Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à RMC Info le 19 juin 2026, sur les mesures à mettre en place et les obligations des employeurs en cas de canicule et les test de dépistage de drogue dans les entreprises.

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Média : RMC Info

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes peut-être déjà au travail et déjà sous la chaleur. Travailleurs du BTP, indépendants qui travaillent dehors ou sur des postes fortement exposés à la chaleur, il faut s'adapter. Bonjour Jean-Pierre Farandou.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre du Travail. Merci d'avoir choisi RMC ce matin. Que dites-vous à ceux qui nous écoutent, qui travaillent peut-être dans tous ces métiers exposés à la forte chaleur, à la fois à ceux qui travaillent et à leurs patrons ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, exactement, je veux m'adresser aux employeurs d'abord, qui doivent bien sûr organiser les chantiers, en particulier dans le BTP ou dans d'autres secteurs où on travaille dehors. Je pense aussi à l'agriculture, où les gens sont amenés à travailler à l'extérieur. Je pense aussi aux salariés qui doivent prendre des précautions. Les employeurs, ils ont des obligations. Depuis le mai, l'année dernière, il y a un décret qui est sorti, qui est très clair. Au fur et à mesure des alertes météo, jaune, orange, rouge, les entreprises doivent prendre des mesures.
Les mesures, c'est du bon sens, c'est déjà ne pas exposer les salariés aux heures les plus chaudes, ne pas hésiter à décaler les horaires de travail. Dans le BTP, par exemple, après les émissions ici en plateau, je vais voir un chantier qui a fait le choix intelligent, bien évidemment, travailler plus tôt le matin, arrêter de travailler aux heures chaudes et éventuellement reprendre plutôt fin d'après-midi ou début de soirée. S'il faut, on arrête les chantiers plus longuement. Et d'ailleurs, dans le BTP, il y a même une caisse. C'est-à-dire que les salariés, quand ils arrêtent de travailler, ils sont rémunérés. Les entreprises du BTP se sont mises ensemble pour avoir une caisse qui permet de financer ces arrêts de travail qu'il faut décider quand il fait trop chaud.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous invitez, y compris d'autres secteurs, à s'inspirer de cette manière d'avoir fait ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, parce que le premier bon sens, on évite les heures les plus chaudes. Bien sûr, tout ce qui est hydratation. Vous avez une image qui est très bonne. Il faut consommer encore plus d'eau, de l'eau fraîche même, en quantité, ne pas exposer…

APOLLINE DE MALHERBE
Et ça, ils ont l'obligation de le faire ? C'est-à-dire que ce n'est pas optionnel ? Lorsque l'alerte canicule orange est déclenchée, les patrons doivent fournir de l'eau fraîche et une manière de s'abriter à leurs employés.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah oui, c'est une obligation qui est très, très claire. On voit bien qu'il y a une proportion au fur et à mesure que l'alerte monte, c'est-à-dire que les conditions sont de plus en plus intenses, parce que c'est un vrai risque. On parle d'un vrai risque professionnel homogène à d'autres risques qui peut provoquer des malaises, qui peut provoquer des accidents et même parfois des drames. Donc on est sur quelque chose de sérieux en matière de santé professionnelle.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est vraiment une forme d'alerte que vous lancez ce matin en disant "ça n'est pas optionnel, c'est une obligation, il faut le faire". Est-ce qu'il y aura des contrôles ? Est-ce qu'il y aura des sanctions ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, d'ailleurs on a renforcé les sanctions. Il y a une loi qui est passée il n'y a pas très longtemps, qui a été promulguée il y a quelques jours et validée par le conseil constitutionnel pas plus tard qu'hier. Une loi sur la fraude qui dit qu'une entreprise qui ne fournirait pas le fameux document unique d'évaluation des risques qui permet d'organiser la prévention pour la santé des travailleurs avec un chapitre particulier autour de la chaleur intense serait sanctionnée. Les inspecteurs du travail vont bien sûr renforcer leurs contrôles sur cette thématique particulièrement dans cette période de canicule.

APOLLINE DE MALHERBE
Et si on n'a pas les moyens de permettre à ceux qui travaillent de s'abriter, est-ce qu'il faut parfois se dire que pendant trois jours, on met tout le monde, pas au chômage technique, mais comme vous le disiez avec une caisse pour les indemniser, mais on préfère ne pas prendre ce risque, s'il faut en arriver là ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Trois jours c'est peut-être là encore, il faut regarder pour le moment…

APOLLINE DE MALHERBE
Là, la vague de chaleur, en tout cas on sait qu'elle dure jusqu'en début de semaine prochaine au minimum.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bien sûr, pendant ces périodes-là il faut prendre les mesures mais peut-être pas l'arrêt total sur toute la journée. On voit bien que le matin il y a encore des températures qui permettent de travailler. Pareil le soir, donc ce n'est pas l'arrêt total sur une période de plusieurs journées. C'est l'adaptation des horaires de travail qui peut aller jusqu'à l'arrêt des chantiers pendant ces périodes particulières qui, je le redis, sont suivies par Météo France. Et ces alertes météo, elles guident les dirigeants d'entreprise qui ont des plans de prévention adaptés selon la couleur de l'alerte météo.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Pierre Farandou, vous êtes le ministre du Travail mais vous avez avant dirigé la SNCF pendant cinq ans. Vous l'avez entendu, on nous dit effectivement que dans ces moments-là précisément il faut utiliser aussi les transports en commun. Il y a une petite centaine, près de 70 trains qui sont déjà annulés pour les jours qui viennent, notamment sur la ligne Paris-Limoges et Paris-Clermont. Ça veut dire quand même qu'on ne les a pas anticipés suffisamment alors qu'on savait que ça venait, ces moments, ces pics de grande chaleur ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je ne veux pas me substituer aux dirigeants de la SNCF. Je l'ai été et je peux juste vous dire que ce sont des mesures, là aussi, de précaution. On parle de lignes où sont des matériels très anciens qui circulent. Les neufs arrivent vite, je crois. Les neufs arriveront en début de l'année prochaine. En attendant, ces vieux matériels supportent mal la chaleur, notamment tout ce qui est équipement de climatisation. Comme ils sont vieux, ils ont été calés pour des températures autour de 30 et 35 degrés. Parce qu'à l'époque, ça ne dépassait pas 35 degrés. Maintenant, on dépasse les 35. Donc plutôt que le matériel tombe en panne, infligeant aux voyageurs des situations insupportables, il faut peut-être avoir la sagesse de réduire la circulation des trains. Je crois que c'est ça, c'est une mesure de précaution pour la santé des voyageurs.

APOLLINE DE MALHERBE
On parlait des travailleurs en plein air, il y a les marchés. Nathalie, vous faites partie de ceux qui sont sur les marchés et vous êtes en Bretagne. Alors peut-être qu'on peut espérer qu'il fait un peu frais, et encore. Bonjour Nathalie.

NATHALIE, AUDITRICE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous vendez sur les marchés, on va en dire ce que vous vendez, de quoi se protéger précisément, c'est ça ?

NATHALIE
Exactement. Moi, je vends des chapeaux anti-UV.

APOLLINE DE MALHERBE
Ok, donc vous avez presque intérêt à ce qu'ils fassent chaud. Je ne veux pas vous mettre en difficulté, Nathalie, mais…

NATHALIE
C'est ça. Quand mes collègues voient la température sur les marchés, ils me disent "mais ça, c'est ta journée aujourd'hui". Donc là, ça va être ma semaine même.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais cela dit, ça reste très difficile de travailler sur les marchés précisément, dans ces moments de grande chaleur. Comment ils font aussi vos collègues ? Je pense notamment, alors vous, vous vendez des chapeaux anti-UV, mais j'imagine que vous n'êtes pas loin des bouchées, des rôtisseries. Comment ils font ?

NATHALIE
Exactement. Ils sont en général protégés également. La clientèle arrive un peu plus tôt, et donc en général on termine aussi un peu plus tôt que d'habitude, en général vers midi. On sent que les clients…

APOLLINE DE MALHERBE
Ne sortiront pas.

NATHALIE
Oui, ont envie de rentrer chez eux, et donc du coup on termine un peu plus tôt que les autres jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Nathalie.
Une question, Jean-Pierre Farandou, sur justement ces questions d'horaire. On sait qu'au milieu de la journée, quand on va en Espagne, quand on va au Portugal, les horaires de travail sont très différents. Ils commencent plus tôt, on y retravaille dans l'après-midi, mais il y a une habitude de rentrer faire la sieste chez soi. Est-ce que c'est un conseil que vous donnez à ceux qui nous écoutent ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, c'est intéressant de regarder comment ça se pratique culturellement, historiquement, dans des pays comme l'Espagne, notamment l'Espagne - le sud de l'Espagne, il fait très chaud - comment ils pratiquent ? Effectivement, on voit bien que l'idée est toujours la même, c'est se protéger pendant les horaires les plus chauds. Alors eux, c'est vraiment installer dans leur rythme de vie. C'est l'idée dans les entreprises. On ne le fait pas dans la société en général.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'il faut qu'on aille vers ça ? Est-ce que notre société doit s'adapter ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Peut-être, peut-être. Si vraiment on est destiné à avoir des horaires andalous de manière structurelle, il faut peut-être faire comme les andalous. Mais effectivement, il y a le sujet de société, comment la société globalement s'organise. Et ensuite, tout de suite et sans attendre, dans le monde du travail, il faut prendre des mesures de précaution pour protéger la santé des travailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a l'urgence. Merci. Jean-Pierre Farandou, vous êtes ministre du Travail. Hier, on parlait des tests salivaires. Je recevais votre consœur, la porte-parole du Gouvernement, qui disait qu'elle n'avait pas encore fait le test, mais que le Gouvernement voulait montrer l'exemple en faisant ces tests pour prouver qu'on ne consomme pas de drogue. Est-ce que les entreprises doivent suivre l'exemple ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je pense sur la drogue, moi, l'idée simple, c'est que la drogue ne doit pas avoir sa place dans l'univers du travail. Voilà, donc c'est simple. Il y a déjà aussi des possibilités légales qui existent, puisque dans les règlements intérieurs, les entreprises qui ont des emplois de sécurité, c'est le cas de SNCF, par exemple. Vous imaginez bien, un conducteur de train, un aiguilleur, ne doit pas être sous l'emprise de la drogue. Ce serait une prise de risque énorme en matière de sécurité des trains. Donc là, l'employeur a le droit, j'ai presque à dire le devoir, de faire des tests parce qu'il faut montrer, effectivement, qu'on ne veut pas que les salariés arrivent sous l'emprise de la drogue dans les entreprises.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il faut élargir ça au monde du travail de manière globale, y compris hors question de sécurité à proprement parler ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est une bonne question. En tout cas, moi, je suis prêt à travailler là-dessus avec les partenaires sociaux. Je pense qu'effectivement, envoyer un message très clair qui dirait : "Voilà, il n'y a pas la place de la drogue dans le monde du travail. On n'en veut pas". C'était le cas avec l'alcool. Vous savez, la génération d'avant a connu des problèmes de l'alcool au travail. Il n'y en a plus. On a réussi à l'éradiquer. Je pense que de la même manière, il faut une volonté d'éradiquer la drogue dans le monde de l'entreprise.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire des tests inopinés ? Ça veut dire que si jamais on se rend compte qu'il y a des consommateurs, il faut pouvoir les licencier ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
D'abord, il faut regarder une image de prévention. Vous savez, moi, dans le plan de santé au travail que je viens de lancer, il y a de la santé mentale. La santé mentale, c'est une des causes amont. Moi, je voudrais aussi que sur ce sujet-là, on regarde les causes racines, les causes amont avant d'envisager des mesures plus radicales. Regardons pourquoi d'abord et traitons cette partie-là.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2026