Texte intégral
LAURENT PASCAL
7 h 46. Notre invitée, Anne, ce matin, c’est la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes-hommes, pour parler d’un dispositif pour accompagner les victimes de violences conjugales.
ANNE CHOVET
Bonjour Aurore BERGÉ.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
ANNE CHOVET
Vous êtes en Haute-Savoie aujourd’hui, à Annemasse et puis ensuite à Annecy, pour lancer le Pack Nouveau Départ. La Haute-Savoie est le premier département d’Auvergne-Rhône-Alpes à en bénéficier. Expliquez-nous en quoi consiste ce dispositif.
AURORE BERGÉ
Le point de départ, ce sont les victimes, c’est-à-dire les femmes victimes de violences, et parfois même qui peuvent aller jusqu’au féminicide. Et une statistique : en moyenne, une femme va faire sept allers-retours entre le moment où elle va partir, puis revenir au domicile, partir, revenir... Et l’objectif, c’est évidemment de casser ça en permettant d’engager, de faciliter le départ, et de tout préparer en amont pour elle. Et donc ça veut dire qu’il y a ceux qui vont venir détecter des situations de violence, de vulnérabilité, de fragilité, et il y a ceux qui vont accompagner ce départ, parce qu’on va pouvoir ouvrir les droits, accompagner en matière de santé physique, mentale, de reconstruction, d’hébergement, d’ouverture de droits sociaux. Donc c’est ça, le Pack Nouveau Départ : c’est faire ensemble, aligner tous les acteurs, que ce soit l’État, la CAF, la MSA pour les agricultrices, le Conseil départemental qui est clé dans le dispositif, l’ensemble des associations, les forces de l’ordre, la justice évidemment.
ANNE CHOVET
Mais concrètement, comment ça fonctionne ? Là, s’il y a une femme victime de violences qui nous écoute, comment elle doit s’y prendre ?
AURORE BERGÉ
Concrètement, elle aura, et c’est ça aussi qui change tout, un interlocuteur qui sera un interlocuteur unique. Donc ça veut dire qu’elle aura un contact clé qui lui permettra d’engager l’ensemble des démarches. C’est-à-dire qu’elle ne sera pas renvoyée d’un guichet à un autre. Les démarches seront faites pour elle, et elle sera accompagnée dans l’intégralité de ces démarches. C’est-à-dire, je subis aujourd’hui des violences, j’ai pris la décision - parce que c’est une décision lourde à prendre - de quitter mon conjoint, et donc ça veut dire que je vais pouvoir aller porter plainte. Mais qu’au-delà du dépôt de plainte, immédiatement, la question de mon hébergement, de la rescolarisation de mes enfants, de la prise en charge de ma santé, de l’ouverture de mes droits sociaux, peut-être de l’ouverture de France Travail... Tout va se faire pour moi et autour de moi. Là où avant il y avait beaucoup de démarches à engager, parfois trop, ce qui faisait que des femmes renonçaient finalement à leur liberté, renonçaient au fait de partir. Et puis on le sait, le moment du départ, c’est le moment qui est le plus dangereux dans la vie d’une femme victime de violences. Et ça veut dire qu’il faut évidemment le préparer, l’accompagner et le sécuriser.
ANNE CHOVET
Oui, parce que c’est ce que vous disiez : finalement, tout ça, c’était autant de freins à réussir dès la première fois. À partir du moment où on décide de partir, c’est rare qu’on réussisse à la première tentative.
AURORE BERGÉ
Oui, parce que vous avez des phénomènes qui sont des phénomènes de contrôle, qui sont des phénomènes d’emprise, parce qu’il y a la peur, il y a l’angoisse aussi pour les enfants. Vous savez, l’enfant, c’est souvent à la fois la raison qui fait que vous partez, et la raison qui fait que vous restez. Vous restez en vous disant : "Quelle est la vie que je vais lui offrir ? Est-ce que j’ai le droit de lui faire ça ?". Et puis la raison pour laquelle vous partez parce qu’un enfant est toujours covictime des violences que vous subissez. Donc ça veut dire qu’évidemment il faut accompagner aussi les enfants. Dans huit cas sur dix, une femme victime de violences, c’est aussi une mère de famille. Donc ça veut dire que la prise en charge des enfants, elle est absolument déterminante. C’est pour ça d’ailleurs que je me rends aujourd’hui à la Maison de protection des familles. Il y a une Maison de protection des familles maintenant dans chaque département, pilotée par la gendarmerie - ça, c’est nouveau, ça n’existait pas il y a encore quelques années -, qui permet justement d’avoir cette prise en charge globale de l’ensemble de la famille, c’est-à-dire les femmes victimes de violences, mais aussi des enfants.
LAURENT PASCAL
ICI Pays de Savoie, il est 7 h 50. Aurore BERGÉ, la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes-hommes est notre invitée.
ANNE CHOVET
Alors on comprend bien ce dispositif pour aider à partir, mais c’est un accompagnement aussi au-delà de ça ?
AURORE BERGÉ
Oui, bien sûr. Parce qu’encore une fois, il y a : aider à partir, et puis il y a ; reconstruire. L’objectif, il est là, et reconstruire, c’est à la fois reconstruire sa santé, reconstruire sa dignité, c’est son accompagnement aussi sur le travail. Parce qu’on est souvent face à des femmes qui, parfois pendant des mois, des années, ont été privées de leur liberté, ont été mises sous cloche, mises sous contrôle. Donc elles n’avaient plus de relations personnelles, familiales, amicales, professionnelles, associatives. Donc il y a tout en fait à reconstruire, et c’est pour ça que c’est un chemin qui est un chemin intime, qui est un chemin très courageux, et qui est un chemin long, aussi. Et c’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, dans le Pack Nouveau Départ, on ne met pas de date limite, on ne dit pas : "On va vous accompagner trois mois, et puis après vous vous débrouillez", ou six mois. Non, c’est : aussi longtemps que ce sera nécessaire, cet accompagnement, il se fera autour de vous en lien avec les services de l’État, la CAF, le Conseil départemental.
ANNE CHOVET
Alors, il y a déjà du recul sur ce dispositif, puisqu’il est mis en place dans d’autres départements depuis 2023. Est-ce que les résultats sont encourageants ?
AURORE BERGÉ
Oui, les résultats sont très encourageants, et c’est pour ça justement que j’ai souhaité qu’on puisse élargir le Pack nouveau départ, comme aujourd’hui en Haute-Savoie. On a plus de 2 000 femmes qui ont intégré le Pack nouveau départ, et on en a déjà plus de 300 qui en sont sorties. "Qui en sont sorties", ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’elles ont repris le cours normal de leur vie, qu’elles ont réussi en fait à sortir de ce système de violence, et qu’elles ont repris une vie heureuse je l’espère, en tout cas saine et libre, ça c’est certain. Et ce qui est très important, c’est que partout où on a déployé le Pack Nouveau Départ, que ce soit en Hexagone, en Outre-mer, dans des territoires urbains ou ruraux, on n’a personne qui a abandonné en cours de route. Ça veut dire qu’on n’a pas eu de retour en arrière. Parce que comme il y a cet accompagnement global, comme vous n’êtes pas renvoyée de guichet en guichet, comme vous avez un interlocuteur unique, comme tout se met en place autour de vous pour vous faciliter la vie et pour vous sécuriser, une fois que la décision est prise, c’est vraiment le bon départ. Et c’est exactement ça qu’on veut faire, et qu’on veut évidemment généraliser. L’objectif, c’est bien la généralisation.
ANNE CHOVET
Et juste un dernier mot, est-ce qu’aujourd’hui on a suffisamment de logements-refuges, j’allais dire, à proposer à ces femmes, à leurs enfants ?
AURORE BERGÉ
Alors aujourd’hui, par exemple, en Haute-Savoie, on a 135 places qui sont des places d’hébergement d’urgence pour les femmes et les enfants victimes de violences. On a plus que doublé le parc d’hébergement d’urgence les cinq dernières années, parce que malheureusement les besoins sont importants. Donc oui, c’est une priorité, c’est une priorité aussi avec les bailleurs sociaux. Et d’ailleurs, dans le Pack Nouveau Départ, on travaille en lien, non seulement avec les collectivités, mais avec les bailleurs sociaux. Parce qu’on sait que la question du logement, c’est la question prioritaire pour accompagner ce départ, pour se sentir à l’abri, pour se sentir en sécurité chez soi, et puis pour garantir sa reconstruction.
ANNE CHOVET
Merci beaucoup, Aurore BERGÉ, ministre déléguée en charge de l’Égalité femmes-hommes…
AURORE BERGÉ
Merci à vous.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 5 mai 2026