Texte intégral
LAURENCE FERRARI
Porte-parole du Gouvernement. L'inquiétude est maximum dans le Gers, où les gendarmes recherchent depuis vendredi dernier la petite Lyhanna, 11 ans, qui a disparu. Le principal suspect, âgé de 41 ans, c'est le père de la meilleure amie de cette fillette. Nous avons découvert avec stupéfaction, hier, lors de la conférence de presse de la procureure d'Auch, qu'il était visé par plusieurs plaintes pour viol sur mineur. Et ça, depuis 2017. Certaines d'entre elles avaient été classées. La dernière en date : août 2025, pour des faits de viol sur mineur lors d'une soirée pyjama qu'il avait organisée à son domicile. Cette plainte pour viol n'avait même pas conduit à l'interrogatoire de cet individu. Je vais vous poser la question que tous les Français se posent ce matin, et je sais que vous n'y êtes pour rien, mais comment est-ce possible ? Comment a-t-on manqué de vigilance à ce point-là, du côté de la justice ?
MAUD BREGEON
D'abord, c'est une affaire qui tord le ventre à tout le monde. Je commencerais évidemment par avoir une pensée émue et appuyée pour la famille de cette jeune fille et pour les familles de l'ensemble des victimes que nous découvrons jour après jour dans la presse. Vous savez que je ne suis pas habilitée à m'exprimer à la place du procureur de la République, et c'est normal. Pour autant, le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, ont saisi l'inspection générale de la justice, l'inspection générale de la gendarmerie nationale pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Moi, je comprends et je partage l'indignation de tous les Français, de tous vos téléspectateurs qui, j'imagine, pour beaucoup, ont des enfants qui se projettent dans ce type d'affaires-là, et pour qui ce qu'il s'est passé, ce que l'on découvre jour après jour, est absolument insupportable. Ça nous ramène à une question plus profonde : quelle place on donne à la parole des victimes ? Comment est-ce qu'on prend le temps de les écouter ? Comment se déroulent les enquêtes ? Comment ces enquêtes sont suivies d'enquête après enquête, d'affaires après affaires ?
LAURENCE FERRARI
Pourquoi ces dossiers ne sont pas prioritaires ? Pourquoi ils ne sont pas prioritaires ?
MAUD BREGEON
Et ils sont désormais prioritaires. Gérald Darmanin en a fait une priorité absolument majeure. Il a donné des instructions aux procureurs. Une circulaire a été envoyée aux magistrats pour que la parole des victimes, et notamment, évidemment, lorsqu'il s'agit d'enfants et d'agressions sexuelles sur mineurs, soient traitées avec la plus grande rigueur et avec la plus grande sévérité et priorité.
LAURENCE FERRARI
Sévérité et sévérité, vous avez raison. Il a fallu cinq mois pour que le dossier soit transmis au parquet d'Auch. L'enquête n'a commencé qu'au mois de janvier. On imagine la colère des parents de Lyhanna, elle aurait pu être protégée. Et ces délais qui sont systématiques, on parle de viols sur mineurs, on parle de meurtre, c'est des mois voire des années. Est-ce qu'il y a un problème fondamental dans notre justice ?
MAUD BREGEON
Cette colère, d'une part, on l'imagine et d'autre part, on la partage. Et je crois que ça a frappé l'ensemble des esprits, l'ensemble des familles françaises qui ont pris connaissance de ce dossier, indéniablement. Ensuite, il y a une question de rapidité de la justice. Évidemment, il y a deux questions. Il y a une question de la place donnée aux victimes, de l'écoute, de la manière dont on les accompagne, dont on les entend. Et il y a la rapidité de la justice. Et pour ça, il faut des moyens. Pour ça, c'est une affaire budgétaire. Et nous avons massivement, massivement, augmenté les moyens de la justice depuis neuf ans. Est-ce qu'il faut encore aller au-delà ? La réponse est de toute évidence.
LAURENCE FERRARI
Donc, plus de magistrats, plus de juges.
MAUD BREGEON
Et de toute évidence, oui. Mais on partait d'extrêmement loin, notamment lorsque vous comparez à ce qu'investissent dans la justice certains de nos voisins européens. Je pense par exemple à l'Allemagne. Nous avons massivement, massivement, entamé ce travail. Et nous avons protégé les budgets des secteurs régaliens, justice, intérieur, armée, évidemment, lors des derniers projets de loi de finances. On continuera à le faire.
LAURENCE FERRARI
C'est la même question que je pose maintenant, face à la réponse judiciaire après les émeutes post-victoire PSG : 900 interpellations, 230 policiers blessés, on a une pensée pour eux ce matin, et des sanctions relativement faibles au regard de la violence qui a été déployée face à eux. Est-ce que la réponse pénale vous paraît aujourd'hui suffisamment ferme et dissuasive ? On sait qu'il y a eu 15 % de relaxe et très, très peu d'incarcération. Le garde des Sceaux a pris le soin de répondre à Jordan Bardella qui, lui, l'interpellait sur ce sujet.
MAUD BREGEON
Alors, il y a trois choses. D'abord, il y a le dispositif policier qui a été mis en place. Et je le dis clairement ici : ce dispositif policier était à la hauteur. Lorsque vous avez 8 000 policiers déployés en zone préfecture de police de Paris, 22 000 en France, ce n'est pas la faute des policiers et des gendarmes ou du ministre de l'Intérieur.
LAURENCE FERRARI
Mais ce n'est pas satisfaisant pour autant de regarder ce match que le monde entier voudrait voir.
MAUD BREGEON
Mais j'entends certains politiques pointer du doigt le dispositif de force de l'ordre. La question, quand on voit de telles images, n'est plus là. Ensuite, il y a le travail de la justice.
LAURENCE FERRARI
Il y a quand même la question qu'ils ont pu être débordés à un moment par le nombre des délinquants.
MAUD BREGEON
Et j'en viens à votre question. Cette justice, elle doit évidemment être ferme. Et surtout, cette justice, elle doit être rapide. On en vient à la question qu'on se posait tout à l'heure. Vous savez qu'en tant que porte-parole du Gouvernement, je me dois, et c'est bien normal, au nom de la séparation des pouvoirs, d'avoir la parole la plus neutre possible. Bien sûr que la justice doit faire son travail, qu'elle doit le faire de manière sereine. C'est ce qu'a rappelé Gérald Darmanin hier. Il a par ailleurs dit que pour un certain nombre de cas, les choses avaient d'ores et déjà avancé, que pour d'autres, il y avait des enquêtes en cours. Mais les Français ne comprennent plus l'impunité. Et enfin, il y a une troisième question. C'est : qui paie ? Je pense qu'on va y venir ?
LAURENCE FERRARI
Évidemment, la question, c'est : qui paie ? Encore un tout petit mot de la réponse judiciaire. Donc, 260 gardes à vue sur les 900 interpellations, 15 dossiers jugés en comparution immédiate. Et avec des cas, deux personnes qui dorment en prison. A notre connaissance, le garde des Sceaux a sans doute des informations que nous n'avons pas. Un policier hors service qui a braqué son arme contre un automobiliste en état d'ébriété. Et puis un émeutier qui a refusé d'obtempérer, qui a percuté un véhicule des pompiers. La réponse. Est-ce que ce n'est pas un blanc-seing qu'on donne aux casseurs ? Allez-y. Et surtout, la plupart mineurs.
MAUD BREGEON
Là encore, il y a le travail de la justice. Elle doit le faire sereinement. Et puis il y a la responsabilité des politiques. Notre responsabilité, c'est de faire en sorte que ce que nous avons vu samedi soir, qui, malheureusement, n'est pas une soirée isolée. Ce n'est pas la première fois qu'on voit ce type d'image. Ce n'est pas la première fois, en tout cas, qu'on voit ce type d'image.
LAURENCE FERRARI
Il y en aura d'autres ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas la première fois, en tout cas, qu'on voit ce type d'image.
LAURENCE FERRARI
Vous redoutez qu'il y en ait d'autres ?
MAUD BREGEON
Qu'il n'y ait aucune impunité. Si ça nécessite de modifier les dispositifs législatifs, la réponse pénale, ce qui est autorisé et interdit en France, comme nous allons le faire à la loi Ripost, il faut avancer dans cette direction, indéniablement.
LAURENCE FERRARI
Par exemple, la loi anticasseurs, il faut rétablir le fait qu'on puisse mettre des interdictions de paraître, des interdictions administratives, ça, il faut le rétablir ?
MAUD BREGEON
Non, mais ça fait partie des réponses. La loi Ripost qui permet d'encadrer, de durcir les sanctions pénales lorsque vous avez ou vous transportez des mortiers, des choses interdites font aussi partie de la réponse. Je le dis quand même.
LAURENCE FERRARI
Ils sont ce soir en liberté, ceux qui ont fait ça, hein.
MAUD BREGEON
Pardonnez-moi. Je le dis rapidement : il y a aussi une question d'autorité parentale quand 30 % des mises en cause sont des mineurs. 30 %. Il y a une question de responsabilité individuelle. Ça dit quelque chose de notre société : on a un problème culturel lorsqu'on voit ce type d'image, et on a un problème d'éducation. Et ça ramène à la question de la responsabilité parentale, qui ne doit plus être un tabou. Ce n'est pas la faute des policiers et des gendarmes lorsqu'on a ce type d'image. Et ce n'est pas la faute de l'État lorsque des milliers de jeunes viennent à Paris ou ailleurs, d'ailleurs, car ce n'est plus typiquement parisiens.
LAURENCE FERRARI
71 000 touchés.
MAUD BREGEON
Brûler des voitures, piller des commerces et pourrir la vie de dizaines, centaines de milliers d'habitants qui, il faut quand même le dire, étaient devant la joie ou auraient aimé l'être samedi soir, parce que c'était un grand sacre de cette deuxième victoire du Paris Saint-Germain. Et ils auraient dû pouvoir le fêter en famille, simplement sans crainte.
LAURENCE FERRARI
Bien sûr. Qui va payer ? On va aborder cette question rapidement, Maud Bregeon. Vous êtes porte-parole du Gouvernement. Karine Le Marchand, célèbre animatrice, a poussé un coup de gueule hier en disant : "Ce n'est pas à moi de payer pour ces cassos."
MAUD BREGEON
Elle a raison.
LAURENCE FERRARI
Qui va payer ? C'est la collectivité, comme toujours ?
MAUD BREGEON
Oui, elle a raison. Et nous partageons son indignation. Le Premier ministre a dit une chose très simple : ceux qui cassent doivent payer, y compris lorsque ça nous amène, lorsque ça amène l'État, à prélever les sommes dues sur les allocations sociales. Donc, encore une fois, aucun tabou là-dessus.
LAURENCE FERRARI
On peut le faire ça ? Concrètement, on peut le faire, là, demain ?
MAUD BREGEON
Le Premier ministre a demandé aux ministres compétents de préparer les textes, là encore, pour que ça soit possible. Plus personne ne comprend que l'immense majorité paie, dans un contexte budgétaire, par ailleurs, extrêmement contraint, pour des agissements intolérables d'une minorité. Et donc, il ne doit y avoir aucun tabou pour protéger les Français, et il ne doit y avoir aucun tabou vis-à-vis de la réponse que l'État apporte suite à ces violences. Et si ça passe, si ça doit passer, et on pense que c'est le cas…
LAURENCE FERRARI
Vous pensez avoir une majorité là-dessus ?
MAUD BREGEON
Par les faire payer au cas par cas, indépendamment de leur situation personnelle ou familiale. Et donc, y compris, si ça doit nous amener à prélever les sommes dues sur les aides sociales, sur les prestations sociales versées, il faut le faire. Sans quoi, c'est le principe même de société qui est remis en cause. On comprend chacun qu'on participe à un effort collectif pour les services publics, pour les hôpitaux, pour les écoles. Tout ça est normal. C'est la beauté du système français. Moi, je ne comprends pas, en tant que citoyenne, de me retrouver dans l'obligation de payer, là, encore une fois, pour une minorité qui pille des commerces ou brûle des voitures. C'est évidemment le cas pour l'ensemble de nos…
LAURENCE FERRARI
Et s'ils ne sont pas solvables, les individus, c'est leur famille qui doit payer, c'est leurs parents, évidemment ?
MAUD BREGEON
Ah, je pense que c'est un vrai débat, oui, aujourd'hui, et qu'il ne faut plus avoir de tabou. De même que la question de la majorité pénale ne doit plus être un tabou. Il faut bien comprendre une chose : la violence endémique. Nous avons un problème de violence endémique, en France, qui n'a rien à voir avec ce qu'était la violence il y a 30, 40 ou 50 ans. Cette violence, elle a muté. Elle ne concerne plus les mêmes individus. Elle concerne, par ailleurs, des gens beaucoup plus jeunes. Les phénomènes de violence ont muté. Et donc, la réponse pénale, la réponse gouvernementale, la réponse judiciaire doit s'adapter à l'évolution de cette violence. C'est au fond du bon sens. On ne peut pas apporter au problème d'aujourd'hui les réponses d'il y a 40 ans.
LAURENCE FERRARI
Maud Bregeon, vous avez estimé il y a quelques instants, effectivement, qu'il y avait des tabous. Est-ce que, parmi les tabous concernant ces violences liées à la victoire du PSG, il y a aussi un problème lié à des enfants, pas tous évidemment, issus de l'immigration ? Vous avez dit : il y a un problème culturel, il y a un problème de population. Est-ce que c'est le tabou dont on ne parle pas ?
MAUD BREGEON
Alors, il y a un problème culturel. Quand j'écoute le ministre de l'Intérieur, j'entends qu'une très large majorité des interpellés, ou en tout cas des mises en cause, étaient de nationalité française.
LAURENCE FERRARI
Français. On est d'accord.
MAUD BREGEON
Donc, le lien, très factuellement, entre immigration irrégulière, puisque ces gens étaient en situation régulière, et délinquance, dans le cadre de ce qui s'est passé samedi soir dernier, est assez incohérent à faire pour des raisons de chiffres. Après, il y a la question de comment est-ce qu'on intègre ? Comment est-ce qu'on intègre ? Comment est-ce qu'on permet d'insérer ? Mais ça va bien au-delà de la question de ce qui s'est passé samedi soir. Vous savez, moi j'ai dit…
LAURENCE FERRARI
Mais ça en est un révélateur.
MAUD BREGEON
J'ai dit il y a quelques mois ou années de ça, je crois, sur ce même plateau…
LAURENCE FERRARI
Sur ce plateau et en face de moi.
MAUD BREGEON
C'était Sonia à l'époque. Non, c'était vous d'ailleurs ce matin-là. Qu'il y avait parfois un lien entre insécurité et immigration régulière. Je ne retire pas un mot de ce que j'ai dit à l'époque. Je n'ai pas changé de conviction. Je pense que le lien avec ce qui s'est passé samedi soir, précisément, parce qu'on n'est pas dans un cadre d'immigration irrégulière, est plus incertain à faire.
LAURENCE FERRARI
Donc, vous nous parlez d'un problème culturel, madame la ministre.
MAUD BREGEON
Je pense que ce qu'on a vu samedi soir ne serait pas arrivé, en tout cas pas dans les mêmes proportions et pas avec la même intensité, il y a, là encore, 30 ou 40 ans. Je pense que mes parents n'ont pas connu ce type de violence-là. Je pense que vos parents non plus. Et ça dénote, derrière, un rapport à l'autorité, un rapport à l'État, un rapport aux policiers et aux gendarmes qui, aujourd'hui, a évolué et qui n'est plus acceptable.
LAURENCE FERRARI
Avec une culture séparatiste ? Puisque c'est vous qui évoquez le problème culturel.
MAUD BREGEON
Avec une forme de culture séparatiste, ou en tout cas une culture de remise en cause et de défiance permanente vis-à-vis de l'autorité, vis-à-vis de toutes celles et tous ceux qui représentent l'État, mais aussi vis-à-vis de la collectivité française, parce que les policiers et les gendarmes ont été pris à partie. C'est absolument intolérable. Et les commerçants l'ont été aussi, vous voyez. Et donc, tout ça dit quelque chose, encore une fois, de la société française et de ce problème de violence endémique.
LAURENCE FERRARI
Et comment on refait nation ? Alors, pardon, c'est un grand mot, mais comment on refait nation ? Comment on réintègre ces jeunes qui sont en dissidence, qui sont en opposition à la France, et qui ont dit très clairement : "On n'aime pas la France" et des mots très, très, durs aux policiers ? Ils crachent sur la France.
MAUD BREGEON
Il me semble… Il y a, à mon sens, dans l'ordre, d'abord la question régalienne, la réponse pénale, on en revient là, qui doit être absolument, encore une fois, extrêmement ferme, d'une immense fermeté.
LAURENCE FERRARI
Elle ne l'est pas.
MAUD BREGEON
Il y a, là, évidemment la question éducative, qui est la question de long terme. À mon sens, c'est les deux grandes réponses. La réponse de court terme, c'est la fermeté. La réponse de long terme, c'est la question de l'éducation. Et je suis, moi, toujours effarée d'entendre, notamment une partie de la gauche, la France insoumise, mais pas que, pointer, d'abord, du doigt les policiers et les gendarmes quand on a ce type de violence, et ensuite, être en permanence dans la recherche de l'excuse sociale. Je crois qu'il faut arrêter, en France, avec cette recherche permanente de l'excuse sociale. Au fond, parce qu'on serait précaires, parce qu'on vivrait loin des beaux quartiers parisiens.
LAURENCE FERRARI
Parce qu'on serait d'origine immigrée ?
MAUD BREGEON
Ou alors qu'on serait d'origine immigrée. Alors, cette violence serait plus acceptable, plus explicable. Pardon, l'immense majorité des Français qui ont des difficultés à la fin du mois ne caillassent pas les forces de l'ordre et ne brûlent pas les voitures. Et cette culture de l'excuse sociale, qui sévit encore aujourd'hui dans une partie de la gauche, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, j'ai vu Raphaël Glucksmann, j'ai vu le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui ont eu des propos extrêmement clairs, elle est profondément dangereuse, parce qu'elle s'attaque en réalité au vivre ensemble qu'ils prétendent défendre, à la manière dont on arrive ou pas à faire société ensemble.
LAURENCE FERRARI
Et est-ce que ce phénomène est réversible ? Vous avez reconnu vous-même un problème dans les politiques d'intégration et d'assimilation. Quelle est la solution que vous proposez ?
MAUD BREGEON
Je vous ai répondu justement.
LAURENCE FERRARI
Éducation, sévérité de la réponse pénale ?
MAUD BREGEON
Oui, il y a une vérité de la réponse pénale indéniable. Il y a une question éducative qui est majeure, qui est une question de long terme. Et puis ensuite, ça touche à l'ensemble des politiques publiques. On pourrait parler de logement. Vous receviez Vincent Jeanbrun, la semaine dernière, sur ce plateau. Là encore, la question des politiques de la ville, des politiques publiques, sont évidemment centrales. Mais n'attendons pas tout le temps, tout de l'État sur ces questions-là. Il y a des responsabilités individuelles. L'immense majorité des Français n'attendent pas que l'État leur dise qu'il est interdit de caillasser un policier ou de brûler une voiture pour ne pas le faire et s'aviser.
LAURENCE FERRARI
Mais il y a des logiques séparatistes à l'œuvre dans notre pays, et vous les voyez, et vous les dénoncez. Un mot de la présidentielle 2027. Elle est quand même dans la tête des Français, parce qu'ils savent, même si c'est dans un an, qu'il y a des choses qui sont en jeu. Vous plaidez pour un rassemblement du socle commun, pour une candidature unique. On n'en prend pas le chemin. Est-ce que tout ça n'est pas un boulevard offert à la France insoumise, d'un côté, que vous dénoncez, ou au rassemblement national ?
MAUD BREGEON
Évidemment. Et moi, je vais vous dire : je suis affligée de voir aujourd'hui la multiplication des candidatures dans cet espace, qui est celui de la droite et du centre, qui est celui dans lequel on gouverne depuis plus de deux ans maintenant. On a des trains lancés à grande vitesse, qu'on aura bien du mal à arrêter. Des candidats qui ne sont pas illégitimes par nature, mais qui, aujourd'hui…
LAURENCE FERRARI
Vous parlez d'Edouard Philippe, de Gabriel Attal ?
MAUD BREGEON
Chacun dans leur couloir. Chacun, dans leur couloir, déroulent une vision, tant mieux, déroulent une campagne, tant mieux, mais en faisant fi de ce qui, pourtant, devrait tous nous frapper. C'est, d'une part le rassemblement national, qui est à 30-35 % dans les sondages, et d'autre part, la France Insoumise, avec Jean-Luc Mélenchon, qui, quoi qu'on en pense, fera une campagne absolument redoutable. Et donc, notre responsabilité et la logique des choses, c'est qu'on soit unis, c'est qu'on se parle, c'est qu'on construise ensemble. Et donc, moi, j'appelle, encore une fois, très modestement, du rôle qui est le mien…
LAURENCE FERRARI
C'est pour ça que vous n'avez soutenu ni Gabriel Attal, ni Édouard Philippe, jusqu'à présent, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEON
C'est tout à fait pour ça.
LAURENCE FERRARI
Ok. Vous vous déciderez plus tard ?
MAUD BREGEON
J'appelle Gabriel Attal, j'appelle Édouard Philippe, j'appelle Bruno Retailleau, mais j'appelle, on pourrait parler de Laurent Wauquiez, on pourrait parler de Xavier Bertrand, et d'autres encore, à s'accorder sur une candidature unique. Parce qu'en fait, la France, elle est plus grande que nous. La France, elle est plus grande que les égos et les ambitions individuelles. Et moi, je ne sais pas expliquer à mes électeurs, à mes enfants, demain, qu'on est absent du second tour, qu'on leur laisse le choix entre le bulletin LFI sur la gauche, le bulletin RN sur la droite, parce qu'on aura été incapables de se mettre d'accord.
LAURENCE FERRARI
Tout sauf Mélenchon, dites-vous aujourd'hui ?
MAUD BREGEON
Je dis tout sauf à ce second tour, Rassemblement National, la France insoumise. Tout sauf ça. Et moi, je croise des Français chaque semaine dans ma circonscription, qui me disent qu'on n'a pas envie de devoir faire ce choix-là, on n'a pas envie de se retrouver dans cette situation-là. Et c'est votre rôle que d'arriver à agréger les bonnes intentions. Aujourd'hui, ça n'en prend pas le chemin, il n'est pas trop tard. Et donc, j'espère que les uns et les autres se réveilleront assez vite, et avant qu'il ne soit trop tard.
LAURENCE FERRARI
Oui, mais trop tard, c'est quoi ? C'est le mois de janvier, c'est le mois de février ? Si les campagnes sont enclenchées, les fonds levés, rien ne sera arrêtable, vous le savez.
MAUD BREGEON
C'est extrêmement tard, janvier ou février.
LAURENCE FERRARI
À la rentrée, il faut que ce soit pépère ?
MAUD BREGEON
Quand vous aurez passé, Laurence Ferrari, quatre, cinq, six, mois de primaire sauvage, deux petites phrases, deux petits pics envoyés par les candidats ou par les entourages, comme c'est déjà un peu le cas aujourd'hui, bon courage pour le rassemblement, bon courage pour aller s'embrasser sur des plaies ouvertes. Ça ne va pas être facile. Et la France, les difficultés auxquelles on est confronté, on en a parlé depuis le début de cette interview, et il y en a bien d'autres, on aurait pu parler de la question du budgétaire, de la question énergétique que je porte, ne peuvent pas attendre. Donc, le plus tôt sera le mieux.
LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, d'être venu ce matin sur CNews et sur Europe 1. Bonne journée à vous sur nos antennes.
MAUD BREGEON
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2026