Texte intégral
PHILIPPE BAPTISTE
Bonjour Jérôme CHAPUIS.
JÉRÔME CHAPUIS
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Pour ce prix, d'abord, qu'est-ce qu'on a tout à l'heure, à l'heure du déjeuner ?
PHILIPPE BAPTISTE
Alors on a un repas qui est un repas complet, c'est-à-dire un plat principal et puis soit fromage dessert ou entrée dessert. Donc c'est un vrai repas et c'est un repas qui est un repas de qualité. Et je voudrais souligner quand même la mobilisation des équipes des CROUS, des restaurants universitaires, parce qu'elles travaillent d'arrache-pied depuis maintenant plusieurs mois pour mettre en place le repas à 1 Euro. Et ça commence aujourd'hui, c'est un vrai effort, c'est un vrai travail. Donc bravo à toutes les équipes.
JÉRÔME CHAPUIS
Il y a des inquiétudes, on va vous entendre d'ailleurs sur ce sujet. Mais d'abord, il y a un sujet de précarité alimentaire chez les étudiants. Ce n'est pas ça qui va tout résoudre.
PHILIPPE BAPTISTE
Il y a un sujet de précarité tout court. La première cause de précarité, c'est le logement. Pardon, ce n'est pas forcément directement le repas, mais c'est le logement. Et donc on travaille là-dessus. Il y a de nombreux logements qui ont été créés ces dernières années. On a un plan avec 50 000 logements étudiants qui vont être rénovés, reconstruits. Mais au-delà de ça, il y a évidemment aussi la question de la précarité alimentaire. Et cette précarité alimentaire, entre autres ce repas à 1 Euro, ça va permettre de booster le budget des étudiants. Et donc c'est un vrai avantage. C'est un vrai investissement aussi de l'État. 50 millions d'euros cette année, 120 millions d'euros l'année prochaine, en année pleine.
JÉRÔME CHAPUIS
Alors qu'il faudrait dix fois plus selon l'Union étudiante. On entendait les chiffres ce matin. C'est important justement de poser un peu tout ça. Combien d'étudiants étaient concernés jusqu'à présent par le repas à 1 Euro ? Combien vont l'être à partir d'aujourd'hui ?
PHILIPPE BAPTISTE
Alors la question, le repas à 1 Euro, avant, il était réservé aux étudiants qui étaient des étudiants boursiers ou des étudiants qui n'étaient pas forcément boursiers, mais qui étaient en grande précarité. Donc un volume qui était relativement modeste, en fait, d'étudiants. Là, on généralise à tout le monde. Et donc il va y avoir un effet, un appel d'air, en fait, quelque part.
JÉRÔME CHAPUIS
Tout à l'heure, il va y avoir d'énormes files d'attentes, sans doute.
PHILIPPE BAPTISTE
Alors on est dans la deuxième partie de l'année. Donc là, il y a un effet. Les étudiants partent en stage, etc. Donc le pic, en fait, pour nous, ça va être quand même avant tout septembre. On va avoir un gros travail dès maintenant, mais on va monter en puissance jusqu'en septembre. Et c'est pour ça qu'il y a un accompagnement des équipes et en particulier des équipes de chaque restaurant universitaire pour voir ce qu'il faut faire. C'est-à-dire, est-ce qu'il faut recruter quelques personnes en plus ? Est-ce qu'il faut acheter quelques machines en plus ? Est-ce qu'il faut pousser les murs ? Donc c'est un vrai travail d'accompagnement. Il y a une mobilisation incroyable des équipes.
JÉRÔME CHAPUIS
Aujourd'hui, 4 mai, c'est une phase de test qui commence ?
PHILIPPE BAPTISTE
Non, c'est en place. C'est en place partout en France. Mais par contre, la montée en puissance, elle va être progressive du fait, justement, simplement, du rythme d'université.
JÉRÔME CHAPUIS
Ça veut dire que vous avez, en quelque sorte, lancé ça dès aujourd'hui. Alors aussi parce que c'est le budget qui a été voté au début de l'année. On le rappelle. Pourquoi ne pas avoir attendu la rentrée de septembre ? Pour être sûr d'être prêt ?
PHILIPPE BAPTISTE
Non, mais on est sûr d'être prêt. Je n'ai aucun doute là-dessus. Il y a l'accompagnement qui est là. L'État compense, évidemment, le manque à gagner pour chaque CROUS. Et puis les recrutements sont déjà en cours. On pousse les murs.
JÉRÔME CHAPUIS
Là, les recrutements, il n'en est plus temps. C'est pour aujourd'hui les recrutements.
PHILIPPE BAPTISTE
Bien sûr, mais c'est fait. Et puis, d'autre part, on va continuer. Et puis, à côté de ça, on regarde aussi avec chaque université comment on adapte les horaires, par exemple. Comment est-ce qu'on est capable de faire plusieurs services à midi ? Est-ce qu'on est capable d'ouvrir un CROUS le soir, enfin un restaurant universitaire le soir pour accueillir aussi des jeunes le soir ? Donc vous voyez, c'est vraiment un travail qui est vraiment un travail dans la dentelle, entre guillemets, qu'on fait vraiment restaurant universitaire par restaurant universitaire.
JÉRÔME CHAPUIS
Vous n'avez pas répondu sur le nombre d'étudiants qui sont attendus. En plus, je lisais un chiffre, 12 % d'afflux supplémentaires. Ce qui me semble peu, d'ailleurs.
PHILIPPE BAPTISTE
Je pense que c'est très difficile de mesurer ça. Ce qu'on sait, c'est qu'il y a de nombreux restaurants universitaires aujourd'hui qui sont déjà saturés. Ça, c'est la réalité du quotidien, où il y a des files d'attente, etc. Et donc, savoir en gros quelle est l'élasticité et comment, au niveau national, on va avoir, quel afflux supplémentaire on va avoir, c'est bien l'objet du travail qui a lieu en ce moment. Et justement, on regarde ce qu'on peut faire restaurant par restaurant. Mais vous voyez qu'il y a des restaurants où on n'aura pas la capacité d'aller plus loin. Et puis d'autres où on a de la marge. Donc voilà, c'est vraiment du cas par cas. Et puis on installe aussi des dispositifs qui s'appellent des CROUS and Collect, par exemple, qui permettent, à côté du restaurant universitaire, d'avoir des paniers repas qu'on peut aller récupérer directement.
JÉRÔME CHAPUIS
Donc ça, ça évite la file d'attente.
PHILIPPE BAPTISTE
Exactement. Donc il y a vraiment tout un travail de mobilisation.
JÉRÔME CHAPUIS
Mais encore une fois, je m'interroge, moi, sur ce chiffre, je voyais en effet que vous attendiez, les CROUS attendent une hausse d'environ 12 % de la fréquentation, ce qui semble peu, étant entendu qu'évidemment, les boursiers sont plutôt minoritaires. Et tout d'un coup, on passe à un dispositif généralisé. Est-ce que vous n'êtes pas en train de sous-estimer l'afflux ?
PHILIPPE BAPTISTE
Je pense qu'il faudra regarder ce qui va se passer. Et je pense que les chiffres parleront. Et on adaptera le dispositif au fur et à mesure pour tenir la charge.
JÉRÔME CHAPUIS
Une petite question de politique, Philippe BAPTISTE, parce qu'on se rappelle que le repas à 1 Euro, c'est une mesure qui avait été arrachée par le Parti Socialiste en échange de sa non-censure du budget. Est-ce que vous, aujourd'hui au Gouvernement, vous n'êtes pas en train de vous attribuer les mérites de cette mesure ?
PHILIPPE BAPTISTE
Non, pas du tout. Effectivement, initialement, ce n'était pas une mesure sur laquelle j'étais particulièrement favorable. Je m'étais exprimé sur le sujet. Pourquoi ? Parce que ça va coûter à peu près 120 millions d'Euros en année pleine. Et moi, je pense qu'on aurait pu cibler ces 120 millions d'Euros sur des catégories d'étudiants qui sont les étudiants les plus précaires, les étudiants qui en ont le plus besoin. Alors que là, c'est une mesure qui est très générale. Mais c'est l'objet d'un compromis. Et le budget a été construit avec un compromis. C'était une discussion, effectivement. C'était une mesure qui était très demandée par le Parti Socialiste. Donc on a une mesure qui a été acceptée. Et donc on la met en place. Et on la met en place avec la plus grande efficacité. Moi, je suis très à l'aise avec ça, à la fois sur la philosophie et sur la démarche.
JÉRÔME CHAPUIS
Mais ce sera très difficile de revenir en arrière.
PHILIPPE BAPTISTE
Ah mais oui, je pense, bien sûr.
JÉRÔME CHAPUIS
Sachant qu'aujourd'hui, vous avez dit 120 millions d'euros. Encore une fois, on est face à, par ailleurs, une inflation des prix, notamment alimentaires. Tout cela sera évalué sur les prochaines années.
PHILIPPE BAPTISTE
Ah bah évidemment, le coût pour l'État ne peut qu'augmenter. Sauf si le coût du repas devait lui-même augmenter à 1 Euro. Mais il n'en est pas question du tout pour l'instant. C'est une mesure qui a été l'objet d'un compromis. Elle a été décidée. Elle a été portée par le Premier ministre. Et aujourd'hui, on la met en place.
JÉRÔME CHAPUIS
Merci beaucoup, Philippe BAPTISTE, d'être venu ce matin. Les repas à 1 Euro, ça commence tout à l'heure pour le déjeuner, pour le dîner aussi, par endroits dans les CROUS qui sont ouverts. Et vous nous avez bien dit qu'en effet, tout cela devait être observé finement avant la prochaine rentrée universitaire en septembre. Parce qu'il y a encore quelques questions sur la soutenabilité de cette mesure, même si vous nous avez dit que vous étiez très confiant sur le sujet.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 mai 2026