Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à France Info le 1er avril 2026, sur la menace terroriste, les policiers de la BAC 75 qui sont intervenus lors de l'attentat du 13 novembre 2015 à Paris, les incidents liés aux municipales et l'armement de la police municipale.

Prononcé le 1er avril 2026

Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Merci, Laurent NUNEZ, d'être avec nous sur France Info alors que la menace terroriste s'accroît avec la guerre en Iran. Synagogues incendiées en Belgique et aux Pays-Bas début mars. Explosion devant la BANK OF NEW YORK à Amsterdam. Des ambulances d'une association juive détruites à Londres. Et puis sept attentats à la bombe déjoués devant la BANK OF AMERICA à Paris samedi. Vous avez fait le lien entre ce dernier événement et la guerre. Est-ce que, concrètement, vous y voyez la main du régime iranien ?

LAURENT NUNEZ
Oui, concrètement, oui. D'abord, le lien, je le fais... Évidemment, je veux le redire : je fais le lien parce que l'action qui a été déjouée, l'attaque qui a été déjouée, l'action violente à caractère terroriste déjouée dans la nuit de vendredi à samedi est en tout point similaire à celles que vous venez de citer, aux Pays-Bas, en Belgique. Un engin explosif improvisé, artisanal, enfin on l'appelle comme on veut, avec cette volonté de filmer, de revendiquer.

PAUL LARROUTUROU
Mais il y avait un deuxième homme qui filmait.

LAURENT NUNEZ
Et donc c'était le même type d'action qui a été déjouée grâce à une intervention efficace des effectifs de la Préfecture de police dans le cadre d'un dispositif de sécurisation globale qui avait été mis en place. J'y reviendrai. Et donc effectivement, il y avait un individu qui a été interpellé, celui qui était en train de procéder à la mise à feu, ce qu'il n'a pas pu faire, et un autre qui filmait. Donc évidemment, ça nous a tout de suite fait penser à ce qui se passait aux Pays-Bas et en Belgique.

AGATHE LAMBRET
Le même mode opératoire.

LAURENT NUNEZ
Et le Procureur national antiterroriste, évidemment, s'est saisi. Et pourquoi on fait le lien avec le conflit et l'Iran ? Tout simplement parce que dans ces pays-là, il y a eu un mouvement qui a revendiqué ces actions et qui faisait très directement le lien avec ce qui se passait en Iran. un peu la logique du raisonnement, même si judiciairement, rien n'est démontré à ce stade. Il faut rester très prudent.

PAUL LARROUTUROU
Et on reste prudent et on garde des conditionnels. Mais est-ce que vous êtes parvenu, Monsieur le Ministre, à identifier la chaîne claire ? Qui donne l'ordre, qui paie, qui exécute ?

LAURENT NUNEZ
Non. Il y a une enquête judiciaire en cours. D'abord, si nous y étions parvenus... C'est-à-dire que si la justice y était parvenue, ce serait sous l'autorité du Parquet national antiterroriste, et je ne serais pas tellement habilité à en parler. Maintenant, après, j'ai mon expérience que vous connaissez, je sais très bien comment fonctionne ce type d'auteurs, qui... Ce sont des proxys, en fait. Ce sont des actions par proxys.

AGATHE LAMBRET
Des intermédiaires, des sous-traitants, c'est ça ?

LAURENT NUNEZ
Ce sont des intermédiaires qui sont envoyés pour mener des actions violentes en Europe. Et il y a toute une chaîne d'intermédiaires avant d'arriver évidemment aux commanditaires. Et ce à quoi ils recourent, ce sont souvent des délinquants de droit commun, qui, moyennant quelques centaines ou quelques milliers d'euros, commettent ces actions violentes.

AGATHE LAMBRET
Mais ça, c'est difficile. C'est-à-dire que vous parlez de jeunes délinquants qui n'ont rien à voir avec le terrorisme, rien à voir avec l'Iran, et qui vont être recrutés sur une application comme SNAPCHAT.

LAURENT NUNEZ
Absolument. Et qui, je tiens à le dire, ne savent souvent même pas pourquoi ils commettent ces actions. C'est vraiment l'appât du gain qui les fait agir. Et ce sont souvent des jeunes qui sont déjà un peu rentrés dans la délinquance, parfois violente. Mais eux-mêmes ne savent même pas pour quelle cause ils commettent cette action.

AGATHE LAMBRET
En l'occurrence, les jeunes qui ont été interpellés pour l'événement de Paris, certains n'étaient pas connus des forces de l'ordre. C'est ça ? Quel est le profil de ces jeunes ?

LAURENT NUNEZ
Certains étaient... Enfin, je n'ai plus le pedigree en tête de chacun d'entre eux. Mais certains étaient connus pour des faits assez mineurs. Oui, pour des faits assez mineurs. Mais dans d'autres cas... Vous savez, on connaît ce type d'action... Ça fait plusieurs années que l'Europe est concernée par ce type d'action, où on y voit une main, une empreinte iranienne. Ça fait plusieurs années que ça a lieu en Europe, dans d'autres pays. Il y a même eu des assassinats d'opposants iraniens dans d'autres pays. Nous-mêmes, en 2018, nous avons déjoué une attaque qui était dirigée contre un congrès à Villepinte, qui était organisé par les moudjahidines du peuple, qui sont un courant de l'opposition iranienne. Donc ce ne sont pas des sujets que nous découvrons. Que les choses soient claires, je veux rassurer nos auditeurs.

AGATHE LAMBRET
Mais c'est difficile à détecter, quand on parle de jeunes qui n'ont rien à voir avec…

LAURENT NUNEZ
Bien sûr. C'est très difficile à détecter, évidemment. C'est pour ça que nous avons déployé un gros dispositif de sécurisation des sites qui sont susceptibles d'être visés, c'est-à-dire les intérêts américains, malheureusement les intérêts juifs ou ceux de l'opposition iranienne.

PAUL LARROUTUROU
Justement, vous parlez des intérêts américains. Les Gardiens de la révolution iranienne ont menacé précisément hier de détruire les locaux de 18 entreprises américaines au Moyen-Orient en cas d'assassinat de tout nouveau responsable. On vient de parler de la BANK OF AMERICA. Est-ce que vous craignez que les sièges français de GOOGLE, APPLE et META puissent être particulièrement visés ? Est-ce que vous allez les protéger ?

LAURENT NUNEZ
Nous, nous avons une liste de l'ensemble des intérêts américains sur le territoire national. Il y a des sièges d'entreprises. Effectivement, ils sont tous en ce moment sécurisés de manière dynamique. On est absolument incapable de prendre une protection statique.

AGATHE LAMBRET
Ça mobilise combien de personnes, ça ?

LAURENT NUNEZ
Et c'est ce qui s'est passé. Je vous renvoie à ce qui s'est passé dans la nuit de vendredi à samedi, où cette action violente a été déjouée. On reste évidemment... On reste sur nos gardes. Ce sont les instructions que j'ai passées aux préfets, aux responsables de police et de gendarmerie, partout sur le territoire national.

AGATHE LAMBRET
Combien de forces de l'ordre mobilisées pour cela ?

LAURENT NUNEZ
Ce sont les forces de l'ordre habituelles. Donc ce sont les forces habituelles dont les patrouilles, dont les actions sont orientées vers la protection de ces intérêts. Ce qui a augmenté - et je remercie encore la ministre des Armées, Madame VAUTRIN -, c'est le dispositif Sentinelle qui a été augmenté. Même si on ne donne jamais le volume, je peux vous dire qu'on engage plus de militaires en ce moment sur ces missions de sécurisation.

AGATHE LAMBRET
Certains experts font le lien entre ces événements et la force Al-Qods, le service d'opérations extérieures des Gardiens de la révolution iranienne. Est-ce que c'est possible ?

LAURENT NUNEZ
C'est possible. Mais encore une fois, franchement, il y a une enquête judiciaire en cours. Moi, je vous parle d'expérience. On sait que quand il y a des tensions avec l'Iran, ils sont en capacité de déclencher ce type d'action. Nous, on reste très vigilants. Après, établir une connexion, ça prend du temps ce sont des investigations judiciaires qui sont en cours.

AGATHE LAMBRET
Mais l'enquête progresse ?

LAURENT NUNEZ
Non, mais l'enquête... Moi, je ne suis pas habilité à parler de l'enquête. Elle est effectuée sous l'autorité du Parquet national antiterroriste. Les auteurs ont été interpellés. Donc il y a quand même cinq personnes qui ont été interpellées. Donc les investigations se poursuivent pour remonter autant que faire se peut aux commanditaires.

PAUL LARROUTUROU
Et donc vous nous dites ce matin... Effectivement, la menace iranienne n'est pas nouvelle, mais elle semble se densifier. Est-ce que ce matin, vous nous dites que ce sont a priori des actes qui visent des biens pour faire peur ou à tuer ?

LAURENT NUNEZ
Il faut toujours rester prudent, parce qu'il faut toujours rester prudent quand on parle de cela. Évidemment... Et on a vu ce qui s'est passé aussi aux Pays-Bas et en Belgique. Ce sont des actions qui sont menées la nuit, qui visent à créer des dégâts à des moments où les locaux sont fermés. On pourrait penser qu'évidemment, ces actions visent surtout à créer un impact psychologique et pas forcément à tuer. Maintenant, une fois que je vous ai dit ça, les spécialistes du laboratoire central de la préfecture de police qui ont examiné l'engin qui a été déposé dans la nuit de vendredi à samedi disent bien que dans un rayon de quelques mètres autour, cet engin explosif qui aurait causé des dégâts aurait aussi pu être létal pour quelqu'un qui passait à côté. Donc il faut rester très prudent. Et ce sont des engins qui peuvent effectivement donner la mort. Il faut l'avoir à l'esprit aussi.

AGATHE LAMBRET
C'est l'une des fêtes les plus importantes pour les Juifs, la fête de Pessah, qui commence ce soir et jusqu'au 9 avril. Qu'est-ce que vous dites à la communauté juive aujourd'hui ? Vous avez dit que les intérêts juifs étaient visés. Est-ce qu'ils doivent avoir peur d'aller à la synagogue ou de fêter cette fête comme ils l'entendent ?

LAURENT NUNEZ
Non. Ils le savent, nous assurons une protection de l'ensemble des offices, une protection qui peut être dynamique, qui peut être statique, qui peut être mobile, qui peut englober plusieurs sites. L'ensemble des sites sont protégés. Je l'ai demandé aux préfets, mais qui connaissent ça parfaitement. Indépendamment de ce qui se passe en Iran, il y aurait eu ce dispositif de protection des synagogues, parce qu'on a une menace terroriste élevée, parce qu'on sait que les synagogues sont des cibles. Et chaque fête religieuse... Donc là, ce sera le cas pour Pessah.

PAUL LARROUTUROU
Pas qu'au dimanche.

LAURENT NUNEZ
Mais chaque fête religieuse est protégée. Évidemment, dans ce contexte, on va être encore plus attentifs. Et c'est ce que j'ai demandé aux préfets. Et chaque préfet, d'ailleurs, a des relations directes avec les responsables des différentes communautés pour préparer ces fêtes au plus haut niveau de sécurité.

PAUL LARROUTUROU
Plus de dix ans après, les policiers de la BAC 75 sont intervenus lors de l'attentat du 13 novembre 2015 à Paris, notamment au Bataclan, attendent toujours d'être décorés pour leur intervention. Une cérémonie était prévue il y a quelques jours à l'Hôtel de ville avec une remise de la médaille de la ville de Paris. Mais elle a été annulée, la mairie n'ayant pas eu de retour de votre ministère de l'Intérieur. Selon les informations ce matin de France Info, on écoute un membre de la BAC présent cette nuit-là au Bataclan, aujourd'hui retraité.

UN POLICIER DE LA BAC75N
Ce jour-là, quand même, on rentre dans une zone de guerre sur le territoire national. Je pense qu'une décoration, c'est un remerciement de l'État par rapport à ce qu'on a fait, nous. Donc oui, ça me met énormément en colère. Et de l'amertume, aussi bien du ministère de l'Intérieur que de l'Élysée.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que vous comprenez cette amertume ? Et pourquoi n'ont-ils pas été décorés, dix ans après ?

LAURENT NUNEZ
D'abord, je comprends, évidemment, l'amertume. Ce n'est pas le sujet. Je ne veux pas donner le sentiment, à partir de cette demande de la BAC N, que je ne comprends pas. Celle de la BAC N, je la connais bien. J'ai été préfet de police pendant trois ans et demi, numéro 2 de la Préfecture de police pendant deux ans et demi, je connais bien la BAC N. Et je sais le travail remarquable qu'ils font et le rôle qu'ils ont joué ce soir-là. Et le rôle qu'ils ont joué ce soir-là, on le connaît. Il faut savoir que dans ce dossier, l'ensemble des intervenants, la plupart des intervenants pour le Bataclan ont eu la médaille de la sécurité intérieure qui a été donnée dans les mois, les années qui ont suivi. Et puis s'est posée ensuite la question, à la demande du président de la République - je veux le rappeler, à la demande du président de la République - s'est posé la question des ordres nationaux, c'est-à-dire l'Ordre national du Mérite, la Légion d'honneur. C'est de ça dont on parle.

PAUL LARROUTUROU
Mais pourquoi ça prend autant de temps ?

LAURENT NUNEZ
C'est de ça dont on parle. Il faut que nos auditeurs comprennent bien, parce qu'il faut déterminer le rôle précis de chacun d'entre eux. Vous savez, ce soir-là, c'était compliqué. Donc il y a tout un historique à reconstituer. Et à la demande du président de la République... Il en avait pris l'engagement. Il l'a fait le 13 novembre dernier. Vous savez que les intervenants de la BRI et du RAID qui sont intervenus sur place ont été décorés, ont eu des ordres nationaux. C'est une soixantaine de personnes. En ce moment même, moi, le Président m'a demandé de travailler au cas par cas, donc en fonction de l'engagement des uns et des autres, pour les faire entrer dans les promotions classiques qui ont lieu, les promotions de l'Ordre national du Mérite et de la Légion d'honneur.

PAUL LARROUTUROU
Et nous y travaillons.

AGATHE LAMBRET
Donc ils seront décorés prochainement ?

LAURENT NUNEZ
Et il y a bien le dossier d'un certain nombre de membres de la BAC 75N qui est en cours d'examen. Je peux vous le confirmer. Le président me l'a demandé, je le fais. C'est un dossier que nous avons repris en main avec le président de la République pour être prêts pour le 13 novembre dernier, les dix ans. Et ce dossier continue. C'est un dossier qui est encore vivant. Mais il faut que vos auditeurs comprennent que c'est toujours très compliqué. Vous savez, vous avez eu ce soir-là beaucoup, beaucoup, beaucoup d'intervenants. Il y a des membres de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris qui ont sauvé des vies, qui sont rentrés, qui ont extirpé des gens de ce théâtre. Et puis vous avez effectivement la BAC N qui est rentrée dans des conditions qu'on connaît, y compris avec son chef, qui a neutralisé un des assaillants. Donc je suis bien placé pour savoir exactement ce qu'ont fait les uns et les autres. Et je peux vous assurer qu'on continue à y travailler. Moi, c'est ce que m'a demandé le président de la République. Et on le fait dans le cadre des promotions classiques qui vont arriver maintenant. Et d'ailleurs, à la prochaine... Vous verrez qu'à la prochaine, il y aura un certain nombre de personnes.

AGATHE LAMBRET
Dix ans après.

LAURENT NUNEZ
Oui. Mais vous le savez, Agathe LAMBRET, c'est compliqué. Il faut établir le rôle. Il y a des rapports qui sont établis. On instruit. Et la Grande Chancellerie aussi qui décide. C'est applicable pour chacun, même si ce qui a été fait ce soir-là, je le redis, ça a été vraiment héroïque. Et ça mérite le respect de la nation.

AGATHE LAMBRET
Laurent NUNEZ, dans un instant, on va parler notamment de ce climat de violence qui pèse sur la vie politique depuis le second tour des municipales. Mais pour l'instant, il est 8 h 45. Et c'est l'Info en une minute avec Maureen SUIGNARD.

(…)

Avec Laurent NUNEZ, ministre de l'Intérieur. On parle du racisme qui a touché un élu LFI, Paul.

PAUL LARROUTUROU
Vous avez annoncé hier, Monsieur le ministre, que le Gouvernement étudiait la possibilité de poursuites pénales dans l'affaire des propos racistes visant le maire LFI de Saint-Denis, Bally BAGAYOKO. Est-ce que vous avez fini d'étudier la possibilité ? Est-ce que ce matin, sur France Info, vous nous annoncez une décision ? Est-ce que vous engagez ?

LAURENT NUNEZ
Non, non, on n'est toujours pas d'accord. D'ailleurs, le Premier ministre a aussi dit hier à l'Assemblée nationale que si monsieur le maire de Saint-Denis porte plainte, le préfet se porte partie civile. Je pense que ce qui est le plus important, c'était vraiment de condamner très fermement ces propos qui, encore une fois, sont ignobles. Ces comparaisons qui ne sont pas faites directement, en fait, directement, de manière allusive. Moi, en tout cas, ça me paraissait assez clair. Il fallait le condamner très fermement. Ensuite, évidemment, il y a les actions en cours, il y a aussi une action devant l'ARCOM qui a été engagée par un certain nombre de parlementaires, à laquelle on va être très attentifs.

PAUL LARROUTUROU
Mais contre qui pourraient être ces poursuites pénales, dans ce que vous examinez ?

LAURENT NUNEZ
C'est contre ceux qui tiennent ce type de propos très directement, c'est leur responsabilité.

AGATHE LAMBRET
Donc, les intervenants sur CNEWS ?

LAURENT NUNEZ
La responsabilité pénale, elle est individuelle, d'une part. Ça, c'est le droit pénal. Et puis, vous avez ensuite des règles que je maîtrise moins, qui touchent à celles que gère notamment l'ARCOM, qui sont le fait, pour une chaîne, de tolérer ou pas la tenue de ce type de propos sur son antenne. Après, chacun est responsable de qui il invite et des propos qui sont tenus. Mais chacun, aussi, doit rendre des comptes le cas échéant. Donc on va être très vigilants là-dessus, mais je crois qu'il fallait surtout condamner très fermement ces propos. Rappeler qu'en France, quelles que soient nos origines, tout le monde a sa place et nous ne sommes critiqués ou remis en cause que par rapport à ce que nous faisons et rien d'autre, et pas par rapport à nos origines.

AGATHE LAMBRET
Vous avez été interpellé hier à l'Assemblée par Éric COQUEREL, le président LFI de la Commission des finances. Il est revenu sur le climat tendu depuis le second tour des municipales et le fait que les Insoumis ont été pointés du doigt par le Gouvernement. On l'écoute.

ÉRIC COQUEREL, DEPUTE LFI, PRESIDENT DE LA COMMISSION DES FINANCES
Cette campagne contre ces nouveaux maires et leurs soutiens, fustigés pour quelques huées pourtant si fréquentes en France lors des soirées électorales, c'est du racisme. Séditieux, aurait osé le président MACRON. Abject Monsieur ATTAL... Oui, les rappels à l'ordre des ministres NUNEZ, AMIEZ et BERGÉ, c'est du racisme.

AGATHE LAMBRET
Il vous cite énormément. Est-ce que vous en avez trop fait sur ce sujet des violences ?

LAURENT NUNEZ
Je n'ai pas du tout aimé le ton et le raisonnement intellectuel du président COQUEREL. Donc je n'ai pas du tout aimé. J'ai trouvé que Stéphane PEU dans sa question était beaucoup plus modéré. Je n'ai pas aimé le ton parce qu'il laisse entendre que finalement, parce qu'on a fait des rappels à l'ordre, des rappels à la règle à la mairie de Saint-Denis, dont le maire avait tenu un certain nombre de propos qui pouvaient laisser à penser qu'il avait l'intention de prendre une certaine distance par rapport à l'application des lois républicaines... Je note que depuis, il a un peu rétropédalé, je m'en réjouis.

PAUL LARROUTUROU
C'était sur les agents municipales ?

LAURENT NUNEZ
Comme ministre de l'Intérieur, que je rappelle ce que sont les règles, c'est normal. C'était notamment sur les agents municipaux. Comme ministre de l'Intérieur, que je rappelle les règles, c'est normal. Mais le raisonnement de Monsieur COQUEREL, c'était de dire finalement : si on en est arrivé aux déclarations qu'il y a eu sur CNEWS, c'est parce que vous avez un peu préparé le terrain, vous avez allumé la mèche. C'était pour faire simple. C'est un peu ce qu'il disait. Évidemment non, évidemment non. Je regrette qu'il ait posé cette question avec un ton qui était très véhément, mais je lui ai répondu. Et puis ensuite, le Premier ministre l'a fait avec beaucoup de fermeté et de clarté il me semble.

AGATHE LAMBRET
À cause de ces violences, de ces huées, Emmanuel MACRON aussi est allé jusqu'à déclarer en Conseil des ministres qu'il n'y a pas de sédition possible dans les communes de la République. En revanche, il n'a rien dit officiellement sur le racisme dont est victime Bally BAGAYOKO. Est-ce qu'il y a un deux poids, deux mesures ?

LAURENT NUNEZ
Non, il n'y a pas du tout deux poids, deux mesures. D'abord, le président de la République a prononcé les propos qu'on lui prête en Conseil des ministres à partir d'un certain nombre de déclarations qui avaient pu être faites, qui visaient les agents municipaux. On avait le sentiment que certains pouvaient passer à la trappe parce qu'ils n'avaient pas participé au projet politique d'un certain nombre d'élus. C'était choquant. Il fallait rappeler ce qu'était le statut de la fonction publique territoriale. C'est ce que voulait dire le président. On rappelle les règles de la République partout sur le territoire.

AGATHE LAMBET
Donc pas deux poids, deux mesures, vous dites.

LAURENT NUNEZ
Et il n'y a pas deux poids, deux mesures. Enfin, le président de la République n'a plus la démonstration à faire de ce qu'est son engagement dans la lutte contre le racisme. Franchement, il est tellement intervenu sur ce sujet.

AGATHE LAMBRET
En tout cas, s'agissant des huées, ça a toujours existé dans la République. On se rappelle notamment de Valéry GISCARD D'ESTAING. Valéry GISCARD D'ESTAING, hué à son départ de l'Élysée en 1981. Est-ce que c'est différent aujourd'hui pour vous ? Et est-ce que ça vous inquiète à un an de la présidentielle ?

LAURENT NUNEZ
Je vais vous dire les choses. Vous avez raison. Il y a dans les années 70-80, quand des communes basculaient, il y avait aussi, tout le monde s'en souvient, le soir de la proclamation des résultats, il pouvait y avoir des huées, des manifestations de joie. Là, ces images étaient un peu différentes parce qu'on avait des élus qui étaient entourés. Il fallait qu'ils soient escorté par la police municipale pour sortir de la salle. Ce n'était pas tellement acceptable. Ce qui a choqué, finalement, c'est un tout. Ce n'est pas que cette sortie d'élus qui était sous les huées. On a eu une campagne qui a été très difficile. Les élections matériellement - je remercie encore l'ensemble des agents du ministère de l'Intérieur, l'ensemble des élus locaux - se sont bien passées. Mais la campagne, elle a été dure. Elle a été émaillée d'incidents. On a 130 faits judiciarisés. On a eu des meetings, qu'il s'agisse de La France Insoumise ou du Rassemblement National, qui ont été ciblés, où des militants ont tenté de les empêcher. La campagne a été électrique. Et donc, c'était presque un peu la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Ces huées le soir des élections, ça nous a fait dire que cette campagne, elle s'est déroulée dans un climat délétère. Voilà ce qu'on dénonce, évidemment.

PAUL LARROUTUROU
Pardon.

LAURENT NUNEZ
Pardon, allez-y.

PAUL LARROUTUROU
Vous avez fini votre réponse ?

LAURENT NUNEZ
Oui.

PAUL LARROUTUROU
Alors, thème suivant. Neuf mineurs de quatorze à seize ans ont été interpellés, placés en garde à vue, hier après le saccage vendredi dernier de la mairie de Fresnes dans le Val-de-Marne. Un saccage, visages masqués, à la veille de l'installation du nouveau maire LR. Est-ce que vous savez déjà pourquoi cette mairie a été visée ?

LAURENT NUNEZ
Oui. Alors d'abord, je termine finalement ma réponse parce que je me rends compte que je ne vous avais pas répondu. Vous-même, vous n'aviez pas terminé votre question, mais je l'ai bien comprise. Oui, on est inquiet pour la présidentielle.

PAUL LARROUTUROU
Un an avant. Qu'est-ce que cette campagne des municipales dit de la présidentielle ?

LAURENT NUNEZ
Dans ce climat-là, on est un peu inquiet. Il y a des antagonismes importants. Et la radicalité dans le verbe politique, on la retrouve malheureusement parfois dans la rue, ou dans la contestation de meetings, ou dans la prise à partie d'un certain nombre d'élus.

PAUL LARROUTUROU
Et d'inquiétude pour la présidentielle ?

LAURENT NUNEZ
Et d'inquiétude forcément. Le niveau d'atteintes aux élus, depuis 2023, il reste à un niveau très élevé. On est encore sur…

AGATHE LAMBRET
Il y a des élus qui sont protégés aujourd'hui ?

LAURENT NUNEZ
2 500 faits en 2025. C'était le même nombre en 2024. On va rester très attentifs. Oui, pendant la présidentielle, traditionnellement, les candidats bénéficient de protection. Ce sera le cas.

PAUL LARROUTUROU
Et là, le maire de Saint-Denis est sous un déluge d'insultes racistes à la mairie, au standard, le standard téléphonique. Est-ce qu'il faut le protéger ? Est-ce que vous songez à le protéger ?

LAURENT NUNEZ
Alors s'il le demande, on évalue toujours. C'est comme ça que ça se passe. On évalue le niveau de menace et on peut mettre en place une protection personnelle. Je ne crois pas qu'on soit à ce niveau-là. Mais en tout cas, les effectifs de la Préfecture de police qui travaillent en Seine-Saint-Denis seront évidemment extrêmement attentifs. Et nous, on se tient à sa disposition, s'il se sentait menacé, pour le protéger, comme on le fait pour tous les élus de la République. Il y a tout un dispositif qui a été mis en place depuis 2023, puis une loi en 2024, qui vise notamment d'abord à durcir les sanctions quand on s'en prend à un élu. Une action violente contre un élu est beaucoup plus sévèrement punie.

AGATHE LAMBRET
Et on a encore beaucoup de questions à vous poser, Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Et il y a des dispositifs d'alerte qui, évidemment, peuvent être mis en place. Le concernant, comme pour tous les élus de la République. Et pour ce qui est de Fresnes, il faut rester très prudent.

AGATHE LAMBRET
Alors justement Fresnes, pourquoi ces jeunes, d'ailleurs ça frappe, des jeunes de 14 à 16 ans qui ont été interpellés, pourquoi ils s'en sont pris à cette mairie ? Est-ce qu'ils voulaient intimider le maire Les Républicains ?

LAURENT NUNEZ
Je pense qu'il faut rester très prudent. J'ai entendu les commentaires qui ont pu être faits immédiatement après cette intrusion violente. Je crois qu'il faut rester très prudent, il y a une enquête en cours.

AGATHE LAMBRET
Vous ne pouvez rien nous dire.

LAURENT NUNEZ
Vous vous rendez compte que moi-même je suis resté très prudent. J'ai condamné, évidemment, fermement cette attaque à la République. Vous savez, quand vous rentrez dans une mairie, que vous commettez des dégradations, c'est une attaque à la République. Il faut rester très prudent sur les mobiles qui peuvent être liés à des causes très locales, à des prises à partie peut-être de policiers municipaux, de policiers nationaux. C'est peut-être une riposte. En tout cas, ce n'est pas acceptable. Ça, ça n'est pas acceptable.

AGATHE LAMBRET
On vous entend Laurent NUNEZ. I l y a juste une question sur Bally BAGAYOKO, le nouveau maire de Saint-Denis. Il a dit qu'il voulait désarmer progressivement la police municipale, à commencer surtout par le LBD, le lanceur de balles de défense, donc une arme intermédiaire. Dans une ville comme Saint-Denis, priver les policiers de LBD, est-ce que ça vous inquiète ? Est-ce que vous allez pouvoir travailler avec cet élu d'une mairie très importante dans le dispositif, souvent en termes de sécurité, d'une commune à Saint-Denis, où il y a notamment le Stade De France ?

LAURENT NUNEZ
Oui, vous posez la bonne question, en fait. Une fois qu'on a passé « Je désarme, je retire progressivement les armements de la police nationale », bon, ça, c'est une décision souveraine, c'est la libre administration des Collectivités locales. Il faut le respecter. Moi, à titre personnel, je pense que les policiers doivent être armés, y compris de LBD, puisque c'est une arme intermédiaire qui permet notamment de maintenir à distance. Et donc dans un contexte de violences urbaines ou de prises à partie tout simplement des policiers, c'est une arme extrêmement importante. Après, le plus important, j'ai envie de dire, ce n'est pas que ça le plus important, et vous l'avez rappelé, et je rebondis sur ce que vous dites, une police municipale, ça travaille avec la police nationale. Il y a des coopérations, il y a des dispositifs qui se montent en commun, il y a des échanges permanents, dans le cadre d'ailleurs, des conventions entre les mairies et l'État. Et à Saint-Denis, cette convention, elle est hyper importante, parce que, vous l'avez dit vous-même, on a par exemple le stade de France. On a beaucoup d'équipements à Saint-Denis et la coordination entre la police nationale et la police municipale, c'est extrêmement important, et on sera attentifs à l'évolution, ou pas, des excellentes relations que nous avons avec la police municipale, que nous avions avec la police municipale de Saint-Denis, et j'espère vraiment qu'elles vont perdurer.

PAUL LARROUTUROU
Monsieur NUNEZ, vous avez présenté la semaine dernière votre projet de loi Ripost pour lutter notamment contre le phénomène du protoxyde d'azote qui fait des ravages chez les jeunes. En une phrase, s'il vous plaît, pour qu'on ait le temps de vous poser la question qui… Quelles consignes vous donnez aux policiers concernant ce que certains appellent à tort le gaz hilarant ?

LAURENT NUNEZ
Les mêmes. Le contrôle, le contrôle, le contrôle.

PAUL LARROUTUROU
Avec création de nouveaux délits.

LAURENT NUNEZ
Contrôle des personnes qui consomment sur la voie publique, contrôle des sites qui ferment. La nuance, ce qui va changer, c'est qu'on crée trois nouveaux délits. Et là actuellement, ils ne peuvent pas réprimer à juste niveau comme il le devrait ce type d'infraction. C'est pour ça qu'on crée trois nouveaux délits. Le transport sans motif légitime, la conduite sous l'empire du protoxyde d'azote, et puis, évidemment, la consommation.

AGATHE LAMBRET
Laurent NUNEZ, vous êtes ministre de l'Intérieur depuis cinq mois, et c'est le moment de « La question qui ». La question qui réveille la nuit. Beauvau, c'est le lieu où remontent toutes les horreurs, toute la noirceur du pays. Bruno RETAILLEAU, votre prédécesseur, y a été confronté avant vous. On l'écoute dans le podcast France Info, Dans les yeux d'Agathe.

BRUNO RETAILLEAU, ANCIEN MINISTRE DE L'INTERIEUR
Dès 6 h du matin, on a un centre de veille qui nous fait le compte-rendu des choses les plus abominables qui se sont passées dans la nuit. Et c'est sans doute, c'est vrai, ce qui est le plus dur, ce qu'il faut mettre à distance.

AGATHE LAMBRET
Est-ce que vous arrivez à mettre à distance toutes ces horreurs, ou est-ce que ça vous réveille la nuit, ça vous hante ?

LAURENT NUNEZ
D'abord, je vous confirme ce que dit Bruno RETAILLEAU, évidemment, oui, tous les matins, à 6 h, il y a un point qui est fait au ministre de l'Intérieur. Et on continue, en fait, on continue, mais à 6 h, il y a le point des faits les plus marquants de la nuit. Ce sont généralement des horreurs, évidemment, ce sont des faits graves. Moi, je ne mets pas de distance parce que je considère, enfin, chacun le vit à sa façon.

AGATHE LAMBRET
Ça vous touche ? Vous voulez dire que ça vous touche ?

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr, ça me touche énormément, mais je suis aussi un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Ça fait 15 ans que je suis sur ces sujets de sécurité, pardon, 18 ans, et donc je les connais, malheureusement. Je ne vais pas dire qu'on s'habitue. On ne s'habitue jamais à ça, mais, je les prends beaucoup plus sereinement et je prends toujours, évidemment, le temps de l'analyse, mais voilà. Il me semble que j'ai un peu plus de sérénité, je suis moins surpris, mais ce n'est pas rassurant, ce que je dis n'est pas rassurant. On ne s'habitue jamais à cela, on ne s'habitue jamais à cela, mais je le prends avec un peu plus de sérénité liée à mon expérience et au fait que ça fait maintenant plusieurs années que moi, j'ai des fils d'actualité, je les ai eus comme préfet de police, je les ai eus comme directeur général de la sécurité intérieure, avec les faits les plus graves, évidemment. Avec les faits les plus graves.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2026