Texte intégral
AGATHE LAMBRET
"On ne veut plus voir ça", ce sont les mots du Président après les violences qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des champions samedi. Un mort, chaos sur les Champs-Élysées, policiers visés par des tirs de mortiers, périphérique pris d’assaut. Un jeune de 17 ans poignardé dans Paris, 178 blessés chez les forces de l’ordre. Mais le ministre de l’Intérieur, Laurent NUNEZ, se félicite d’une situation "globalement sous contrôle". Maud BREGEON, est-ce qu’on s’est tellement habitué à ces violences d’après-match que quand le pays n’est pas à feu et à sang, on considère que c’est une réussite ?
MAUD BREGEON
Personne ne s’est habitué à ces violences. Elles sont inacceptables et incompréhensibles pour nos concitoyens et vos auditeurs qui nous écoutent ce matin. Je rappelle évidemment, comme l’a fait le ministre de l’Intérieur, que 22 000 policiers et gendarmes étaient déployés, 8 000 en zone préfecture de police. C’est donc un dispositif absolument colossal et je remercie évidemment l’ensemble des forces de l’ordre, les préfets, le ministre de l’Intérieur.
PAUL LARROUTUROU
Mais ça n’a pas suffi à éviter la casse.
MAUD BREGEON
Ça n’a pas suffi à éviter la casse et ça doit nous interroger sur l’origine de cette violence. Je voudrais bien sûr dire qu’il y a une différence évidente que chacun fait, je crois, entre des centaines de milliers de supporters français qui étaient heureux samedi soir de cette très belle victoire, deuxième victoire en Ligue des champions du Paris Saint-Germain, et le résultat d’une violence extrême, d’une minorité, mais qui pourrit la vie de manière récurrente à chaque grand rassemblement footballistique ou en tout cas de manière, encore une fois, récurrente et que personne ne comprend.
AGATHE LAMBRET
Donc est-ce qu’on peut dire que la situation était globalement sous contrôle ou est-ce que vous reconnaissez ce matin que non, on a perdu le contrôle de cette violence après des événements festifs, après des matchs, on ne contrôle plus ?
MAUD BREGEON
Un dispositif majeur, je le redis, colossal, 22 000 forces de l’ordre ont été déployées. Et donc, je le redis, je le redis, Agathe LAMBRET, la question qui se pose maintenant, c’est l’origine de cette violence. Et de toute évidence, ce n’est pas juste une histoire de nombre de forces de l’ordre déployées. On a un problème de violence endémique en France, de violence qui se répète, on a un problème d’éducation, on a un problème culturel. Ça va, pardonnez-moi, au-delà de la seule question, je mets des guillemets parce qu’elle est évidemment importante, mais ça va au-delà de la question du dispositif de maintien de l’ordre. Elle vient d’où, cette violence ?
AGATHE LAMBRET
Elle vient d’où cette violence alors ? L’origine de cette violence ?
MAUD BREGEON
Quand on a 22 000 policiers et gendarmes déployés et que pour autant, on assiste, je le redis encore une fois, de manière récurrente aux images qu’on a vues hier, qu’on voit malheureusement désormais à intervalles réguliers, ça pose des questions plus profondes et ça pose notamment des questions d’éducation.
AGATHE LAMBRET
Et comment vous y répondez, à ces questions plus profondes ? Parce que c’est aussi le politique qui est responsable ou il est totalement impuissant ? Parce qu’année après année, le même constat se répète, il y a encore plus d’interpellations, 45 % d’interpellations en plus que l’année dernière pour la même finale de la Ligue des champions.
MAUD BREGEON
Et ça, c’est le travail des forces de l’ordre. Ça, c’est le travail, encore une fois, que je salue, des forces de l’ordre ce matin, qui ont permis l’ensemble de ces interpellations. Il y a une responsabilité collective, il y a une responsabilité du politique, évidente. Et ça touche évidemment au maintien de l’ordre, ça touche aux politiques publiques qui sont mises en place depuis plusieurs années maintenant. Et puis, il y a une responsabilité, pardonnez-moi, parentale. Il y a une responsabilité des familles. Vous avez vu les vidéos, comme je les ai vues je pense, c’est énormément de jeunes qui étaient présents dans ces rassemblements violents. On a un problème avec l’éducation d’une partie de nos enfants en France. Et si je peux me permettre, je n’abuse pas de ce genre de remarques, mais on a un problème avec l’éducation d’une partie de nos fils, Agathe LAMBRET.
AGATHE LAMBRET
Donc c’est un problème d’éducation, c’est la responsabilité des parents.
MAUD BREGEON
En tout cas, il y a notamment, et je le dis, il y a notamment un problème d’éducation. Ça n’exonère pas l’État de mettre en place les dispositifs suffisants pour l’ensemble des grands rassemblements. Et on le fait à chaque fois. Il y a des rassemblements qui se passent bien. Les Jeux Olympiques, par exemple, ont rassemblé bien plus de monde que le match de samedi soir et se sont bien déroulés. Il y a des compétitions sportives qui se déroulent correctement. Mais pour autant, on fait face, je le redis, à un problème de violence endémique qui est inacceptable et qui doit tous nous interroger.
PAUL LARROUTUROU
Ces images ont largement dépassé nos frontières. Le Néerlandais Geert WILDERS, chef du parti pour la liberté, figure de l’extrême droite européenne, a écrit : "Arrêtez-les et déportez-les tous". L’Allemande Alice WEIDEL, co-présidente de l’AFD, principal parti d’opposition en Allemagne, classée évidemment à l’extrême droite, a simplement écrit le mot "remigration". Qu’est-ce que vous leur répondez ?
MAUD BREGEON
Ces propos sont profondément choquants. Vous avez utilisé... Je n’avais pas entendu ces expressions. Vous avez relaté les mots "déportez-les".
PAUL LARROUTUROU
"Arrêtez-les et déportez-les tous".
MAUD BREGEON
Quand on connaît la portée historique de tels propos, c’est profondément choquant, absolument inadmissible. Je n’ai pas plus de commentaires à faire sur ces responsables d’extrême droite avec qui je ne partage absolument rien. Moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on arrive à faire en France, chez nous, pour que la situation s’améliore. Et ça touche à des politiques publiques, je le redis, sur la sécurité, mais aussi sur l’éducation, sur le civisme, qui est un mot important et qui, de toute évidence, était complètement méconnu des jeunes gens que nous avons vus dans les rues ce soir.
AGATHE LAMBRET
Il y a aussi le milliardaire américain Elon MUSK qui s’est fendu d’un tweet accompagné d’une vidéo qui montre un début de feu et une foule qui fuit la police près du Parc des Princes avec écrit : "Problems in Paris".
MAUD BREGEON
Oui, j’ai vu.
AGATHE LAMBRET
Mais c’est quoi ? Ce sont des ingérences étrangères ?
MAUD BREGEON
Que chacun s’occupe de ce qui se passe chez soi. Il me semble qu’il y a des phénomènes de violence sur lesquels on pourrait discuter longtemps, aux États-Unis, en Angleterre, dans d’autres pays européens.
AGATHE LAMBRET
En Angleterre, aucun dégât après le match Maud BREGEON, à Londres, ça s’est très bien passé en finale ce week-end.
MAUD BREGEON
Pour commencer, il y a historiquement des phénomènes de violence après les matchs de foot, et ce, pas uniquement en France.
AGATHE LAMBRET
Donc, ce n’est pas une spécificité française ?
MAUD BREGEON
Ce n’est pas une spécificité française. Je ne justifie pas pour autant les images que l’on a vues et qui, je le redis, nous ramènent à ce que nous faisons, nous en France. Moi, je ne vais pas commenter les propos d’Elon MUSK, je pense que ce n’est absolument pas le sujet ce matin et ce n’est pas ce qui intéresse les Français. Ce qui intéresse les Français, c’est comment est-ce qu’on peut faire en sorte, en France, que les jeunes générations, qui encore une fois, pour leur grande majorité, se comportent très bien, mais que pour cette minorité-là, nous ne soyons plus confrontés à ces types de phénomènes.
PAUL LARROUTUROU
Alors revenons en France, les réactions politiques se sont multipliées. Marine LE PEN dit qu’il n’y a qu’en France où une victoire de football provoque des émeutes, et puis on aimerait, avec Agathe, vous faire écouter le maire LR de Cannes, David LISNARD, qui était hier midi sur BFM.
DAVID LISNARD, PRESIDENT DE LA NOUVELLE ÉNERGIE, MAIRE DE CANNES
Il y en a assez de sponsoriser et de subventionner la délinquance. On doit passer un contrat avec ceux qui reçoivent des aides. Si leurs gamins mineurs commettent des exactions, ils doivent assumer pour eux. Il faut une responsabilité pénale, et ceux qui sont solvables paient, ceux qui ne sont pas solvables ne doivent plus avoir une aide publique.
PAUL LARROUTUROU
Ça va dans le sens de ce que vous disiez, Agathe, tout à l’heure, vous disiez, on a un problème avec l’éducation de nos fils, question : est-ce qu’il faut sanctionner les parents pour les fautes des fils ?
MAUD BREGEON
Alors, il faut une responsabilité pénale, il y a aujourd’hui une responsabilité pénale, il faut s’assurer en revanche qu’il y ait les suites judiciaires à la hauteur des images et des violences qui ont été commises, c’est une certitude. Et ensuite, il y a la question de l’autorité parentale, qui est une question absolument majeure, que David LISNARD soulève à raison, je crois, parce que quand vos enfants sont dans la rue à 23 h, minuit, 1 h du matin, et participent à ce type de violences, contribuent à brûler des voitures, en tant que parents - moi je suis maman, j’ai un fils -, je considère que si un jour ça m’arrive, j’aurai une responsabilité personnelle dans ce qui s’est passé. Et donc oui, on doit interroger le rôle des parents, et oui, on doit interroger la responsabilité des parents. Il y a quelque chose d’un peu caricatural, à pointer du doigt immédiatement la question des aides sociales, et c’est un peu l’arlésienne, on a ce débat de manière récurrente. Mais oui, remettre les parents, remettre l’autorité parentale, remettre la place et l’importance de la famille au cœur du débat politique et au cœur de la société, ça me semble absolument urgent.
AGATHE LAMBRET
Et interroger le dispositif de forces de l’ordre, c’est ce que font certains à gauche, notamment La France Insoumise. Je vous cite les mots de l’insoumise Clémence GUETTÉ : "Des dizaines de milliers de personnes ont été empêchées de célébrer, la police a chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement". Elle appelle à revoir la doctrine du maintien de l’ordre. Est-ce que nos forces de l’ordre sont trop brutales, Maud BREGEON ?
MAUD BREGEON
Non, il y a une façon systématique de la part de La France Insoumise d’excuser, de justifier tous les types de violences. On le voit sur l’exemple du match et des violences de samedi soir, on l’a vu à plusieurs reprises par le passé. Ça dit quelque chose de leur rapport à l’institution policière, qu’ils qualifient régulièrement d’institution qui tue. Ça dit quelque chose de leur rapport à l’autorité, et ça dit quelque chose à ce qu’ils décrivent eux-mêmes comme la "Nouvelle France", c’est-à-dire une Nouvelle France où la violence provenant de tout un chacun, des citoyens lambda que nous sommes, serait légitime.
AGATHE LAMBRET
Alors, ça, ils s’en défendent Les Insoumis, Maud BREGEON, ils condamnent les violences.
MAUD BREGEON
C’est une inversion totale des valeurs qui fondent notre État de droit et des valeurs qui fondent notre République. Ce que dit Clémence GUETTÉ et ce que disent les responsables de La France Insoumise, qui n’est pas nouveau, devrait toutes et tous nous interpeller en tant que citoyens. Parce que lorsqu’on commence à justifier ce type de violences et à rendre au fond les policiers et les gendarmes responsables des images intolérables que l’on a vues samedi soir, on inverse les fondamentaux qui tiennent aujourd’hui le vivre-ensemble et notre capacité à faire société. La violence légitime, elle est du côté des forces de l’ordre. Et les images que nous avons vues samedi soir doivent être intégralement condamnées. Et je voudrais quand même nuancer un tout petit peu mon propos. Certains responsables de gauche l’ont fait de manière très claire. Je pense au maire de Paris, Emmanuel GRÉGOIRE. Je pense à Raphaël GLUCKSMANN qui était chez vos confrères de RTL hier et qui a eu des propos là encore d’une grande clarté. Donc je ne mets pas l’ensemble des responsables de gauche dans le même panier.
AGATHE LAMBRET
Vous attendez des sanctions exemplaires ou pas ? Gérald DARMANIN l’année dernière avait déploré que les premières sanctions de la justice n’étaient pas à la hauteur.
MAUD BREGEON
J’attends des sanctions exemplaires en tant que responsable politique et en tant que citoyenne. C’est une évidence parce qu’il y a le travail des forces de l’ordre, il y a le travail de la police et ensuite il y a le travail de la justice. Aujourd’hui les quantums de peine sont déjà importants, sont déjà très hauts. On a les moyens de poursuivre les personnes qui ont commis ces actes de délinquance. Et donc il faut évidemment que la justice le fasse, qu’elle le fasse sereinement, qu’elle le fasse en toute indépendance, mais qu’elle le fasse de la manière la plus ferme et j’ajoute la plus rapide possible. Et puis il y a un dernier point, on n’aura peut-être pas le temps d’en parler ce matin, mais il y avait probablement des mineurs dans les personnes qu’on a vues et interpellées samedi soir. Et là encore, ça interroge sur la responsabilité parentale, je l’ai dit, mais sur la responsabilité individuelle et sur l’excuse de minorité, qui est un débat qui revient régulièrement.
AGATHE LAMBRET
Vous voulez remettre en cause cette excuse de minorité ?
MAUD BREGEON
Dans un pays où la violence est de plus en plus extrême et de plus en plus jeune, commise par des individus de plus en plus jeunes et je pense que ça fera partie, là encore, la manière dont on encadre notre jeunesse des grands débats de la présidentielle.
AGATHE LAMBRET
Et on comprend que vous êtes favorable donc à interroger cette excuse de…
MAUD BREGEON
Je pense que le débat doit être urgemment ouvert, oui, et ce sera l’occasion, je pense, des débats de 2027, qui devront aller au-delà de la question purement pénale, j’insiste dessus. Il y a une question éducative absolument majeure, et qui se joue probablement très jeune, en réalité.
AGATHE LAMBRET
On va parler des milliards de Choose France, et en même temps d’un bilan contrasté pour le Président en matière d’économie. Mais pour l’instant, il est 8 h 47, et c’est l’Info en une minute avec Maureen SUIGNARD.
(…)
Avec Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée à l’Énergie. Il y a de bonnes nouvelles sur le front du Sommet Choose France, Paul.
PAUL LARROUTUROU
Oui, Agathe, il y a plein de bonnes nouvelles ce matin pour le pays, comme cet investissement record de 75 milliards d’euros dans l’intelligence artificielle annoncé par le japonais SOFTBANK. Annonce faite alors que s’ouvre aujourd’hui, vous le savez, la neuvième édition du Sommet Choose France, la dernière du Président MACRON. Grand-messe annuelle pour attirer les investisseurs étrangers au château de Versailles, où vous irez cet après-midi. Madame la Porte-parole du Gouvernement, laissez-moi deviner, ce matin vous allez crier cocorico ?
MAUD BREGEON
D’abord, il n’est pas interdit de se satisfaire lorsqu’il y a de bonnes nouvelles dans ce pays. Je sais qu’on a un peu perdu l’habitude de le faire. Et qu’il y a une tendance à relayer des mauvaises nouvelles et des discours, effectivement, parfois un peu déclinistes. Mais on a une économie qui résiste et on a le pays le plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers, pour la septième année consécutive. Et c’est une vraie bonne nouvelle. C’est une bonne nouvelle pour notre économie. C’est une bonne nouvelle pour notre avenir. C’est une bonne nouvelle pour nos emplois. C’est une bonne nouvelle pour la création de richesses. Et donc, ce sont de bonnes nouvelles qui, à la fin, bénéficieront à tous les Français. Quand on a un investisseur comme SOFTBANK qui annonce 75 milliards d’euros, donc 45 milliards d’euros avant 2031 dans les Hauts-de-France, ça veut dire des chantiers absolument colossaux. Ça veut dire toute une chaîne de valeur et de sous-traitance avec des emplois, avec des femmes et des hommes, des Français qui travailleront derrière. Et ça, ça fait partie des grandes réussites du président de la République.
AGATHE LAMBRET
Oui, parce que Choose France ça ne s’est pas traduit toujours par des emplois sonnants et trébuchants, Maud BREGEON. Est-ce que vous savez combien d’emplois vous avez créés ?
MAUD BREGEON
Les investissements mettent parfois du temps à se concrétiser. Les projets mettent parfois du temps à démarrer, parce qu’il y a aussi tout un processus d’autorisation environnementale, de construction en France, donc tout ça est normal et s’explique très bien. Mais ça dit quelque chose de l’économie de notre pays qui résiste. Je le redis, quand SOFTBANK dit : "J’investis en France parce qu’en France on a une énergie décarbonée, pas chère et accessible", ça montre que notre pays a de très grands atouts qu’il faut cultiver et dont on peut aussi être fier.
PAUL LARROUTUROU
Et donc vous le disiez, 45 milliards d’ici 2031 dans les Hauts-de-France avec de grands datacenters à côté de Dunkerque, près de Valenciennes et dans un village près d’Amiens. Sauf qu’il y a des écologistes qui alertent sur la consommation d’électricité et d’eau de ces futurs datacenters. Comment on peut s’assurer que cette course à l’IA ne se fasse pas au détriment de nos objectifs climatiques ?
MAUD BREGEON
D’abord en alimentant ces datacenters avec de l’électricité décarbonée. Si vous alimentez les datacenters, comme c’est le cas dans certains pays, avec de l’électricité qui est produite à partir du gaz, effectivement ces datacenters polluent indirectement de manière très nette.
PAUL LARROUTUROU
Et nous, c’est nucléaire.
MAUD BREGEON
Lorsque l’électricité provient d’origines nucléaires ou des énergies renouvelables, vous utilisez de l’électricité qui est massivement décarbonée. Et c’est le cas en France. 95 % de l’électricité française est décarbonée. Et c’est aussi pour ça qu’on a ces grands investisseurs qui viennent. Parce que c’est une électricité décarbonée, parce que c’est une électricité qui est disponible, parce que le nucléaire est pilotable, qu’il produit sur demande dans de très grandes quantités et parce que l’électricité est moins chère que chez nos voisins. Et on a tendance à l’oublier. Mais en France, l’électricité est 30 à 40 % moins chère qu’en Italie ou qu’en Allemagne.
AGATHE LAMBRET
Même si les prix ne baissent pas alors qu’on a trop d’électricité. Pour les Français, allez leurs dire qu’elle est moins chère que chez leurs voisins.
MAUD BREGEON
L’électricité est 30 à 40 % moins chère, je le dis parce que c’est factuel, que chez certains de nos voisins européens, et ça c’est parce qu’on a fait des choix, c’est parce que nos prédécesseurs, il y a 60, 70, 80 ans, ont fait des choix, celui du parc nucléaire. Et c’est parce que depuis, on entretient ce parc nucléaire.
AGATHE LAMBRET
Emmanuel MACRON avait remis en cause, en début de son premier mandat…
MAUD BREGEON
Depuis 2014, il y a un immense chantier sur le parc nucléaire existant qui permet de prolonger de dix ans la durée de vie de ces centrales. Ça s’appelle le projet Grand Carénage, ça dure depuis plus de dix ans maintenant, et c’est une formidable réussite. Et puis on débute la construction de nouvelles centrales. Vous allez à Penly, en Normandie, le chantier a commencé, les Français ne le savent pas forcément, mais il y a une immense zone de terrassement, et là-dessus on va construire un nouveau réacteur.
AGATHE LAMBRET
J’entends ce que vous dites, mais ça ne remet pas en cause le fait qu’Emmanuel MACRON a opéré un revirement sur le nucléaire, parce qu’il n’avait pas commencé…
MAUD BREGEON
Ce que je veux vous dire, Agathe LAMBRET, c’est que ces investissements ne tombent pas du ciel, et qu’ils sont liés à des décisions et à des atouts français.
AGATHE LAMBRET
Il y a un autre sujet qui préoccupe les Français, ce sont les prix du carburant toujours trop hauts. Vous avez dû annoncer de nouvelles aides ciblées. Est-ce que vous aviez sous-estimé les conséquences de la crise pour les Français ? On a l’impression que c’est comme quand il y a eu la canicule la semaine dernière, vous avez attendu plusieurs jours de canicule avant de convoquer une réunion sur la canicule. Là, vous annoncez un nouveau train de mesures.
MAUD BREGEON
Comparaison n’est pas raison, Agathe LAMBRET.
AGATHE LAMBRET
Non mais est-ce que le Gouvernement a toujours un train de retard ?
MAUD BREGEON
On a adapté, depuis les premiers jours de cette crise, les dispositifs de soutien aux secteurs d’activité les plus touchés et aux Français les plus exposés, en fonction de l’évolution d’une situation qui, pour des raisons militaires et géopolitiques, était extrêmement mouvante. Vous l’avez vu dans la manière de traiter le sujet sur vos plateaux, vous l’avez vu dans les discussions que vous avez pu avoir avec vos invités experts en la matière. Et donc, en mars, on a mis en place les premiers dispositifs. On les a adaptés en avril, on les a adaptés en mai. Et c’est normal, on les adaptera autant que nécessaire. Aujourd’hui, l’ensemble des dispositifs représente environ 1,2 milliard d’euros. Donc, quand j’entends les uns et les autres dire que ce sont des miettes, c’est complètement à côté de la plaque. 1,2 milliard d’euros, ce sont des dépenses importantes, dans un contexte budgétaire qui est effectivement contraint. Mais on a fait un choix, assumé, des aides ciblées : les secteurs les plus exposés, les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs, le bâtiment, et puis les Français les plus modestes.
PAUL LARROUTUROU
Maud BREGEON, l’heure tourne, pardonnez-moi. Et nous avons aussi des questions politiques. Vous n’étiez pas au meeting de Gabriel ATTAL samedi, pourtant ce n’est pas très très loin de chez vous, c’était au Parc des Expositions à Paris. Pourquoi avez-vous séché ?
MAUD BREGEON
Vous savez, il y a plusieurs semaines, j’ai initié avec des collègues ministres et parlementaires une tribune de 90 responsables politiques qui appelaient les candidats déclarés ou putatifs de la droite et du centre à se mettre autour de la table, à privilégier le quoi avant le qui, pour aboutir à un projet et à une candidature commune.
AGATHE LAMBRET
Vous voulez dire que c’est un candidat solitaire, Gabriel ATTAL ?
MAUD BREGEON
Avec, non…
AGATHE LAMBRET
Élisabeth BORNE parle d’une aventure individuelle.
MAUD BREGEON
Mais Élisabeth BORNE…
AGATHE LAMBRET
Est-ce qu’en gros, c’est ce que vous êtes en train de nous dire, à propos de Gabriel ATTAL ?
MAUD BREGEON
Élisabeth BORNE dit bien ce qu’elle veut.
AGATHE LAMBRET
Et vous, qu’est-ce que vous dites ?
MAUD BREGEON
Moi je dis deux choses. Je dis d’une part, sur cet arc politique-là, qui gouverne ensemble depuis deux ans maintenant, il serait impensable et irresponsable d’avoir plusieurs candidats.
PAUL LARROUTUROU
Pourtant, c’est ce qui va arriver. C’est ce qui est en train d’arriver.
MAUD BREGEON
Et deuxièmement, ça nécessite que les candidats déclarés ou putatifs, qui expriment leurs opinions et qui ne sont pas illégitimes à être candidats, se parlent et s’entendent.
PAUL LARROUTUROU
Il a joué trop perso Gabriel ATTAL pour vous ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, moi je ne suis pas là pour donner les bons et les mauvais points.
PAUL LARROUTUROU
Mais vous n’étiez pas à ce meeting.
MAUD BREGEON
Gabriel ATTAL a des ambitions, elles ne sont pas illégitimes. Il pose une vision, d’autres le font. C’est le cas d’Édouard PHILIPPE, c’est le cas de Bruno RETAILLEAU.
AGATHE LAMBRET
Mais ils se parlent déjà ces candidats, Maud BREGEON, parce que vous dites que ça nécessite que les candidats se parlent. Ils se parlent. Gabriel ATTAL et Édouard PHILIPPE se sont même mis d’accord sur un pacte de non-agression. Le mieux placé se maintiendrait, le moins bien placé se désisterait en cas de réussite...
MAUD BREGEON
En janvier, février... les promesses n’engagent que ceux qui y croient, ce pacte de non-agression...
AGATHE LAMBRET
Ça ne vous rassure pas ce pacte de non-agression ?
MAUD BREGEON
Vous connaissez le dicton. Moi ce que je vois, c’est qu’on est en train de lancer des grains à grande vitesse qu’on aura bien du mal à arrêter demain et que pendant ce même temps, le Rassemblement National est à 30-35 % dans les différents sondages. Alors vous me direz, ce sont des sondages à un an des élections. Mais enfin, ce sont des sondages quand même. Et de l’autre côté, Jean-Luc MÉLENCHON se structure et fera une campagne, à n’en pas douter, redoutable. Et donc, lorsqu’on regarde ce paysage politique-là, on ne peut pas expliquer aux Français qu’on se lance dans une primaire sauvage, dans une forme de d’octogone, sans règle, vous voyez, devant tout le monde, en public, entre les uns et les autres. Parce qu’à la fin, bon courage pour aller effacer les traces de sang que ça aura laissées sur les murs.
AGATHE LAMBRET
Très vite, ça veut dire qu’il faut que certains se désistent avant septembre ? Dans les semaines qui viennent ?
MAUD BREGEON
Ça veut dire, d’une part, que toutes les petites phrases, tous les petits piques qui peuvent être lancés par les candidats ou par les équipes, doivent immédiatement cesser. Parce que le ressentiment que cela laisse n’est évidemment pas propice au rassemblement derrière.
AGATHE LAMBRET
L’équipe de Gabriel ATTAL compare Édouard PHILIPPE à Édouard BALLADUR, par exemple.
MAUD BREGEON
Par exemple et je pense, par exemple, qu’il est urgent qu’au-delà de se parler, il y ait une réflexion de fond sur des questions de fond. On parlait de la question des mineurs, on parlait de la question de l’encadrement des jeunes tout à l’heure. Il y a de grands sujets. La question de la réponse pénale, la question de la réforme des retraites, les questions migratoires, les questions d’enfance....
AGATHE LAMBRET
Et vous en reparlerez dans une prochaine fois, sur France Info, Maud BREGEON…
PAUL LARROUTUROU
C’est l’heure de la question qui.
MAUD BREGEON
C’est ça qu’il faut mettre sur la table.
AGATHE LAMBRET
La question qui démasque Moscou, Maud BREGEON : "Une propagandiste patentée qui sert la soupe de Vladimir POUTINE", c’est ainsi que le ministre des Affaires étrangères qualifie Ksenia FEDOROVA, ancienne patronne de Russia Today, aujourd’hui chroniqueuse du groupe BOLLORÉ. Pourquoi avoir renouvelé son titre de séjour de dix ans en 2024, dans ce cas ?
MAUD BREGEON
Laurent NUNEZ s’en est expliqué tout à l’heure chez vos confrères de France Inter, je crois, expliquant qu’elle avait suivi l’ensemble de la procédure normale pour obtenir le renouvellement de ce titre de séjour.
PAUL LARROUTUROU
Est-ce que vous voulez l’expulser ?
MAUD BREGEON
Je n’ai pas davantage de commentaires à faire.
PAUL LARROUTUROU
Si c’est une agent de Vladimir POUTINE, est-ce que vous voulez qu’elle reste en France ?
MAUD BREGEON
Non mais il y a, pardonnez-moi, il y a la question du droit. Et ça c’est au ministre de l’Intérieur de dire si elle remplit les conditions du droit qui lui permettent d’avoir ce titre de séjour. De toute évidence, c’est le cas.
AGATHE LAMBRET
Merci beaucoup, Maud BREGEON.
AGATHE LAMBRET
Et pardonnez-moi, je voudrais quand même... Je n’ai pas eu le temps de terminer, mais ce qu’elle dit est proprement insupportable. Et j’entends Madame FEDOROVA se réfugier derrière la liberté d’expression. Liberté d’expression qu’elle n’aurait pas en Russie, si vous me le permettez.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 12 juin 2026