Déclaration de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, sur les conditions requises pour l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le domaine de la santé, à Paris le 10 février 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Stéphanie Rist - Ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées

Circonstance : Discours prononcé à l'occasion de l'anniversaire du sommet pour l'action sur l'IA

Texte intégral

Madame la ministre, chère Anne,
Mesdames et messieurs,

C'est un plaisir pour moi d'intervenir ce matin, un an après le sommet pour l'action sur l'IA, initié par le président de la République.

Le cap fixé par le président de la République était de mettre l'IA au service de l'intérêt général, en ouvrant une voie centrée sur la confiance, l'éthique et la sécurité.

C'est ce que nous entreprenons dans le champ de la santé.

L'intelligence artificielle est déjà bien intégrée.
Dans la pratique du soin.
Dans les usages quotidiens des patients.

Dès lors, il s'impose à nous de ne pas la subir, mais de l'organiser.

Et de ne pas la voir comme simplement "un petit truc en plus" mais comme un levier de transformation de notre système de santé :

Transformation pour les professionnels, dans leur pratique quotidienne
Transformation pour les patients, dans leurs parcours de soins
Transformation pour nos établissements, dans leur organisation
Et transformation pour la décision publique, dans sa capacité à anticiper et piloter.

C'est pour répondre à cette exigence, que j'ai lancé, en novembre dernier, une stratégie unique sur l'intelligence artificielle et les données de santé.

Un an après le sommet, je voudrais évoquer avec vous deux enjeux.

Le premier, c'est celui de l'accompagnement des professionnels, et du souci de répondre au cas d'usages dans leur pratique quotidienne.

D'abord, il n'y aura pas d'IA utile sans professionnels de santé capables de la comprendre et de l'utiliser.

C'est pourquoi, la formation au numérique et à l'IA est devenue une priorité de la formation initiale et continue en santé.

Concrètement, d'ici 2027, ce sont 130 000 apprenants par an dans les secteurs de la santé et du social qui seront formés au numérique. Parmi eux, 70 000 étudiants en santé sont formés dès aujourd'hui, avec un module dédié à l'IA depuis 2025.

J'ai porté, dans le budget de la sécurité sociale, une mesure destinée à accompagner l'intégration de l'IA dans les pratiques des professionnels de santé.

Cette mesure permettra d'évaluer l'utilisation de l'IA au service des outils d'aide à la décision médicale et pharmaceutique.

Par ailleurs, nous avons souhaité une identification des cas d'usage prioritaires :

- Pour améliorer la pratique clinique
- Et pour construire des modèles de financement adaptés aux innovations.

Cette ambition se traduit déjà concrètement : la stratégie d'accélération "santé numérique" a déjà investi près de 280 millions d'euros pour donner aux innovateurs les moyens d'agir, du premier prototype jusqu'à l'usage concret.

Je viens d'ailleurs d'annoncer les trois lauréats de l'appel à projets Impact IA dédié à l'évaluation des dispositifs médicaux avec IA par les hôpitaux.

Parmi eux, je pense notamment au Prostate Cancer Suite, un outil d'IA d'aide au diagnostic en cancérologie. Il automatise l'analyse des biopsies de la prostate.

Concrètement, cela réduit les temps de lecture des professionnels et limite des examens complémentaires coûteux, tout en améliorant la qualité diagnostique. C'est exactement ce type d'usage que nous voulons accompagner.

Un deuxième enjeu, c'est celui du pilotage de l'action publique et de l'organisation de notre système de santé.

Et je veux citer 3 avancées structurantes :

La première, c'est l'accélération de la migration de la Plateforme des données de santé vers une solution souveraine et hautement sécurisée, que j'ai annoncée vendredi avec mes deux collègues, Anne le HENANFF et David Amiel.

L'enjeu, c'est de protéger les données de santé de nos concitoyens et de se donner les moyens de soutenir durablement la recherche, l'innovation et le pilotage des politiques publiques.

La seconde avancée, très concrète, c'est la possibilité de modéliser pour mieux organiser les soins dans notre pays, en fonction des besoins.

Je veux pour cela vous parler du projet J.u.N.i.O.r.

J.u.N.i.O.r, c'est un jumeau numérique de l'organisation des soins sur le territoire national.

Lancé avec l'Inria, il permettra d'éclairer la décision publique sur la démographie médicale, l'offre de soins et les organisations possibles, grâce à des projections des besoins, de l'offre et des modes d'organisation. Le prototype est en cours de modélisation et la première preuve de concept est prévu au second semestre 2026.

On passera ainsi d'un pilotage parfois trop réactif à un pilotage anticipé.

Cette amélioration du pilotage – c'est mon 3e point – doit se faire en gagnant en efficacité dans notre administration.

C'est pour cette raison que j'ai décidé la création d'une nouvelle direction dédiée à l'innovation, à la recherche et au numérique, pleinement intégrée au sein de mon ministère.

Issue de la mutualisation de structures aujourd'hui éclatées, elle permettra un pilotage plus cohérent et plus stratégique des projets.

La phase de préfiguration a déjà débuté, avec un objectif clair : restructurer durablement l'action publique dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs,

L'intelligence artificielle au service de la santé n'a de sens que sous certaines conditions.

Elle doit être : évaluée, explicable, sécurisée et éthique.

C'est à ces conditions, et seulement à celles-ci, qu'elle pourra pleinement se développer au service des patients et des professionnels.

C'est pourquoi mon ministère se met aujourd'hui en ordre de bataille :

- Pour accompagner les innovateurs
- Les professionnels
- Les patients
- Les établissements.

Je vous remercie.


Source https://sante.gouv.fr, le 9 juin 2026