques. Et donc là, c'est aussi une responsabilité des partis politiques d'accompagner…

ORIANE MANCINI
Mais y compris le vôtre, parce que vous, les deux grandes villes que vous avez gagnées, c'est deux maires hommes.

AURORE BERGÉ
Je mets évidemment tous les partis politiques. Et puis après, il y a aussi l'ancrage local et territorial qui est le vôtre, la manière avec laquelle vous vous êtes engagés depuis des années. Vous prenez les deux exemples, en effet, de Bordeaux et Annecy, Thomas CAZENAVE et Antoine ARMAND. Ça fait des années et des années qu'ils sont engagés sur ce territoire et qu'ils ont permis, d'ailleurs, qu'une alternance se produise. Mais après, encore une fois, c'est là où je le soulignais, un peu en souriant, mais quand la loi sur la parité a été adoptée, on a entendu, y compris sur votre plateau, énormément d'hommes venir expliquer que ça serait impossible à appliquer, qu'on n'arriverait pas à faire de liste, qu'on allait à la catastrophe, qu'on n'aurait plus de conseillers municipaux, qu'on n'aurait pas de conseils municipaux complets. La vérité, elle, évidemment…

STÉPHANE VERNAY
Il n'y a eu que 66 communes qui n'avaient pas de liste.

AURORE BERGÉ
Ce n'était pas pour des raisons de parité, d'ailleurs.

STÉPHANE VERNAY
C'est beaucoup moins qu'en 2020.

AURORE BERGÉ
C'est un défaut d'engagement, une difficulté d'engagement, parce qu'être maire, être conseiller municipal, notamment dans les territoires les plus ruraux, c'est un engagement de tous les instants. Vous êtes maire H24, 7 jours sur 7, et donc, c'est plutôt un enjeu de comment on renforce l'accompagnement aussi pour les élus locaux et l'accompagnement pour les maires. Mais en tout cas, la parité, elle existe. Donc aujourd'hui, et c'était la première fois, première élection, 100 % paritaire, je pense que ça, c'est quand même une bonne nouvelle. Ça démontre évidemment que c'était possible. Ça démontre évidemment que les femmes s'engagent partout et qu'il est donc, possible d'avoir ce niveau d'engagement partout en France.

ORIANE MANCINI
Vous êtes aussi chargée de la lutte contre les discriminations Aurore BERGÉ. Quand vous entendez le maire, nouveau maire LFI de Saint-Denis, dire que pour un agent public de sa ville, il ne sera pas possible de pouvoir rester en ayant l'ambition de porter une option politique qui a été battue dans les urnes. Est-ce que vous considérez que c'est de la discrimination en raison d'opinion politique ?

AURORE BERGÉ
Oui, mais je considère que surtout c'est une atteinte grave au principe républicain. Et normalement, évidemment, aucun maire ne peut et ne doit se comporter comme ça. D'ailleurs, le Gouvernement l'a rappelé à l'ordre pour une raison évidente, c'est que les agents municipaux, qui sont, pour un certain nombre, contractuels ou fonctionnaires, ils ne sont pas là pour exprimer des idées politiques, ils sont là tout simplement pour servir, servir les Français, servir les Françaises. Et donc, se dire qu'en fonction d'opinion politique, ils seraient limogés du jour au lendemain, parce qu'en fait c'est ça. C'est de se dire qu'on va limoger du jour au lendemain des hommes et des femmes. Pourquoi ? Parce qu'ils auraient servi sous une municipalité précédente ? Parce qu'ils seraient devenus du jour au lendemain incompétents ? Qu'il y ait des choix sur un cabinet, c'est-à-dire ceux qui vous entourent pour faire de la politique. Ça c'est évidemment logique et absolument légitime et tout le monde le comprend. Mais sur celles et ceux qui servent la République, je crois que là…

ORIANE MANCINI
Et qu'est-ce que vous allez faire en tant que ministre chargée de la lutte contre les discriminations ?

AURORE BERGÉ
On l'a rappelé à l'ordre, y compris le ministre de la Fonction publique parce que, de toute façon, ce ne sont pas les règles de notre État de droit. Ce ne sont pas les règles de la République de limoger quelqu'un à raison de ses opinions politiques, alors qu'il sert que ce soit la République, que ce soit l'État, que ce soit l'hôpital public, que ce soit les collectivités territoriales. Et donc je pense, et ça démontre aussi, ce qui se passerait si de telles personnes arrivaient à des responsabilités de nature différente. C'est-à-dire que là, on parle de municipalité. Aujourd'hui, on a quand même le risque dans notre pays d'avoir un second tour qui pourrait se jouer entre le Rassemblement national d'un côté et la France insoumise de l'autre. Est-ce que ce sont ces valeurs qu'on a envie de voir être mises au premier plan dans notre pays ? Je ne crois pas. Et ça, c'est notre responsabilité aussi de garantir qu'il y ait un autre choix pour les Français en 2027 qu'uniquement cette option de tenaille identitaire entre la France insoumise et le Rassemblement national. Ce duel absolument mortifère et on a encore le temps d'agir et de nous mobiliser pour garantir qu'une alternative puisse exister.

STÉPHANE VERNAY
Il y a eu une poignée de mairies dimanche soir où il y a eu des scènes choquantes de maires battus, conspués. Ça ne concernait qu'un tout petit nombre de mairies et des débordements qui sont devenus, qui ont été beaucoup montrés partout. Qu'est-ce que ça nous dit de l'état du pays aujourd'hui ? Est-ce que le Président de la République a eu raison de parler de sédition ? Ce n'est pas un petit peu fort ?

AURORE BERGÉ
J'ai réagi immédiatement parce que certaines de ces scènes malheureusement se sont produites dans mon propre département dans les Yvelines. C'est-à-dire qu'on parle quand même de maires, quelle que soit leur opinion politique qui ont servi pendant 6 ans, pendant 12 ans, parfois plus. Ils ont été battus. Ça s'appelle la démocratie. Ils n'ont pas remis en cause le fait d'être battus. Ils ont annoncé les résultats ce qui est quand même une épreuve. Vous êtes maire, sortant, vous êtes battu, vous venez pour annoncer les résultats que vous êtes battu.

STÉPHANE VERNAY
Ils sont conspués, c'était lamentable.

AURORE BERGÉ
Et là, ils sont insultés. Et pour certains, ils ont dû être raccompagnés, protégés. Protégés par les forces de l'ordre de peur carrément qu'il y ait des atteintes physiques. Donc, c'est absolument insupportable. Ça s'est passé dans les mairies, notamment que la France Insoumise a remporté ou avec le soutien de la France Insoumise dans la très grande majorité des cas. Ça concerne tant des maires qui étaient des maires du Parti socialiste que des maires LR qui ont été en effet remplacés. Et je pense que oui, je pense que ça devrait choquer l'ensemble des Français. Et je pense que les Français ont été très choqués par ça. De se dire qu'on a des maires comme ça.

STÉPHANE VERNAY
Ça concernait vraiment un petit nombre de communes et on a l'impression qu'en fait, on serait au bord de l'implosion.

AURORE BERGÉ
Non, on n'est pas. Et heureusement, on n'est pas au bord de l'implosion dans notre pays, mais on est en risque. On est en risque politique, on est en risque républicain, on est en risque démocratique en fonction de ce qui se passe.

ORIANE MANCINI
Mais vous ne dites pas comme Gérald DARMANIN, il y a un sentiment pré-révolutionnaire électoral ? Ça va trop loin.

AURORE BERGÉ
En tout cas, ce que je vois, moi, c'est qu'il y a eu une forme de dégagisme qui s'est exprimé dans un certain nombre de communes et que ce dégagisme va parfois jusqu'à des atteintes qui peuvent être des atteintes physiques à l'encontre des lieux de la République. Et si là-dessus, on n'est pas tous d'accord pour le dénoncer, alors je crois qu'il y a un certain nombre en effet de responsables politiques qui se mettent à l'écart de la vie démocratique et républicaine quand ils sont même incapables de dénoncer ces faits qui, je crois, ont, eux, choqué les Français.

ORIANE MANCINI
Vous nous disiez, je reprends vos mots, vouloir éviter un duel mortifère entre le Rassemblement national et la France insoumise. Hier, 90 élus de la droite et du centre ont signé une tribune, un appel à l'union de la droite et du centre. Vous ne l'avez pas signé ?

AURORE BERGÉ
Alors, c'est d'abord les parlementaires qui ont souhaité signer cette tribune.

ORIANE MANCINI
Ce n'est pas qu'eux, il y avait Maud BREGEON, par exemple.

AURORE BERGÉ
Oui, Gérald DARMANIN, moi-même, Élisabeth BORNE, on est un certain nombre à avoir accompagné ce mouvement et pas forcément à avoir signé. En tout cas, ce qui est important, c'est que cette tribune soit sortie. Ce qui est important, c'est que les parlementaires ont dit une chose très simple, c'est que si on n'est pas capable de s'entendre, si on n'est pas capable de parler d'une même voix en 2027, alors on sera responsable, non pas uniquement de notre élimination et l'élimination de nos idées, on sera responsable d'offrir aux Français uniquement un choix entre le RN et la France insoumise. Et je pense que notre pays mérite mieux que ça, vaut mieux que ça. Mais ça suppose un peu de responsabilité, un peu de courage, la capacité qu'on a à faire et à faire ensemble. Et les élections municipales, alors, je sais que certains ne veulent pas que ce soit le premier tour de la présidentielle, mais les élections municipales, elles disent quand même quelque chose sur l'état du pays et sur le fait qu'en tout cas, à chaque fois qu'on a réussi à être unis, soit on a gagné, soit on était en passe de lettres, y compris dans des communes où on nous attendait pas du tout, je pense à Clermont-Ferrand par exemple, ou même à des surprises qui ont existé à Nantes, et là où on a été divisé, singulièrement à Paris, il s'est passé quoi ? On a fait réélire les sortants, donc, il faut absolument qu'on évite ce poison mortifère de la division.

STÉPHANE VERNAY
Ce poison mortifère de la division, ça concerne tout le monde, la gauche hors LFI se pose la question, le centre se pose la question, la droite se pose la question, tout le monde dit primaire, pas primaire, on a l'impression qu'à l'arrivée, ce sera : "Toi d'abord, retire ta candidature et puis, moi, je verrai après ce qu'on fait", avec un système comme ça, personne n'arrivera à se mettre d'accord dans la présidentielle. Comment on fait ?

AURORE BERGÉ
Moi, je plaide pour la primaire depuis des mois, je vois que de plus en plus de voix s'élèvent pour demander que cette primaire puisse exister.

ORIANE MANCINI
Elle va d'où la primaire, juste ?

AURORE BERGÉ
Moi je trouve qu'on gouverne depuis maintenant 18 mois ensemble. Ensemble, ça veut dire quoi ? Ça veut dire Renaissance, le Modem, Horizon, l'UDI, les Républicains. Ça fait 18 mois que les Français…

ORIANE MANCINI
Donc, elle s'arrête là. Vous ne dites pas comme Laurent WAUQUIEZ, jusqu'à Sarah KNAFO.

AURORE BERGÉ
Quand on gagne à Bordeaux, quand on gagne à Annecy, quand on gagne à Clermont-Ferrand, c'est comment ? C'est de cette manière-là. C'est ensemble. Et quand on perd, c'est justement qu'on a eu plusieurs candidatures de premier tour qui ont créé une incapacité ensuite à s'entendre. Aujourd'hui, mon sujet, ce n'est pas est-ce qu'il y a des gauches irréconciliables, des droites irréconciables. Le risque, c'est que ce soit le pays qui soit irréconciliable. Le risque, c'est qu'il y ait des fractures telles qu'à la fin, on n'arrive plus à faire et à faire ensemble. Donc, on doit, c'est un impératif, qui est un impératif politique et qui est presque un impératif moral en fait, assumer cette candidature unique. S'il y a d'autres instruments que ceux de la primaire, s'il y a d'autres possibilités d'union que celles de la primaire, je serai la première à les accompagner et les soutenir.

ORIANE MANCINI
Mais vous ne dites pas : "Au vu des sondages, Édouard PHILIPPE, pour le moment, est le mieux placé. C'est lui notre candidat".

AURORE BERGÉ
J'ai vu un sondage, en effet, où Édouard PHILIPPE était le mieux placé. Moi, je ne me base pas uniquement sur les sondages parce que les instituts de sondage eux-mêmes vous disent qu'ils sont des photographies et ne sont pas des projections sur ce qui pourrait se passer dans un an ou dans 18 mois. Et regardez sur les élections municipales où parfois, y compris 2-3 jours avant l'élection, les sondages nous donnaient des résultats qui étaient largement distanciés ensuite par le vote final des Français. Donc, se dire "On verra bien", se dire "Écoutez, rassurez-vous, on se désistera les uns les autres en octobre, en novembre, en décembre, en janvier", moi, je n'ai pas envie qu'on attende que ce soit trop tard.

ORIANE MANCINI
C'est quand pas trop tard ? Il faut une primaire quand, du coup ?

AURORE BERGÉ
À l'automne. Parce que si c'est trop tard, il se passera quoi ? Il se passera qu'on sera responsable, encore une fois, de l'élection du Rassemblement national dans notre pays et notre pays mérite vraiment mieux que ça.

ORIANE MANCINI
Vous serez candidate à cette primaire ?

AURORE BERGÉ
Moi, je fais déjà en sorte qu'elle existe. Je fais les choses dans le bon ordre. Je me suis mobilisée pour les élections municipales, je me mobilise en action au sein du Gouvernement, on a parlé de sujets qui sont importants, on a parlé de sécurité des personnes, on a parlé de liberté des Français, que ce soit dans les transports, que ce soit la lutte contre les violences qui s'exercent contre certains d'entre eux. Donc, moi, je suis au travail et je fais en sorte qu'on puisse avancer sur une candidature unique parce que je pense qu'elle est vitale pour notre pays.

ORIANE MANCINI
Juste la primaire, pas jusqu'à Sarah KNAFO ?

AURORE BERGÉ
Vous savez, je vais vous donner un exemple très concret. Moi, j'étais à Berlin la semaine dernière. A Berlin, où j'étais avec la ministre de l'Éducation nationale au mémorial de la Shoah à Berlin. Je rencontre une enseignante qui me dit : "Vous voyez, dans mes élèves, il y en a qui ne croient même pas, qui ne croient pas à l'Holocauste. Pourquoi ? Parce que certains de leurs parents sont engagés à l'AFD". L'AFD, c'est le parti d'extrême droite-allemand, le parti partenaire de Sarah KNAFO et d'Éric ZEMMOUR au Parlement européen. Ça, c'est très concret. C'est un parti qui nous dit : "Sur la lutte contre l'antisémitisme, qu'il faut qu'à un moment, on abandonne un peu la mémoire. Qu'on en a trop fait. Que ce serait bien qu'on tourne la page. Que ce serait bien qu'on passe à autre chose". Quand on voit ce qui se passe dans toutes nos démocraties sur la lutte contre l'antisémitisme, non, je ne crois pas qu'on en fasse trop. Je crois qu'on n'en fera jamais assez pour garantir que cette mémoire soit transmise et garantir que cet enjeu démocratique sur la lutte contre l'antisémitisme soit pris à bras-le-corps. Donc, Sarah KNAFO, par principe, elle est totalement à l'égard de cela.

ORIANE MANCINI
Jusqu'à la gauche républicaine, c'est ce que dit Gérald DARMANIN ?

AURORE BERGÉ
On parle aux Français. Moi, le sujet, il n'est pas uniquement les partis. Il est de parler aux Français. Après, je pense qu'il faut de la cohérence aussi sur ce qu'on a à défendre et sur ce qu'on a à dire. Je ne crois pas que les Français comprendraient une primaire qui irait d'une partie du Parti socialiste, parce qu'en plus, il faudrait choisir au sein du Parti socialiste, jusqu'aux Républicains. Je ne crois pas à ça. Je pense qu'il faut une clarté républicaine. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'adresser à tous les électeurs. Je pense qu'il y a beaucoup d'électeurs de gauche, gauche républicaine, laïque notamment, qui ne se reconnaît pas, aujourd'hui, dans les options qui sont proposées et présentées et qui peut se reconnaître demain dans une candidature centrale qui serait présentée comme elle s'y est reconnue en 2016.

ORIANE MANCINI
Dernier mot, comment vous trouvez un candidat commun avec les LR quand vous avez un Bruno RETAILLEAU, président du Parti, qui dit qu'un candidat macroniste ne gagnera jamais la présidentielle ?

AURORE BERGÉ
Moi, j'entends d'autres membres des Républicains, notamment Gérard LARCHER, président du Sénat, qui dit d'autres choses et qui dit que, justement, dans le cas d'une primaire, c'est aux Français de choisir quelle serait la meilleure option pour eux pour demain les représenter et nous permettre de gagner. Parce que cette élection, nous pouvons la gagner, mais nous ne pouvons la gagner que si nous sommes unis.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mars 2026