Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à France Info le 16 juillet 2026, sur le budget pour 2027.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • David Amiel - Ministre de l'action et des comptes publics

Média : France Info

Texte intégral

MADJID KHIAT
Bonjour David Amiel.

DAVID AMIEL
Bonjour.

MADJID KHIAT
Alors on va parler du budget parce que la bataille du budget est déjà lancée, mais avant je voulais parler avec vous des Canadair parce qu'il y a une polémique qui enfle, notamment portée par La France Insoumise et par Jean-Luc Mélenchon. Il y aurait eu un coup de rabot sur une partie du budget à l'époque où Gabriel Attal était Premier ministre en 2024, ce qui a entraîné l'annulation d'une commande de deux Canadair à l'époque en 2024. Je précise quand même que depuis, les Canadair ont été commandés, notamment le mois dernier avec Laurent Nuñez, mais est-ce que c'était une mauvaise décision à l'époque de faire ce coup de rabot sur le budget de la Sécurité civile ?

DAVID AMIEL
Deux choses. D'abord, les moyens de la Sécurité civile, les moyens de la lutte contre les incendies, c'est aussi des engins terrestres, c'est des hélicoptères, c'est évidemment des moyens humains, c'est les Canadair, j'y viendrai à l'instant. Et ces moyens de lutte contre les incendies, ils ont augmenté de 40%. Au moment que vous évoquez, deux Canadair ont été d'ores et déjà commandés, d'autres avaient été lancés. Mais le problème n'est pas budgétaire, le problème, c'est la capacité de production et de livraison de ces Canadair, et c'est ça qui, malheureusement, a ralenti l'arrivée des Canadair. Ce n'est en rien des décisions budgétaires. Au contraire, ces dernières années, et y compris sous le Gouvernement de Gabriel Attal, des efforts considérables ont été faits et des commandes de Canadair ont été lancées.

MADJID KHIAT
Sur le budget, vous serez cet après-midi devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, devant les députés. Ce budget 2027, il va être particulier parce qu'il y a la campagne présidentielle aussi. On connaît les dates. Pour le PLF, les débats sera le mois d'octobre. Pour le PLFSS et le budget de la Sécurité sociale, ce sera au mois de novembre. Mais juste, à quoi va ressembler ce budget ? C'est quoi les premiers arbitrages ?

DAVID AMIEL
Ce budget, ça doit être un budget de sauvegarde républicaine. Ce n'est pas un budget pour régler des comptes idéologiques. Pour ça, vous l'avez rappelé, il y aura une élection présidentielle au printemps prochain, sans doute après des élections législatives.
Mais pour que ces élections présidentielles puissent se dérouler dans un climat économique serein, pour que le prochain Président de la République, la prochaine majorité puissent avoir des marges de manoeuvre, bref, pour que le pays puisse rester maître de son destin, on a besoin d'avoir un budget et d'avoir un budget qui continue à réduire le déficit. C'est pour ça que je parle d'un budget de sauvegarde républicaine, parce que – et je pense qu'on aura l'occasion d'y revenir - si on ne fait rien, 2027 peut être l'année d'un très grand décrochage.

MADJID KHIAT
Justement, 3 milliards d'Euros d'économies supplémentaires. C'est ce qui a été annoncé la semaine dernière après le comité d'alerte des finances publiques. Où est-ce que vous allez les chercher, ces 3 milliards ?

DAVID AMIEL
Là, vous parlez de l'année 2026. Parce qu'effectivement, depuis le début du déclenchement de la guerre dans le détroit d'Ormuz, on a un principe. Il faut apporter des aides aux Français qui en ont besoin, des aides ciblées vers les travailleurs des classes populaires et les classes moyennes qui ont besoin de leur voiture pour se rendre sur le travail, vers les professions qui sont les plus exposées. Mais pour ça, ces aides, elles doivent être financées.
Au mois d'avril dernier, on avait alerté sur un risque de dérapage des dépenses publiques de 6 milliards d'Euros. 6 milliards d'Euros de dépenses avaient été stoppées. On est en train de travailler sur 3 milliards supplémentaires, parce qu'il y a 3 milliards de risques. Mais pour 2027, il faudra continuer, je le dis, à être extrêmement vigilants sur la question des finances publiques. Il y a d'ailleurs un rapport sorti hier sur le sujet.

MADJID KHIAT
Oui, justement. Être vigilants, ça veut dire quoi ? C'est quoi les premiers arbitrages pour 2027 ?

DAVID AMIEL
Vous savez, charité bien ordonnée commence par soi-même. Et donc le Premier ministre a demandé au Gouvernement à ce que, hors défense, les dépenses des ministères évoluent 4 fois en dessous de l'inflation. C'est un effort considérable pour l'État. C'est un effort qui va s'organiser tout au long des prochaines semaines avec, je le dis, une conviction très claire. Si on ne fait rien, le déficit partira dans le décor en 2027. Toutes ces données sont publiques depuis hier soir.

MADJID KHIAT
C'est un effort que vous avez chiffré en milliards en ce qui concerne ces ministères ?

DAVID AMIEL
D'abord, c'est un effort de priorité. Il y a 3 grandes priorités aujourd'hui. Il y a la priorité pour la sécurité des Français. Sécurité extérieure, c'est la défense. Sécurité intérieure, particulièrement dans la lutte contre le narcotrafic, les moyens pour notre sécurité, pour notre justice. Deuxième grande priorité, la transition écologique, parce qu'on voit chaque jour que chaque minute, chaque semaine compte. Troisième grande priorité, évidemment, notre jeunesse, et donc l'éducation et l'enseignement supérieur et la recherche. Pour cela, des efforts importants doivent être faits, parce que je le dis, si on ne fait pas de mesures d'économie en 2027, on a un très grand risque pour nos finances publiques.

MADJID KHIAT
Vous parliez de ce rapport. Vous avez missionné 4 économistes indépendants pour travailler sur une mission sur la transparence des finances publiques. C'est à l'horizon 2030. J'ai regardé ce rapport. Et il est dit notamment que si on ne change pas notre politique, le déficit public pourrait atteindre 5,9% du PIB en 2027, 7% du PIB en 2030. Est-ce que ce n'est pas juste pour faire peur, pour justifier des économies ?

DAVID AMIEL
Vous savez, les audits des finances publiques, généralement, ils viennent quand ça ne sert plus à rien. Ils viennent trop tard pour agir. Ils viennent après les élections présidentielles. Et le résultat, c'est que toutes les promesses électorales, elles sont bâties sur du sable. Les débats sont faussés. Et d'ailleurs, les gens se sentent souvent floués après les élections. Donc moi, j'ai voulu renverser la méthode. J'ai voulu dès aujourd'hui mettre sur la table – c'est la première fois qu'on faisait ça – toutes les données disponibles. J'ai demandé à 4 économistes indépendants – ils ont eu livre ouvert à Bercy – pour nous dire ce qui se passe si rien n'est fait. Et effectivement, la situation est extrêmement préoccupante. Vous avez rappelé les chiffres. On était à 5,1% de déficit public en 2025. Si rien n'est fait, c'est-à-dire si aucune économie n'est prise, mais si aucune mesure nouvelle non plus en dépense n'est enclenchée, le déficit passerait à près de 6% en 2027 à près de 7% en 2030. Il faut stopper cette machine infernale à dette publique qui nous étrangle. Regardez la charge de la dette. Mécaniquement, elle augmentera de 11 milliards d'Euros l'an prochain. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est tout l'équivalent du budget du ministère de la Justice qui serait ainsi avalé.

MADJID KHIAT
Sébastien Lecornu avait écrit à ses ministres il y a un mois en évoquant... Parce qu'il souhaitait plus de dépenses du côté de certains ministères. Il y avait des demandes, notamment 24 milliards de nouvelles dépenses. Il a demandé de la responsabilité, le Premier ministre Sébastien Lecornu, à ses ministres. Il a aussi dit dans cette lettre, je le cite, " Les dépenses incontrôlées se terminent toujours par des hausses d'impôts ". Est-ce qu'il faut comprendre qu'aujourd'hui, l'année prochaine, il n'y aura pas de hausses d'impôts ?

DAVID AMIEL
Précisément. La raison pour laquelle on a cette ligne directrice, c'est pour éviter que les déficits d'aujourd'hui ne deviennent une avalanche d'impôts demain. C'est pour ça qu'il faut agir tout de suite.

MADJID KHIAT
Et vous êtes en capacité de nous dire qu'il n'y aura pas de hausses d'impôts l'année prochaine ? Tout dépendra ensuite des choix qui seront faits par le Parlement. Mais si le Parlement suit ce que nous lui proposerons, alors non, nous préserverons les Français des classes moyennes, des classes populaires, parce que c'est ça l'objectif.
On parle beaucoup des épisodes de canicule, des incendies. Est-ce que sur la question de l'écologie, de la transition énergétique, il va y avoir un effort supplémentaire fait par le Gouvernement au vu de l'actualité récente ?

DAVID AMIEL
Oui, tout à fait. Ce n'est pas seulement au vu de l'actualité récente, parce que c'est le combat du siècle, que de lutter contre le réchauffement climatique et d'adapter notre pays au changement climatique. C'est la raison pour laquelle les deux missions budgétaires qui augmenteront le plus, les deux postes de dépenses qui augmenteront le plus, c'est la défense et c'est la transition écologique. Ce sont des choix d'investissement dans l'avenir.

MADJID KHIAT
A hauteur de combien ?

DAVID AMIEL
La mission sur la transition écologique augmentera d'un milliard et demi par rapport encore à cette année, après des augmentations importantes ces dernières années.

MADJID KHIAT
Si on regarde un peu en arrière, il y avait la question du Fonds vert. Vous avez beaucoup été critiqué par les oppositions parce que sur cette question-là, il était à 2,5 milliards d'Euros en 2024. Il est, cette année, à un peu plus de 800 millions d'Euros. Est-ce que vous n'avez pas l'impression aussi qu'il y a eu un ralentissement sur cette question-là ?

DAVID AMIEL
Est-ce que vous pouvez dire aux gens qui nous écoutent à combien s'élevait le Fonds vert en 2022 ?

MADJID KHIAT
Il était encore plus important.

DAVID AMIEL
Ah bah non, il était à zéro.

MADJID KHIAT
Oui, il n'existait pas, mais au moment du lancement, il était à plus de 800 millions d'Euros.

DAVID AMIEL
Mais c'est extrêmement important de le rappeler. Ce Fonds vert, c'est notre majorité qu'il a créé à la demande du Président de la République. Pourquoi ? Pour pouvoir aider les collectivités locales à investir dans la transition écologique suite à la crise.

MADJID KHIAT
Mais pourquoi l'avoir baissé ?

DAVID AMIEL
Ce Fonds vert permet à des collectivités de pouvoir être aidées dans des investissements de tous les jours, je le rappelle, avec une augmentation des dépenses pour l'adaptation au changement climatique qui a été considérable ces dernières années.

MADJID KHIAT
Avant de terminer, je voulais vous interroger sur une réforme qui inquiète certains entrepreneurs, une réforme qui concerne les entreprises. À partir du 1er septembre, toutes les entreprises devront être capables de recevoir leurs factures via une plateforme agréée par l'État et les plus grandes devront aussi les émettre de cette façon. Il y a des craintes des entrepreneurs d'être assez vite sanctionnés. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

DAVID AMIEL
D'abord que c'est une modernisation très importante de notre vie économique. C'est un peu l'équivalent du prélèvement à la source qu'on a eu il y a quelques années pour les ménages. Et ça va permettre de réduire les délais de paiement, d'accélérer les transactions, de simplifier, de moderniser, de lutter contre la fraude et donc aussi d'alléger les contrôles sur les entreprises. Mais bien sûr, comme tout changement, ça suscite des inquiétudes. Et donc je veux être très clair, l'approche de l'administration, elle sera tolérante et bienveillante. Évidemment, il n'y aura pas, au 1er septembre, de sanctions pour des entreprises de bonne foi qui rencontreraient la moindre difficulté dans la mise en oeuvre de cette réforme.

MADJID KHIAT
Merci David Amiel. Rappelons que vous serez devant les députés à 15h pour évoquer le budget 2027.


source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juillet 2026