Texte intégral
Messieurs les présidents – et ancien président - des organisations patronales, chers Patrick MARTIN, Amir REZA-TOFIGHI, Michel PICON, et François ASSELIN,
Messieurs les présidents des organisations consulaires, chers Alain DI CRESCENZO et Joël FOURNY,
Monsieur le Directeur général de BPI France, cher Nicolas DUFOURCQ,
Mesdames et messieurs les élus,
Mes chers amis,
Il y a une phrase qu'on connaît tous, une phrase courte, presque banale : " Allez, on va reprendre ".
On la dit fatigués, quand on recommence pour la 10e fois et qu'on n'est toujours pas content du résultat : " allez…on va reprendre…encore une fois… "
On la dit impatients, quand on a perdu du temps et qu'il faut avancer : " allez, vite vite, on reprend ! "
On la dit avec énergie, comme un entraîneur qui motive son équipe sur le terrain : « allez les gars, on reprend, on va y arriver ! »
Eh bien, la reprise, c'est tout ça à la fois : de la fatigue, parfois ; de l'impatience, souvent ; mais surtout de l'envie.
Et au fond, qu'est-ce qui nous rassemble ici ? On parle d'économie, bien sûr, on parle de chiffres, de courbes. Mais ce qui est au coeur de cet événement, de vos témoignages, de toutes vos interventions, et des conclusions que la Mission reprise m'a remises tout à l'heure, c'est l'envie.
L'envie du cédant de voir sa boîte continuer à vivre.
L'envie du repreneur de prendre les rênes d'un business pour le développer, pour valoriser des savoir-faire, faire grandir des équipes, aller chercher du chiffre d'affaires.
Cet enthousiasme, je le connais. Je l'ai vécu à 26 ans, quand j'ai repris le magasin Unico de Fontenay-le-Comte. Les journées qui commencent tôt, le chiffre d'affaires en tête en permanence, et le client toujours au centre de tout : c'est exigeant, mais c'est aussi ce qui nous fait vibrer.
Alors, pourquoi sommes-nous réunis aujourd'hui ? Parce que cette envie aurait disparu ? Non. Elle est là, et vous en êtes la preuve. Les sondages le montrent aussi : près de 30% des Français sont prêts à créer ou reprendre une entreprise – plus de 50% chez les 18-34 ans – et c'est en hausse par rapport à 2025.
L'envie, elle est là. Mais aujourd'hui, il faut qu'elle soit décuplée, car en face il y a une réalité démographique : 500 000 chefs d'entreprise vont partir à la retraite dans les 10 prochaines années. Il y a donc urgence à transmettre. Transmettre à qui ? Avant, c'était souvent à ses enfants. Aujourd'hui, ils tracent davantage leur propre voie – et c'est très bien. La transmission doit alors s'ouvrir aux salariés, ou à un tiers, à ceux qui veulent s'engager.
Derrière ces 500 000 entreprises, il y a à mon sens 3 enjeux majeurs :
1. Garantir notre souveraineté économique : continuer à produire en France de l'énergie, des biens du quotidien, des services, grâce à notre tissu d'entreprises composé à 98% de TPE-PME.
2. Deuxième enjeu : promouvoir nos territoires : nous devons éviter une désertification économique qui bouleverserait l'équilibre de nos communes.
3. Transmettre nos savoir-faire et compétences.
Trois enjeux absolument déterminants pour notre pays dans ces prochaines années. Et la reprise est une réponse à ces enjeux, une des meilleures. Et pourtant on en parle encore trop peu aujourd'hui !
C'est un sujet souvent silencieux, une aventure qu'on vit seul, avec ses doutes, ses questions, ses peurs.
Cela doit changer. Ce que je souhaite, c'est que nous en fassions une grande cause économique nationale. Car il en va de l'avenir économique de notre pays.
Alors, la vraie question, maintenant, elle est simple : Comment fait-on, face à l'urgence de transmettre, pour décupler l'envie de céder et de reprendre ?
D'abord, il faut la faire naître plus tôt chez les cédants. Parce que la réalité, on la connaît : on est pris par le quotidien, par les urgences, par les problèmes à régler. Et la transmission… on la repousse, on la met de côté, on la néglige. Parfois aussi, on n'arrive pas à imaginer quelqu'un d'autre aux commandes.
A l'heure où nous, chefs d'entreprise, pouvons être très courtisés, il est un sujet dont nous devons nous saisir pleinement : préparer l'avenir de nos entreprises. L'État est là pour accompagner. Mais la responsabilité, elle est aussi d'abord la nôtre. Et j'insiste sur ce point : on constate parfois un sous-investissement dans la période qui précède la vente d'une entreprise. Il faut en finir avec cela : cession ne doit pas rimer avec récession.
Mais, j'en suis bien conscient : transmettre, c'est difficile. Car transmettre, c'est accepter de lâcher. Et même quand on est prêt…il reste les doutes : par où commencer ? à qui en parler ? comment trouver la bonne personne à qui vendre le travail d'une vie ?
Face à cela, on agit, avec notamment 3 mesures concrètes :
- Un message de sensibilisation envoyé à tous les dirigeants de plus de 55 ans, l'âge pivot ;
- Un guide du repreneur distribué à tous les chefs d'entreprise pour passer du désir et de l'intention à l'action – un guide qui a été rédigé par les parties prenantes, par vous ;
- Et surtout, un accueil physique partout en France dans les CCI et les CMA pour accompagner, concrètement.
Avec un objectif : 25 000 dirigeants sensibilisés par an.
Deuxième étape : faire naître l'envie chez le repreneur. Ce qui veut dire, susciter des vocations chez les jeunes générations, pour les former et avoir des profils compétents.
Et ça commence tôt : dans les lycées professionnels, dans les écoles de commerce, dans les écoles d'ingénieurs, dont je salue les représentants présents parmi nous. On doit former, on doit donner envie.
Aujourd'hui, il faut le reconnaître, quand on dit entrepreneur, beaucoup de jeunes pensent : start-upper. Oui bien sûr, créer à partir de rien c'est formidable et notre économie en a besoin.
Mais valoriser l'existant, le développer, le transformer, c'est aussi créer.
J'en suis convaincu, il y a un message capital que nous devons faire passer pour changer les mentalités : entreprendre, c'est aussi reprendre.
BASHUNG le dit d'ailleurs, quand il fait rimer entreprise avec reprise. Je le cite : " Ma petite entreprise ne connaît pas la crise (…) / Suggère la reprise ".
Reprendre, c'est bien plus qu'éviter simplement la destruction ou la disparition. C'est permettre une véritable multiplication créatrice de valeur en repensant un modèle, en apportant une nouvelle vision, en donnant un nouvel élan.
Et au-delà de l'économie, c'est aussi un choix de société : celui d'une entreprise qui emploie, qui fait vivre un territoire, qui transmet des savoir-faire. Un modèle que nous devons défendre.
Troisième étape : provoquer la rencontre.
Parce que, au fond, quand il y a deux envies, il faut les connecter. Aujourd'hui, on rencontre son partenaire en ligne ou en soirée. Alors faisons pareil pour la transmission.
Nous allons ainsi moderniser et améliorer la plateforme BPI pour en faire un véritable Tinder de la reprise, qui favorisera la meilleure rencontre possible entre un cédant et son repreneur.
Et nous créerons 1'événement cédants/repreneur par trimestre dans chaque département, organisé par les CCI et CMA.
La transmission, c'est une histoire de rencontre, qu'elle soit numérique ou physique, qui devient ensuite une histoire de partage, partage de temps, partage d'expérience.
Enfin, une fois la relève trouvée, pour passer du désir à la réalité, reste à régler l'épineuse question des financements.
Là aussi on agit :
- Dans le cas de la reprise familiale, nous avons maintenu le pacte Dutreil, pour lequel je me suis battu, car je considère qu'il y a là un objet à sanctuariser pour garantir notre souveraineté.
- Pour la reprise par des salariés, nous devons aller plus loin. Je souhaite porter dans le prochain Projet de loi de finances des dispositifs fiscaux incitatifs.
La reprise salariée peut par ailleurs être soutenue via l'actionnariat et le partage de la valeur.
- Pour la transmission aux salariés ou à un tiers, nous valoriserons les outils existants proposés par la BPI et il faudrait aller plus loin : je pense au prêt transmission, au prêt d'honneur, ou encore à la garantie bancaire.
Et je le dis aussi : je souhaite que l'on puisse favoriser davantage le crédit-vendeur : j'y ai moi-même eu recours lorsque j'ai cédé mon magasin. Ça fonctionne ! Nous pouvons en faire un véritable outil de financement des reprises en mettant en place une fiscalité échelonnée.
Mes chers amis,
Au fond, pour REPRENDRE, il faut 4 éléments :
1. COMPRENDRE côté cédant la nécessité de préparer la reprise ;
2. APPRENDRE côté repreneur : apprendre le métier, se former ;
3. S'EPRENDRE. Parce qu'une reprise, c'est d'abord une rencontre. Une envie commune autour d'une histoire, d'une boîte, d'une équipe, d'un projet que l'on veut ensuite voir croître.
4. Et puis PRENDRE…Prendre les moyens pour réaliser concrètement l'envie existante, et disposer des financements nécessaires pour passer à l'action.
4 verbes, 4 étapes. Une même ambition : faire de la transmission une force pour notre pays.
Hergé parlait d'Objectif Lune. Mais reprendre une entreprise, ce ne doit plus être décrocher la lune, réussir l'impossible. C'est pourquoi aujourd'hui nous disons : Objectif Reprises. Pour que ce qui paraissait inaccessible devienne, enfin, à portée de main.
Je vous remercie.
Source https://www.economie.gouv.fr, le 24 avril 2026