Texte intégral
ALEXANDRE PEYROUT
Bonjour Johanna, bonjour à tous et bonjour Vincent JEANBRUN.
VINCENT JEANBRUN
Bonjour.
ALEXANDRE PEYROUT
Vous étiez à Marseille hier pour annoncer un grand plan choc pour le logement. Et dans ce plan, il y a une mesure qui fait beaucoup parler, c'est l'assouplissement des règles sur la location des passoires thermiques, ces logements qui avaient été interdits à la location en 2021. Vous voulez maintenant les remettre sur le marché. Est-ce que ça veut dire que le Gouvernement n'a plus d'ambition écologique ?
VINCENT JEANBRUN
Non, c'est tout l'inverse, mais c'est une ambition concrète et pragmatique. Vous savez, on parle de quasiment 700 000 logements. 700 000 logements, ça veut dire plusieurs millions de personnes, plusieurs millions de Français qui peuvent demain être mis à la rue parce qu'on ne pourra plus leur louer leur logement. Ces gens, évidemment, il faut qu'on leur préserve le droit d'avoir un logement. Et puis, l'ambition écologique, c'est de faire en sorte que les logements en question puissent être transformés. Or, on se rend compte d'une chose, c'est que si vous empêchez le propriétaire de louer, vous le privez d'une ressource qui pourrait venir financer les travaux.
ALEXANDRE PEYROUT
Ça représente combien de logements qui pourraient être mis sur le marché ?
VINCENT JEANBRUN
On est entre 650 000 et 700 000 logements, c'est considérable. Avec le dispositif qu'on propose, c'est-à-dire un assouplissement de trois ans pour les maisons individuelles, de cinq ans pour les appartements collectifs, avec par contre, évidemment, une obligation très, très claire : l'obligation de faire les travaux. On estime qu'on peut permettre aux gens de continuer à habiter dans un logement au moment où la crise est telle que, si vous enlevez 700 000 logements du marché, ça va aggraver cette crise…
ALEXANDRE PEYROUT
Mais comment est-ce qu'on s'assure qu'ils vont être faits, ces travaux ? Est-ce qu'il y aura des contrôles sur les propriétaires ?
VINCENT JEANBRUN
Vous savez, aujourd'hui, pour pouvoir louer, vous devez faire la note, le DPE, vous savez, le Diagnostic de Performance Énergétique. Aujourd'hui, ces notes, elles existent. Sinon, on ne parlerait pas de passoire, on dirait F et G. Et l'idée, c'est que dans trois ans ou cinq ans, en fonction de la typologie du logement, vous puissiez, en tant que propriétaire, prouver que vous avez changé de catégorie.
ALEXANDRE PEYROUT
Ça passera par quoi ? Par une signature de contrat ? Est-ce qu'il y aura des contrôles a posteriori et des sanctions ?
VINCENT JEANBRUN
Il y aura, évidemment, un regard sur : est-ce qu'au bout de trois ans, au bout de cinq ans, la lettre de DPE a changé ? Ça paraît évident. Et ce sont des choses qu'on va travailler avec le Parlement.
ALEXANDRE PEYROUT
Vous dites, on va reloger du monde, mais est-ce que ça n'a pas quelque chose d'indécent de dire aux locataires : « Désolé, il n'y a pas le choix, mais comme il n'y a pas assez de logements décents, vous allez devoir vivre dans des logements où il fait douze degrés l'hiver » ?
VINCENT JEANBRUN
Non, alors d'abord, il ne s'agit pas de dire qu'il va faire douze degrés l'hiver, parce que là, vous parlez de logements…
ALEXANDRE PEYROUT
Il y a des logement où c'est le cas, je parle des passoires thermiques.
VINCENT JEANBRUN
Mais dans ce cas-là, on est dans un logement indigne. Attention, il ne faut pas confondre un logement où, effectivement, il y a de la déperdition thermique et donc ça coûte plus cher en chauffage, ce qui est un problème, et c'est pour ça qu'on veut continuer à rénover ces logements. Et ce que vous évoquez ou là, on est sur du logement indigne, indécent, non habitable. Ce n'est pas du tout la même chose.
ALEXANDRE PEYROUT
Alors hier, vous avez également annoncé un nouvel acte de rénovation urbaine pour les quartiers. C'est ce qu'on appelle l'ANRU, l'acte 3 de l'ANRU. Concrètement, qu'est-ce que vous voulez changer dans les quartiers ?
VINCENT JEANBRUN
Écoutez, c'est vraiment une nouvelle très, très attendue par beaucoup de communes en France et donc par des millions d'habitants, cette ambition de lancer un nouvel ANRU, un nouveau programme de rénovation urbaine. On se souvient que Jean-Louis BORLOO avait lancé le premier, et c'est pour moi une immense fierté aux côtés du Premier ministre de lancer ce troisième volet, un volet que j'appelle l'ANRU 3, mais peut-être même l'ANRU 360, c'est-à-dire un ANRU un peu différent, qui sera plus ambitieux encore.
ALEXANDRE PEYROUT
Vous voulez intégrer les questions de sécurité, de santé, notamment ?
VINCENT JEANBRUN
Exactement.
ALEXANDRE PEYROUT
Ça veut dire quoi ? Mettre plus de policiers, plus de médecins dans ces quartiers ?
VINCENT JEANBRUN
Pas forcément. C'est que quand on rénove le quartier, on pense à de la démolition-reconstruction, on pense à un réaménagement de quartier, on met la question de la sécurité au coeur des problématiques. Historiquement, l'ANRU se disait : " Tiens, est-ce qu'on démolit ou pas un logement en fonction de la qualité du bâtiment ? ". Là, nous, ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les logements, ce ne sont pas les bâtiments, ce sont les gens. Et notamment, la sécurité devient un enjeu fort dans ces quartiers, avec une idée simple, c'est que peut-être que cette barre-là, elle est peut-être bâtimentairement en bon état, mais on va la démolir quand même, parce que ça va permettre de désenclaver le quartier, de créer de la circulation et de la sécurité, par exemple. Et chose importante de cet ANRU, c'est qu'il ne concernera pas uniquement les grands ensembles, les grands quartiers dans les quartiers prioritaires, mais aussi les villes moyennes. Et ça, c'est une nouveauté, mais c'est très attendu et très important également.
ALEXANDRE PEYROUT
Donc, un spectre plus large, mais ça veut dire forcément que ça va coûter cher. Le précédent ANRU avait coûté jusqu'à douze milliards d'euros. Est-ce que vous savez combien ça va coûter et comment est-ce que vous allez le financer, dans la mesure où on a déjà du mal à financer, par exemple, les aides carburants ?
VINCENT JEANBRUN
Vous savez, l'ANRU a ça d'extraordinaire, que ça mobilise un tout petit peu d'argent d'État.
ALEXANDRE PEYROUT
Douze milliards, ce n'est pas un petit peu.
VINCENT JEANBRUN
Alors attendez, sur les douze milliards, il y a beaucoup d'argent des partenaires sociaux, avec Action Logement, qui représente et le patronat, et les syndicats de salariés, qui financent ce qu'à l'époque on appelait le " 1% patronal ". Vous savez qui finance ? C'est le plus gros financeur de l'ANRU. Vous avez les bailleurs sociaux qui cotisent, et vous avez la Caisse des dépôts. Ce qui fait que l'État lui-même, donc l'impôt direct des Français, on est à moins de 10% sur les deux précédents ANRU. Donc vous voyez, on est sur quelque chose où ce sont les partenaires sociaux et les bailleurs, avec la Caisse des dépôts, qui financent un projet qui derrière, vous parliez de douze milliards, génère en investissement pour notre pays plus de quarante milliards. Donc moi j'ai tendance à penser que ça rapporte de l'argent à notre pays. Et ça change la vie des gens, ce qui est le plus important.
ALEXANDRE PEYROUT
Dans ce projet de loi que vous allez présenter prochainement pour une adoption, vous l'espérez, avant la fin de l'été, il y a aussi le fait de pouvoir redonner du pouvoir au maire dans l'attribution des logements sociaux. Est-ce que ce n'est pas la porte ouverte au clientélisme et à l'arbitraire ? Est-ce que demain, un maire ne pourra pas faire un peu n'importe quoi, loger un proche, ou au contraire empêcher un opposant d'accéder aux logements sociaux ?
VINCENT JEANBRUN
D'abord, merci de parler de ce troisième axe dans le plan, c'est-à-dire un plan de décentralisation. On fait confiance au terrain, on fait confiance aux élus locaux et aux préfets. Ensuite, non pas du tout, l'idée c'est évidemment de proposer que les maires aient une participation très active à la politique de peuplement. Pardon, c'est un mot un peu technique, mais en gros, faire en sorte que les habitants de sa propre ville puissent bénéficier des logements sociaux, par exemple, qui seraient construits sur sa ville.
ALEXANDRE PEYROUT
Là aussi, il y aura des garde-fous ?
VINCENT JEANBRUN
Bien sûr. Déjà aujourd'hui, vous avez ce qu'on appelle des commissions d'attribution de logements qui sont paritaires. Ça se fait dans la transparence.
ALEXANDRE PEYROUT
Ce ne sont pas les maires demain qui choisiront individuellement ?
VINCENT JEANBRUN
Exactement. Il faut être très clair là-dessus. On ne choisit pas Madame Untel à l'appartement 12B, mais je donne des critères qui font que je souhaite que les habitants soient priorisés, que l'artisan ou le boulanger qui a besoin d'un salarié, parce que sinon la boulangerie va fermer, on puisse critériser ce type de choses. C'est très important. Et moi, j'étais maire, je fais confiance aux maires.
ALEXANDRE PEYROUT
Il nous reste un tout petit peu de temps, une dernière question. Vincent JEANBRUN, vous étiez membre des Républicains à votre entrée au Gouvernement avant d'en être suspendu par Bruno RETAILLEAU, justement pour cette raison. Bruno RETAILLEAU qui a été désigné candidat pour 2027 par les adhérents de LR. Est-ce que vous voterez pour lui en 2027 ?
VINCENT JEANBRUN
Écoutez, moi je crois à la nécessité d'avoir une candidature unique du bloc central et de la droite. Bruno RETAILLEAU peut l'être ? Je me battrai pour que tous ceux qui sont candidats aujourd'hui puissent s'entendre et qu'on ait une candidature gagnante. Aujourd'hui, aucune des candidatures annoncées ou pressenties n'est gagnante seule. Il faudra ce rassemblement.
ALEXANDRE PEYROUT
Vous avez toujours votre carte chez Les Républicains ?
VINCENT JEANBRUN
Écoutez, on a été suspendus et on n'a pas eu le droit de réadhérer donc malheureusement non.
ALEXANDRE PEYROUT
De facto, non.
VINCENT JEANBRUN
Non, c'est pour ça que je n'ai pas pu voter au congrès qui a eu lieu il y a quelques jours. Mais vous savez, au-delà des personnes, c'est le fond qui est intéressant. Et moi, je suis un peu inquiet de ce que j'ai entendu hier dans la bouche de Monsieur RETAILLEAU, au pied d'un quartier sensible dans les Hauts-de-Seine à Nanterre, où, globalement, il a promis simplement d'envoyer les chars dans les quartiers. Je crois que les quartiers méritent mieux que des chars. Ils méritent plutôt un grand programme de rénovation urbaine, comme on l'a proposé hier avec le Premier ministre.
ALEXANDRE PEYROUT
La politique des quartiers, qui sera forcément au coeur de la campagne présidentielle. Merci, Vincent JEANBRUN d'avoir été notre invité ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2026