Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à TF1 le 22 mai 2026, sur les aides gouvernementales face à la hausse des prix du carburant et l'augmentation du SMIC.

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Média : TF1

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour David AMIEL.

DAVID AMIEL
Bonjour.

ADRIEN GINDRE
Face au prix, toujours, très haut des carburants, le Gouvernement a de nouvelles annonces, hier soir. Coût total : 710 millions d'euros. Alors, vous avez déjà dit qu'il n'y aurait pas de hausse d'impôt. Mécaniquement, ça veut donc dire qu'il y aura des économies. Vous savez sur quoi ?

DAVID AMIEL
Oui, bien sûr. Pourquoi nous faisons depuis le début de cette crise des aides ciblées ? Parce que ces aides doivent être financées. Des aides qui ne seraient pas financées aujourd'hui, ce serait des chèques sans provision. Beaucoup nous y appellent, en nous disant : " Déversez des milliards et des milliards d'euros ", dont ils n'ont pas le début d'un centime. Mais des aides non financées aujourd'hui, ce serait une exclusion des impôts demain. Donc, oui, ce financement, il passera par un redéploiement des crédits budgétaires pour pouvoir financer ces aides d'urgence.

ADRIEN GINDRE
Mais qui va devoir faire des efforts : les collectivités locales, la sphère sociale, l'Etat ?

DAVID AMIEL
On est dans une situation de guerre dans le détroit d'Ormuz. Et donc, évidemment, tout le monde doit s'y préparer. Mais ces aides budgétaires-là, 1,2 milliard d'euros, 710 millions d'euros aux titres des nouvelles aides, plus de 470 millions d'euros d'aides qui avaient, d'ores et déjà, été enclenchées. Elles nécessiteront une réallocation des crédits budgétaires de l'Etat. Et le travail est en cours avec les différents ministères.

ADRIEN GINDRE
Alors, vous l'avez dit, on est dans un contexte de guerre, toujours. D'ailleurs, le Premier ministre a adressé des perspectives qui ne sont pas très optimistes. Vous avez déjà chiffré le coût de guerre, pour nos finances publiques, à 6 milliards. Ce matin, dans le Parisien, le Député LR, Philippe JUVIN, dit même : entre 8 et 10 milliards. Est-ce qu'il est dans le vrai ?

DAVID AMIEL
Ce sera très certainement davantage que 6 milliards d'euros, puisqu'on le voit, le conflit a tendance à s'enkyster dans le détroit d'Ormuz. Mais vous savez, Adrien GINDRE, heureusement qu'on a un budget pour y faire face, parce que si on n'avait pas eu de budget, si on était aujourd'hui en loi spéciale, on ne pourrait avoir aucune aide pour les Français. Si on avait écouté ceux qui nous disaient " Il y a une cagnotte fiscale, il suffit de la redistribuer ", eh bien, on n'aura rien à redistribuer, puisque ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'il n'y a aucun surplus fiscal lié à la crise. Heureusement qu'il s'est organisé autrement pour financer les aides aux Français.

ADRIEN GINDRE
A quel point vous avez perdu de l'argent ? Est-ce qu'il y a des moindres rentrées fiscales en raison de la crise ?

DAVID AMIEL
En ce qui concerne les recettes de carburant, on a deux effets qui vont dans le sens inverse. Quand les prix augmentent, c'est vrai, la TVA, elle augmente. C'est mécanique. Mais quand les prix augmentent, la consommation baisse. Et c'est ce qu'on voit depuis de nombreuses semaines. Et donc, la TVA baisse également, et l'accise, qui est l'autre impôt sur les produits pétroliers, sur la consommation de carburant, baisse également. Au total, ces deux effets se neutralisent. Il n'y a aucun surplus fiscal. Heureusement qu'on s'est organisé autrement pour financer les aides indispensables.

ADRIEN GINDRE
Dans ce contexte très particulier, je m'arrête un instant sur une petite bonne nouvelle pour ceux qui sont concernés : le SMIC va légèrement augmenter au mois de juin. Alors, ce n'est pas un coup de pouce, c'est la prise en compte de l'inflation. Cela dit, les entreprises qui payent des salariés au SMIC aimeraient que leurs allègements de charges suivent le mouvement. Qu'a décidé le Gouvernement ? Est-ce que vous allez accéder à cette demande des organisations patronales ?

DAVID AMIEL
Non. Au 1er juin prochain, le Gouvernement a décidé que l'enveloppe budgétaire dédiée aux allègements généraux n'augmentera pas. Elle ne baissera pas. Et c'est extrêmement important par rapport à ce qui avait été prévu dans le budget initial, mais elle n'augmentera pas. Pourquoi ? Parce que ce que nous avons, depuis le début de cette crise, décidé d'engager, pour les raisons que j'ai évoquées, c'est des aides ciblées et des aides financées. Or, une mesure comme une augmentation générale des allègements généraux en cours d'année, qui n'était pas prévue dans le budget, qui s'élèverait à plus de 2 milliards d'euros, ce serait une mesure qui ne serait ni ciblée, puisqu'elle bénéficiera à la fois des entreprises qui vont mal et des entreprises qui vont bien, des entreprises qui sont en première ligne face à la crise provoquée dans le détroit d'Ormuz, des entreprises qui le sont beaucoup moins, bénéficiera des entreprises qui augmentent les salaires et d'autres qui ne le font pas. Et ce ne serait évidemment pas financé, puisque ce n'était pas prévu dans le budget, pour un coût très important.

ADRIEN GINDRE
Mais donc, très concrètement, ça veut dire que les entreprises vont devoir payer ces 2 milliards de charges supplémentaires à partir du mois de juin, et que, donc, le coût du travail, mécaniquement, va augmenter ?

DAVID DAMIEL
Non, parce que l'enveloppe des allègements généraux, je l'ai dit, ne baissera pas. En revanche...

ADRIEN GINDRE
Oui, mais il y aura bien des charges à payer pour les entreprises sans ce SMIC supplémentaire ?

DAVID AMIEL
Pour soutenir, pour celles qui augmentent les salaires, pour celles qui…

ADRIEN GINDRE
Le SMIC augmente en l'occurrence.

DAVID AMIEL
Non, nous avons aujourd'hui beaucoup de mesures en faveur des entreprises. C'est celles qui ont été annoncées hier. Près d'un milliard...

ADRIEN GINDRE
David AMIEL, je vais vous citer le responsable de la CPME, pardon, Amir REZA-TOFIGHI, qui dit : " Augmentez les salaires, parce qu'il y a l'augmentation du SMIC et il y a la demande aux entreprises de faire des efforts. Augmenter les charges patronales, c'est la double peine ". On peut même rajouter une triple peine. Hier, vous avez demandé et incité les entreprises à verser des primes carburants à leurs salariés. Est-ce que vous considérez que pour ces entreprises-là, le SMIC, les charges, la prime carburant, ça fait beaucoup ?

DAVID AMIEL
Mais Adrien GINDRE, vous l'avez souligné vous-même : la prime-carburant qui est évoquée, précisément pour pouvoir aider les entreprises à la verser, elle sera défiscalisée et désocialisée, donc, sans charge. Et c'est extrêmement important. Mais oui, nous avons des mesures qui sont ciblées, qui sont financées, parce que si elles ne sont pas financées aujourd'hui, ce sera une explosion des impôts demain, pour les ménages comme pour les entreprises. Et ce serait évidemment une très mauvaise nouvelle pour la compétitivité de l'économie.

ADRIEN GINDRE
Vous avez noté assurément qu'hier, le FMI a baissé la prévision de croissance pour la France : de 0,9 % à 0,7 %. Hier, à votre place, le président du Sénat, Gérard LARCHER, disait : " La récession n'est pas une impossibilité ". Possibilité ou impossibilité pour vous ?

DAVID AMIEL
Vous l'avez dit vous-même : le Fond Monétaire International est très loin de prévoir une récession. Et le Fond Monétaire International n'est pas connu pour être particulièrement optimiste ni complaisant. Je remarque d'ailleurs que le Fond Monétaire International, dans l'analyse qu'il fait de la politique française, considère que la réponse du Gouvernement à la crise énergétique est appropriée. Donc, évidemment, ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz a un impact sur l'économie française. Mais c'est les chiffres du FMI qui le montrent : nous sommes très, très, loin d'une récession. Nous tenons d'ailleurs mieux. Et les chiffres du FMI, comme ceux de la Commission européenne, le montrent : mieux que beaucoup d'autres pays européens.

ADRIEN GINDRE
Deux petites précisions encore. Si les cours du pétrole continuent d'augmenter, on aura encore les moyens d'augmenter les aides, ou, là, vu ce que vous décrivez des finances publiques, on est de toute façon au maximum, au taquet ?

DAVID AMIEL
C'est précisément la raison pour laquelle nous avons besoin d'avoir des aides ciblées et des aides financées. C'est pour pouvoir garder en permanence des marges de manoeuvre budgétaires. Évidemment, à chaque fois, ça suppose de dégager des économies en face. Ce ne sont jamais des choix faciles. Mais précisément, il faut qu'on soit toujours capables, toujours préparés à accompagner les travailleurs et les entreprises qui en ont besoin, quelle que soit l'évolution du conflit.

ADRIEN GINDRE
Sur les fonctionnaires, puisque vous êtes aussi en charge des fonctionnaires, vous avez annoncé hier une revalorisation temporaire des indemnités kilométriques. Il y a une petite incertitude. Est-ce que ça concerne tous les fonctionnaires ou uniquement les professeurs remplaçants et les accompagnants d'élèves en situation de handicap, puisque c'est l'exemple qui a été pris hier ?

DAVID AMIEL
Non, ça concerne tous les agents publics de l'État ou de la fonction publique hospitalière qui utilisent leur voiture personnelle dans le cadre de leur service. Vous avez beaucoup d'agents. Et c'est pour ça que j'ai donné ces exemples des accompagnants et souvent accompagnatrices d'élèves en situation de handicap, des professeurs remplaçants, mais c'est le cas de tous les agents publics qui, parce qu'ils ont des missions d'accompagnement, de contrôle, d'inspection, utilisent leur voiture personnelle, mais dans le cadre de leur métier. Donc, pour eux, on augmente leurs frais de déplacement.

ADRIEN GINDRE
Un tout dernier mot. Vous savez qu'aujourd'hui, il y aura un événement, un nouveau candidat à la présidentielle, Gabriel ATTAL, le chef de votre parti, il aura votre soutien dans cette campagne ?

DAVID AMIEL
Gabriel ATTAL est le candidat naturel de mon parti politique, Renaissance, donc, oui, mais je le dis, on aura besoin d'un très large rassemblement. Je ne suis pas inquiet, parce que je pense qu'évidemment, la menace et la nécessité de combattre le Rassemblement National et la France Insoumise le fera. Ce qui compte aujourd'hui, c'est de mettre des idées sur la table, parce que le vote barrage ne suffira pas, il faut qu'on puisse construire un projet de large rassemblement, un projet qui réponde aux défis du pays et qui donne envie aux gens de voter pour des forces modérées.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2026