Texte intégral
Monsieur le préfet, délégué à l'égalité des chances auprès du préfet des Yvelines, cher Marc,
Madame et messieurs les députés,
Monsieur le sénateur,
Monsieur le député européen,
Monsieur le maire de Mantes-la-Jolie,
Messieurs les maires,
Monsieur le sous-préfet de Mantes-la-Jolie,
Monsieur le directeur général de la police nationale, cher Louis,
Monsieur le directeur national de la sécurité publique, cher Philippe,
Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service,
Mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales,
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,
Chère famille,
Ce soir du 13 juin 2016, peu après 20 heures, le commandant de police Jean-Baptiste SALVAING rentre chez lui après une journée de service semblable à celles que tout policier de notre pays peut connaître : une journée où le rythme éreinte les corps, où la mission préoccupe les esprits, et où les yeux sont obligés de voir ce que la société peut présenter de plus vulnérable et de plus cru. Ce n'est sans doute pas moins vrai dans la circonscription sensible des Mureaux où le commandant SALVAING exerce ses fonctions, à la tête de la brigade de sûreté urbaine dans laquelle on ne ménage pas les efforts pour faire progresser les enquêtes, confondre les auteurs, répondre aux victimes.
Mais après l'effort, Jean-Baptiste SALVAING sait que vient le temps du refuge – même court –, ce refuge qu'il peut trouver dans le quartier pavillonnaire de Magnanville où il avait emménagé avec sa compagne. Il a rencontré Jessica SCHNEIDER des années plus tôt, au sein de l'Amicale du commissariat des Mureaux. Elle est adjointe administrative à l'hôtel de police de Mantes-la-Jolie dont elle assure le suivi de l'activité et la gestion des personnels : elle fait partie, elle aussi, de la grande famille de la police nationale.
Elle n'est pas la seule à attendre que son compagnon passe la porte de leur maison. Il y a aussi Mathieu, leur fils de trois ans. Car Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER partagent tout : un univers professionnel, l'intimité d'un foyer, et la joie d'être parents.
Mais ce soir du 13 juin 2016, il n'y aura plus ni joie, ni partage, ni refuge.
En effet, le pas de la porte ne sera jamais franchi par Jean-Baptiste SALVAING. Alors qu'il pénètre dans son jardin, il est assassiné par un terroriste islamiste qui l'attendait là, après avoir sciemment choisi sa cible : il voulait tuer l'uniforme derrière l'homme. Mais dans sa soif de terreur et d'abject, il avait encore décidé de se retrancher à l'intérieur du pavillon où il prendra en otage Jessica SCHNEIDER, avant de la tuer froidement, elle aussi. Il s'y emploiera – comble de l'abomination – sous les yeux d'un enfant qu'en cet instant-même il faisait orphelin.
Je le dis comme nous le ressentons tous, à peine tout bas : il n'y a certes pas de hiérarchie dans l'horreur, mais il n'y a pas d'horreur plus grande que celle à laquelle s'est minutieusement livré ce fanatique islamiste, le 13 juin 2016.
Bien sûr, ce soir-là, nous ne découvrions pas le visage sordide du terrorisme, loin s'en faut : la France sortait de l'année noire de 2015 où elle lui avait payé le plus lourd tribut jamais versé, et connu l'attentat le plus meurtrier de son histoire. Le deuxième allait bientôt frapper, un mois presque jour pour jour après celui de Magnanville, le 14 juillet 2016, fauchant des vies au hasard sur la promenade des Anglais.
Aussi, ce soir-là, nous savions déjà que l'idéologie islamiste dessinait des cibles privilégiées dans le dos des forces de sécurité, nos forces de paix. Elle nous avait arraché les policiers Ahmed MERABET et Franck BRINSOLARO le 7 janvier 2015 et, deux jours plus tard, à Montrouge, Clarissa Jean-Philippe parce que policière elle aussi. Comme pour nous faire croire que ceux qui nous protégeaient ne le pouvaient plus – en vain.
Oui, nous connaissions tout ceci. Mais nous n'avions pas encore vécu l'hydre terroriste qui frappe à la porte de nos maisons et de nos foyers ; l'ennemi islamiste qui s'invite dans le giron d'une famille, dans la propriété inviolable de l'intime. Et ce 13 juin 2016, aux yeux de la France entière, ce fut comme si un nouveau seuil avait été franchi dans la barbarie terroriste parce qu'elle venait elle-même de franchir le seuil de Jean-Baptiste SALVAING, Jessica SCHNEIDER, et de leur petit garçon.
C'était il y a dix ans. Une décennie a passé mais c'est comme si c'était hier. Parce que l'effroi était si grand que son souvenir demeure toujours effrayant. Parce que la blessure a été creusée si profonde qu'elle n'est pas encore refermée. Parce que la menace terroriste, malheureusement, continue de frapper ; parce qu'elle continue de faire des victimes. Parce que leur fils Mathieu, qui était un enfant ce soir-là, l'est encore aujourd'hui.
C'est d'abord avec lui, et son frère Hugo, que la République pleure : ils sont les pupilles de notre Nation. Mais nous souffrons aussi avec les parents de Jean-Baptiste et de Jessica, sa sœur, ainsi qu'avec tous leurs proches, quoique notre douleur ne puisse approcher la leur. Je veux également avoir une pensée pour leurs collègues : ceux qui les ont côtoyés et aimés au gré de leurs affectations. Et ceux du RAID, de la BRI et de la BAC qui, ce soir-là, sont intervenus sans pouvoir sauver la vie de deux des leurs. Je sais la blessure que le sentiment d'impuissance et d'échec peut laisser en eux.
Ainsi le 13 juin 2016, un terroriste islamiste a pris les armes pour exécuter le funeste dessein qu'il avait fomenté contre la France et les policiers qui la servent et la protègent. Pourtant, lorsque le commandant de police SALVAING a été abattu, il ne portait ni arme ni uniforme, pas plus que sa compagne. Mais la haine est aveugle, et le projet terroriste affreusement lâche. Tous nos concitoyens ont oublié le nom de ce bourreau. Mais, dix ans après, la Nation se souvient toujours et répète encore ceux de Jean-Baptiste SALVAING et Jessica SCHNEIDER, comme elle le fait ce matin.
Alors qu'en leurs noms vive la République, et que vive la France.
Source https://www.interieur.gouv.fr, le 15 juin 2026