Interview de M. Philippe Tabarot, ministre des transports, à TF1 le 3 avril 2026, sur les difficultés d'approvisionnement en carburant, un plan d'électrification en matière de transport, les aides gouvernementales à certains secteurs et les airbags Takata.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Bruce TOUSSAINT.

BRUCE TOUSSAINT
Votre invité, ce matin, le ministre des Transports.

ADRIEN GINDRE
Bonjour Philippe TABAROT.

PHILIPPE TABAROT
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Le grand week-end de Pacques commence ce soir. Certains de nos concitoyens auront la chance de prendre la route, enfin, la chance ou le défi d'ailleurs. Est-ce que vous vous pouvez garantir qu'ils trouveront tous de l'essence, du gazole partout sur le territoire ? Votre collègue Maud BREGEON disait ici même : 10% de pénurie tout de même.

PHILIPPE TABAROT
Il y aura, oui, sur certaines stations en particulier, notamment les stations TOTAL, je crois que ça a été dit par ma collègue, il y a quelques difficultés très locales d'approvisionnement de moins de 10%, mais sur pratiquement tout le territoire national, pas de problème majeur. Et puis, il y aura la possibilité également, le cas échéant, pendant ce week-end et notamment le dimanche, de pouvoir avoir des approvisionnements dans les stations-service. Donc je pense que les automobilistes, et même j'en suis sûr, peuvent partir tranquillement.

ADRIEN GINDRE
Il y aura des livraisons exceptionnelles dans les stations, y compris dimanche ?

PHILIPPE TABAROT
Oui, qui pourront se faire en fonction des besoins, des personnes qui vont beaucoup circuler puisque c'est le week-end de Pâques, qui vont beaucoup circuler.

ADRIEN GINDRE
Alors, doivent-ils aussi, pardon Monsieur le Ministre, se préparer à payer plus cher vu le tarif ? Est-ce qu'il y a des recommandations ? Est-ce que vous dites à nos concitoyens : " Renoncez aux déplacements, roulez moins vite, prenez le train " ? D'ailleurs, est-ce qu'on a observé un report sur le train ?

PHILIPPE TABAROT
Prenez le train, oui, je le dis, mais pas que pour ce week-end, je le dis tout le temps. Et on a une appétence pour le train dans notre pays aujourd'hui. Ce n'est pas forcément lié à la crise qu'on connaît. Il y avait déjà de nombreuses réservations. Et je tenais à vous dire quand même qu'il y a pratiquement deux millions de Français qui vont circuler ce week-end en train. La SNCF met à disposition plus de 3 000 trains. Donc, on voit que ce report modal se fait. Il s'était fait bien avant cette crise. Mais il va continuer à se faire parce qu'il y a une appétence pour le train pour des raisons écologiques, très probablement, et parce que les Français aiment le train.

ADRIEN GINDRE
Hier, le Premier ministre a indiqué qu'il y aurait de nouvelles mesures la semaine prochaine, des mesures d'aide, bien sûr, pour les Français qui doivent prendre leur voiture. On parle de qui, là ? En l'occurrence, les agriculteurs, pêcheurs, transporteurs ont déjà eu des aides annoncées. Là, ce sera les infirmières, les aides à domicile ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, le Premier ministre nous a demandé de plancher sur un plan d'électrification. Il avait déjà présenté sa programmation pluriannuelle de l'énergie. Et les différents ministres ont été mandatés pour lui faire des propositions. Moi, je vais avoir l'occasion d'en faire sur le secteur des transports, comme vous pouvez l'imaginer. Donc sur le secteur des transports, ça concernera bien sûr les véhicules électriques.

ADRIEN GINDRE
Il a annoncé qu'il y aurait des véhicules mis à disposition pour certaines professions. Vous avez déjà ciblé ces professions ? Vous avez déjà ces voitures ?

PHILIPPE TABAROT
Écoutez, il a annoncé qu'il y aurait un plan accru d'électrification sur certains gros rouleurs et puis à terme aussi sur certaines professions. Je pense notamment aux artisans à travers ce qu'on appelle les VUL, les véhicules utilitaires, où on a besoin de décarboner beaucoup plus ce secteur. En tout cas, on va aider de manière ciblée ceux qui en ont le plus besoin et ceux qui utilisent le plus leurs véhicules.

ADRIEN GINDRE
On reste, pardon, sur des professions, c'est-à-dire que les Français qui prennent la voiture pour aller à leur travail, le trajet domicile-travail, ça ne va pas être aidé ?

PHILIPPE TABAROT
La volonté du Gouvernement, c'est de cibler ces aides, c'est de ne pas les ouvrir à tout le monde de manière un petit peu " quoi qu'il en coûte ". Comme ça a pu se faire dans d'autres circonstances, c'est ciblé pour ceux qui en ont le plus besoin. Vous avez parlé du transport routier. Les aides que j'ai proposées cette semaine, qui ont été acceptées par les organisations syndicales, font qu'un certain nombre de blocages ont été levés. C'est parce qu'elles sont ciblées sur les entreprises qui en ont le plus besoin.

ADRIEN GINDRE
Elles sont déjà arrivées ? Elles sont déjà dans la poche des transporteurs ?

PHILIPPE TABAROT
Elles ne sont pas bien sûr dans la poche des transporteurs puisque l'accord a été trouvé avant-hier soir. Mais l'objectif, c'est de rendre ces aides le plus efficaces, le plus rapides possible.

ADRIEN GINDRE
Quand est-ce que les transporteurs les toucheront ?

PHILIPPE TABAROT
Dès la fin de la semaine prochaine, il y aura les premiers versements, sous certaines, bien sûr, conditions, qui font qu'on va probablement aider les plus petites entreprises ou celles qui sont le plus en difficulté dans notre pays. Les entreprises de transport routier, c'est 40 000 entreprises, dont 20 000 qui ont des flottes de moins de vingt véhicules. C'est celles-là qu'il faut aider prioritairement.

ADRIEN GINDRE
Les aides que vous avez annoncées, elles sont pour le mois d'avril. Quand est-ce qu'on saura si elles sont reconduites pour le mois de mai ?

PHILIPPE TABAROT
Pour le mois de mai, nous verrons l'évolution de la situation. Qui peut dire aujourd'hui combien de temps durera cette situation ?

ADRIEN GINDRE
Mais quelle difficulté mettez-vous en présence, ces entrepreneurs pour prévoir et savoir à quelle sauce ils vont être mangés ?

PHILIPPE TABAROT
Adrien GINDRE, je veux vous rassurer, il y a bien sûr ces aides qui sont des aides directes. Il y a des aides indirectes également, sur des reports de cotisations sociales, sur des reports d'échéances fiscales. Et puis il y a quelque chose qui figure dans la loi et qui n'est pas forcément appliqué, et qu'on va faire appliquer avec des contrôles, c'est la réindexation, je dirais, des contrats entre les chargeurs et les transporteurs, ça figure dans le Code des transports : quand il y a une hausse du carburant, les chargeurs doivent payer plus au transporteur. Et il y a des délais de paiement à respecter qui ne sont pas toujours respectés…

ADRIEN GINDRE
Pardon, mais dans ce cas-là…

PHILIPPE TABAROT
Ce sont des délais de paiement de trente jours qui passent quelquefois à 60 ou à 90 jours. Ce n'est pas possible pour la trésorerie des entreprises. Donc, on va veiller à ça.

ADRIEN GINDRE
Si vous dites, pardon, Philippe TABAROT, qu'il faut augmenter les prix quand les cours augmentent, ça veut dire que pour le consommateur, à la fin en rayon, ça va aussi se payer plus cher ?

PHILIPPE TABAROT
Je ne dis pas augmenter les prix, je dis seulement respecter la loi de l'indexation pour qu'en bout de chaîne, ce ne soit pas les transporteurs qui soient obligés d'assumer tout ça.

ADRIEN GINDRE
Oui, à l'autre bout de la chaîne, c'est consommateur va devoir payer potentiellement.

PHILIPPE TABAROT
Ce ne sera pas… Vous savez, par exemple, sur la grande distribution, la part du transport et la marge du transport est une part très réduite, donc ça ne sera pas aussi fort que vous l'annoncez. Mais ce sont des contrats, en tout cas, qu'il faut faire respecter. Parce que l'État peut amortir le choc à travers les aides directes et indirectes que j'ai annoncé, mais c'est aussi les chargeurs et les donneurs d'ordre doivent prendre leur part.

ADRIEN GINDRE
Un petit mot cette semaine sur notre actualité. On a appris que le groupe automobile STELLANTIS rappelait 700 000 véhicules dans le monde, c'est un peu plus de 200 000 rien qu'en France. Tant mieux si ça permet de dire qu'on veille à la sécurité, mais c'est quand même assez préoccupant sur le niveau de qualité de ce qu'on produit. Les rappels se multiplient. Il y a quelques mois, c'était les immenses rappels sur les airbags TAKATA et à nouveau aujourd'hui, on entend parler de rappels.

PHILIPPE TABAROT
Merci de parler des airbags TAKATA, puisque vous le savez, c'est un dossier sur lequel je me suis énormément investi. On a réussi depuis le mois de mars à changer pratiquement un million et demi d'airbags, notamment à travers la mesure dont on avait parlé sur votre plateau qui était celle du contrôle technique, et d'obliger les personnes qui passaient le contrôle technique d'avoir une double visite s'ils avaient encore des airbags TAKATA. C'est quelque chose maintenant qui fonctionne maintenant. Vous avez vu qu'il y a différents messages en termes de communication. Je pense qu'on va enfin sortir de ce sujet en automobile. Malheureusement, dans l'automobile, il y a une actualité permanente et nous allons rester très vigilants sur la question des freinages fantômes, sur la question également que vous venez d'annoncer concernant la compagnie STELLANTIS. Le secteur de l'automobile évolue, mais notre priorité reste la même : la sécurité absolue des automobilistes.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 avril 2026