Interview de M. Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprise, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à BFM TV le 23 avril 2026, sur les prix du carburant, la transmission des entreprises et la question migratoire.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Serge Papin - Ministre des Petites et moyennes entreprises, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat ;
  • Apolline de Malherbe - Journaliste

Média : BFM TV

Texte intégral

SERGE PAPIN
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat. Et avec tout ça, on a quand même l'impression de faire quasiment le tour de toutes les préoccupations du moment des Français, de leur quotidien, les prix évidemment à la pompe, la question des renégociations éventuelles des prix avec la grande distribution, la question des entreprises, même de la transmission d'entreprises. Vous voulez aider davantage à transmettre les entreprises et puis finalement la question aussi de l'emploi et du pouvoir d'achat. On le regarde ce matin, les chiffres montrent que c'est comme si on avait, ça y est, réatteint un plancher et que ça remonte. Alors ça remonte légèrement, mais quand on regarde le gazole, il repart à 2,17 Euros contre 2,16 Euros en début de semaine. Le sans plomb 95 repasse à 1,97 Euros ce matin. Il était à 1,96 Euros hier. Est-ce que ça veut dire que ça y est, c'est fini, ça remonte ?

SERGE PAPIN
Non, mais il y a une baisse depuis le 8 avril, en moyenne de 16, de 17. Moi, je dois m'assurer qu'il y ait une transparence dans la volatilité, parce que le marqueur de cette crise, c'est la volatilité. Et ce qu'il faut, c'est qu'on s'assure et on a les moyens, le Gouvernement, j'ai les moyens de contrôler les prix, les marges, de manière à ce que ça soit répercuté à la baisse et qu'il y ait une baisse.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez lancé une recherche pour justement vous assurer que ces marges ne sont pas excessives.

SERGE PAPIN
Voilà. Et donc on a des réunions, j'en ai eu une en fin de journée aujourd'hui avec les distributeurs. On doit avoir cette transparence, qu'on soit sûr, et je suis dans mon rôle, qu'aussitôt qu'il y ait une baisse, que ça soit répercuté. Donc là, la courbe des marges qui a été contrôlée par les services de la DGCCRF montre qu'au début de la crise, il y a eu une petite envolée des prix, des marges, et qu'après, les choses se sont lissées et qu'il y a eu une répercussion, que les distributeurs ont joué le jeu. Donc il faut qu'on continue à s'en assurer et c'est ce qu'on fait quotidiennement.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez un doute ?

SERGE PAPIN
Je n'ai pas un doute, mais je contrôle, je contrôle pour être certain.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous voulez dire que la conscience n'exclut pas le contrôle.

SERGE PAPIN
Exactement, et puis on a des outils qui seraient disponibles au cas où on s'apercevrait que les choses ne sont pas répercutées assez vite.

APOLLINE DE MALHERBE
Ces outils, c'est ce fameux décret que vous avez dit avoir écrit, il n'y aurait plus qu'à le publier, le cas échéant, mais les distributeurs ont quand même l'impression d'avoir bon dos et de jouer vis-à-vis de vous une sorte de rôle de bouc émissaire confortable.

SERGE PAPIN
Non, il faut que tout le monde joue le jeu, chacun dans son registre. Les distributeurs, moi, j'ai été vendeur de carburant.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez été vous-même à la tête des magasins U.

SERGE PAPIN
Oui, j'ai eu un magasin aussi. Le carburant, c'est un prix d'appel, parce que les gens viennent faire leur course en voiture. C'est l'intérêt des distributeurs que le prix du carburant soit le moins cher.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais pardon, il y a un paradoxe. Vous nous dites d'un côté, moi, je sais parce que j'ai été moi-même à la tête de mon magasin, qu'en vrai, il n'y a pas beaucoup de marge là-dessus, et dans le même temps, régulièrement, vous dites, on va mener des contrôles.

SERGE PAPIN
Oui, parce que l'État est dans son rôle pour ne pas qu'il y ait d'effet d'aubaine par rapport à ça. On constate qu'il joue plutôt le jeu.

APOLLINE DE MALHERBE
Les distributeurs, ils estiment quand même que régulièrement vous ressortez cette carte-là. Je voudrais juste que vous étudiez les mots de Michel-Édouard LECLERC à propos de vous. Il était mon invité à ce même micro le 10 avril dernier. Quand même, il considère que c'est un peu gonflé de votre part. Ecoutez.

MICHEL-ÉDOUARD LECLERC, PRESIDENT DU COMITE STRATEGIQUE E. LECLERC
Et d'avoir en plus un ministre du Commerce qui vient de chez nous et qui sait qu'on ne prend pas de marge, on n'a pas aimé, d'accord.

APOLLINE DE MALHERBE
Là, vous parlez de Serge PAPIN qui a été l'ancien patron de SUPER U.

MICHEL-ÉDOUARD LECLERC
Dans la distribution, d'avoir un de chez nous qui est ministre du Commerce et qui vient se balader en bagnole avec des caméras pour dire : " Je viens contrôler dans les stations des grandes surfaces ", c'est sûr que ce n'est pas notre truc.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne vous a pas plu ça ?

SERGE PAPIN
Non mais Michel-Édouard, écoutez, il me cherche.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, un peu là, franchement.

SERGE PAPIN
Mais ce n'est pas d'aujourd'hui. Il le faisait quand j'étais à la tête de mon groupement. Il faisait bien marquer les différences. Il m'a reproché quand j'ai fait le rapport Egalim. Et là, il oublie juste une chose. Moi, je me préoccupe de l'intérêt général du pays. Je suis ministre de la République. Et donc, ce qui m'anime, c'est l'intérêt général, c'est l'équilibre. Moi, je ne suis pas dans la défense corporatiste de mon entreprise. J'ai changé de registre. Donc voilà, il faut juste retirer cette perception.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous trouvez du coup que c'est lui qui exagère ?

SERGE PAPIN
Bien sûr, c'est lui qui exagère. Lui, il est dans la défense de ses intérêts. Moi, je suis dans la défense des intérêts des Français. Et je suis dans mon rôle quand je contrôle s'il y a bien la répercussion des prix.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous avez les résultats de ces contrôles ?

SERGE PAPIN
Oui, on les a, les résultats de ces contrôles. On va en parler ce soir, ce que je vous ai dit. C'est-à-dire, on s'est aperçu qu'il y avait, au début du conflit, donc il y a eu une montée excessive, un peu, au tout début.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a eu un excès dans les marges des distributeurs.

SERGE PAPIN
Au tout début. Et après, les choses sont rentrées dans l'ordre. Donc on s'assure juste que ça va continuer comme ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, Serge PAPIN, vous avez désormais les résultats qui prouvent que les distributeurs ne profitent pas de la crise ?

SERGE PAPIN
Actuellement, par rapport aux contrôles que l'on fait, on peut dire ça, oui.

APOLLINE DE MALHERBE
On peut dire ça aujourd'hui. Mais vous gardez en quelque sorte le pistolet sur la tempe en leur disant, si vous exagérez, on ressort ce décret.

SERGE PAPIN
On a des outils, dont ce décret et dont surtout la DGCCRF, qui fait son travail quotidiennement. Puis on fait des réunions. Écoutez, on va avoir, avec les distributeurs, deux réunions cette semaine.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça va changer quoi ?

SERGE PAPIN
Ça permet à chacun de s'expliquer, de vérifier si les engagements sont tenus. On est dans le dialogue aussi. Chacun, dans son registre, doit jouer le jeu.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ce matin, vous pouvez dire, effectivement, on l'a vu, ça a repris un centime par rapport à hier.

SERGE PAPIN
C'est volatil.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous vous dites désormais, et on voit d'ailleurs le prix du baril est repassé au-dessus des 100 Dollars, que dans les jours qui viennent, il faut s'attendre probablement à ce que ça remonte à nouveau ?

SERGE PAPIN
La crise va durer, c'est probable. On ne sait pas si c'est quelques semaines ou quelques mois. Donc il faut toujours avoir le discernement par rapport à ça. Et moi, ce que j'entends aussi, c'est que les négociations continuent. Je vais vous dire même, ceux qui sont dans les négociations disent. Enfin, tout ce que j'entends, y compris des membres du Gouvernement qui rapportent ça. Plus l'accord va prendre le temps d'aboutir, plus cet accord sera sérieux. Et donc là, on voit que les discussions durent.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il faut être patient.

SERGE PAPIN
Il faut être patient, voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Il faut être patient, mais vous dites aussi aux Français de l'être. Forcément.

SERGE PAPIN
Écoutez, on ne fait pas rien. On a une stratégie d'accompagnement des métiers qui le nécessitent. Et l'espace-temps, c'est chaque mois. Là, ce qu'a exprimé le Premier ministre pour le mois de mai, c'est la continuité des soutiens aux activités agriculteurs, transporteurs, pêcheurs. S'y rajoutent deux autres secteurs. Donc c'est le BTP. Donc avec les entreprises de moins de 20 salariés dans le BTP qui vont bénéficier d'un soutien. Et les grands rouleurs. Donc dans les grands rouleurs, vous avez les aides-soignantes, les aides à domicile, les infirmières en zone rurale. Donc on a élargi le soutien. Et ça, c'est pour le mois de mai. Vous voyez, le temps pour la gestion de cette crise, c'est le mois. Donc là, on a ce qu'on pourrait appeler un paquet d'aides.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce sera prêt quand ?

SERGE PAPIN
C'est prêt. C'est prêt. Ça sera applicable dès le 1er mai.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça sera applicable dès le 1er mai. Serge Papin, vous êtes aussi le ministre, je le disais, des PME, du Tourisme. Le tourisme, on va y revenir parce que ça a de grosses conséquences aussi. Le prix du kérosène, je voudrais m'y arrêter un instant. Plusieurs compagnies, notamment la compagnie LUFTHANSA, dit carrément qu'elle va réduire 20 000 vols parce qu'elle veut, finalement, économiser son kérosène. C'est aussi des hausses de prix du billet. AIR FRANCE qui annonce une hausse des prix du billet pour les longs courriers, mais aussi pour les petits et moyens courriers, de l'ordre de 20 à 50 Euros jusqu'à 100 Euros pour les longs courriers. Est-ce que ça vous inquiète ?

SERGE PAPIN
Écoutez, en termes d'approvisionnement de kérosène, on n'a pas de difficulté. On a la raffinerie de Gravenchon qui fournit le kérosène, qui a augmenté sa production. Donc en termes d'approvisionnement, il n'y a pas de difficulté. Au niveau des prix, oui, il y a eu une augmentation, je l'ai vu comme vous. Alors est-ce que je suis inquiet ? Bon, je suis ministre du Tourisme aussi. Ce que j'entends aussi, c'est que beaucoup de choix de nos concitoyens, ça va être d'être un petit peu plus, de rester dans notre pays cet été, de moins utiliser l'avion, qui en effet, pendant cette période, souhaitons que ça soit une parenthèse qui s'arrête le plus vite possible. Mais le prix du kérosène augmentant, ça se traduit dans le prix des billets d'avion.

APOLLINE DE MALHERBE
Les PME, est-ce qu'il faut rouvrir les négociations commerciales ? Un certain nombre de PME dans l'agroalimentaire commencent à dire que les accords qui avaient été signés au 1er mars avec la grande distribution, l'avaient été sur des bases de prix, avec des matières premières, avec une énergie qui n'était évidemment pas celle d'aujourd'hui. Ils disent qu'on ne va pas forcément réussir à tenir. L'ANIA, qui représente notamment toutes ces marques d'agroalimentaire, dit qu'il va falloir sans doute que, pour une partie d'entre nous, on puisse rouvrir ces négociations. La grande distribution, elle, elle dit : " Pas question ". Vous, vous dites quoi ?

SERGE PAPIN
Là aussi, c'est un outil. On verra. C'est une possibilité. À date-là, pour l'instant, moi, j'ai eu des discussions de ce point de vue-là. Il n'y a pas, dans mon bureau, des gens qui viennent me demander, là tout de suite, de réouvrir les négociations.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez pas indiqué une urgence ?

SERGE PAPIN
Il n'y a pas d'urgence. On va faire un point, sans doute à la fin du deuxième trimestre, et on verra les conséquences qu'il faut en tirer. Ce que je peux dire, quand même, au niveau du pouvoir d'achat, de ce point de vue-là, c'est que les prix ne vont pas augmenter, pour l'instant, et le médiateur des négociations qui va s'exprimer dit qu'il n'y a pas eu de hausse sur les prix de l'alimentation.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans les négociations qui étaient terminées au 1er mars, on sait qu'aujourd'hui, les prix tels qu'ils ont été fixés, et donc pour l'année qui vient, il n'y a pas d'inflation.

SERGE PAPIN
Là, zéro inflation.

APOLLINE DE MALHERBE
Zéro. On est sur l'épaisseur du 13, c'est-à-dire que les prix dans les rayons n'ont pas bougé. Vous pouvez l'affirmer ce matin.

SERGE PAPIN
Oui, je l'affirme ce matin, parce que j'ai les éléments. Ils ont progressé précisément de 0,04.

APOLLINE DE MALHERBE
0,04%. Donc en effet, on est vraiment sur une stabilité des prix.

SERGE PAPIN
Stabilité des prix alimentaires.

APOLLINE DE MALHERBE
A ce stade.

SERGE PAPIN
A ce stade.

APOLLINE DE MALHERBE
Évidemment, la question c'est s'il y avait réouverture de ces négociations, ça serait sans doute à la hausse.

SERGE PAPIN
Les industriels sont aussi conscients que les volumes ne sont pas significatifs. Personne n'a envie d'augmenter les prix. Donc bien sûr, après, on verra la nécessité de le faire ou pas le moment venu.

APOLLINE DE MALHERBE
Serge PAPIN, vous êtes, je le disais, le ministre aussi des petites et moyennes entreprises. Il y a un grand défi qui est la question de la transmission des entreprises, parce qu'il y a un certain nombre de patrons qui arrivent à plus de 55 ans, qui n'ont pas forcément encore tout à fait un plan pour la suite. Et vous lancez aujourd'hui un plan sur la transmission des entreprises. Ça va marcher comment ? Vous allez écrire aux patrons, vous allez anticiper, vous allez leur dire : " Il faut que vous vous en préoccupiez dès maintenant " ?

SERGE PAPIN
Il faut en faire une grande cause économique nationale. Parce que ça, c'est un vrai défi qui est important.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'il y a un gros risque sur l'emploi ?

SERGE PAPIN
Il y a 550 000 entreprises qui vont changer de main dans les 10 ans. Donc ça concerne 3 millions de salariés. Et ça veut dire qu'il faut anticiper. Vous savez, on parle beaucoup de souveraineté, on parle beaucoup d'indépendance en ce moment. On voit bien qu'il faut qu'au niveau de l'Europe et au niveau de la France, on soit pérenne, on soit souverain. Et on ne le fera pas sans notre économie. Et ça, c'est vraiment la mer de toutes les batailles, de s'occuper des transmissions. Donc oui, on va prévenir tous les chefs d'entreprise qui ont plus de 55 ans, pour leur dire : " Oui, anticipez ". Parce qu'il y en a pour qui c'est une angoisse, la transmission. On va créer un site, on va dire, on pourrait appeler ça le Tinder de la reprise, pour mettre en lien ceux qui ont envie de reprendre avec ceux qui ont envie de céder. Les Chambres de commerce, les Chambres des métiers vont organiser aussi des journées de la reprise tous les mois avec les acteurs. Et puis, on s'occupe aussi du financement de tout ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors j'avais ce matin un auditeur, il a une boutique, un commerce de chaussures à Montargis. Et il vous interrogeait ce matin, il m'appelait sur RMC et il disait : " Mais moi, j'adorerais pouvoir transmettre, me préoccuper de transmettre mon entreprise ". Mais il dit : " Le problème, c'est que pour l'instant, les entreprises vont surtout très mal ". Le nombre de faillites d'entreprises, la difficulté des commerces, il dit aujourd'hui, d'ailleurs, le commerce se porte mal. Les Français rechignent à consommer. Ils sont inquiets. Ils trouvaient presque que vous mettiez la charrue avant les boeufs.

SERGE PAPIN
Non, écoutez, ça ne s'oppose pas. Alors pour ce qui concerne les difficultés, on a mis en place, il y a quelques semaines, un plan d'accompagnement à ce qu'on pourrait appeler les défaillances. Et ça veut dire que les services de l'État, qui sont animés par la médiatrice du crédit ou par la direction du Trésor, coordonnent une action d'accompagnement quand il y a des difficultés. Juste une information quand même, 70% des entreprises qui font appel en anticipant parce qu'il y a des difficultés, s'en sortent. Donc vous voyez, on est aussi en accompagnement.

APOLLINE DE MALHERBE
Les défaillances d'entreprises et les moindres emplois. On sait que, et c'est FRANCE TRAVAIL qui a révélé ce chiffre hier, il y a eu moins 6,5% de création d'emplois cette année.

SERGE PAPIN
Oui. Ecoutez, on est dans des difficultés sans doute, mais nous, on essaie de faire un travail, justement, pour anticiper et sortir de ces difficultés. Moi, je veux faire de la reprise, là justement, vraiment une cause économique nationale. Et donc on met en place des moyens pour faire en sorte que la création d'emplois continue.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous leur dites de transmettre ?

SERGE PAPIN
C'est toute une génération qu'il va falloir relever.

APOLLINE DE MALHERBE
55 ans. Vous leur écrivez à 55 ans, ils vont recevoir une lettre, ces patrons de plus de 55 ans. Vous en avez parlé avec Bernard ARNAULT ?

SERGE PAPIN
Je pense que lui-même est dans la succession.

APOLLINE DE MALHERBE
Non, parce que justement, je me posais la question. J'ai regardé, il a 77 ans. Il venait de rajouter trois ans pour pouvoir diriger son entreprise jusqu'à 80 ans et il propose, semble-t-il, là, de rajouter cinq ans pour pouvoir rester aux manettes de LVMH jusqu'à l'âge de 85 ans. Là, vous dites que vous allez écrire aux patrons de 55 ans. Mais est-ce que vous en avez parlé avec lui de la transmission de LVMH ?

SERGE PAPIN
Non mais je pense que dans la famille ARNAULT, il y a ce qu'on pourrait appeler un tuilage. Vous savez, il y a la génération qui est déjà aux affaires. Je pense que ses enfants sont aux affaires. Lui est toujours là, mais ils ne sont pas du tout dans le même registre. Et après, vous savez, moi, j'ai transmis mon entreprise. J'ai fait ce qu'on appelle un crédit vendeur à celui qui a repris le magasin. C'était un jeune. Il était d'ailleurs rentré au passage comme saisonnier. Il a monté les échelons et je l'ai accompagné aussi. Je l'ai accompagné par ce crédit vendeur, mais je l'ai accompagné aussi en étant là, en étant avec lui. Et ce que fait Bernard ARNAULT en tant que père, il accompagne aussi ses enfants.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un modèle, pour vous, pour l'économie française ?

SERGE PAPIN
C'est un bon modèle, cet accompagnement. Alors il le fait dans une très grosse entreprise. Mais moi, ce que je retiens là-dedans, c'est l'accompagnement. Et je pense notamment pour les reprises, quelque chose que je mets en avant, c'est le crédit vendeur qui est à la fois un accompagnement du savoir-faire.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui permet d'y aller progressivement.

SERGE PAPIN
Et un accompagnement financier. Et ce sont des dispositifs comme ça que je veux mettre en avant.

APOLLINE DE MALHERBE
Serge PAPIN, un mot sur l'immigration de travail. Pedro SANCHEZ, qui est donc le premier ministre espagnol, a annoncé vouloir régulariser 500 000 immigrés en situation irrégulière, mais qui travaillent sur le sol espagnol. Est-ce que vous, vous dites, au fond, peut-être qu'il faudra le faire aussi en France ?

SERGE PAPIN
Il faudra réfléchir à l'immigration. Je vois bien que c'est un débat sociétal. Ce qu'il faut, c'est qu'il y ait une immigration qui soit choisie. Ceux qui nous rejoignent, qu'ils adoptent le mode de vie qui est le nôtre. Et à ce moment-là, sans doute, oui, parce qu'on a une démographie qui est en berne. Il faudra bien qu'on trouve des travailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc vous vous dites potentiellement de cette proportion-là, c'était 400 000 en Italie. C'est 500 000 maintenant en Espagne.

SERGE PAPIN
Et ça, c'est un sujet qu'il faudrait aborder sereinement et pas dans le clivage et dans la caricature, comme parfois c'est celui du débat politique actuellement. Et je pense qu'on peut avoir, nous aussi, à notre façon, une immigration qui soit choisie et qui soit intégrée.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc régulariser plusieurs centaines de milliers d'immigrés irréguliers ?

SERGE PAPIN
Je ne dis pas ça. Je ne dis pas ça. Je dis qu'il faut qu'il y ait une intégration en fonction des besoins. Il faut que ça soit réfléchi. Il faut que ça soit débattu. Il faut que ça soit compris. Il ne faut pas qu'on associe systématiquement les problèmes d'immigration et les problèmes de sécurité. Il faut dépasser ça et avoir un dialogue constructif. Ça fera sans doute l'objet d'autres échéances.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 avril 2026