Texte intégral
Annie GENEVARD : Bonjour à tous. Ce Conseil Agriculture et Pêche est dédié, d'abord, à la vision pour l'agriculture, dont nous ferons un point d'étape. Comme vous le savez, la France partage les orientations qui ont été données il y a un an dans cette vision pour l'agriculture. Désormais, il faut passer des intentions aux actes, notamment en matière de réciprocité des normes et de soutien à l'élevage. Nous aborderons donc ces différents points.
La France réaffirme son attachement à une PAC véritablement communautaire. En la matière, la nouvelle proposition ne nous satisfait pas complètement ; nous y travaillons et nous portons régulièrement la position de la France en faveur d'une PAC davantage communautaire, puisque c'est l'essence même de la démarche qui a fondé l'Union européenne.
Sur le volet commercial, la France défend une vision de réciprocité des normes. Tous les accords de libre-échange devraient comporter des clauses de sauvegarde, la réciprocité des normes, ainsi qu'un contrôle et un monitoring rigoureux. Je rappellerai ces différents points. Un aspect demeure, à notre sens, insuffisamment pris en compte : c'est le cumul des concessions. Songez que, pour le bœuf, cela représente plus de 400 000 tonnes équivalent carcasse ; pour l'agneau, plus de 350 000 tonnes ; pour la volaille, plus d'un million de tonnes, sans oublier le sucre. On voit bien que le cumul de ces concessions aboutit à des chiffres préoccupants. Et encore, dans les chiffres que je viens de citer, je n'ai pas comptabilisé les concessions prévues dans l'accord de libre-échange avec l'Australie.
Je plaide donc pour que nous soyons beaucoup plus attentifs dans les accords de libre-échange, particulièrement en ce qui concerne l'élevage et la production de viande. Ces accords ne sont pas mauvais en soi, ils sont même bénéfiques pour certaines filières, mais il faut être vigilant au moment même où la Commission envisage de se doter d'un « Plan élevage ». Il faut également alléger les procédures : la directive IED (Industrial and Livestock Rearing Emissions Directive), par exemple, n'est manifestement pas adaptée aux bâtiments d'élevage. Le cumul des concessions fragilise l'élevage européen. Je rappelle ici la position de la France sur la souveraineté et la sécurité alimentaires de l'Union européenne, plus fondamentale encore dans cette période de bouleversements géopolitiques.
Enfin, la France porte un point particulier sur les engrais. Le contexte géopolitique et la guerre au Proche-Orient ont tout changé. L'augmentation des cours mondiaux et les enjeux de disponibilité nous obligent à revenir sur ce sujet. Je rappelle qu'il y avait eu une ouverture en janvier ; nous espérions une suspension du MACF (Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières), le temps d'évaluer les effets sur les filières de grandes cultures. Les cours mondiaux sont actuellement très faibles alors que les coûts de production ont augmenté, ce qui place les producteurs dans une impasse économique. Le conflit au Proche-Orient aggrave cette situation et justifie que nous y revenions durant ce Conseil. C'est la voix que je porterai.
Question : Bonjour Madame la Ministre. Trois questions : premièrement, que répondez-vous aux inquiétudes des producteurs d'engrais face à cette nouvelle demande de suspension du MACF ? Deuxièmement, soutenez-vous la candidature de Phil HOGAN à la direction de la FAO ? Et enfin, quels sont les points de vigilance de la France concernant l'Omnibus « sécurité alimentaire » qui a été présenté en décembre dernier ?
Annie GENEVARD : Sur le premier point, je comprends tout à fait les préoccupations des producteurs d'engrais, mais le fait est que l'Union européenne n'est pas souveraine en la matière. Nous ne produisons que 40% de nos engrais. Il faut donc progresser vers la souveraineté et un " Plan engrais " est évidemment nécessaire. Cependant, les circonstances particulières que nous vivons justifient que l'on puisse adapter une politique — dont on ne remet pas en cause l'objet — aux événements exceptionnels actuels.
Beaucoup d'agriculteurs européens ne supporteront pas le poids de l'augmentation du carburant agricole, malgré les mesures nationales. En France, par exemple, nous avons mis à zéro les droits d'accise, mais l'augmentation des carburants va tout de même peser lourdement sur la viabilité économique des exploitations. Il en va de même pour les engrais. C'est une mesure qui doit rester temporaire ; elle ne remet pas en cause la philosophie du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, mais elle suppose que nous sachions nous adapter compte tenu de la conjoncture.
Concernant la candidature de Phil HOGAN à la tête de la FAO, vous le savez, la position de la France est d'apporter son soutien à la candidature irlandaise.
Source https://ue.diplomatie.gouv.fr, le 13 mai 2026